‹ Les compagnies du papeguayChapitre 8 sur 16 · IÔ · texte numérisé non relu

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fin à des scènes de désordre qui n'avaient eu pour cause que l'extrême souffrance du peuple.

Les exercices du papeguay , interrompus pendant les troubles, recommencèrent donc le 12 août 1725 dans les fossés St-Julien et continuèrent , sans incident remarquable , jusqu'à l'année 1733.

A cette époque de nouvelles difficultés surgirent. Le trouble ne vint pas du dehors, il prit naissance dans le sein même de la Compagnie. Celle-ci, à la suite d'une délibération du 9 avril 1730, avait autorisé le sieur de Saint-Hilaire , capitaine, et Félix Sorel, lieutenant, à emprunter telle somme qu'ils jugeraient convenable pour faire exécuter des travaux importants dans les fossés Saint-Julien, où se tirait le papeguay de l'arquebuse. Mais, quand vint le quart d'heure de Rabelais, le lieutenent Sorel, avec la complicité du receveur de la Compagnie, se refusa à rendre les comptes qu'on lui demandait.

Devant ce refus incroyable, les douze Anciens adressent une requête au lieutenant-général, juge naturel des contestations qui arrivaient dans la Compagnie. A la suite de celte démarche, une sentence par défaut, du 21 juillet, condamne le receveur à rendre ses comptes, sous peine d'encourir, sur ses biens personnels, une amende de

ioo livres. Le lieutenant Sorel, qui se sent atteint lui-même par ce jugement, court au Château pour informer de ce qui se passe le sieur Villette, major, son protecteur. Celui-ci, qui commandait en l'absence de M. de Coigny , grand bailli et gouverneur de Caen , s'indigne et envoie chercher un des membres de la Compagnie du Papeguay, auquel il adresse les reproches les plus violents. Il va même jusqu'à le menacer, si la sentence est exécutée , de le jeter dans une des bassesfosses du Château.

Quel était donc cet officier irritable, qui le prenait de si haut et paraissait avoir la prétention de trancher les questions à coup d'épée ? Un parvenu, empressé peut-être de profiter d'un commandement en chef par intérim pour se donner des airs d'importance, en l'absence du gouverneur. Nous sommes du moins autorisé à le supposer, d'après l'idée qu'on peut se faire du personnage , en lisant la note laissée par l'auteur anonyme du Journal d'un bourgeois de Caen.

« M. Villette, écrivait-il à la date du 3o janvier « 1724, fils de la dame veuve Villette, maîtresse « de la poste de Caen , a été reçu à la charge de « major des ville et château de Caen, que pos- « sédait M. de La Tillaye par gratification du « Roi , à cause de ses longs services , et à qui le

• Roi a permis de s'en défaire en faveur du sieur « Villette , qui l'a achetée un prix très-consi- 1 dérable du sieur de La Tillaye. On assure que

• le marché est fait pour six mille livres d'argent 1 comptant, et une pension viagère assez considérable, ce qui a paru fort odieux à tout le monde,

- étant ordinaire que le Roi donne ces sortes

• de places à de vieux officiers qui ont rendu de longs services. Le Roi est le maître 1 Le sieur

■ Villette a été reçu sur la place Royale , tous « les bourgeois étant sous les armes, au bruit « des tambours et de la mousqueterie. Il fut 1 présenté par M. de Mathan, lieutenant du Roi. 1 11 avait été reçu quelques jours auparavant au

• Château, avec les cérémonies ordinaires. Il est 1 âgé de vingt ans environ. Il était lieutenant « d'infanterie depuis deux ou trois ans. »

1 Le Roi est le maître ! 2 ce cri d'indignation résignée du bon bourgeois de Caen, peu frondeur de sa nature et bien éloigné de toute pensée d'opposition , en dit long sur la valeur et le caractère du sieur Villette. Une fois engagé dans une lutte injuste , un tel homme n'était pas capable de céder avec dignité. Il voulut aller jusqu'au bout. Et, comme il voyait que ses menaces n'avaient pas réussi à intimider ses adversaires , il adressa au greffier du Papeguay

une ordonnance qui interdisait l'entrée du jeu aux douze anciens et aux douze députés, avec ordre de la lire à la tête de la Compagnie.

En effet, le dimanche 2 août , au moment où la Compagnie était réunie sous les armes dans Ici fossés Saint-Julien , le greffier donna lecture de l'ordonnance du major. Cette ordonnance étonna et révolta tous les esprits. Immédiatement les douze anciens et les douze députés, assistés du reste de la Compagnie, rédigèrent une protestation. Cet acte , invoquant les privilèges accordés par Henri II , déclarait que le major du Château n'avait aucun droit de juridiction ni de supériorité sur la Compagnie , « que celle-ci « ne reconnaissait pour juges que le bailly de « Caen, en son absence, son iieutenant-général, « et , à défaut de l'un et l'autre , Messieurs de la « Maison de Ville. » De plus il fut arrêté que personne, ce jour-là, ne tirerait sur l'oiseau.

Le lieutenant Sorel , qui commandait la Compagnie , envoie alors un avis au sieur Villette , pour l'informer de ce qui se passe. Aussitôt le major ordonne à deux officiers d'invalides de se rendre aux fossés Saint-Julien avec seize fusiliers pour y faire exécuter son ordonnance. Dès qu'ils voient arriver les soldats de la garnison , les membres de la Compagnie du Papeguay se

mettent en haie pour les recevoir et leur demander leur ordre. On s'explique. Les officiers , interrogés , répondent « qu'ils étoient venus pour « faire déplanter l'oiseau et pour donner la paix , v seulement en cas qu'il arriveroit quelques « troubles (i). » — « S'il y a du trouble, disent « les arquebusiers, il ne vient que de la part du « sieur Sorel ! »

L'attitude résolue de la Compagnie du Papeguay avait, comme on le voit, intimidé les officiers envoyés par le bouillant major. Après ce court colloque, ils se retirèrent avec leurs hommes. Cela ne faisait pas l'affaire du lieutenant Sorel , qui, pour se venger, voulut faire déplanter l'oiseau. La Compagnie s'y étant opposée , il se retira humilié, furieux, après avoir laissé le commandement au sieur Lutumière, sergent.

Ces contestations avaient duré jusqu'à sept heures du soir. Comme la nuit approchait , on prit le parti de déplanter l'oiseau et de le reconduire dans l'ordre accoutumé. Mais, à l'instant, arrive le sieur- Dolbec, premier sergent et ami dévoué du lieutenant Sorel, qui déclare qu'ayant le commandement il entend que l'oiseau reste là.

Ci) Délibération prise par les douze anciens le 2 août 1733. Papiers relatifs au Papeguay de Caen ; Archives du Calvados.

Au moment où la Compagnie se disposait à délibérer au sujet de cette nouvelle contestation , Dolbec , accompagné d'un autre sergent et d'un sieur Nicolas Beaugendre , se jette sur l'oiseau et l'arrache de la barre de 1er à laquelle il était fixé. Les témoins de cet acte de violence s'indignent et se précipitent sur les agresseurs, pour leur reprendre l'oiseau. Les douze anciens s'interposent et, avec beaucoup de peine, font cesser une rixe qui aurait pu devenir sanglante. A peine le calme est -il rétabli qu'on voit le sieur Dolbec reprendre l'oiseau , pour aller le replanter brusquement sur la barre. « Ce coup, dit le rédac- « teur de la requête de 1734 (1), n'étoit pas «1 moins indigne que le premier, parce que du « moment que l'oiseau avoit été déshonoré , il ne * pouvoit plus être replanté. »

En présence de tels désordres, le sergent Lutumière , qui commandait la Compagnie , se croit obligé de faire assembler les douze anciens, que l'article 22 des Statuts institue juges des mutineries , querelles et contestations , qui peuvent se

(!) Requête du mois de janvier 1734 présentée 1 au Roy et à nos Seigneurs du Conseil » par la Compagnie du Papeguay de la ville de Caen. — Imprimé, in-f° de 7 pages ; Archives du Calvados. C'est principalement dans cette requête que nous puisons les détails de l'affaire du 2 août.

produire pendant les exercices du Papeguay. Ce tribunal, séance tenante, prononce un jugement qui condamne les révoltés à cent livres d'amende chacun, leur interdit l'entrée de la Compagnie et les oblige à faire replanter un autre oiseau à leurs frais.

Quelques jours après , le sieur Villette , major du château , pour se venger de ce jugement, publie une ordonnance qui casse et annule la sentence par laquelle le lieutenant - général avait obligé le lieutenant Sorel à rendre ses comptes, fait défense à la Compagnie du Papeguay , sous peine de deux cents livres d'amende, d'exiger des comptes , et cite les douze anciens et les douze députés à comparaître devant lui. La Compagnie tient bon et se pourvoit devant le Parlement de Rouen, qui lui donne gain de cause par un arrêt du 20 août 1733.

11 n'était pas encore temps, pour la Compagnie du Papeguay, de proclamer la victoire. La lutte ne faisait que changer de terrain ; du jardin du tir elle passait dans l'arène judiciaire. La poudre à tirer allait être remplacée par la poudre à sécher les écritures des gens de loi. Mais ces sortes de combats ne sont ni moins chers , ni moins longs que les autres. La procédure a ses guerres de sept ans , de trente ans , voire de cent ans.

Moins éprouvée que certains plaideurs , la Compagnie du Papeguay en fut quitte pour une campagne de onze ans.

Interrompus depuis l'année ij33 , ses exercices recommencèrent le 21 juin 1744. Cette longue période de repos obligatoire ne paraît pas avoir eu de fâcheuse influence sur l'habileté des tireurs. En effet , moins d'un mois après l'ouverture du concours du papeguay, l'oiseau de l'arquebuse fut abattu le 26 juillet 1744, par un certain Marin Le Lièvre , de la paroisse St-Pierre de Caen. Le fait mérite d'être cité , car il était rare que le papeguay fût abattu dès les premiers jours du concours ; il y avait même des années où il bravait les balles des membres les plus adroits de la Compagnie(i).

A peine recommencés en 1744, les exercices du tir de l'arquebuse durent être de nouveau inter-

(n • Le dimanche 26 juillet 1744, le sieur Marin Le Lièvre, ■ de la paroisse St-Pierre de Caen, a abattu le papeguay du « fusil sur les dix heures du matin , ledit jeu ayant été interdit ( depuis l'année 1733, et n'ayant point été abattu depuis l'année " 1731 qu'un nommé Le Baron avait abattu l'oiseau. » Note manuscrite qu'on nous a communiquée et dont nous ne connaissons pas l'origine. Elle émane évidemment d'un contemporain , peutêtre même de l'auteur anonyme du Journal d'un bourgeois de Caen.

rompus ; car il résulte d'une lettre du marquis de Mathan (1) que le comte de Coigny , gouverneur des ville et château de Caen, rétablit en 1746 « la Compagnie des arquebusiers, ditte du Papeguay. » Des émeutes causées par la cherté du blé avaient- elles de nouveau jeté le trouble dans la ville? Il est permis de le supposer, puisqu'en 1740 il y eut une disette si importante que les boulangers refusèrent de se conformer à la très ancienne coutume qui leur faisait un devoir de donner à leurs pratiques le gâteau des Rois. L'année suivante , même scandale . suivi d'un grand charivari qui dura plusieurs jours et obligea les boulangers a réclamer la protection du lieutenant de police (2).

Quoi qu'il en soit, ce que nous avons à retenir

(1) Copie de la lettre de M. de Mathan du o septembre 777.9 à M. le chevalier de Canchy , major des ville et château de Caen , concernant la Compagnie du Papeguay. Cette copie manuscrite, dans laquelle nous allons puiser de précieux renseignements, se trouve à la suite de l'imprimé suivant, qui appartient à la Bibliothèque de Caen : Règlement pour la composition et le service de la milice bourgeoise de Caen , donné par Sa Majesté, à Versailles, le 27 mars 1-80.

(2) Xous empruntons ces détails à une note manuscrite , qu'on nous a communiquée et dont nous ne connaissons pas l'origine. Elle émane peut-être, comme nous l'avons dit plus haut, de l'auteur du Journal d'un bourgeois de Caen.

de ces petits événements, c'est, avant tout, la réorganisation de la Compagnie du Papeguay en

Cette année là en effet, au mois de juin, les membres de la Compagnie du Papeguay présentèrent au comte de Coigny de nouveaux statuts et règlements , qui ne différaient des anciens , rédigés en 1687, que par l'introduction des trois articles suivants :

Article 26 : « Nul ne sera reçu dorénavant de « ladite compagnie qu'il ne prenne l'habit et cha- « peau uniforme, qui est un habit rouge avec « double rang de boutons d'argent jusqu'à la « poche et le chapeau bordé d'argent de gallon « de largeur à la mousquetaire avec une cocarde « blanche et ne se conforme à laditte compagnie, « et qu'il ne paye en se faisant recevoir la somme « de douze sols en outre celle taxée pour la réw ception. »

Article 27 : « Et comme il a esté délibéré le « 18e jour du mois de février 1745 que chaque « arquebusier payera la somme de douze sols « pour satisfaire aux frais d'embellissement et « plantation faite dans le lieu où l'on tire le papeu guay de l'arquebuse et qu'il pourroit arriver qu'il « y auroit quelque arquebusier qui n'y auroit « pas satisfait, il sera tenu le premier dimanche

« du mois de may , avant que de tirer sur le « papeguay, de payer laditte somme de douze « sols es mains dudit receveur controlleur en « outre les deux sols d'enjeu, sans quoy il sera 1 privé de tirer sur ledit papeguay jusqu'à ce qu'il « ait payé laditte somme , ainsi que ceux qui se « feront recevoir par la suitte dans ladite com- » pagnie , et si à l'avenir il arrivoit quelque conu testation dans ladite compagnie , soit pour les « comptes d'icelle, même ceux de la confrairie , « et généralement pour tout ce qui regarde la- « dite compagnie , elles seroient portées devant m les officiers commandants qui feront assembler « les douze anciens, par eux choisis, pour en • juger , et en cas que lesd. officiers comk mandants ne pussent régler les parties, la « contestation sera portée devant Monsieur le « Gouverneur et, en son absence, par celuy « qui commendera , pour en juger en dernier « ressort conformément au certificat cy devant « datte. ■

Article 28 : « Comme il arrive que quelques « arquebusiers, malgré les remontrances et même « les deffenses faites par l'officier commandant, ■ tirent pendant la marche de la compagnie , « celui desdits arquebusiers qui sera pris sur le « fait payera es mains dudit receveur controlleur

« vingt sols d'amende en outre son enjeu aupau ravant que de tirer sur l'oiseau. »

Ces nouveaux statuts furent approuvés le 16 avril par le comte de Coigny , et, le 14 mai suivant, par les maire et éehevins de la ville de Caen. La Compagnie, en se reconstituant, avait eu la précaution d'écrire dans l'article 27 des dispositions préventives, destinées à rendre impossible le retour d'un conflit pareil à celui qui avait interrompu pendant dix ans ses exercices. Elle avait en même temps conservé ses anciens chefs, le capitaine de Saint-Hilaire, le lieutenant Sorel , et même le sieur Le Battard , receveur, si gravement compromis dans les affaires du mois d'août 1733, comme si elle eût voulu jeter un voile sur de pénibles divisions, et, pleine de confiance dans l'avenir, oublier les fautes réciproques du passé.

Il n'y avait qu'une ombre à cette riante perspective. Et ce nuage était comme le point noir à l'horizon qui semble menacer l'existence même des institutions vieillies. Les gouvernements, qui se meurent , ne sauraient en effet trouver un regain de vie dans une constitution fraîchement écrite , et les corporations , qui ont fait leur temps , ne sauraient non plus se retremper dans l'encre avec laquelle elles rédigent de nouveaux statuts.

L'institution du papeguay était née d'une idée patriotique; elle devait, par la logique même des choses, mourir d'une pensée égoïste. Après avoir, à l'origine, montré un grand zèle pour la défense de leurs foyers, les arquebusiers de Caen, au lieu de solliciter , comme leurs aïeux , l'honneur de marcher à l'ennemi , s'habituèrent peu à peu , dans le courant du XVIIIe siècle, à ne voir dans l'organisation de leur confrérie militaire qu'un moyen de se soustraire au service de la milice. En 1746, dans l'année même où ils rédigèrent et firent autoriser leurs nouveaux statuts , ils élevèrent la prétention de former une compagnie distincte , exempte des gardes, revues et autres charges auxquelles la milice était assujettie. Mêmes réclamations en 1748 et en iy58, et mêmes refus de l'autorité militaire , qui repoussa énergiquement leurs prétentions.

« C'est à tort, écrivait en 1779 M. de Ma- « than (;) au Major du château de Caen , qui le « consultait probablement sur de nouvelles préci tentions delà Compagnie du Papeguay, c'est à « tort que MM. les officiers des arquebusiers et « les dits arquebusiers renouvellent des préten- * tions non écoutées en 1746 et pendant la guerre

(1) Lettre inédite, déjà citée.

* de 1746 et 1748, et proscrites en 1758 par feu « Mgr le Maréchal de Coigny, d'après les avis et « lettres de Mr le Marquis de Mathan qui pensait « alors comme à présent que l'on ne peut accorder « aux arquebusiers du papeguay aucune distinc- « tion ny prérogative de service militaire dans la « ville de Caen , n'ayant pas été établie pour cet « objet, mais seulement pour fournir aux Bour- « geois de le ville de Caen les moyens de s'exercer « à bien tirer aux arquebuses et depuis au fusil.

« Les dits Bourgeois qui la composent ne « peuvent avoir nulle prérogative sur ceux de la « milice bourgeoise dont ils font eux-mêmes « partie, comme le dit en 1778 le marquis de « Mathan à Mgr le Maréchal d'Harcourt et à « M. le Duc de Coigny à Paris. La constitution « et le bon esprit de la milice bourgeoise de « Caen , formant un bon régiment ou bataillon, « souffriroit si on accordoit telle préférence et « que l'on mît en concurrence par des préroga- « tives une compagnie qui ne fut et n'est pas mi- « litaire , et dont les membres sont assujettis à « servir, dans les compagnies de la milice bour- « geoise de Caen, sous les ordres des officiers de « de la ditte milice...

« D'après cet exposé, le Marquis de Mathan '< croit qu'on ne doit nullement écouter le renou-

a vellement des prétentions de MM. les arque- « busiers de la ville de Caen, que l'on doit suivre « les anciens usages établis pour le bien du service du Roy dans la ville de Caen. C'est par ce « moyen qu'on a établi et maintenu la subordination , l'union et un bon esprit parmy tous les . Bourgeois, aisés ou non, qui composent le « Régiment de la milice bourgeoise de Caen , 1 dont MM. les arquebusiers devront se faire honneur d'être membres , sans vouloir s'en ■ séparer. !»

La fin de cette lettre semble indiquer qu'en essayant de se séparer de la milice, certains membres de la Compagnie du papeguay ne voulaient pas seulement se soustraire à un service qui gênait leur indolence ; on devine chez eux un mobile encore moins noble , un misérable sentiment d'orgueil, qui les portait à mépriser des compagnons d'armes d'une condition inférieure (1). Les gens peu aisés faisaient en effet partie de la milice, et les notables de la bourgeoisie, souffrant de ce voisinage , auraient désiré transformer la Compagnie du Papeguay en une sorte de troupe

11) Voir, pages 68 et 69 de cette étude, l'exemple que nous donnons d'un orgueil , tout aussi condamnable , chez les notables de Saint-Lo.

d'élite, où ils n'auraient plus été exposés à coudoyer, dans les mêmes rangs, les pauvres diables qu'ils méprisaient.

Un noble, M. de Mathan , dans sa lettre à M. de Canchy , Major du château de Caen , donna à ces vaniteux de la bourgeoisie une bonne leçon de modestie. Mais il leur rappela en vain que le métier des armes relève les plus humbles par le prestige des services rendus et des dangers partagés ; il leur dit en vain qu'ils auraient dû « se faire honneur d'être membres » de la milice de Caen; nos arque busiers obstinés restèrent insensibles à une argumentation qui avait pour base les plus louables sentiments de confraternité. Repoussés la veille ils présentèrent le lendemain la même requête , sous une autre forme.

Le croirait- on I ces mêmes bourgeois, qui auraient rougi de porter le mousquet dans les rangs d'un régiment où figuraient de modestes artisans , ces parvenus boursoufflés , pour se constituer en compagnie distincte , d'élite , suivant eux, trouvèrent tout naturel de demandera un ministre, comme une faveur, de faire un service de guet, un service de police! Impossible de mieux marquer la distance qui sépare la morgue de la fierté. Qu'on en juge

par ce mémoire, présenté à Monseigneur le comte de Vergennes (i).

« Monseigneur ,

« Les officiers et arquebusiers de la Compa- « gnie Royale de l'arquebuse de la ville de Caé'n « ont l'honneur de vous représenter le désir qu'ils « ont de pouvoir être utile à l'État et à leurs « concitoyens , en contribuant par leur vigilence , « leur activité et le service qu'ils sollicitent de « faire, au maintien de la police et sûreté de leur « Ville.

« Les désordres publics et clandestins, qui se « commettent journellement, ne font qu'aug- « menter et restent malheureusement souvent « impunis à cause de la difficulté de pouvoir « connoître et arrêter les coupables, malgré les « précautions continuelles prises et ordonnées « par les juges et officiers de la police , cavaliers « de maréchaussée et autres.

« Les Patrouilles de la Garnison ne peuvent « procurer les secours nécessaires qu'on doit es- « pérer de l'exactitude de leur service ; parce « que le soldat ne connoissant pas parfaitement

(i) Copie d'un Mémoire présenté à Monseigneur le comte de Vergennes, Ministre et Secrétaire d'Etat, pour la Province de Normandie. Pièce non datée ; Archives du Calvados.

« le local de la Ville, il arrive trop souvent que « le coupable prêt a être saisi leur échappe en se « sauvant par des allées et passages qui leur sont « inconnus.

« Ces inconvénients ne subsisteront plus en « authorisant les officiers et arquebusiers à « veiller continuellement à la sûreté de leur « ville comme cela se pratique dans plusieurs « villes du Royaume , et particulièrement à « Rouen. Les compagnies d'arquebusiers ayant été h établies pour la deffence des villes en temps de « Guerre ne peuvent être employées plus utilc- « ment en temps de paix.

« Les cent vingt arquebusiers qui composent « cette compagnie, étant tous Citoyens et domi- « ciliés , ont un avantage particulier pour proie curer et maintenir le bon ordre public. Etablis « dans différents quartiers de la ville et en con- « noissant parfaitement le local , ils ont plus de n facilité que qui que ce soit pour arrêter ceux « qui commettent habituellement quelque dé-

« sordre Daignez, Monseigneur, avoir égard

a aux justes motifs qui font l'objet de nos sollici- « tations, et nous obtenir des bontés de Sa Mail jesté un ordre nécessaire pour servir de Gué « dans la ville Caen et ses faubourgs, arrêter « tous Brigands , mauvais sujets et malfaiteurs,

u et les constituer Prisonniers en prisons Royales u de cette ville »

Au moment où les arquebusiers de la Compagnie du Papeguay écrivaient cette singulière requête, ils n'étaient plus que cent vingt, tandis que , trente ou quarante ans auparavant , ils comptaient cinq cents membres inscrits sur leurs rôles. La désorganisation matérielle suivait donc de près la décadence morale. Puisqu'ils n'avaient rien tant à cœur que de se détacher de la milice , les arquebusiers de Caen auraient eu cependant, vers cette époque , une belle occasion de se faire pardonner leurs idées séparatistes.

En effet, dans les dix années qui précédèrent la Révolution, on s'occupa sérieusement, dans beaucoup de villes, des moyens d'organiser des corps militaires chargés de combattre les incendies. Dès l'année 1782, Vire possédait une compagnie de pompiers commandée par les officiers municipaux. Ceux-ci, pour faciliter le recrutement de -leurs hommes, proposèrent même à M. de Feydeau , intendant de la province , la modification suivante à l'un des articles du règlement concernant les milices bourgeoises. « Dans les « villes, écrivaient-ils (1), où il y aura déjà une

(1) Correspondance entre MM. de Feydeau, intendant, De-

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