‹ Les compagnies du papeguayChapitre 9 sur 16 · ISI · texte numérisé non relu

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« compagnie de pompiers toute formée, elle con- « tinuera d'être aux ordres des maire et échevins « comme ci-devant, et aucuns de ceux qui seront « attachés à ces compagnies ne pourront être « compris dans le nombre des habitants qui « doivent composer celles de la milice bour- « geoise , ni forcés de prendre les armes dans « aucunes circonstances tant qu'ils seront atta- « chés à ladite compagnie. »

L'exemple donné par la petite ville de Vire aurait été bon à suivre ; car son importante voisine , Caen, ne possédait alors qu'un effectif de huit hommes pour le service de deux pompes à incendie (i). Jamais circonstance plus favorable ne dut s'offrir aux membres de la Compagnie du Papeguay pour se reconstituer sur de nouvelles bases. Eurent-ils l'adresse d'en profiter et trouvèrent-ils encore dans les traditions de patriotisme de leur antique association assez de zèle pour essayer de se rendre utiles? Aucun document ne le prouve. A partir de 1785 (2), on ne rencontre plus de trace du papeguay dans les

mortreux, subdélégué, et les maire et échevins de la ville de Vire.— Archives du Calvados. Milice bourgeoise, ville de Vire,

(1) Opuscules normands, par Barthélémy Pont; p. 32.

(2) A cette date, on trouve encore le nom de 34 arquebusiers.

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registres de l'ancien Hôtel- de-Ville de Caen, et sa fin est entourée de la même obscurité que son origine.

Mourut-il de langueur ou fut-il supprimé violemment par le décret de l'Assemblée nationale?

0 ne saurait le dire. Ce qu'il y a de certain, c'est que la Compagnie du Papeguay , qui figurait habituellement dans les cérémonies publiques, ne fut représentée par aucun de ses membres lors du séjour de Louis XVI à Caen en 1786. A son entrée dans la ville, le 26 juin, le Roi n'avait pour escorte que des soldats du régiment d'Artois. « On vit , dans le même instant , dit un journal « du temps (1) , cinquante jeunes gens de la ville , « et qui s'étaient réduits à ce nombre, se présenter

1 devant leur Roi. Ils étaient rangés sur deux « lignes; leurs habillemens uniformes étaient en « blanc , avec paremens , revers et écharpes de • taffetas bleu; leurs chapeaux étaient ornés d'un « panache , ils tenaient chacun une branche de « laurier. L'un d'eux présenta au Roi une couce ronne de laurier dans laquelle serpentait l'im- « mortelle. »

Ainsi, à cette date, l'uniforme des arquebusiers

(0 Affiches, annonces et avis divers de la Basse-Normandie, n° du 2 juillet 1786.

cédait la place à des costumes de fantaisie , et l'ancien appareil militaire était délaissé pour une mise en scène allégorique. Qu'était donc devenue la Compagnie du PapeguayPSi elle s'abstenait de paraître en armes dans les fêtes publiques , continuait-elle au moins ses exercices du tir à l'oiseau , soit avec l'arc et l'arbalète , soit avec l'arquebuse? Nous l'ignorons.

En l'absence de documents , qui existent peutêtre , mais dont nous n'avons pas eu connaissance, nous ne pouvons que faire des conjectures sur les circonstances qui entourèrent la fin de l'institution du papeguay à Caen. Ailleurs , dans la plupart des villes, pour se conformer au décret de l'Assemblée nationale , les compagnies de l'arquebuse , de l'arc ou de l'arbalète, firent leurs adieux à la vie au milieu des fêtes de la Fédération du 14 juillet 1790 , comme si elles eussent voulu s'ensevelir pompeusement au son des musiques militaires et au bruit des décharges de l'artillerie. Après avoir prêté le serment sur l'autel de la patrie , dressé dans un champ ou sur une place publique , les compagnies , précédées du clergé qui chantait des psaumes , se rendaient dans l'église principale de la ville. Leurs drapeaux étaient alors suspendus aux quatre piliers les plus rapprochés du chœur. On les déposait ainsi « en

signe de fraternité » et en s'engageant « à ne plus faire un corps séparé dans un Etat libre, d'où toutes les corporations doivent disparaître. • Puis, le sacrifice consommé, on chantait un Te Deum , le maire répétait par trois fois avec les assistants : Vive la nation! Vive la loi! Vive le roi ! et le cortège quittait l'église pour reconduire à la mairie le corps municipal (i).

Dans les villes où les Compagnies du Papeguay refusèrent de se conformer au décret de l'Assemblée nationale , qui voulait qu'elles suspendissent leurs drapeaux sous la voûte de la principale église, il paraîtrait que le peuple se chargea quelquefois de la besogne à sa manière, comme à Pont-de-Vaux , où il brûla en 1792 les enseignes des chevaliers de l'arquebuse et de l'arc (2).

A Caen , nous ne voyons pas qu'il y ait eu ni drapeaux brûlés , ni drapeaux suspendus à la voûte des églises. Nous avons, en effet , cherché en vain quelque trace de la Compagnie du Papeguay dans le Procès-verbal de la Confédération des gardes nationales et troupes de ligne du dé-

(1) Histoire de la ville de Montdidier , par Victor de Beauvill^; t. 1 , p. 35o. .

(2) Les Sociétés badines, bachiques, chantantes et littérairet , par Arthur Dinaux; t. I , p, 60.

parlement du Calvados , du Ier juillet 1790 (1). Il n'y est nullement question des anciennes corporations militaires ; d'où nous pouvons conclure , jusqu'à preuve contraire , que la Compagnie du Papeguay de Caen avait cessé d'exister avant cette époque.

Il est fort probable que , dès le commencement de la Révolution, les corps irréguliers, qui prirent naissance avec les premiers troubles de l'année 1789, attirèrent dans leurs rangs les éléments aristocratiques et démocratiques qui composaient la Compagnie du Papeguay et n'attendaient depuis longtemps qu'une occasion pour se séparer.

Ce fut d'abord, le 18 juillet 1789, la prise du château de Caen par le peuple. « En peu d'heures, « dit un récit du temps (2), la jeunesse fut assem- « blée ; plus de huit cens hommes , impatiens de « courage et d'amour pour la chose publique, se « sont portés vers le château , avec beaucoup « d'ordre, mais sans armes. On a sommé le major ■;■ qui le commandoit de délivrer celles qu'il avoit

(1) In-40 de 24 pages, imprimé à Caen chez G. Le Roy, 1790.

(2) Révolution de Caen , capitale de la Basse-Normandie , ou Récit exact de ce qui s'est passé dans cette capitale , et particulièrement de la prise de la Forteresse. Juillet. — De l'imprimerie de Cellot, 1789. In-8" de 7 pages.

« en magasin; deux cents fusils seulement ont

« été accordés. Des épées, des sabres, que chacun

« s'est efforcé de se procurer , ont armé le reste

« de ces braves gens, dévoués à la chose com-

« mune, et tous ensemble ont marché vers S.

« Jean, où ils savoient trouver M. le comte de

« Faudoas , maire de la ville. On lui a présenté

< un très-beau bouquet et une branche de lau-

« rier, symbole de la pureté de leurs intentions ,

« et de la fermeté, de la gloire de leur résolution.

« Le comte de Faudoas a reçu ces présens avec

« l'expression du sentiment le plus vif. On l'a

« prié de vouloir bien prendre le commandement

« de cette troupe patriote; il a accepté encore

« avec les marques de la joie, du plaisir sincère,

« et d'un dévouement entier... Il est sorti l'épée

« à la main , accompagné de M. d'Argouge , et il

« s'est mis à la tête de toute eette jeunesse , qui

« s'est rangée sur deux lignes. La musique du

« régiment de Bourbon ouvroit la marche....

« On a marché vers le Château... Une seconde

« fois on a sommé le major de rendre la place sur

« l'heure, en lui annonçant qu'on alloit lui livrer

c l'assaut s'il résistoit plus longtemps, et que sa tête

« seroit le prix du sang qu'il alloit faire répandre.

« Mais bientôt les ponts ont été rabattus , on est

« entré en bon ordre, le major a remis les clefs,

« on a chassé le régiment de la Reine et incor- « pore dans l'armée bourgeoise le régiment de « Bourbon ; on a donné à chaque soldat la co- « carde du Tiers-Etat; tous l'ont reçue avec de « grands cris de vive le Tiers-Etat ! et de vive la « nation ! On a laissé une forte garde dans le t château, et le reste s'est retiré, s'étant bien « armé dans les magasins de l'arsenal. Le peuple « étant armé de toutes pièces , on en a vu plu- « sieurs troupes se porter les jours suivans à des « expéditions différentes. »

Ainsi se forma, aux premiers jours de la Révolution , à côté de la milice bourgeoise, devenue la milice nationale, un corps indépendant, irrégulier , qui prit bientôt le nom de volontaires nationaux. Ils étaient déjà connus sous ce nom lors de la triste affaire du meurtre de Belzunce ; car voici ce qu'on lit dans la Relation de ce qui s'est passe' à Caen la nuit du 11 au 12 août 1789 (1) : « M. de Belsunce entraîné par sa géné- « rosité , séduit peut-être par quelque espoir, « crut qu'un seul devoit se sacrifier pour tous : « il accepta les deux otages , se fit ouvrir la grille « et se remit entre les mains des volontaires. « Nous devons dire à leur louange qu'ils le cou-

(1) Lisicux, de l'imprimerie de Mistral, 1789. In-40 de 16 pages.

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« vrirent de leurs corps et de leurs armes, qu'ils i parèrent les coups multipliés qu'on vouloit lui * porter. Ils ne purent empêcher cependant qu'il « ne fût blesse à la jambe et à la tête , mais « légèrement. »

Acceptés d'abord par l'opinion publique à cause des services qu'ils avaient rendus, les volontaires nationaux essayèrent de régulariser leur situation en se faisant reconnaître des autorités civiles et militaires. Ils voulurent même y ajouter une sorte de consécration religieuse en demandant au clergé de bénir leurs étendards. Celui-ci y consentit, mais laissa voir, dans le discours (i) qui fut prononcé pendant la cérémonie , que cette force populaire , organisée militairement, n'était pas sans lui inspirer quelque défiance.

« Après avoir si bien mérité de la patrie , disait « l'orateur à la fin de son discours , il est beau , « Messieurs, dans l'âge le plus bouillant, et dans « le Corps le plus libre et le plus indépendant, « de pouvoir encore ajouter à votre gloire celle « démontrer, par votre exemple, à toutes les

(i) Discours prononce dans VEglise de l'Abbaye Royale de Saint - Etienne de Caen , le dimanche i3 septembre jj8q, lors de la Bénédiction des Etendards de MM. les Volontaires Nationaux ; par Dom Mesnilgrand, Prieur de la même \bbaye. — Caen, Le Roy; 111-4° de 4 pages.

« classes sociales, que la subordination est l'amie « de l'égalité, qu'elle est l'âme de la liberté. »

Ce premier sentiment de défiance , exprimé dans la chaire de l'Abbaye de St-Etienne le i3 septembre , dut rapidement se répandre audehors ; car, peu de temps après, nous voyons les Volontaires - Nationaux, menacés dans leur existence, faire un pressant appel à l'opinion publique qui les avait condamnés par un vote défavorable.

« Instruits des manœuvres et des intrigues que « l'on forme contre nous , écrivaient-ils dans un « mémoire (i), persuadés qu'elles ne peuvent a être dirigées que par des gens mal-intentionnés ; « persuadés en outre qu'ayant fait le plus généa reux des sacrifices pour le salut et la traquillité « de notre ville , il n'est plus en notre pouvoir <* d'en faire un dernier qui nous dégraderoit cer- « tainement aux yeux mêmes de nos Concitoyens; u invitons les bons, les honnêtes Patriotes à exa- « miner avec nous quels sont les motifs qui dé- « terminent nos ennemis à se déchaîner si for- « tement contre notre constitution et à vouloir « nous forcer d'abandonner des Étendards , que « nous n'avons consacrés que pour la défense de

(i) Aux citoyens. Caen, Le Roy ; in-4s de 12 pages.

« nos Concitoyens avec l'autorisation de la Ville « entière... »

Ce préambule est suivi d'un long plaidoyer, qui se termine lui-même par des certificats émanant du Comité général-national de la ville de Caen, du Comité des subsistances, du bureau militaire, du bureau de police générale. Tous ces comités et bureaux attestent, à peu près dans les mêmes termes , qu'on ne saurait « rendre trop « de justice au zèle , à l'activité et à l'ordre « du service des Volontaires-Nationaux , tant « à pied qu'à cheval , tant pour la police in- « térieure , sûreté et tranquillité de la ville , * que pour les approvisionnemens des halles , a pour lesquels ils ont fait toutes les courses « nécessaires chez les cultivateurs, propriétaires " et fermiers... »

Si de tels certificats de bonne conduite réussirent à calmer l'opinion alarmée , les Volontaires- Nationaux ne profitèrent pas longtemps du bill d'indemnité qui aurait suivi l'apaisement des esprits. Car ils furent bientôt obligés de se fondre dans les rangs de la garde nationale, régularisée par la loi du 14 octobre 1 791 . On peut donc assurer qu'à cette date sonna l'heure suprême de l'institution du papeguay. Ceux de ses membres, qui avaient contribué à former

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le corps irrégulicr des Volontaires-Nationaux. , durent, ce jour-là, sortir définitivement des compagnies privilégiées pour se ranger sous le drapeau du service obligatoire.

Le temps des exercices était passé. Il s'agissait maintenant de défendre le territoire contre l'étranger et de prendre pour cibles vivantes les armées de la coalition. Vinrent ensuite les interminables guerres de l'Empire. Le chansonnier national nous a dit comment on tirait alors quatre fois l'an au blanc. Ce n'était pas le moment de songer à reconstituer de nouvelles compagnies de tireurs sur l'ancien modèle des confréries du papeguay.

Il y eut cependant dans quelques villes, même pendant l'empire, des tentatives heureuses. Ainsi la compagnie de l'Arc de Montdidier reprit le cours de ses exercices dès le mois d'août de l'année 1800; mais elle n'était guère composée que de vieillards, anciens chevaliers du bon temps du papeguay (1). Les jeunes étaient à l'armée. Ce fut seulement pendant la longue période de paix de la Restauration et du Gouvernement de Juillet qu'on vit apparaître , dans les départements du

(1) Histoire de la ville de Montdidier , par V. de Beauvillé; tome II , p. 373.

Nord de la France (1), de nouvelles confréries d'arbalétriers et d'archers. Le choix même des armes indique bien que ces sociétés se proposaient moins de former de bons tireurs pour le service de l'armée, que de fournir aux associés des occasions de se distraire en montrant leur adresse.

Nous ne voyons pas que les villes de Normandie , et Caen particulièrement , aient essayé de suivre l'exemple que leur donnaient les Flandres françaises. D'un caractère plus froid , plus positif, les habitants de Caen n'auraient pas cru nécessaire de faire renaître de ses cendres une institution démodée, s'ils ne lui avaient reconnu un but utile et pratique. Cette idée ne pouvait leur venir et ne leur vint en effet qu'après les désastres de l'Année terrible. Il leur sembla alors que la patrie ne devait pas s'exposer à une nouvelle surprise, et que , dans les loisirs même de la paix, il fallait songer à lui préparer des défenseurs sé-

(1) Ce n'est pas seulement dans la Flandre française , et aans les villes qui l'avoisinent , que les Sociétés d'archers et d'arbalétriers se sont maintenues jusqu'à nos jours. Elles fleurissent encore en Belgique. Ainsi, en 1S4.3, on voit la reine Victoria et le prince Albert honorer de leur visite les archers de Bruges, et s'inscrire comme membres de leur Société. — Voir les Sociétés badines, d'Arthur Dinaux; tome II, p. 207 et suiv.

rieux. Comme la confrérie du papeguay, son ancêtre , la Société de tir de Caen , fondée en 1877 , est donc née d'une pensée patriotique ; elle aurait le droit d'emprunter, et même de s'approprier la devise qui ornait l'étendard d'une des anciennes compagnies de l'Arquebuse: Cives et milites, citoyens et soldais !

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