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tagne, où je mViiPovelirai dans nno rotraito ahsolno, loin du bruit, loin du inonde!
» Mon Dieu ! que je voudrais donc pouvoir rendre ù ces hommes qui m’ont volé mou honneur et le bonheur de ma vie torture pour toi dure ! Oh ! les infâmes !
» Mon Dieu! mon Dieu! vais-je donc devenir fou? i
M. de Froidefond m’a pris à part tout à l’heure. Chacune de ses paroles est entrée au fond de mon cœur comme une lame d’acier rougie. C’est après le souper, ce souper traditionnel des provinces reculées, qui a lieu à huit heures et se termine à neuf. Jeanne, sur un signe de son père, s’est retirée et est montée dans su chambre. Nous sommes demeurés au coin du feu, le baron et moi, dans cette vieille salle à maneer où sont appendus les portraits de la branche cadette (ie ma famille.
» — Marquis, m’a dit brusquement M. de Froidefond, quel âge as-tu?
» — Trente-deux ans* mon oncle.
» — Tu as mangé ton patrimoine? . !
» — A peu près... j
» — Et tu us failli être déshérité par ton oncle, le baron de Lacy? ,
» — Hélas! ^
» — Ah ! jeunesse ! a-t-il murmuré avec indulgence ; folle jeunesse!
» Et comme je le regardais avec un certain étonnement : — Cependant, a-t-il ajouté, tu es uu brave et loyal garçon.
» Je regardais le baron et ne savais où il voulait eu venir.
,» — Marquis, reprit-il, as-tu jamais songé à te marier?
» — Mon oncle... balbutiai-je en tressaillant.
» — C’est la fin obligée de tout homme de bien : c’est l’acte qui réconcilie les folies de la jeunesse avec les austères principes de l’âge niùr. Tu auras du chevalier soixante mille livres de rente ; il faut chercher une femme qui t’en apporte autant. L’égalité des fortunes est une garantie de bonheur à venir. Qu’en dis-tu?
» Je courbai le front en frémissant.
» — Mon pauvre ami, continua le baron avec le ton indulgentct paternel des vieillanls, j’ai soixante-dix ans... et j’ai chèrement acquis cette clairvoyante expérience qui permet de lire au fond des cœurs...
» Je frissonnai et une sueur glacée perla soudain à mon front.
» — Je t’apporte, comme les Rt)mains qui dénonçaient les hostilités, la paix ou la guerre dans uu pli de mon manteau... T.a guerre, c’est un congé, uu cheval tout sellé que tu enfourcheras demain an malin. La paix, c’est e mariage.
» — Mais, nio" oncle...
» — Ma clairvoyance ne m’a point fait défaut, continua le baron, et j’ai acquis la certitude que Jeanne commençait à t’aimer...
» Je devins aussi pâle que le marbre d’une statue.
» — Si tu veux faire le bonheur de mon enfant, sois mon fils et reste ; si ton cœur est ailleurs, pjirs sur-lechamp ; peut-être que le mal n’esl point encore sans remède. ,
» Et le baron m’a laissé, voulant me donner la nuit pour réfléchir. .. Réfléchir ! ! ! Ah ! je ne sais qu’une chose< c’est que Jeanne m’aime... c’est que je l’adore...
» J’ai passé la nuit à prier. Je me suis souvenu de mon enfance, de cette enfance pieuse et calme passée au sein de cette famille si nombreuse alors, presque éteinte aujourd’hui. Je me suis rappelé ma sainte mère et nioii aïeul, le vieux garde du corps, me disant : « Mets-toi à genoux, mon enfant, et prie Dieu qu’il te garde toujours loyal et pur de toute souillure... » Je me suis souvenu des prières (Ju’ils m’enseignèrent; le sceptique s’est évanoui... j’ai cru... j’ai prié... J’ai demandé à Dieu si humblement le pardon de mes crimes que Dieu me pardonnera et ne défendra point de m’unir à cet ange qu’on nomme Jeanne...
» Je ne partirai pas !
» Je viens d’aborder mon oncle et lui ai dit :
» — J’aime mademoiselle Jeanne de Froidcfont, ma cousine, et je viens vous demander sa main.
» Ma voix tremblait dans ma gorge tandis que je prononçais ces mots, car il me semblait que l’ombre du général de Ruvigny se dressait devant moi.
» Le baron a poussé un cri de joie.
» — Mon fils ! Tel a été le seul mot qu’il a prononcé , tant son émotion était grande.
» J’épouserai Jeanne... Jeanne, l’ange au front pur, l'épouse de Contran le meurtrier! Infamie! Et cependant je l’aime, ob! je l’aime... comme jamais femme ne fut aimée... Dieu lu’a.pardonué sans doute.
» Nous partons dans huit jours pour Paris. Notre union aura lieu dans les premiers jours de novembre, et nous voici au 10 octobre.
» Aujourd’hui le ciel est noir, le soleil a disparu, l’automne fait place à l’hiver, et dans les grands bois qui entourent Vibray passe et murmure sourdement un vent qui vient de la mer et qui est lugubre.
)) Les spectacles de la nature ont toujours vivement irapressionnA mon organisation morale et pliysiijue. Je n’aime pas l’hiver et je regarde cette saison comme l’époque fatale par excellence. Tons les malheurs de ma vie me sont advenus pendant l’iiiver, un jour de froid noir. C’est par un matin de hroiiillurd que j’ai tué le général; c’est en hiver que j’ai rencontré Léona, en hiver qu’elle ih’a abandonné. Le jour où ^I. de Verne est mort, ^ le ciel est devenu gris avant huit heures du matin.
» Les jours de soleil, au contraire, l’été, j’ai été heureux. Ma première épaulette me fut donnée au mois d’août; le roi Charles X m’a décoré de sa main en plein mois de mai.
» Voici l’hiver... et ce sera pendant l’hiver, en novembre, le mois noirf que je serai marié...
» Il me semble qu’une affreuse Catastrophe m’attend au seuil du bonheur. J’ai peur du colonel et de ses complices... ses complices et les miens! Ob' dussé-je les tuer jusqu’au dernier, il faudra bien qu’ils se taisent... il faudra que Jeanne soit heureuse. »
.•) novembre.
« Les mois, les jours ont pa.ssé. Je vais sortir du logement de gaiçun que j’habite rue du Ilelder, pour n’y
rentrer que l’époux de Joaniie. Nous serons mariés aujourd’hui à onze heures, à la mairie du dixième arrondissement et à midi à Sain t-Thomas-d’ Aquin.
» Depuis un mois que je suis à Paris, je n’ai vu personne de la terrible associalion. Le colonel a changé de logement. On ignore où il est; les autres ne sont pas à Paris. D’Asti habite les Portes et chasse avec Emmanuel, qui est fixé à Montgory avec sa fi^mine; Mort-Dieu est en Italie; Hector Lemblin est en Afrique. Allons! Dieu m’a pardonné... il veut que je sois heureux.
» Ce soir, M. de Froidefond donnera un bal. Demain au soir, nous partirons, Jeanne et moi, pour l’Espagne, où nous passerons Fhiver.
» Mon cœur bat... Jeanne, Jeanne, je t’aime. »