CHAPITRE III
Complications au niveau des organes des sens
I I. A>r. — ^ II. Œil. — % III. Oreille. — l l\. Vulve.
Ces complications sont manifestement dues à des infections secondaires. Le catarrlie morbilleux des muqueuses nasales et oculaires, celui de la trompe d'Eustache prépare le terrain, pour l'ensemencement des niicrohes septiques. Ces localisations morbides nouvelles peuvent se montrer à l'état isolé, et compromettre plus ou moins gravement les fonctions des organes frappés; leur pronostic dans ces circonstances, est donc lié à la profondeur et à la gravité de l'inflammation ; ou bien elles sont confondues dans un ensemble symptomatique grave, et ne sont plus qu'un épisode des phénomènes septiques généralisés.
J'ai examiné au point de vue de la bactériologie de ces complications, en 1892 et 1893, un certain nombre d'enfants à l'hôpital des Enfants malades, dans le service de M. le pn^fesseur Grancher, puis de M. Descroizilles, pendant les va-
vacances(i). Sur les conjonctives entlammées j'ai obtenu le staphylocoque blanc et le streptocoque. Ce dernier s'est remontré exclusivement dans les observations de complications i^raves, avec participation de la cornée ; au contraiie, les staphylocoques blancs, s'observaient dans les conjonctivites mucopuridentes subaiç^-nes, sans lésions graves de l'œil.
Dans les rhinites, je n'ai guère relevé que le steptocoque associé quelquefois à un bacille, très voisin d'aspect du bacille diphtérique et dont j'ai parlé ailleurs (2) ; et à un coccus blanc-rosé dans ses cultures sur gélose.
I I. Conjzas. — On observe quelquefois, en dehors de la diphtérie, dans le décours de la rougeole, des coryzas suraigus, qui se montrent soit seuls, soit plus souvent associés à des angines, à des bronchopneumonies et à d'autres manifestations locales ou générales de septicémie. Tantôt ils se manifestent par un écoulement purulent, tantôt par un suintement permanent et abondant, d'une sérosité quelquefois teintée de sang. Cette dernière forme est beaucoup plus septique.
Le nez extérieurement est tuméfié, les narines à leur ouverture sont Ut siège de rougeurs et d'érosions qu'on retrouve sur la lèvre supérieure. La muqueuse nasale est gonflée, rouge, elle est le siège d'érosions et, quelquefois, on y aperçoit des dépôts pseudomembraneux.
(1^ Voir les résultats de ces recherches dans unecomniunication que j'ai faite à la Soc. Méd. des Hôpitaux. 1897. (2). Ibid.
Il8 COMPLICATIONS DE LA ROUGEOLE
Au bout de quelques jours, les phénomènes inflammatoires s'éteignent et la guérison s'établit, à moins que des accidents septiques d'un autre ordre n'emportent le malade — bronchopneumonie.
Quelquefois ces coryzas, chez les scrofuleux, sont le point de départ d'une ozenne, avec toutes les conséquences g-raves de celle-ci.
La nature septique de ces rhinites nécessite naturellement un traitement antiseptique énerg-ique.
^ II. Complications oculaires. — Elles sont variables : les unes sont bénignes, les autres, au contraire, s'accompagnent de la fonte de l'œil qui survient parfois avec une foudroyante rapidité.
La conjonctivite^ mucopurulente, peut siéger sur un seul œil, mais la plupart du temps les deux yeux sont inoculés soit primitivement, soit secondairement. Elle a alors une marche aiguë, ou au contraire une allure traînante, désespérante par sa ténacité. Ce qui fait la gravité de cette forme, c'est la participation possible de la cornée au processus inflammatoire, et la formation d'ulcérations pouvant amener des taies consécutives ou des perforations. Quelquefois il y a inoculation septique de milieux intérieurs de l'œil et fonte purulente de cet organe.
Une forme dont j'ai vu un exemple, semble être due moins à une conjonctivite purulente proprement dite, qu'à une sorte de phlegmon septique des paupières et de l'œil lui-même. Ici, ce qui domine, c'est le g(jnflement de la région oculaire; il n'y a que peu ou pas de sécrétion purulente quand on arrive à entrouvir les paupières. Celles-ci sont infiltrées,
rigides. La cornée se dépolit presque eu même temps, et, en 36 henres, l'œil se vide. L'affection fut unilatérale. C'est dans ce cas que l'examen bactériolog-ique révèle la présence du streptocoque seul et en grande abandance.
J'ajoute que, dans les cas examinés par moi, le streptocoque existait toujours lorsque la cornée était prise.
M. Galezowski (Rev. des maladies de l'enfance, 1888) a décrit une forme de kératoconjonctivite qu'il rattache au germe morbilleux lui-même. Elle se montrerait au déclin de l'éruption. Dans quelques cas elle apparaît i5 à 20 jours avant les prodromes, et pourrait même constituer la seule manifestation de la maladie, en particulier chez les sujets qui ont déjà eu antérieurement la rougeole. La lésion consiste dans une kératoconjonctivite phlycténulaire : les phlyctènes siègent sur la cornée et sur le limbe kérotoconjonctival.
^ IIL Otites. — Les otites sont moins fréquentes à la suite de la rougeole qu'à la suite de la scarlatine, d'après Henoch ; cependant on en observe souvent des exemples à riiôpital, chez les sujets qui ont présenté de l'angine, ou qui en étaient atteints antérieurement à leur rougeole. Les tumeurs adénoïdes du pharynx sont également une cause prédisposante.
C'est au moment de la convalescence que le plus souvent l'otite apparaît, annoncée par des signes variables : élévation de température, douleurs auriculaires, symptômes méningés, etc. Rapidement le tympan se perfore, à moins qu'on ne ponctionne la caisse ; et il s'écoule un pus séreux ou hémorrha-
gique, qui ne tarde pas à prendre une mauvaise odeur. L'otite peut être uni ou bilatérale.
De même que les conjonctivites, les otites peuvent avoir une marche traînante et Totorrhée durer des mois, malgré les soins les plus minutieux. Chez les sujets scrofuleux elle peut s'accompag-ner de mastoidite, de carie du rocher, et des accidents qui sont la conséquence de celle-ci. Dans tous les cas, la surdité uni ou bilatérale peut en être la suite. Elle peut être ég-alement la conséquence pure et simple du catarrhe de la trompe : c'est un point de diag-nostic que l'on doit toujours élucider.
Quelquefois l'otite se limite au conduit auditif externe : dans ce cas le caisse et le tympan sont indemnes, et la surdité n'est pas à redouter ; à moins qu'on ne laisse la membrane du tympan se macérer dans le pus stagnant, auquel cas la perforation se fait de dehors en dedans, et l'infection de la caisse est secondaire.
I IV. Viilvite. — II est bon chez certaines malades, lympathiques de préférence, de ne pas négliger les soins locaux à la vulve atteinte de catarrhe morbilleux. Il se développe, en effet, quelquefois consécutivement à celui-ci, des inflammations de la vulve qui amènent des écoulements purulents, des érosions, des ulcérations, quelquefois un certain degré de vaginite.
Le traitement local antiseptique doit prévenir ces complications, qui étaient beaucoup plus graves autrefois, ainsi que nous le verrons à l'article gangrène. La gangrène de la vulve s'observait en effet quelquefois.