CHAPITRE IV
Complications cutanées
Ce sont des infections accidentelles de la peau, dues aux microbes septiques, s'inoculant sur place et ayant leur évolution propre selon la lésion ; ou bien ce sont des érvthèmes infectieux, symptomatiques d^une septicémie, et dont l'importance clinique est subordonnée à celle-ci. Dans tous les cas, on conçoit que l'importance pronostique de Tune ou de l'autre variété soit bien différente.
On peut observer sur les parties cutanées qui avoisinent les muqueuses, lorsque celles-ci sont le siège des complications dont nous avons parlé plus haut, des lésions inflammatoires dues à l'inoculation des microbes septiques sous l'influence des écoulements mucopurulents qui suintent des muqueuses : au pourtour des narines, sur la lèvre supérieure, quelquefois dans les stomatites §-raves, sur la face externe de la lèvre inférieure. Quelquefois des plaques de lymphang-ite réticulaire peuvent se développer, en particulier, au pourtour de l'œil, et faire croire à un érysipèle. Celuici peut se montrer, il est vrai, mais avec ses
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caractères propres, envahissants. Dans un cas de ce §"enre, il excitait une plaque rouçe, sans bourrelet à l'ang-le externe d'un œil ; je n'ai pu mettre en évidence par Fensemencement que du staphylocoque blanc.
D'autres fois, il s'agit d'une forme subaiçuë ou chronique d'infection purulente, qui se traduit par des éruption à^s furoncles ^ ou parle développement d'abcès cutanés^ sous-cutanés ou rarement profonds. Ils siègent de préférence au cuir chevelu, sur le cou, ou sur les membres (Sauné, D. Encycl. p. (\o\ art. Rougeole). Leur marche est tantôt aiguë, tantôt plus lente. Bref on a sous les yeux cette forme atténuée d'infection purulente qu'on observe souvent chez les petits enfants cachectiques, ou à la suite des troubles gastrointestinaux. On est obligé d'ouvrir ces abcès, ce qui en raison de leur multiplicité et de l'âge des enfants, constitue une complication fort pénible. Exceptionnellement les malades succombent à la septicémie.
Nous n'insisterons pas sur le traitement dont l'antisepsie externe et interne fait la base.
Klûpfel (i), Steiner, (2) Lôschner (3), Henoch (4), ont signalé la coexistence du pemphi' (/as ai(/ii, ayant débuté quelquefois avant l'éruption. C'est là encore un exemple de ces coïncidences accidentelles d'infection que nous avons eu
(1) Hirsch. Virchow. Jahresbericht. 1875. II. 517.
(2) Jahrb. fir Kinderh. 1874. VII. p. 350.
(3) Ibid. VII. p. 43.
(4) Berlin, klin. Wochcnsch. 1882. N» 13.
déjà si souvent l'occasion de signaler, et pour lesquelles on ne peut établir de loi générale. Le seul intérêt pratique de ces cas, est le fait de la fréquence de la bronchopneumonie terminale.
L'impétigo, l'echtyma rentrent dans le même cadre d'affections concommittantes. Il est important de signaler dans ces circonstances la fréquence des plaques cutanées gangreneuses. C'est un fait sur lequel nous reviendrons en parlant de la gangrène. (Voyez ce mot).
Les ér y thèmes infectieux (i) ne sont pas fréquents à la suite de la rougeole. A peine signalés par les auteurs, ils ont été étudiés par M. Hutinel et ses élèves, principalement dans leurs rapports avec la septicémie dont nous avons parlé plus haut, et à laquelle ils se rattachent étroitement : comme d'ailleurs les affections cutanées que nous venons de passer en revue.
Mais ici ces rapports sont encore plus intéressants à connaître pour le médecin, parce que ces érythèmes ne se montrent guère que dans les septicémies graves ou mortelles.
Leur nature paramorbilleuse est démontrée par ce fait qu'on les voit surtout se montrer dans les salles de morbilleux par épidémies, et coexister avec des bronchopneumonies graves, suraiguës, ou avec des septicémies avec lésions buccopharyngé#s ou autres : nasales, auriculaires, intestinales. On a également relevé dans leur étiologie l'encombre-
<1) Hutinel. Archives génér. de médecine. 189*2. Sept, et Octobre.
ment des salles, Tabseiice de désinfection depuis quelque temps.
L'érythème suit de près l'éruption, de deux à huit jours, quelquefois davantag-e : ceci est à noter, car le pronostic est d'autant plus grave, que l'infection septique suit de plus près la rougeole.
L'éruption est en est général polymorphe ; on a a observé du purpura (Henoch. Hutinel). Elle siège sur les avant-l)ras, sur les bras, sur les coudes, aux genoux, aux fesses, sur la face interne des cuisses sous forme de macules ou de plaques rouges violacées ou ecchymotiques, arrondies ou poly cycliques, quelquefois papuleuses. Elle se fait en une poussée ou bien elle récidive à quelques jours de distance : elle est limitée aux parties citées plus haut ou généralisée.
Les symptômes généraux sont d'une observation d'autant plus nette qu'ils ne sont pas masqués par les signes d'une bronchopneumonie concomittante.
La température s'élève ; le pouls est accéléré, mais sa petitesse est un indice de la faiblesse des contractions cardiaques. Le faciès ressemble tout à fait à celui des malades dans la septicémie. Les urines sont rares, albumineuses : les extrémités cyanosées, froides, et le malade s'éteint dans un état de dépression [)rofondc. La mort est hâtée par l'existence de la bronchopneumonie ; lorsque celle-ci est absente, l'attention est tenue en éveil par une série de rechutes et d'améliorations successives qui aboutissent cependant à une terminaison fatale.
A Tautopsie, on ne trouve g-uère de lésions caractéristiques, si ce n'est des lésions infectieuse diffuses : foie gras, anémié, avec des nodules infectieux embryonnaires à épithelium trouble ; plaques de Peyer tuméfiées ; sang noir, poisseux ; lencocytose modérée.
La pathogénie de ces cas, douteuse encore si on ne considérait que les résultats de Texamen bactériologique du sang ou de la peau au niveau des plaques cutanées, ou du foie au niveau des nodules infectieux, examen nég-atif toujours, la pathogénie, disons-nous, s'éclaire par l'examen du mucus bronchique, et des exsudats bucopharyngés, nasaux, etc. La présence d'un streptocoque ultravirulent dans ces cas (Hutinel), permet l'hypothèse d'une septicémie dont la porte d'entrée ^st précisément au niveau de ces lésions.
On ne confondra pas ces éruptions avec une rechute de la rougeole, avec une éruption de scarlatine. La comparaison, entre eux, des symptômes associés, doit être toujours la base du jugement du médecin en pareille circonstance.
La prophylaxie, le traitement découlent naturellement des idées qui viennent d'être développées au sujet de la pathogénie. L'antisepsie rio'oureuse des muqueuses, la propreté et l'aération des salles, etc., en sont les principaux éléments.