CHAPITRE PREMIER
Diphtérie. — Etiologie : contagion, épidémies, fréquence, âge, époques de l'année. — Caractères cliniques. — Diphtérie polymicrobienne.— Croup diphtérique. — Pronostic. — Prophylaxie.
Diphtérie
La fréquence de la diphtérie, à la suite de la rougeole, dépend des éventualités de contagion auxquelles peuvent être exposés les malades. C'est pourquoi, en dehors des épidémies contemporaines de rougeole et de diphtérie sévissant dans le même
temps et dans Je même lieu, c'est dans les services nosocomiaiix qu'on observe le plus souvent cette redoutable complication.
Cependant, en dehors de cette influence non douteuse, il faut savoir que la coexistence d'épidémies de rougeole et de diphtérie a été observée quelquefois. P. Renault, dans sa thèse, cite les épidémies de Bonn en i83o, de Genève en i832, et celles du district de Beri^heim en 1887 et en i838, dans lesquelles les cas de diphtérie postmorbilleuse furent d'une fréquence inusitée.
Mais ces réserves faites, on peut dire que le plus souvent c'est par contag"ion directe ou indirecte que la diphtérie atteint les rougeoleux.
Le bacille diphtérique trouve en effet un terrain très propice à son éclosion. Le catarrhe, dont les muqueuses sont le sièg-e du fait de la rougeole, réalise les conditions expérimentales qui rendent opportun le développement du bacille. Dans certains cas, l'apparition de la diphtérie ne peut s'expliquer que par une aatoinfection due à la préexistence dans la bouche de bacilles, inertes jusque-là dans les conditions normales de résistance de la muqueuse. Ce n'est donc pas une exag-ération pour le médecin de se préoccuper de l'existence antérieure, dans l'entourage du malade, d'une angine à fausses membranes.
A cette prédisposition créée par la rougeole seule, il convient d'ajouter la fréquence dans celle-ci des affections streptococcicpies ou autres de l'arbre respiratoire. Il y a dans ce fait également un appel pour le développement de la diphtérie, et
COMPLICATIONS DK LA UOUGLOLL I G,')
spécialement pour le développement de formes mixtes, dont la ^f^ravité n'est pas à démontrer.
A côté de ces prédispositions que le malade offre du fait de la roug-eole, et qui constituent les conditions de terrain^ il en est d'autres qui tiennent aux conditions d'hygiène dans lesquelles il est soig-né.
Or, à ce point de vue, tous lés auteurs qui ont écrit avant l'isolement des malades nosocomiaux, sont unanimes à montrer l'extrême fréquence de la diphtérie dans les hôpitaux, sa rareté dans le même temps chez les malades soignés en ville. Les statistiques sont naturellement fort disseml)lables, elles varient de i sur lo (Barthez) à i sur 5 (Rauchfùss), i sur 4 (Béclère). Sur 247 cas de diphtérie secondaire, M. Sanné (p. 353, Traité de la diphtérie) en trouve 137 consécutifs à la rougeole, c'est-à-dire plus de la moitié. (Voir les notes plus loin.)
La diphtérie a son maximum de fréquence à l'âge où la rougeole elle-même est le plus souvent observée, de deux à quatre ans.
Voici la statistique dressée par P. Renault :
De I à 2 ans 9