‹ Les complications nerveuses de la rougeoleChapitre 10 sur 36 · I. — FORME APOPLECTIQUE · texte numérisé non relu

I. — FORME APOPLECTIQUE

C’est la forme la plus grave des encéphalites morbilleuses, dont l’évolution suraigué se termine fréquemment par la mort. Elle éclate subitement au cours ou à la fin d’une rougeole. Le début est brutal, dramatique même; il se fait par une forte hyperthermie, accompagnée de somnolence, d’autres fois c’est une céphalée atroce avec délire; très souvent on note des convulsions répétées. L'évolution en est extrêmement rapide et en l’espace de quelques heures l'enfant entre dans le coma, coma complet, profond,

qui constitue toujours l'essentiel du tableau clinique et parfois à lui seul toute la symptomatologie. La rapidité de l’évolution ne laisse, dans les formes typiques, aucun temps à l'apparition d’une localisation quelconque et la mort se produit en quelques heures, deux à trois jours au maximum, sans que le malade ait repris connaissance.

OBSERVATION I (Mie Riom)

X..., 10 ans, A.H. et A.P. un seul fait à signaler: un frère mort à 2 ans de méningite.

Le 11 juin 1933, l'enfant présente une éruption typique de rougeole qui évolue normalement pendant deux jours. Dans la nuit du 12 au 13, il gémit, s'agite, puis tombe dans un état de torpeur. Un médecin consulté porte le diagonstic de rougeole avec broncho-pneumonie et réaction méningée. La température évolue en plateau à 40°. L'enfant ne sort pas de sa somnolence, des crises convulsives se manifestent, il est amené à l'hôpital le 13 juin dans un état comateux. Il repose inerte dans son lit, sa respiration est suspirieuse, son pouls rapide. On ne trouve aucun signe clinique de réaction méningée, la nuque est ballante, pas de signe de Kernig. Les réflexes achilléens sont faibles, les rotuliens abolis. Il existe un signe de Babinsky douteux à droite, mais très net à gauche; de ce côté on note de la trépidation spinale; réaction des pupilles normale. Pas d’inégalité pupillaire, mais un ptosis à droite. La P.L. montre un liquide clair contenant 33 lymphocytes par champ.

La température, qui était de 38°8 à l'entrée, monte à 40°, 41°. Le coma s’accentue; quelques mouvements convulsifs

apparaissent; pouls et respiration s’accélèrent, et l'enfant meurt le lendemain de son entrée.

OBSERVATION II (MM. A. LEMIERRE et P. GABRIEL)

Me T.., 30 ans, atteinte de rougeole d'apparence bénigne

depuis le 17 mars, est amenée à l'hôpital Claude-Bernard pour # un état comateux apparu brusquement le 23 mars.

Dans ses antécédents, rien à signaler, aucun trouble psychique.

Le matin du septième jour, elle fit un accès de délire aigu aboutissant rapidement au coma.

A l'entrée, le 23 dans l'après-midi, la malade est étendue sans connaissance, les yeux clos, immobile, la respiration stertoreuse, entrecoupée de gémissements, présentant par moments quelques mouvements de carphologie; les téguments sont recouverts d’une éruption généralisée; la température est à 39°3. Deux éléments frappent dès le premier coup d'œil: un érythème morbilleux, un état comateux.

L’éruption est manifestement celle dune rougeole très intense, qui prend aux membres supérieurs et aux jambes un caractère nettement purpurique. L'examen de la bouche montre l’absence de taches de Kôplik.

Le coma, bien que marqué, n’est pas complet. La sensibilité n’est pas complètement abolie, la piqüre provoquant un mouvement de retrait du membre touché.

On fait un examen neurologique complet : il n’y a pas de paralysie. Les réflexes tendineux sont normaux, exception faite de l’abolition des deux achilléens.

Il existe une légère raideur de la nuque, mais aucune raideur du tronc, ni des membres; il n’y a pas de signe de Kernig, ni de Brudzinsky.

Une ponction lombaire ramène un liquide louche.

Le 24 mars, l’état s’est aggravé, température à 40°8 ; l’éruption a légèrement pâli; le coma s’est accentué, la malade ne réagissant plus à aucune excitation.

Toute raideur de la nuque a disparu, la flaccidité est absolue.

Nouvelle ponction lombaire qui ramène un liquide louche, analogue à celui de la veille. |

La mort survient dans la soirée, à 22 h. 15, moins de 36 heures après le début des troubles délirants. |

Examen de laboratoire: L.C.R., première ponction: liquide d'aspect louche.

Polynucléaires : 37 %.

Lymphocytes : 53 %.

Moyens mono : 10 %.

Polynucléaires non altérés.

Deuxième ponction: liquide louche.

Polynucléaires : 27 %.

Lymphocytes : 37 %.

Grands mono : 2 Ÿ.

Moyens mono : 34 %.

Les polynucléaires sont altéres.

Les ensemencements sur gélose ascite sont restés négatifs. Les innoculations de L.C.R. au cobaye et dans l’encéphale d’un singe sont demeurées négatives.

Autopsie: Lésions diffuses, quelques suffusions hémorragiques. Microscopiquement, les lésions observées, en majeure partie dans la substance blanche, sont essentiellement constituées par: 1° des infiltrats périvasculaires; 2° des nodules infectieux ; 3° des zones de désintégration.

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