‹ Les complications nerveuses de la rougeoleChapitre 11 sur 36 · II. — LES FORMES DISSÉMINÉES OU AIGUËS GÉNÉRALISÉES · texte numérisé non relu

II. — LES FORMES DISSÉMINÉES OU AIGUËS GÉNÉRALISÉES

Le début est moins brutal que dans la forme précédente, les signes cliniques étant cependant les mêmes. Mais l’hyperthermie est moins élevée, la céphalée et le délire moins violents, la somnolence moins profonde. Les convulsions sont plus rares et peuvent même faire complètement défaut. Cette

forme évolue en général vers la guérison, mais il faut noter la fréquence particulière des séquelles psychiques. Dans d’autres cas, le tableau de la forme aiguë généralisée n’est que le premier stade d’une encéphalite, qui se localisera ultérieurement sur une région bien spécialisée du cerveau.

OBSERVATION III (FoRD)

W. E.., 6 ans, amenée à l'hôpital le cinquième jour d’une rougeole, qui a débuté normalement. Le troisième jour, l’enfant est en très mauvais état et crie toute la nuit. Le matin du quatrième jour, convulsions généralisées, stupeur qui va en augmentant. À l'entrée, éruption typique de rougeole, enfant somnolente, qui n’est réveillée que pour peu d’instants. Pas de raideur de la nuque, ni de signe de Kernig. Ponction lombaire, qui donne un L.C.R. sous une fôfte pression, réaction de Pandy +, Wa négatif, 130 cellules toutes mononucléaires, les cultures sont négatives. Température élevée les premières nuits, puis amélioration rapide; le neuvième jour, le L.C.R. donne 23 cellules, globulines faiblement augmentées ; le onzième jour, L.C.R.: 8 cellules, globulines normales. Guérison complète, qui se maintient trois semaines après et un an.

Voici une observation où l'atteinte cérébrale se traduit uniquement par de la somnolence accompagnée d’hyperthermie, qui va en s’accentuant jusqu’à la mort.

OBSERVATION IV (D' BEUTTER)

Enfant de vingt mois sans aucun antécédent héréditaire ni collatéral, née à terme au cours d’un accouchement normal.

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Le 26 avril 1929 apparaît un exanthème morbilleux typique. Le 11 mai, l'éruption a complètement disparu, mais la fièvre reste élevée et l’état général mauvais.

Le 21 mai, le docteur BEUTTER est appelé en consultation. Depuis quelques jours, l'enfant présente une tendance de plus en plus marquée à la somnolence; elle pleure lorsqu'on lui touche la tête, bien qu’il n'existe aucun signe de complication auriculaire. Il n'existe ni diplopie, ni myalgie, ni myoclonie. On fait des injections d’uroformine, du vaccin de Minet par suite d’une respiration légèrement soufflante.

Cependant, bien que les phénomènes pulmonaires restent minimes, la situation ne s'améliore pas. Un abcès de fixation tenté le 27 mai prend mal. La somnolence augmente de plus en plus: des lypothymies et des pertes de connaissances surviennent. Décès le 3 juin.

Voici une forme aigué ayant abouti à des séquelles psychiques, qui paraissent définitives.

OBSERVATION V (Forp)

S. R.., enfant de 5 ans, atteint de rougeole qui paraît guérie depuis trois jours. Le quatrième jour de la convalescence, il est pris subitement de convulsions et tombe dans un profond coma. Fièvre. Il souffrait auparavant de maux de tête durant une petite période précédant l'attaque. A l'examen, pratiqué quatre heures après les convulsions, l’état semblait tellement alarmant que la fin semblait proche. L'enfant, plongé dans une profonde torpeur, était fortement cyanosé. Secousses musculaires prédominant dans l’hémiface droite et le bras droit. Pas de raideur de la nuque, ni de Kernig, ni de Brudzinsky. Babinsky légèrement + à droite, les autres réflexes sont normaux. Nystagmus vers la gauche. Pupilles dilatées, ne réagissant pas à la lumière. Œdème pulmonaire, respiration de Cheyne-Stockes.

La ponction lombaire pratiquée aussitôt donne issue à un

liquide céphalo-rachidien normal. Le lendemain, nette amélioration. La température est revenue à la normale et l'enfant a repris connaissance. Cette amélioration dure peu. Trente-six heures après, la température remonte et l'enfant tombe de nouveau dans un profond coma.

# Le 6 mai, P.L. qui donne 30 cc. de liquide clair, quinze mononucléaires, légère augmentation des protéines et forte augmentation du sucre (84,2 centigr.). Examen et culture négatifs.

En deux ou trois jours, l'aspect clinique change. L’intelligence de l'enfant semble avoir disparu, ses yeux ont un éclat sans vie et sans âme. Remuant constamment, il réagit violemment contre les essais faits pour le maintenir. Négativisme, refuse de se nourrir. Sauf un cri encéphalique, il ne parle pas. Petite fièvre irrégulière. Quelques jours après apparaissent de nouvelles complications. Attaques fréquentes de petit mal, durant deux semaines. La perte de l'intelligence diminue, les attaques de petit mal sont moins fréquentes. Il commence à s'intéresser à son entourage et réclame la présence de sa mère. En même temps, il commence à parler. Au point de vue mental, l'amélioration s'arrête et son état reste inchangé pendant les mois suivants. Au dernier examen, physiquement rien d’anormal, mais l'enfant a une mentalité vraiment diminuée. Sans intelligence apparente, il persiste cependant quelques associations de mémoire. I] chante de temps en temps un refrain, toujours le mêine, appelle sa mère ou son père. Ses paroles sont limitées à quelques mots ou phrases, d’ailleurs pronocées indistinctement. Il n’a pas l’air de comprendre ce que l’on dit, ne paraît pas capable de distinguer les objets. A différentes reprises, réapparition du petit mal. L'état mental paraît définitif.

En résumé: début extrêmement brutal comme dans la forme apoplectique qui dure peu et paraît devoir guérir sans suites importantes; rechute avec coma,

qui, au lieu de guérir comme la première fois, prend une allure chronique, qui se traduit par des troubles

mentaux persistants.

OBSERVATION VI (Thèse Riom)

G.. Vvette, 7 ans, nous est adressée par M. J. HUTINEL, qui a bien voulu nous résumer son histoire. Cette enfant, sans le moindre antécédent morbide, est prise brusquement, en décembre 1927, à la suite de la rougeole, de troubles nerveux complexes : céphalée, vomissements faciles, démarche à type cérébelleux, ultérieurement strabisme, engouement, quadriplégie, douleurs localisées au côté droit, modifications du caractère, qui est devenu méchant. Tous les examens spéciaux, qu’ils aient porté sur le fond d'œil, sur le liquide céphalorachidien ou sur l'aspect radiographique du crâne, sont restés négatifs.

Etat actuel: Les symptômes principaux sont d'ordre moteur : paralysie flasque généralisée, intéressant la nuque (aussi la tête est-elle ballante), les muscles du tronc, mais surtout les membres inférieurs; démarche titubante, ébrieuse; signe de Romberg; dysmétrie du membre supérieur gauche; peutêtre aussi crises comitiales.

Réflexes: diminution des réflexes rotuliens, contrastant avec la conservation des réflexes achilléens et la présence d’un double signe de Babinski.

Bulbaire : dysphagie, engouement, strabisme interne de l'œil droit, mydryase, nystagmus oblique en haut et à droite; parésie faciale gauche du type périphérique.

Psychique : modifications du caractère.

Généraux : tendance à l'obésité.

Six mois après, vers le 15 juillet, l'enfant a perdu l’usage de la parole. Quelques mois plus tard, la céphalée a repris très vive, la tétraplégie est devenue douloureuse, la température est montée à 41°6 et l'enfant est morte dans les premiers Jours d’août.

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