PRES
Première ponction : liquide trouble contenant 208 lymphocytes par millimètre cube (6 % poly et 94 % lymphocytes), 0,75 d’albumine ;
Deuxième ponction : liquide clair contenant 395 leucocytes (5 %, poly et 95 % lymphocytes) 0,80 d’albumine ;
Trosième ponction : liquide clair contenant 670 lymphocytes par millimètre cube, 0,40 d’albumine, pas de microbes, innoculation au cobaye négative.
OBSERVATION XX (MM. V. de LAVERGNE et H. ACCOYER)
Un sujet de 21 ans entre à l’hôpital le 12 mai pour une rougeole typique. Il n’y a rien à retenir dans ses antécédents héréditaires ni personnels (oreillons simples à 6 ans). Il présente une rougeole assez sévère; pendant 48 heures, la température se maintient à 40°6 - 40°8. L'’éruption est intense, légèrement purpurique en certains endroits; bronchite généralisée. Le 14, la température est en baïsse; le 15, elle est à 37°5 le matin et le soir ; les signes de bronchite sont très atténués. Or, pendant la journée du 15 et la nuit suivante, le malade présente un peu de délire du type onirique, avec quelques hallucinations et un léger degré de désorientation. Le 16 au matin, il se plaint de céphalée, et on constate une très légère contracture des muscles de la nuque, sans Kernig. Le liquide céphalo-rachidien est normal (2 lymphocytes, 0,15 d’albumine). L’urée sanguine est à 0,40 gr.
Dans l’après-midi, assez brusquement, le sujet tombe dans un coma complet, sans signes prémonitoires. Contracture musculaire intense et généralisée; réflexes tendineux vifs ; pupilles en mydriase réagissant normalement à la lumière ; réflexes cutanés abolis, sauf le cutané plantaire qui se fait en
flexion; pas de troubles respiratoires; pouls régulier à 80 pour une température remontée à 30°.
Le liquide céphalo-rachidien, normal le matin, est maintenant excessivement trouble, puriforme; pression : 35 en position couchée.
Polynucléose absolue ; leucocytes non altérés. Albumine 3 grammes. Glucose : traces. Chlorures : 6 gr. 55.
Pas de germes à l'examen direct et après culture.
Dans le courant de la nuit, le malade sort progressivement du coma. Le 17 au matin, il est tout à fait présent et répond normalement. La contracture est moins marquée; signes méningés très accusés; pas de troubles sphinctériens. Le liquide est aussi trouble que la veille, mais renferme 15 % de mononucléaires. Un examen minutieux ne révèle ni otite, ni sinusite ÿ rien du côté des yeux.
L'état s'améliore ensuite très rapidement. La température tombe à la normale en 48 heures. Le 18, le liquide toujours trouble, ne renferme plus que 1 gramme d’albumine ; le glucose est revenu à un taux normal; polynucléaires et mononucléaires à parties égales et 10 % de lymphocytes.
Les jours suivants, la réaction cellulaire diminue progressivement, les polynucléaires disparaissent les premiers.
Le 25 mai, soit moins de 10 jours après le début de la complication, le liquide est normal et la guérison complète.
Dans cette observation, nous relevons plusieurs points que l’on retrouve rarement, notamment dans l'étude du liquide céphalo-rachidien. La formule cytologique est unique, tout au moins celle de la deuxième ponction; en effet, il n’a pas encore été signalé de polynucléose absolue dans les complications nerveuses post-morbilleuses. Au fur et à mesure de l’évolution, les mononucléaires ont augmenté au dépens des polvnucléaires ; notons aussi l’aglycorachie.
OBSERVATION XXI (Puic)
Enfant de 8 ans; le 12 janvier 1931, l'enfant vomit; 38°5, nuque un peu raide. Le 14, signes nets de méningite avec raideur de la nuque, Kernig, céphalée. P.L. qui donne un liquide clair contenant 50 à 60 leucocytes par millimètre cube, surtout des polynucléaires intacts ; rares hématies, albumine : 0,45 gr.
Une nouvelle P.L. : 200 leucocytes (40 % de lymphocytes), rien à l'examen bactériologique.
Puis les signes s’amendent ; le 20, ils ont à peu près disparus, la température est presque normale.
Le 21, la température remonte, de même le lendemain, et
le 23, belle éruption de rougeole.
À remarquer l'apparition de la méningite avant l’exanthème qui en signe l’origine.
De ces observations nous pouvons dégager une description schématique générale de la méningite morbilleuse. |
La rougeole qui a précédé la méningite n'offre aucun caractère pathognomonique, permettant de prévoir à coup sûr la complication nerveuse. La période d’invasion est banale, sauf que parfois on a noté une céphalée particulièrement vive. L’éruption est d'intensité très variable et il serait vain d’établir un rapport entre l'intensité de l’exanthème et l’apparition de la méningite.
L'évolution semble se continuer normalement lorsque le quatrième ou cinquième jour se produit une nouvelle montée fébrile au lieu de la déferscence attendue. En même temps le malade se plaint de troubles qui attirent déjà l'attention sur le système ner-
veux. Le début se fait, en effet, souvent par des douleurs siégeant à la tête, à la nuque ou à la région lombaire. Puis le syndrome méningé proprement dit se constitue rapidement (de quelques heures à un ou deux jours), il a un caractère particulièrement violent et fnquiétant.
Le «trépied méningé » est souvent un peu boîteux. La céphalée est toujours intense et constitue un syndrome constant, la constipation est également relevée dans la plupart des observations. Cependant les vomissements du type cérébral et surtout les vomissements répétés, sont signalés moins souvent. On note quelques fois de la photophobie.
La température est élevée et souvent plus que pendant la période d’état de la rougeole. Le pouls est en général ralenti et l’on trouve une dissociation très nette entre la température et le pouls. D’autres fois il est nettement accéléré.
Parmi les signes physiques, la raideur de la nuque semble être le plus constant. Son évolution suit en général l’allure de la courbe thermique. Le signe de KERNIG, quoique fréquent, n’est pas toujours présent.
On signale des contractures étendues au tronc et même aux membres, de l’hyperesthésie cutanée.
Les réflexes tendineux sont en général exagérés, mais le réflexe plantaire est normal.
Les pupilles sont parfois inégales et les globes oculaires animés de nystagmus.
Quelquefois le malade présente de la rétention d'urine, mais ce n’est peut-être là que le symptôme unique d’une myélite concomittante,
Le syndrome méningé se présente donc avec des apparences dramatiques qui ne manquent pas de suggérer l’idée de la méningite tuberculeuse. Cependant en peu de jours l’évolution (trois à cinq jours en moyenne) va trancher le diagnostic. Brusquement la température baïsse, la céphalée disparaît, la nuque redevient souple et la guérison se fait rapidement. La convalescence elle-même est brève le plus souvent.