‹ Les complications nerveuses de la rougeoleChapitre 30 sur 36 · I. — THÉORIE OTOGÈNE DE RENAUD · texte numérisé non relu

I. — THÉORIE OTOGÈNE DE RENAUD

En 1923, le D' Maurice RENAUD présentait à la Société médicale des Hôpitaux un travail intitulé: « Remarques sur la fréquence et l'importance des lésions des oreilles et de l’encéphale dans les formes mortelles de la rougeole ». Il présenta sept cas de complications otitiques et encéphalitiques mortelles. L’autopsie montra des lésions suppuratives des oreilles avec foyers d’encéphalite; durant la vie, rien n'avait attiré l'attention sur l'appareil auriculaire et l’auteur admet que la plupart des encéphalites sont dues à une otite méconnue.

T1 n’est d’ailleurs pas indispensable que linflammation otitique se soit propagée sous forme suppurée aux méninges ou à l’encéphale. Dans une observation de MORQUIO, une otite suppurée bilatérale a suffi à simuler tous les symptômes d’une méningo-encéphalite grave, avec état comateux, prostration, convulsions répétées, intenses, généralisées et contracture permanente de la nuque et des membres. Une paracentèse des deux tympans, faite par acquit de cons-

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cience, en l'absence de tout signe vrai d'otite, suffit à dissiper presque instantanément tous les symptômes neurologiques.

I est certain que le diagnostic d’otite aiguë suppurée est beaucoup plus malaisé chez l'enfant que chez l'adulte; l’affection passera facilement inaperçue, si on ne la recherche pas systématiquement. On en retiendra, en tout cas, qu'en présence chez l'enfant d’une hyperthermie qui ne fait pas sa preuve, on devra faire systématiquement l’examen et parfois la paracenthèse des tympans.

Néanmoins, il existe des observations nombreuses et indisqtables d’encéphalites, où l'examen clinique le plus soigneux, et parfois même l’autopsie, n’ont pu déceler la moindre trace d'infection de l'oreille. La théorie de RENAUD est donc loin d'expliquer tous les faits. D'ailleurs l’otite est très souvent sans doute à l’origine d’un état encéphalique simplement congestif, qui ne mérite pas le nom d’encéphalite. Dans d’autres cas, & l’otite n’est qu’une coïncidence et l'existence de l’encéphalite, bénigne ou grave, une réalité ».

IT. — THÉORIE DUALISTE (Virus neurotrope surajouté à l'infection morbilleuse)

Cette théorie tend à admettre que toutes les encéphalites aiguës non suppurées, primitives ou secondaires, ont une origine unique et appartiendraient à l’encéphalite épidémique. Les auteurs ayant été frappés de la multiplication des infections nerveuses après

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la récente épidémie d’encéphalite léthargique, n’ont voulu voir, dans ces cas, qu’une forme aberrante de la maladie de Von EcoNoMo. A la suite d’une maladie infectieuse, telle que la rougeole, le virus neurotrope de l’encéphalite épidémique, existant normalement non virulent dans l’économie, s’exalterait et franchirait la barrière hémato-encéphalique à la faveur de ces infections; ces accidents ne seraient donc que des modalités transformées de l’encéphalite léthargique.

À vrai dire, on n’a apporté aucune preuve véritable à l’appui de cette conception. Il ne suffit pas de la simple coïncidence dans le temps pour affirmer l'identité de tableaux cliniques aussi disparates. N'oublions pas que déjà au x1x° siècle nous avons pu relever, dans la littérature médicale, de nombreuses complications nerveuses post-morbilleuses, alors qu’il n'était pas encore question d’encéphalite épidémique.

D'ailleurs, cette théorie oblige à admettre la présence dans l’organisme d’un virus neurotrope à l’état latent et aucune démonstration de cette présence n’a pu être donnée.

De plus, la clinique et l’anatomie pathologique sont d'accord pour différencier ces manifestations nerveuses. Arguments cliniques d'abord: le tableau clinique de l’encéphalite épidémique avec son hyperthermie, sa somnolence, ses phénomènes oculaires et ses séquelles graves du type parkinsonien est en Opposition avec la grande diversité des phénomènes neurologiques dans les encéphalo-myélites post-éruptives. Arguments anatomo-pathologiques ensuite : l’encé-

phalite appartient au groupe des polio-encéphalites, avec son atteinte élective de la substance grise (noyaux gris centraux}; l’encéphalo-myélite de la rougeole est, au contraire, essentiellement une leucoencéphalite, avec ses lésions périvasculaires, prédominantes dans la substance blanche.

D’autres ont rapproché certains cas de myélite (et même d’encéphalite) de la maladie de HEINE-MÉDIN. Le diagnostic différentiel est évidemment parfois difficile, lorsque la myélite de la rougeole donne lieu à une paralysie flasque du type périphérique; mais l’évolution ultérieure (notamment l'absence d’amyotrophieÿ permettent de différencier les deux affections. Par aïlleurs, la notion étiologique d’épidémie de poliomyélite fait le plus souvent défaut. En tout cas on ne peut admettre une identité de”nature basée sur une simple ressemblance symptomatique, qui n’est d’ailleurs pas évidente.

On a voulu aussi faire un rapprochement avec l’encéphalite herpétique, la sclérose en plaques, maïs les arguments ne sont pas plus convaincants.

Certains, LUST, DUFOURT, ont voulu attribuer toutes les encéphalites non suppurées à un virus commun inconnu. La grande diversité des tableaux cliniques, comme des constatations anatomo - pathologiques ne permet guère de placer toutes ces encéphalites sous une même étiquette étiologique. D'ailleurs, la tendance actuelle est de sortir peu à peu du cadre général des encéphalites certains cas qu’on classe comme suite indiscutable de maladies bien déterminées (rage, typhoïde, variole, etc.),

comme autrefois on parlait de fièvres muqueuses, de dothienentéries avant de connaître la typhoide, les paratyphoïdes, la dysenterie. Ceci nous amène à la théorie spécifique.

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