‹ Les complications orbitaires suppurées des sinusites fronto-ethmoïdo-sphénoïdalesChapitre 10 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Étiologie

Les sinusites sont dues à l’inflammation aiguë ou chronique de la muqueuse sinusale.

L'inflammation peut avoir des causes microbiennes ou traumatiques ; l'inflammation des sinusiles aiguës provoque une réaction vive caractérisée par l'hypertension avec tuméfaction douloureuse et une hypersécrétion qui, de muqueuse au début, devient par la suite muco-purulente ; l’inflammation des sinusites chroniques sé manifeste par des symptômes moindres quant à l'hypertension et à l’hypersécrétion ; mais elle à par contre pour résultat constant : de la prolifération cellulaire avec tendance à la formation de tissu conjonctif se traduisant par de l'épaississement.

Les causes de l’inflammation de la muqueuse peuvent être ramenées à deux groupes principaux :

1° LES CAUSES IMMÉDIATES OÙ DÉTERMINANTES. Elles sont spontanées ou microbiennes, dues soit à une destruction traumatique du tissu cellulaire ouvrant la porte aux microbes, soit à une prolifération anormale des germes

Res

pathogènes qui existent d’une façon constante au niveau des fosses nasales et des sinus, germes qui restent inoffensifs tant que leur virulence ne se trouve pas exaltée ; soit encore à une diminution de la résistance cellulaire provoquée par diverses causes prédisposantes ;

2° CAUSES PRÉDISPOSANTES : elles peuvent être extra ou intra-nasales.

a) Causes extra-nasales. — Ce sont les variations de climat ou de température, tout ce qui agit sur l’état général du sujet ou sur sa force de résistance, et notamment toutes les maladies infectieuses : rougeole et scarlatine chez les enfants, typhoïde et grippe chez les adultes ;

b) Causes intra-nasales. — Ce sont avant tout la gène ou la suppression de l'aération et du drainage des fosses nasales, la pullulation des germes et l’exaltation de leur virulence. Le coryza apparaît comme l'une des causes intra-nasales les plus importantes à un double point de vue : au point de vue infectieux car la muqueuse de tous les sinus participe à l’inflammation de la pituitaire, et au point de vue mécanique par ia gène de l'aération et de l'écoulement des sécrétions que provoque la turgescence de la pituitaire enflammée, gêne surtout sensible dans la région du méat moyen où débouchent presque tous les sinus et où s'écoulent leurs sécrétions. Si la cloison est déviée, et si la muqueuse congestionnée et turgescente obstrue ou seulement rétrécit notablement la fente olfactive, les cellules ethmoïdales postérieures et le sinus sphénoïdal n'auront plus qu'un drainage commun réduit et seront dès lors plus exposés à une infection. De même l'hypertrophie du cornet moyen aura pour résultat la fermeture au moins partielle de l’hiatus

semi-lunaire et par contre-coup compromettra le bon

PAR Ve

état des cellules ethmoïdales antérieures et du sinus frontal. L'hypertrophie d'une cellule ethmoïdale antérieure obstruant au moins en partie l'hiatus semi-lunaire, le développement de polypes dans le méat moyen provoqueront des résultats identiques. La vitalité et la résistance de la muqueuse qui baigne dans ces sécrétions diminue progressivement ; les produits de décomposition l'irritent et la rendent plus accessible à une infection aiguë. Cette infection va subsister à l’état chronique entre les poussées aiguës, provoquant une prolifération cellulaire du tissu conjonctif : rhinite hypertrophique du cornet moyen ou même formation de polypes qui gênent de plus en plus le drainage et l’aération et tendent à faire croître la maladie. C'est le cas de l’ethmoïdite polypeuse : l’etmoïdite provoque des polypes, les polypes entretiennent à leur tour la suppuration ethmoïdale, Signalons en passant que souvent la polypose est un des signes des sinusites et que, de plus, elle peutcontribuer à l'établissement d'une polysinusite ou d’une pansinusite.

Nous pouvons distinguer deux grandes classes de sinusites :

1° Des sinusiles dites spontanées ; 2° Des sinusites traumaliques.

Les sinusiles traumaliques ont connu pendant la guerre une fréquence exceptionnelle jamais encore observée, Elles étaient dues surtout à des projectiles anfractueux : éclats d’obus souillés qui apportaient avec eux des germes pathogènes. Cependant, des projectiles aseptiques tels que les balles ont également donné lieu à des phénomènes d'infection nécessitant une intervention chirurgicale. FRAENKEL à démontré que même dans des cavités

nasales supposées saines on trouverait toujours un cer-

lain nombre de bactéries, tels que le pneumocoque et le staphylocoque doré. La moindre effraction de la muqueuse est une voie de pénétration immédiatement ouverte à ces microbes. Avant la guerre, on avait également noté quelques sinusites traumatiques provoquées par des éclats de bois, de pierre, de ferraille. En rg11, VAN DEN WILDENBERG en a publié un cas consécutif à un vaste traumatisme de la paroi orbitaire. SCHMIEGELOW, en 1910, publia également un cas de traumastime frontal ayant provoqué une mucocèle du sinus frontal et des cellules ethmoïdales avec extension à l'orbite après des- : truction de la paroi orbitaire.

Il n'est pas obligatoire toutefois que le traumatisme provoque une effraction de la cavité sinusale pour qu'il en résulte un empyème sinusien compliqué de suppuration orbitaire. Une simple contusion sans aucune plaie peut être l’origine d’une sinusite ; on en retrouve la preuve dans un certain nombre d'observations dont certaines sont dues à des faits accidentels antérieurs à la guerre ; d’autres, au contraire, ont trait à des sinusites consécutives à des chocs sur la région frontale d’un éclat d’obus sans effraction sinusale.

Les sinusiles diles spontanées sont en général des complications d'affections nasales ou parfois dentaires (une infection dentaire provoquant directement une sinusite maxillaire qui se propage ensuite par voie ascendante au sinus frontal). Elles peuvent être également la conséquence de polvpes du méat moyen.

Ces sinusites spontanées peuvent reconnaître aussi une origine générale et se développer à la suite d'une maladie générale infectieuse, telle que la grippe, les oreillons chez les adultes, la rougeole et la scarlatine chez les

roy

enfants. Signalons dès maintenant l'extrême gravité des sinusites scarlatineuses, et leur tendance toute particulière aux complications suppurées orbitaires et aux complications méningées.

Il nous à été donné d'observer en 1915, au dépôt du 01° R. L., à Brest, deux cas de sinusite fronto-cthmoïdale consécutive aux oreillons chez deux jeunes soldats de la classe 15. Tous deux ont présenté des komplications orbitaires. Chez l'un, les accidents ont été seulement de la forme fluxionnaire et ont cédé en trois ou quatre jours à des pansements humides et chauds sur la région orbitaire. Chez l’autre, les accidents infectieux, simplement flusionnaires durant les premiers jours, parurent s’amender à la suite d’un traitement purement local et extérieur, puis brusquement, après une rémission de huit à dix jours, apparurent des symptômes graves d'infection orbitaire avec altération profonde de l’état général ; la tuméfaction de la paupière supérieure devint fluctuante en moins de 48 heures. L'incision de la collection provoqua un soulagement immédiat. Guérison en quinze jour de la suppuration orbitaire et nasale à la suite d'un traitement local médical consistant uniquement en pulvérisations intra-nasales antiseptiques et d’adrénaline à 1/5000".

Des sinuosités fronto-ethmoïdo-sphénoiïdales

Nous venons de voir lintimité des rapports anatomiques existant d’une part entre le sinus frontal et l'ethmoïde antérieur, d'autre part entre le sinus sphénoïdal et l’ethmoïde postérieur. La pathologie confirme

entièrement ces données ; car on peut dire, en effet, que

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