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tout ce qu'ils avaient écrit et sig-né à la pression du g-énéral Despinois (i).
Aussi bien, dans ce procès, il ne s'ag-issait pas d'une conspiration proprement dite, mais d'une société secrète, formée, il est vrai, pour conspirer. Les conjurés n'avaient ni arrêté, ni même discuté un plan de révolte ; il n'y avait pas eu le moindre commencement d'exécution. Réduite à ses éléments particuliers, l'affaire était des plus simples. Mais le réquisitoire de l'avocat général en transforma le caractère et lui donna de bien autres proportions.
Ce réquisitoire, prononcé le 29 août, et dans lequel les prétentions littéraires se mêlaient aux passions politiques, est resté célèbre. C'est un véritable document historique {2).
Api'ès avoir rappelé, comme dans l'acted'accusation, que le complot de La Rochelle se rattachait à un vaste plan d'insurrection, Marchangy retraçait l'histoire des menées révolutionnaires depuis la Restauration. Dénonçant le carbonarisme comme le centre et le foyer de cette « épidémie morale » qui sévissait alors sur l'Europe, il frappait d'anathème non seulement les soulèvements de Naplcs, du Piémont, de l'Espagne, mais même celui de la Grèce « qui avait presque usé ses fers en les portant depuis des siècles ».
(i) C'est la présence des poit^narils A forme |tarliciilière qui resla toujours difficile à expliquer.
(■>) niuidoiicr, etc., iii-8", 182:!.
Il dit (ce qu'il ne prouva pas) que le nombre des rarbonari s'éïeyait, en France, à 60.000. II se flatta de décrire l'org-anisation de la société. Il en étala la puissance dans un tableau fantaisiste, où il mettait à la disposition du comité directeur, des trésors , des ambassadeurs, des armées, des dépôts d'armes en tous lieux. (( Tout cela est-il croyable? s'écriait-il. Est-il bon d'avouer une sitiialio:i aussi effrayante? Oui. Le scepticisme et l'indifférence seraient plus fatals que la franchise inquiète. Il ne faut point se flatter sur l'état moral de la patrie, mais sonder courag-eusement ses plaies pour la rendre à la santé. »
Ces exag-érations étaient bien faites pour ag-ir sur le jury. L'avocat g-énéral tira aussi parti des poig-nards trouvés sur les carbonari. Il déclama long-uement contre cette importation en France du fer de l'ignominie, de cette arme des trait res et des lâches.
Comme allait le faire Mangin à Poitiei^s^ Mar- ( hangy exprima son indig-nation contre ceux qu'il appelait les seigneurs de la haute vente, les privilégiés de l'anarchie, qui, du fond de leur comité invisible, à l'abri des dang-ers auxquels ils exposaient leurs séides, se réservaient uniquement les profits de l'entreprise.
« Allez, leur disent-ils, dans l'insolence de leur turbulente aristocratie ; allez tenter pour nous les
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hasards d'une insurrection dont nous sommes les actionnaires; allez moissonner pour nous sous les coups de la tempête que nous avons allumée, tandis que nous attendrons, à l'abri, que vous ayez frayé un facile accès à notre pouvoir. Nous paraîtrons au sig-nal de vos succès, nous irons vous secourir dans vos triomphes; si la vi^^ç-ilance des tribunaux déconcerte votre entreprise, nous livrerons aux haines populaires les mag-istrats liberticides appelés à vous juger. Nous ferons de leur devoir un péril et de leur impartialité un titre de réprobation. Nous les tiendrons à l'étroit entre la crainte du libelle et celle du poig-nard . Si vous succombez dans une agression tumultueuse, nous vous érigerons, à grand bruit, des tombeaux; nous ferons sortir des étincelles de votre cendre agitée; nous sourirons aux larmes commandées pour vos " funèbres anniversaires, et nous irons jusque dans le temple d'un Dieu de paix chercher des occasions de troubles et de vengeance. «
Le réquisitoire descendait de ces hauteurs à la cause particulière. Après avoir examiné les charges qui pesaient sur chacun d(\s accusés, il se demandait s'il y avaitculpabilité là où il n'y avait pas attentat. Mais il rappelait que, d'après la législation actuelle, un commencement d'exécution n'était pas nécessaire pour établir la culpabilité, et que le complot élait puni comme r.'iUciilat. (Art. f^7 et S() du (Iode pénal.)
Il termina en demandant une punition sévère pour seconder l'œuvre du g-ouvernemeut et protég-er les intérêts supérieurs de la société. « Si c'est à Paris que s'est org-anisé un Comité corrupteur qui a mis à l'entreprise le bouleversement de la société, c'est aussi là qu'il s'est trouvé des hommes intèg-res etinébranlables qui, en brisant'les instruments des complots, ont prouvé que, dans la capitale des lys, fleurissent encore l'amour delà justice et la fidélité. »
La défense ne fut pas à la hauteur de l'accusation. Elle avait été confiée aux avocats les plus éminents par leur talent et leur libéralisme, dont la plupart étaient destinés, sous d'autres rég-imes, aux plus hauts emplois de la politique et de la mag-istrature : Barthe, Berville, Boulay (de la Meurthe), Delang-le, Ghaix d'Est-Ang-e, Mérilhou, Ploug-oulm, Renouard, etc. Un d'eux, Mérilhou, était membre du comité directeur; plusieurs faisaient partie de la haute vente ou des ventes centrales. Ce n'étaient pas seulement des clients qu'ils venaient défendre, mais des associés et, en quelque sorte, des complices (i).
(i) Berville plaida pour Baradère, Bartlic pour Gauran, Mocquart pour le capitaine ;\Iassias, Mérilhou pour Bories, (loffinièrc pour Goubiu, Le;j;ouix pour Pommier, Rumilly pour Raoulx, Renouard pour Goupillon. La plaidoirie la plus remarquable fut celle de Ghaix d'Esl-Ani^e pour le soldat Bicheron.Avec la voix, les traits, la taille d'un enfant, le jeune avocat (il n'avait que 22 ansjmontra dans ce procès les brillantes promesses d'une éloquence, souple, imprévue, spirituelle à la fois et dramatique.
La plupart s'élevèrent contre la manœuvre de Marchangy, qui consistait à tirer de faits g-énéraux une accusation particulière. En matière criminelle, il n'y a pas de faits g-énéraux ; tout doit être ramené à des faits précis. Ils soutinrent que les faits particuliers qu'on avait pu établir ne constituaient pas un complot véritable; enfin, ils supplièrent le jury de ne pas se laisser dominer par les passions politiques, montrant que des châtiments rigoureux ne pourraient qu'irriter les esprits et préparer de nouveaux malheurs.
La plaidoirie qu'on attendait avec le plus d'impatience était celle de Mérilhou, défenseur de Bories, et qui était lui-même membre de la haute vente. Elle ne fut que correcte et suffisante, sans aucun de ces mouvements qui saisissent et entraînent un auditoire. Elle ne se releva que dans une réplique àMarchang-y, qu'on lii'a plus loin.
Les dénég-atiuns systématiques des accusés militaires, contraires à la concordance de leurs aveux, avaient indisposé le jury. Un incident inattendu les perdit.
Quelques jeunes yens avaient cru les sauver en intimidant ceux qui allaient prononcer sur leur .sort. Les jurés, leurs femmes et l'avocat-général reçurent,
Son discours iiL le plus piiiuauL contraste avec l'apprêt et l'emphase de .Marciiati^y.
LES QUATUL: sergents de la ROCHELLE f>3'J
le 2 et le 3 septembre, des lettres imprimées qui contenaient la liste des membres du jurv avec ces mots, écrits à la main : Le sang veut du sang ! La morl! Poignard! Le 3, ces lettres furent répandues partout dans Paris.
L'avocat-g-énéral en profita, le lendemain, pour déclamer contre les nouvelles menées du carbonarisme et contre les poig-nards. Il exhorta le jury, devant ces audacieuses attaques, à se défaire de la philanthropie naïve et imprudente que lui conseillaient les défenseurs. Enfin, en reprenant la part de chacun des accusés, il insista sur la culpabilité de Bories :
«.Quant à Bories, toutes les puissances oratoires ne pourraient l'arracher ci la vindicte publique ! L'accusation persiste à voir, dans ce chef de la vente militaire, le plus coupable de tous les conjurés. On voudrait circonscrire son influence et la faire à la fois naître et expirer au dîner d'Orléans. Non, non! Le crime de Bories ne s'arrête pas là. Il vient de plus loin, et va plus avant. Etc. »
Cette phrase malheureuse fut relevée par le défenseur, avec un de ces accents d'éloquence qui lui avaient manqué jusqu'alors.
« Toutes les puissances oratoires ne le sauveront pas, dites-vous'? Qu'en savez-vous? Oui vous l'a dit ? Ouelle puissance vous a rendu maître de son avenir ? Hui vous a initié au secret des jurés? (Jui
vous a révélé le nombre et la nature des preuves qui doivent faire fléchir la balance où. se pèsent la vie et la mort des citoyens? Et pourquoi anticiper ici, avec tant de chaleur, sur un moment dont l'approche devrait vous plong-er dans une relig-ieuse tristesse ?
« Bories n'échappera pas, ' dites-vous? Pourquoi prophétiser l'échafaud avec tant d'assurance ? Vous énoncez votre opinion comme si les opinions du ministère public n'avaient pas succombé plus d'une fois dans cette enceinte... En ce jour aussi, les prédictions du ministère public resteront vaines, je Tespère ; et l'accusé sera sauvé; j'en atteste la conscience de messieurs les jurés, etc. » ;
Le dernier jour des débats était arrivé (5 sept.) .Le s
président demanda à chacun des accusés s'il avait 1
quelque chose à ajouter à sa défense.
Bories se leva. Lui dont on n'avait rien obtenu pendant l'instruction, et dont l'interrog-atoire n'avait compromis personne;, voulut pousser le dévouement jusqu'au bout, et s'immoler pour sauver les autres.
i( Messieurs, dit-il en s'adressant aux jurés, M. l'avocat général n'a cessé de me présenter comme le chef du complot. Eh bien! j'accepte; heureux si ma tète, en roulant sur l'échafaud, peut 'sauver celle de mes camarades! »
Ces paroles excitèrent sur le banc de la défense et \ dans raLiditoirc un niouv('int.'iil de pitié mêlé d'effroi.
Mérilliou saisit son client dans ses bras, le force à se rasseoir, et d'une voix altérée :
« Messieurs lesjurés, ces accents sont nouveaux dans cette enceinte, où d'ordinaire les accusés luttent entre eux pour conserver la vie, et non pour se la sacrifier les uns aux autres. Je ne sais quel sentiment ce spectacle a pu soulever au fond de vos cœurs. Quant à moi, attendri et troublé par mille pensées diverses, je ne puis que vous dire que celui-là est dig-ne de conserver la vie qui ne craint pas de l'offrir pour ses frères d'armes et qui demande à sceller de son sang" leur innocence et leur salut.
« Mais vous, ministres de la loi, vous n'êtes pas ici pour sanctionner par votre suffrag-e l'exaltation de l'amitié... Vous êtes ici pour faire bonne justice à tous et jug-er chacun selon ses œuvres...
« Et vous, Bories, de quel droit venez-vous ici détourner l'ordre de la justice et faire violence à la nature? Vos jours ne vous appartiennent pas : ils appartiennent à la loi qui seule peut en disposer ; laissez faire cette loi qui vous protèg-e, cette Providence qui veille sur vous... Vivez, Bories, vivez pour entendre du président de cette Cour cette déclaration dinnocence qui doit briser vos fers. Vivez pourrépondre au ministère public par une vie utile et honorable, soit que le devoir vous appelle encore dans les combats, soit que vous rcnt^'icz dans la vie privée. Vivez pour
justifier le dévouement sans réserve de votre défenseur, et pour prouver que si des présomptions peuvent amener un innocent sur le banc des accusés, elles ne peuvent prévaloir contre les lumières d'un débat, et contre la raison et l'indépendance d'un jury français. »
Les débats furent clos, et le président en donna un résumé clair et impartial.
Une discussion s'éleva ensuite sur la question à soumettre au jury pour chacun des accusés de la première catég-orie. Cette question était la suivante : « L'accusé est-il coupable d'avoir, dans les derniers mois de 1821^ et dans les premiers mois de 1822, participé à un complot concerté et arrêté entre plusieurs individus et ayant pour but, soit de détruire ou chang-er le g-ouvernement, soit de changer l'ordre de successibilité au trône, soit d'exciter les citoyens ou habitants à s'armer contre l'autorité royale, soit d'exciter à la g-uerre civile en armant et en portant les citoyens à s'armer les uns contre les autres ? »
Chacun des quatre cas énumérés dans cette question entraînait la peine capitale. Or, Mérilhou demandait qu'on posât la question subsidiaire de pro' position de complot non agréée, qui n'aurait entraîné que le bannissement. Cette question d'ailleurs établissait la situation véritable telle (ju'elle eût app.iruau jury si les accusés principaux, au lieu d'o-
béir à leur mot d'ordre, n'avaient pas nie, contre toute évidence, les faits de société secrète et les réunions d'Orléans et de La Rochelle. S'ils avaient avoué ces conciliabules, on aurait pu en discuter le degré de gravité, et peut-être aurait-on prouvé qu'il n'en était sorti aucune résolution coupable. Dans ce cas. c'était le salut. A cette heure, il n'était plus temps.
Vivement combattues par Marchangy, les conclusions du défenseur furent rejetées par la Cour.
A six heures du soir, le jury se retire pour délibérer et rentre en séance à neuf heures et demie. Sa déclaration est lue par le baron Trouvé. Des accusés de la première catégorie, Bories, Goubia, Pommier, Raoulx, sont coupables du crime de complot, lequel embrasse à la fois les quatre buts différents spécifiés dans la question; Henon est coupable du même crime, mais à la majorité de sept voix contre cinq ; Goupillon est coupable, mais avec cette modification qu'il a révélé en temps utile. Les autres sont absous (Baradère, Gauran, Rozé, le capitaine Massias, le sergent Asnès, le soldat Bicheron).
Des accusés de la deuxième catégorie, sept : Labouré, Cochet, Castille, Perreton, Barlet, Lefevre,Dariotseq, sont coupables du délit de non-révélation. Les autres sont absous.
La cour, après en avoir délibéré, déclare, quant à Hénon, se réunir à la minorité du jury. En couse-
quence, elle le déclare non coupable. Elle fait entrer les- accusés absous par le verdict, et prononce leur " acquittement. Les autres accusés sont ensuite introduits. Ils pressentent déjà leur sort. Ceux de leurs ^ camarades qui ont été appelés les premiers n'ont pas été fouillés, comme d'ordinaire. Eux viennent do l'être encore, et minutieusement. f\
Il est plus de onze heures du soir, et le spectacle est étrang-e. Ouelques bougies éclairent mal le tribunal, le banc des jurés et celui des avocats. Le reste de la salle est dans l'obscurité. Il y règ-ne un morne silence. -J
Un g-reffier donne lecture de la déclaration du jury et l'avocat-g-énéral requiert l'application de la loi. M^ Berville,la voix étrang-lée par l'émotion, demande la parole. — Parlez plus haut, je n'entends pas, s'écrie Marchangy. — Comment voulez-vous qu'il ait la ., force de parler? fait observer M" Renouard. — C'est dans l'intérêt même des accusés, riposte aigrement l'avocat-général.
^l" Boulay (de la Meurthe), — Tout le monde n'a pas la même puissance d'organe dans un aussi triste moment.
Berville rassemble ses forces pour soulever une dernière difficulté juridique. La Cour se retire pour en délibérer. Alors éclatent les sentiments ju.squ'alors conteîius. Les condamnés et les défenseurs se cher-
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client et s'embrassent : des' larmes jaillissent de tous l(^s yeux. Seuls les condamnés sourient et consolent lours amis. Rories donne ses dernières instructions à un jeune avocat, Goubin prononce le nom de son père. — (^e n'est pas mon père que je plains, dit Iiaoulx, c'est ma mère.
La Cour revient, et le président prononce l'arrêt qui condamne Bories, Goubin, Pommier et Raoulx, ï la peine de mort ; Castille, Lefèvre, Dariotseq, ( Iiacun h cinq ans de prison ; Barlet, à trois ans ; Lal)ouré, Cochet et Perreton, à deux ans. Goupillon est exempté de toute peine, mais placé pendant quinze ans sous la surveillance de la police.
Une nouvelle scène de désespoir accueille la sentence. Des cris et des sang-lots retentissent dans l'auditoire. Seuls encore, les condamnés conservent leur (•ourai>-e et leur sani;--IVoid. Bories demande qu'on ne les sépare pas pendant le temps qui leur reste à vivre. Quand les gendarmes les font sortir, Pommier s'écrie : « Adieu, mes amis, adieu, vous tous ! Nous sommes innocents ! » Et Bories ajoute, de sa voix toujours calme : « La France nous jugera. »
Pommier, Ptaoulx et Goubin sig-nôrent leur pourvoi en cassation. Bories refusa. A son exemple, les autres se désistèrent. Quant au recours on grâce auprès du roi, aucun d'eux n'ysong-ea.
Les quatre sergents de La Rodielle inspii-aiont un
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vif intérêt à tout le parti libéral. Déjà, avantl'ouverture du procès, lorsqu'ils étaient détenus à la Force, on avait fait une tentative pour les délivrer qui avait failli réussir. Il s' agissait de pratiquer un souterrain qui^ d'une maison voisine, aboutissait à la prison. Ce travail était presque achevé lorsqu'ils furent transférés à la Conciergerie.
Après le procès, lorsqu'ils furent enfermés à Bicêtre, le Carbonarisme s'ag-ita. Il semblait, en effet, qu'avec eux le Carbonarisme avait été frappé à mort, et que, les abandonner à réchafaud, c'était abdiquer. On proposa de les enlever de vive force sur le chemin de Bicêtre au Palais de Justice"; de convoquer, sur le chemin de la Grève, tous les bons cousins de Paris ; on était plus nombreux que les soldats du roi, on les désarmerait, on couperait les liens des condamnés qui s'enfuiraient dans une chaise de poste préparée ; etc.
Tous ces projets furent abondonncs lorsqu'on apprit d'un jeune étudiant en médecine, Cuillié-Latousche, employé à Bicètre, que le directeur de la prison se pi'rtcrait à l'évasion des prisonniers, si on lui assuiait lin capital équivalent à son traitement annuel. On rétmit difficilement 70.000 fr., qui devaient être olTcrts par le jeune étudiant, de concert avec un intiTiie en médecine de service à Bicétre. .Vu dehors, les colonels Denlzel et Fabvier, Arv Sclicrrcr, Horace
LES QUATRfï: SERGENTS DE LA ROCHELLE 247
Vernet et quelques autres préparaient les moyens de faire passer les prisonniers en Angleterre, avec le directeur de la prison. L'aumônier de Bicêtre, oncle de celui-ci, et mis par lui dans la confidence, révéla le projet àla police.On ordonna au directeur de conduire l'affaire jusqu'au flag-rant délit. Guillié et l'interne. Marg-ue, furent en effet surpris au moment où ils comptaient une partie de la somme. Guillié réussit à s'échapper (i).
Ce fut le dernier effort du Carbonarisme en faveur de ses quatre victimes.
Le 2 1 septembre, à huit heures du matin, les quatre sergents furent extraits de Bicêtre et conduits, sous bonne escorte, à la Conciergerie. On leur annonça qu'ils seraient exécutés à quatre heures, et on les plaça dans des cellules séparées. L'aumônier ne tarda pas à s'}^ présenter. C'était le vénérable abbé Montés. Ils refusèrent son ministère. On avait fait de la religion un instrument politique ; on l'avait as-
(i) Cette tentative devint l'objet de poursuites correctionnelles contre les colonels Fabvier et Dentzel, les étudiants Margue et Latousche. Fabvier fut acquitté, Dentzel condamné à quatre mois de prison : les deux étudiants à trois mois(i8 novembre).
En outre, de sévères condamnations furent prononcées contre des journaux libéraux, le Cunstitutionnel, le Courrier, le Journul du Commerce, le Pilote, pour des comptes rendus du procès, où l'autorité signalait « de l'infidélité et de la mauvaise foi ». Toute l'iinnée 1832 fut d'ailleurs marquée, en même temps que par ces rii;ueurs contre lespersonnes, parde nombreuses poursuites contre les journaux. Conséquences des lois nouvelles sur la presse.
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sociée aux passions et aux vcng'eances de la monarchie. Les conspirateurs vaincus ne voyaient plus en elle qu'une ennemie.
Quatre heures ayant sonné, les condamnés se dirig-èrent vers la porte. Elle s'ouvrit devant le président des assises. On avait attendu des aveux; ces aveux ne venant pas, AI. de Montmerqué les sollicita d'une voix émue. Jjories avait été en relations avec Lafayette, ses camarades avaient communiqué comme lui avec plusieurs membres de la vente centrale ; d'un mot, ils pouvaient racheter leur vie. Ce mot ne fut pas dit. '
Une demi-heure après, quatre charrettes sortirent delà Coucierererie et s'enta itèrent entre une double haie de soldats, échelonnés du Palais de justice à la place de Grève. Toute la e^arnison de Paris était snr~ pied. Une foule immense et silencieuse g-arnissait toutes les fenêtres, couvrait les quais, les ponts et jusqu'aux toits des maisons. Quelques carhonari en armes, disséminés rà et 1h, attendirent un sig-nal qui ne vint pas.
Les charrettes arrivées aupiedderéchafaud,Raoulx, qui devait passer le premier, demanda à embrasser ses camarade*; ; ce qui lui fut accordi". Il monta lestement les deiii-rés, l't tandis (|n"i)n l'attiichait sur la bascule, il (lia d'une voiv retentissante : Vive la liberté !
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Pommier et Goubin montèrent à leur tour, avec le môme courage, et poussèrent le même cri. Quand Bories fut arrivé sur la plate-forme, il se tourna vers la foule et lui jeta ces paroles : « Rappelez-vous que c'est lesang- de vos filsqu'on fait couler aujourd'hui (ij. » C'est par cette mort dramatique et touchante que les quatre serg-ents de La Rochelle sont entrés dans le cœur du peuple et qu'ils y restent. Le peuple ne s'est pas demandé si ces soldats nont pas failli au devoir militaire, si leur procès ne diminue pas leur lég-ende. Il n'a vu en eux que la jeunesse héroïque, la fraternité jusque dans la mort, le dévouement absolu à la liberté.
Les historiens favorables à la monarchie ont fait comme ses magistrats. Ils n'ont vu, dans les quatre malheureux sergents, que les victimes des meneurs du parti libéral, de ceux que Marchangy appelait les seigneurs de la Haute Vente. Il est certain que ces chefs du libéralisme furent égoïstes et pusillanimes. Quand on veut défendre la liberté, il faut avoir le courage de l'avouer ; il faut savoir combattre et, au besoin, mourir pour elle. Les républicains
(i) Par une déplorable coïncidence, qui n'était peut-être qu'un audacieux défi, le soir de cette sanglante journée, il y eut hal aux Tuileries pour l'anniversaire de la naissance d'une tille de la duchesse de Rerry. Le public y répondit parce distique indigné :
r.oiils sait se donner deux fêtes en un jour : On éyorge à la Cirève et l'on dan-;e â la Conr.
2oO LES COMPLOTS MILITAI RFS
comme les Trélat, les Godefroy Cavaig^nac, les Guinard, les Barbes, qui ont lutté plus tard contre Louis-Philippe, au g^rand jour de la rue et des barricades, étaient d'une autre taille que les Lafayette, les Corcelles et les Mérilhou, avec leurs trames obscures et prudentes.
Mais les fautes d'un parti n'excusent pas celles du pouvoir. Louis - Philippe, plus attaqué que Louis XVIII, n'a jamais relevé l'échafaud politique, lég'alenient aboli par le g-ouvernement de 1848.
La Restauration n'a compris aucune des nécessités de son temps, et la clémence fut une de celles-là. Sa justice n'eut que le caractère de la veng'eance. Après l'exécution du maréchal Ney, celle des quatre serg-ents de La Rochelle a mis le comble à son impopularité .
Dans le maréchal Ney on n'avait frappé que l'armée. Dans les serg-ents de La Rochelle, c'est 1^ peuple même qui fut atteint et qui se souviendra toujours (i).
(i) Le 21 septembre i83o, une f^rande cérémonie funèbre en leur mémoire fut célébrée sur la place de Grève. Elle fut conduite, au milieu d'un immense concours de citoyens, par Mérilhou. L'avocat de 1822 était devenu ministre de la justice.
On ne s'étonnera pas que les sergents de La llochelle aient défrayé plusieurs romans, fort médiocres d'ailleurs. Ils furent portés à la scène, en 18.'} i (théâtre de l'Ainbii^u), dans un « drame militaire », en cinq actes, de MM. de Labouhiy et Jules, qui s'est borné à reproduire les péripéties du procès et de l'e-xéciitioii, cl (|(ii wnil les l'oiniuis.