CHAPITRE VIII La Bidassoa
Les complots, ou, pour mieux dire, les projets de complots dont ou vient de lire le récit ne donnent qu'une faible idée de l'hostilité qui entourait les Bourbons en 1822.
C'est en feuilletant les papiers de la police et en dépouillant la correspondance g-énérale du ministère de la g-uerre, qu'on se rend compte de la défaveur que rencontrait le g"ouvernement dans la population civile et surtout dans l'armée. D'après Vaulabelle, celui-ci ne connut jamais la profondeur ni l'étendue des colères qui, pendant plus d'un an, menacèrent d'éclater contre lui. Au contraire, il savait à quoi s'en tenir, et c'est ce qui le porta au système de rig-ueur employé dans les derniers mois de 1822.
A ne voir que les résultats immédiats, ce système réussit, et les Bourbons purent se ilatter, sinon d'avoir désarmé, au moins d'avoir effrayé leurs ennemis.
2o2 LES COMPLOTS MILITAIRES
Pour sa part, la Charboiinerie fut profondément atteinte. à
Comme il était naturel, ses membres rejetèrent î les uns sur les autres la responsabilité des revers. ] La vente suprême prétendait que ses ordres avaient ■' été mal compris. Les ventes particulières semblaient j peu disposées à s'y soumettre désormais. Une lutte ouverte s'eng-ag-ea entre les républicains du Carbonarisme, dont Lafayette était le chef, et le parti modéré, qui recevait plutôt les inspirations de Manuel.
Plusieurs congrès essayèrent de rétablir l'unité et la concorde. Au mois d'août 1822, il s'en était tenu un à Bordeaux, à cause du voisinag-e de l'Espag-ne, sous la présidence de Schonen, conseiller à la Cour d'appel de Paris. Malg-ré la surveillance de la police, il s'y était rendu de nombreux délégués de la Breta- ; g-ne, de l'Anjou, de l'A uverg"ne, de l'Est et de Paris (i). Les procès des serg-ents de La Rochelle et de Berlon allaient commencer. On y débattit la question d'une nouvelle prise d'armes. Les délég-ués de la Bretagne firent prévaloir l'ajournement.
Deux autres réunions, à Paris, n'aboutirent pas. « La Charbonnerie, dit Trélat, se ressentait déjà trop des divisions qu'on avait fait g-ermer dans son sein j)our qu'elle pût se pliera un mode d'action uniforme.
(i) Arcli. -Nat., fonds cilé : G04u. [Comjilvl de Bordcuu.v .)
LA BIDASSOA (1823) 2o3
Depuis quelques mois, des commissaires parcouraient la France avec des instructions différentes : les uns s'appliquaient à recommander Lafayette à la confiance de leurs concitoyens, les autres ù le perdre dans l'opinion publique. »
C'en était fait de la période d'action de la fameuse société. Elle ne fut plus que le noyau d'autres sociétés secrètes, plus restreintes, destinées à agiter les premières années du règ-ne de Louis Philippe.
Aussi bien, avec le temps , les luttes politiques allaient-elles changer de caractère. Les libertés parlementaires firent abandonner les complots, et le journal devint une arme plus redoutable que le poig-nard symbolique.
En outre, la Charbonnerie tirait son principal appui de l'armée. Or, cet appui, elle le perdait.
C'est l'armée qui avait le plus souffert, depuis 1820, des rig-ueurs du g-ouvernement. Aux tracasseries de la police, aux mises en réforme, à l'emprisonnement, elle avait vu succéder les condamnations capitales. Et dans quel intérêt ? Le sien, ou celui des civils dont elle servait les ambitions et les rancunes ?
Si les ventes particulières repoussaient la tutelle onéreuse ou maladroite de la Haute vente, l'armée avait ég-alement assez des sug-g-estions du dehors. « On ne frappe que nous seuls, disaient les soldats ; tous
les accusés civils ont été acquittés; la cliaucc n'est plus égale. »
Cependant, en 1828, on ci'ut l'occasion venue d'une véritable révolution militaire. Il ne s'ag-issait plus du soulèvement de quelques rég-iments, mais de l'armée tout entière rassemblée au pied des Pyrénées. On se proposait d'imiter contre Louis XVIII le pro/iunciainiento que l'armée espag'uole avait accompli, en 1820, contre Ferdinand VII. Ce fut la veille de l'expédition d'Eapag-ne. Et la tentative restée infructueuse sur le bord de la Bidassoa fut essayée un peu plus tard sous les murs delà Corog^ne, à l'autre extrémité de la Péninsule. Ce double épisode est curieux, et le second n'est pas connu. On n'en lira pas les détails sans intérêt.
Auparavant, il faut dire quelques mots des affaires d'Espag-ne, qui servirent de prétexte à notre intervention.
Ferdinand VII, que nos revers avaient rendu à ses sujets, pour leur malheur, juslifiaitla phrase dont l'a Uétri Chateaubriand : « 11 y a des monarques de faux aloi qui sont sur le trône par méprise. » II avait promis de gouverner avec la constitution de i8i2pro clamée par les Espagnols pendant leur lutte contre nous. Son premier soinfuttlelasupprimeretderétablir l'absolutisme. Le pays était appauvri par ses gênéleux cllurls en faveur de riudépeudancc. Il ne lit rici;|
LA BIDASSOA (I823j 255
pour en relever l'agriculture, l'industrie et le commerce. L'armée ne recevait plus de solde depuis quelques années : elle manqua bientôt de vètemeuts, Je chaussures, et même de pain. Elle ne vivait que lIls aumônes et des soupes des couvents, restés riches au milieu de la détresse générale. La marine était à CL' point ruinée que le roi l'ut forcé d'acheter de vieilles t'rég-atcs à la Piussie pour transporter des soldats eu Amérique. Car au délabrement intérieur s'était ajoutée la révolte des colonies.
Le mécontentement n'était nulle part plus vil" que dans l'armée. Celle-ci était d'ailleurs travaillée par la franc-maçonnerie qui était d'importation française, comme la Gharbonuerie, chez nous, fut d'importation italienne.
La franc-maçonnerie était très répandue dans nos icgimenLs de l'Empire, et, comme je l'ai montré ailleurs, plusieurs sociétés secrètes, entre autres celle des Philadelphes, ont tiré leur principale force de 1 organisation maçonnique (i). Nos régiments ont propagé la maçonnerie en Italie, particulièrement dans le royaume de Naples. Ils l'ont introduite en i:> pagne.
(i) Les Complots militaires sous le Consulat et l'Empire. — (La conspiration Malet.) — Voir dans les Mémoires du général Tliiebault, en cours de publication, la Ibudulion d'une loye maçonnique à Salamanquc par le colonel Lacuée, et l'alliliatiou de plubieuri Espatjuols, t. lu, cli. 8.
Ils avaient fondé des log-es dans les villes qu'ils avaient occupées. Ces log-es, recrutées dans les professions libérales, survécurent à notre départ. Après la restauration de Ferdinand VII, elles se transformèrent en associations politiques sous la direction d'un comité supérieur. Elles avaient inspiré les premiers complots qui éclatèrent dans l'armée contre le déplorableg-ouvernement de Ferdinand : ceuxdePorlier, de Lascy, de Vidal, qui furent punis de mort. C'est elles encore qui suscitèrent le pronunciamienlo de 1820, qui fut plus heureux.
Il avait été préparé parmi les ti^oupes rassemblées autour de Cadix et destinées à l'Amérique, par le lieutenant-colonel Quirog-a et le chef de bataillon Riego. Plusieurs des officiers ayant commis l'imprudence de s'en ouvrir au g-énéral de l'Abisbal (O'Donnel), g-ouverneur de Cadix, furent arrêtés, et dans le nombre Quirog-a. Rieg"o dut ag-ir seul (i).
(i) Riejo 1/ Nunec (Rafaël del) était ne en 1785, près d'OviedO' (Asiiirics), d'une famille noble et reeut nue éducation soignée.
Officier au régiment des Asturies, il servit contre nous pcn-ii dant la guerre de l'Indépendance. Fait prisonnier, et envoyé eqj France, il y étudia notre langue et se laissa gagner aux idées li^ bérales. Capitaine en i8i/(, chef de bataillon en i8iy, son avan-i cernent fut rapide a])rès i8'!0. Successivement colonel, brigadier; général, capitaine-général de l'Aragon, il fut élu député des As turies en 1823, et président des Cortès, lo 7 février i8;i3. Aprèljj avoir joui d'une immense popularité, il fut viclime de la réaction royaliste, et pendu à Madrid le 7 novembre i8r!3. ■(]
Quiroffd (Antonio) était né en Galice en 1784, et put y mourir tranquillement en i8/|i, après une vie encore pins agitée qu« celle de Hiego. 1
Le ler janvier 1820, Riego, cantonné àtjuelque distance de Cadix, soulève son bataillon aux cris de ; V^ive la Constitution de 1812 ! marche sur Arcos, où 1 s'empare du général en chef, puis sur Alcala de os Gazules, où il délivre Ouirog-a, emporte Xérès, nais échoue devant Cadix. Il se rabat sur Alg-eciras t par In côte arrive à Malag-a.où il est accueilli avec nthousiasme, mais d'où il est bientôt forcé de reparir. Il se jette alors dans la campag-ne sans pouvoir ntraîner les paysans, atteint le Guadalquivir à Corloue, dont les portes se ferment devant lui, s'enfonce ans l'Estrémadure et s'arrête à quelques lieues de adajoz (10 mars). En six semaines, il venait de faire ent cinquante lieues. Par suite des combats de détail, es fatig-ues, des désertions, sa troupe de i.5oo homles était réduite à 3oo, Il allait les licencier lorsqu'il aprit que d'autres soulèvements avaient réussi en alice, en Navarre et à Madrid.
En Galice, les colonels Acevedo et Espinoza, à la orog-ne, au nom de la g"arnlson et du peuple, avaient oclamé la Constitution de 181 2 (24 février). Le ndemain, le Ferrol; le 23,Vig-o; le 2G, Pontevedra, Ihéraient au mouvement qui se propag-ea dans les sturies.
En même temps, le g-énéral Espoz y Mina insurait la Navarre. Enfin, à Madrid même, l'Abisbal, i vovnit les chances tourner, força Ferdinand VII
de renoncer à l'absolutisme et de revenir à la Consti tution qu'il avait supprimée (9 mars 1820).
Des élections eurent lieu sur tous les points de l'Espag-ne, et lesCortès se réunirent. Labesog'ne était immense. Les nouveaux ministresqu'avait dû prendre Ferdinand VIT, et qu'il était allé chercher au bagne — où il les avait envoyés en i8i4 — s'y employèrent avec dévouement. Mais ils furent bientôt attaqués et par les partisans de l'absolutisme (les serviles) et par les radicaux [e.xaltac/os) qui trouvaient qu'on n'allait pas assez vite, et dont Rieg"o était un des chefs, {,
A la faveur de ces divisions, le parti absolutiste | reprit confiance, et poussa le roi à entraver l'œuvre il de réforme constitutionnelle. ['
Un fléau terribles'ajoutaà ces difficultés politiques. I A la fin d'août 1821, un bâtiment, arrivé de Cuba, apporta à Barcelone la fièvre jaune. Elle y fit durant plusieurs mois d'affreux ravag-es, et dans la ville même enleva près de ving-t mille personnes. Tarrag-one et Tortosa furent ég-alement éprouvées. Le g-ou vernement français, pour prévenir la contag-ion, plaça sur les Pyrénées un cordon sanitaire formé par des troupes.
La présence de ces troupes, que l'opposition libé raie en France sig-nala comme une menace d'interJ" vention, enhardit les émig-rés espag-nols, 1'
Taudis que l'Espag-ne était devenue, depuis 1820,
li'refug-e des proscrits de Naples, du Piémont, de 1 I ance, débris des insurrections comprimées et des <()mplots découverts; en revanche, de nombreux royalistes espag-nol s chassés par les réformes libérales, hommes d'Etat, évoques^ moines de toute couleur, --"étaient retirés en France. Ces réfug-iés étaient en correspondance avec les royalistes de Paris, dont ils recevaient des subsides et des encourag-ements. Ils avaient formé à Bayonne une junte apostolique qui prétendait diriger les résistances à la Révolution. Enfin, ils soudoyaient des bandes de partisans, siildats déserteurs, moines, paysans, contrebandiers, (]ui, sous le nom d'armée de la foi, pénétraient sur li^ territoire espag-nol. Une de ces bandes, conduite par le moine AntonioMaranon,dit le Trappiste, s'empara [lar surprise de la place d'Urg-el et massacra la garnison (21 juin 1822).
Cette nouvelle amena à Madrid de nouveaux désordres. Les Cortès travaillaient alors à licencier une |)artie de la g-arde royale, troupe inutile, d'esprithostile et d'un entretien coûteux . Le 3o juin, six bataillons de cette garde se soulevèrent aux cris de Vive Ir roi absolu, massacrèrent un de leurs officiers, Landabusu, connu pour ses sentiments constitutionnels, et prirent position hors de la ville. Ils y rentrèrent le 7 juillet, pour marcher sur le palais royal, et -supprimer la Constitution. Mais ils furent accueillis
par les troupes de lig"ne et la g'arde nationale, repoussés après un sang-Iant combat dans les rues, et dispersés. Ferdinand, qui s'apprêtait, le matin, à tirer veng-eance des constitutionnels, applaudit, le soir, à la défaite de ses partisans. Tel était Thomme dont un refrain populaire disait :
Espagnols, que Dieu vous garde |
Du pardon de votre roi (i) ! I
Le lendemain de cette affaire, le ministère passait des mains des modérés entre celles des exaltados qui donnaient au g"ouvernement un caractère plus énerg-ique. Sous leur impulsion, le g-énéral Espoz y Mina commençait une active campag-ne en Catalog-ne, battait l'armée de la foi dans toutes les rencontres, et forçait une régence royaliste, qui s'était installée à Urg-el, à rentrer sur le territoire français.
Nous nous faisons difficilement une 'idée de l'intérêt que cette ag-itation de la Péninsule excitait alors dans notre pavs. Jour par jour, en quelque sorte, depuis le soulèvement de l'île de Léon, les réformes libérales, les résistances de Ferdinand VII, le cordon sanitaire, les
(i) Pour tous ces événements, je ne peux (jue renvoyer aux ouvrages spéciaux, parliculièrement : Histoire de la révolution d' r.spfujne de 1820 à 182,'}, par un ICspas^nol, témoin oculaire (Minano). Paris, 2 voL in-S", 1824; î'/ix/mf/ne sous Ferdituuid VU, ])ar le marquis de Custine, Paris, l\ vol. in-8*. i8.i8; et surtout Histoire contemporaine de l'Espagne, par G. Hulibard,
LA RIDASSOA (1823) 261
incursions de l'aiTiiée de la Foi, l'émeute du 7 juillet, lesag-issementsde la rég-ence, etc., tous ces événements étaient racontés et commentés dans nos journaux, et avaient leur retentissement dans nos Chambres.
C^'est qu'en effet la France était partag-ée en deux: camps, comme l'Espagne, et que les deux partis étaient entrés en lutte avec leurs passions. Les libéraux français voyaient leur cause eng-ag-ée dans celle des libéraux espag-nols ; ils applaudissaient à leurs succèsou déploraient leurs revers. Les royalistes ne se montraient pas moins ardents à soutenir l'absolutisme ilans la Péninsule. Après le 7 juillet, beaucoup d'officiers de lag"arde royale, regardant comme personnelle Il défaite de la g-arde espagnole, ouvrirent en sa faveur des souscriptions publiques, accompag-nées de circulaires dans le goût suivant : « Les officiers des i^ardes espag-noles peuvent se présenter à nos rég'iinents. Ils y seront accueillis comme des frères. Ils y lecevront tous les secours qu'il nous sera possible de leur donner. Puissions-nous être bientôt à même de partag-er leur g-loire et leurs dang'crs, en délivrant IFspagne des inonsfres qui la g'ouvernent. »
Voilà comment lasituation de notre g-ouvernement devint difficile.
Le ministère Richelieu avait adopté, à l'égard de 1 Espag-ne, l'attitude qu'il avait prise à l'ég-ard de Naples et du Piémont : celle de la circonspection et de
la.
la conciliation. Elle lui fut reprochée par une adresse delà Chambre qui amena sa chute (i5 décembre 1821).
Le parti royaliste attendait mieux du ministère Vil- ; lèle qui lui succéda. Mais M. de Villèle, malgré sesf attaches avec la Congrégation, n'était pas favorable à une intervention militaire. Sans parler des dépenses inévitables d'une pareille entreprise, qu'arriverait-il si l'Espagne se soulevaitcontre nous comme elle s était soulevée contre Napoléon ? Et enfin était-il prudent de nous engagerdans la Péninsule, quand l'insurrection de la Grèce menaçait de rouvrir la question d'Orient?
La Sainte-Alliance réunit à Vérone un congrès chargé de délibérer sur les affaires d'Espagne et sur les mo3'ens d'y comprimer la Révolution (octobre 1822). M. de Montmorency, ministre des affaires étrangères, y représentait la France. Il manqua aux instructions formelles de M. de Villèle. Il laissa espérer aux puissances que la France se chargerait de rétablir l'ordre^ dans la Péninsule. Il fut rappelé. Il donna sa démis sion, le 20 décembre, et fut remplacé par Chateaubriand.
Celui-ci semldait devoir marcher d'accord ave M. de Villèle. Mais sa vanité personnelle, les instan ces de ses amis de l'extrême droite, et ses vues poli"i tiques le poussèrent à l'intervention. Avec la hauteur; de son génie, Chateaubriand voyait plus loin que M. de Villèle avec son bon sens. 11 vovait, dans une
g-uerre avec l'Espagne, l'occasion inespérée de mener le drapeau blanc à la victoire, de donner à la monarchie un peu de cette g-loire militaire qui avait accablé l'Empire, et de réconcilier ainsi l'armée avec la Restauration. Et l'avenir lui donna raison.
En dépit de M . de Villèle, de l'opposition libérale et do l'opinion publique, sous la pression de l'extréme-droite, il fallut arriver à l'intervention. Une note comminatoire des puissances au g-ouvernement espag-nol fut écartée avec une fière énerg'ie par le ministre des aftaires étrang-ères, le colonel San-Mig-uel , et les amba.ssadeurs furent rappelés (9 janvier 1823) (i).
La session de 1828 fut ouverte par un discours de Louis XVIII, qui fit éclater la joie des royalistes (28 janvier).
Après s'être félicité, dans la première partie de ce discours, de l'action de la justice qui avait mis fin
(i) San-Afiguel (Evariste), né à Gijon (Asturies) en 1780. soldat, écrivain, homme d'Etat, une des fig-ures les plus orig'inales de ce temps.
Volontaire au i" régiment d'Araçon en iSoâ, lieutenant en 1807, capitaine en 1808, combattit bravement contre nous, fut pris et envoyé en France.
Compatriote de Ricgo, il s'associa au mouvement de 1820. C'est lui qui écrivit, à Algeciras, la chanson qui tut mise en musique par un musicien de 17 ans (Huerta), et qui fut chantée par toute l'Espagne, dont elle est devenue comme la Marseillaise sous le nom d' Hymne de Riego.
Journaliste à ^ladrid, député des Asturies, ministre, nous le retrouverons soldat sous Mina et proscrit en Angleterre. Il revint d'exil pour être plusieurs fois ministre, et finir duc, grand d'Espagne, etc., sous le règne d'Isabelle II, en 18G2.
(( aux complots et aux tentatives de révolte qu'enhardissait l'impunité » ; après avoir parlé des questions traitées dans la session précédente, le roi disait : (( Cent mille Français, commandés par un prince de ma famille, par celui que mon cœur se plaît à nommer mon fils, sont prêts à marcher, en invoquant le Dieu de saint Louis, pour conserver le trône d'Es- % pag-ne à un petit-fils de Henri IV, préserver ce Leau royaume de sa ruine et le réconcilier avec l'Europe... Que Ferdinand soit libre de donner à ses peuples des institutions qu'ils ne peuvent tenir que de lui et qui, en assurant leur bonheur, dissiperaient les justes .| inquiétudes de la France, dès ce moment les hostilités cesseront... »
Le principe de l'intervention fut vivement attaqué par les libéraux des deux Chambres, dans la discussion de l'adresse qui fut présentée au roi, le 9 février.
Les débats recommencèrent à propos de la demande d'un crédit éventuel de 100 millions. Les considéralions politiques de Rojer-Collard, les objections militaires des généraux Foy et Sébastian! ne tinrent pas, dans la Chambre, contre un remarquable discours de Chateaubriand.
C'était la première fois que le grand <f/rivain parlait devant les députés (aâ février). « Son discours laborieusement étudié était à la fois le manifeste de son génie et le manifeste du royalisme devant l'Europe.
LA niHASSOA (1823) 205
La renommée qui le devançait le fit écouter, non c iimme un discours, mais comme un oracle (i). »
Après avoir étudié l'intervention au point de vue européen comme au point de vue français; après avoir montré la nécessité d'éviter la contagion morale, dans l'Intérêt monarchique, il terminait en découvrant sa véritable pensée, et il vantait les résultats de l'expédition comme s'ilsétaient déjà obtenus :
« SI la g-uerre avec l'Espag-ne a, comme toute t^ uerre, ses inconvénients et ses péiùls, elle aura eu pour nous cependant un Immense avantag-e. Elle nous aura créé une armée ; elle nous aura fait remonter à notre rang- militaire parmi les nations; elle aura décidé notre émancipation et rétabli notre indépendance.
(c II manquait peut-être encore quelque chose à la réconciliation complète des Français. Elle s'achèvera sous la tente. Les compag-nons d'armes sont bientôt amis, et tous les souvenues se perdent dans la pensée d'une commune g-lolre.
« Le roi, ce roi si sage, si paternel, si pacifique, a jiarlé. Il a jug-é que la sûreté de la France et la dig-nité • le la couronne lui faisaient un devoir de recourir aux armes après avoir épuisé les conseils. Le roi a voulu que loo.ooo soldats s'assemblassent sous les
(i) Lamartine. Histoire de la Restauration, t. vu, livre 4o. - 11 laul lire tout le passage consacré à Chateaubriand.
ordres du prince qui, au passag-e de la Drôme, s'est montré vaillant comme Henri IV. Le roi, avec une o-énéreuse confiance, a remis le drapeau blanc à des capitaines qui ont fait triompher d'autres couleurs; ils lui rapprendront le chemin de la victoire; il n'a jamais oublié celui de l'honneur. »
C'est le lendemain, 2G février, que Manuel prononça le discours qui souleva tant de tapag^e et qui fit prononcer son expulsion (4 mars).
Le crédit voté parla Chambre des députés (5 mars), à l'exception de toute la g-auche, rencontra dans la ;i Chambre des pairs une assez vive opposition. Cha- | teaubriand y répondit encore par des phrases élé- ï g-antes et sonores, et l'expédition fut décidée (i4 mars), j
Dès le 29 janvier, on avait nommé l'état-major '* charsré de la conduire.
Le duc d'Ang-oulême avait le commandement en chef, avec le titre nouveau de généralissime. Il n'avait pas voulu d'un maréchal de l'Empire auprès de lui, de peur qu'on n'attribuât à celui-ci tout le mérite delà campag-ne (i). Cependant, afin qu'on ne \ pût dire que les manJchaux avaient élé systématiquement écartés, on donna au vieux maréchal Moncey le commandement d'une armée destinée à opérer en Cataloirne.
(1) Cf. Pasqiiier, .l/^'//K)/V"P.<r, . v, rli. 18. — Pasqiiier rapporte ; un entrplirn (|ii'il eut awc le Hue d'Ançoiiirme sur ce siij<l.
Le choix des officiers g-énéraux avait été difficile. Les royalistes ne voulaient que des hommes de leur parti. Au contraire, le duc cherchait les g-énéraux les plus capables. Surtout, il entendait profiter de l'occasion pour apaiser les dissentiments politiques. Si quelques chefs lui furent imposés, comme le prince deHohenlohe, principicule allemand qui s'était attaché jadis à l'émigration, qu'on s'étonnait de trouver dans nos rang-s, et qu'on s'étonna davantag-e de voir passer marécJial de France après la campag-ne; comme d'Autichamp, ancien chef vendéen ; comme Canuel et Donnadieu. qu'il suffit de nommer: comme le baron de Damas, qui n'était réputé que pour sa dévotion excessive; la plupart étaient des officiers g-énéraux de l'Empire qui avaient fait leurs preuves sur tous les champs de bataille, comme Oudinot, Molitor, Bourke, Bordesoulle, Curial, Domon, etc.
Toutefois, malg-ré sa bonne volonté, le duc d'Ang-oulême ne pouvait se flatter de g-randes qualités stratég-iques. Il n'avait fait campag-ne que pendant les Cent-Jours, contre Grouchy, et Grouchv, après l'avoir battu dans la vallée du Rhône, lui avait imposé une capitulation qu'il ne tenait qu'à lui de rendre plus humiliante. 11 lui fallait un major-général à la fois habile et dévoué.
Le maréchal Victor, alors ministre de la g-uerre, souhaitait ardemment cet emploi. Il avait préparé de
sa main un plan d'invasion où se retrouvait l'expérience de ses brillants services en Espagne (i). Le duc ne voulait pas de sa tutelle. On avait pensé à Macdonald. Mais sa santé ne lui permettait pas de faire campagne. Soult était discrédité. Suchet aurait été d'excellent conseil.
Sur la demande même du prince, on nomma le général Guilleminot, directeur du Dépôt de la guerre, officier du plus grand mérite, qui avait servi dans les armées de la République et de l'Empire, et bravement combattu à Waterloo. Ce choix fit pousser les hauts cris aux royalistes. Le duc y persista et n'eut qu'à s'en louer (.■>).
Comme l'avait annoncé le discours du trône, près de 100.000 hommes étaient rassemblés au 'pied des Pyrénées. (Exactement 90.062 hommes et 21.409 chevaux.) Ils comprenaient deux armées distinctes et de force inégale, dont l'effectif était partagé en cinq corps.
La première armée et la principale, sous le duc d'Angoulême, avec les i'='', "x" et 3^ corps (Oudinot,
(i) Analiise des ojjérdtions militaires qui devront avoir lieu en Espagne. Mss. ia-i8. Avec la signaUire de Louis XVllI. ,\rcliives de la guerre (avril iSsS). Ce manuscrit a été otl'ert aux arcliivc.'i par le iluc de Hellune, [lelit-fils tlu inarcchal (riov<Miibre 1893).
('!) (luilleniinot {i']']l\-i%t\(i) était né à Dunker(|ue. Après iSa."?, il l'ut envoyé comme ambassadeur à Constantinople, où il resta ju»([u'cii iS,'5i. Il a laissé un Précis de la (.'iiiii/inijne de iSa.'f. lu-H", 1824.
Molitor, Hohenlohe) et un corps de réserve (BordesouUe), composé de la plus grande partie de la g'arde, devait entrer en Espag-ne par la Bidassoa, traverser les provinces basques et marcher sur Madrid.
La deuxième (4^ corps), sous le maréchal Moncey, était destinée à agir en Catalog-ne. Elle était formée des trois divisions Curial, Damas, Donnadieu, et comptait environ 21.000 hommes.
L'artillerie (78 bouches à feu) était commandée en chef par le g-énéral Tirlet; le g'énie, par le g-énéral Dode de la Brunerie. Quelques mois plus tard fut formé un 2* corps de réserve sous le commandement de Lauriston ; mais il ne fut guère employé qu'aux sièg-es de Saint-Sébastien et de Pampelune.
Enfin, il faut ajouter à nos forces 26 ou So.ooo royalistes espag-nols, habillés et soldés par nous, partag"és ta petites divisions attachées à chacun de nos corps d'armée, et commandées par des chefs tels que le liaron d'Eroles, le Trappiste, Ouesada, le comte d Espag-ne, etc. Mais ce conting-ent nous fut plutôt un embarras qu'un appui.
Le duc d'Ang"oulême quitta Paris le i5 mars. Il y^ag-na d'abord Toulouse, d'où il poussa jusqu'à Perpig-nan, pour inspecter les quartiers du maréchal Moncey. Puis, par Tarbes et Pau, il se rendit à lîayonne.
Pendant que la Restauration préparait ses forces
270 LKS COMPLOTS MILITAIRES
contre l'Espag-ne, le parti libéral ne restait pas inactif.
Depuis l'avortement des complots de 1822, la lutte avait chang-é de théâtre. Elle avait passé en Espagne, Une entente concertée entre la révolution de Paris et celle de Madrid paraissait le meilleur moyen de les faire triompher l'une et l'autre. Le parti libéral avait song-é à accréditer auprès des Cortès un agent secret et sûr qui imposât par son expérience au gouvernement espagnol et lui suggérât 3 d'utiles conseils. t
Son choix s'était porté sur Benjamin Constant, qui n'était plus député. Mais celui-ci n'était pas riche. Il fallait à son déplacement assurer un traitement honorable. Malgré la fortune dont disposait le parti, on ne trouva pas la somme nécessaire. Comme le dit Lamartine, les libéraux achetaient avec économie leur popularité même, et ils dépensaient plus facilement 1 pour leur cause leurs discours que leur fortune.
On s'adressa au duc d'Orléans, qui refusa. Constant resta à Paris.
Au.ssi bien, les Espagnols n'auraient pas accepté de conseils. C'est d'eux, au contraire, que vint le projet d'un pronnnciamfenfo analogue à celui de ('«dix, et de ce qu'on appelait alors une Quirogade. ( i était là une conception toute espagnole (i).
(1) CVst re qui ressort du livre ])fii ronnii tlii !réniT.il (\c Vnii-
La concentration des troupes au pied des Pyrénées, en rapprochant les g-riefs épars dans tous les rang-Sj» offrait à un soulèvement militaire beaucoup plus de chances que celles qu'on avait jusqu'alors fondées sur quelques bataillons isolés.
Les circonstances étaient d'autant plus favorables que l'expédition était mal vue du pays et surtout de l'armée. Sur le chemin que suivaient les régiments pour g-ag-ner la frontière d'Espag-ne, ils étaient entourés des manœuvres les plus dangereuses qui les provoquaient à la révolte et à la désertion (i). La g-uerre était impopulaire. On allait la faire pour des moines contre la liberté. Telle était l'opinion courante des cabarets et des chambrées. C'est elle qui sug-g-érait à Paul-Louis Courier la proclamation qui parut à Bruxelles, sans nom d'auteur mais dans laquelle on reconnaissait son ironie mordante et travaillée.
« Soldats, vous allez rétablir en Espag-ne l'ancien rég-ime et défaire la révolution.
« Les Espag-nols ont fait chez eux la révolution, ils
doncourt, dont les notes offrent plus d'intérêt que le texte même : Ouinze années d'un proscrit. 4 vol. in-8", i835. Voir t. iv (notes). Nous aurons l'occasion de parler plus loin de l'auteur,
(i) Arch. Nat., fonds cité,G937 et 6973. — {Manœuvres employées pour détourner de leurs devoirs les corps qui se rendent à l'armée d'Espagne.) — Rapports des préfets, des maires, de la gendarmerie et de la police.
Arch. de la f^uerre. Corresp. ffén. — Février-mars i8'î3.
ont détruit l'ancien rég-imejet à cause de cela on vous envoie contre eux; et quand vous aurez rétabli l'ancien régime en Espag-ne, on vous ramènera ici pour en faire autant. Or, l'ancien rég-ime, savez- vous ce que c'est, mes amis? C'est, pour le peuple, des impôts; pour les soldats, c'est du pain noir et des coups de bâton; des coups de bâton et du pain noir, voilà l'ancien rég-ime pour vous ; voilà ce que vous allez rétablir, d'abord là, et ensuite chez nous...
« Ce sont les étrang-ersqui vous y font aller, car le roi ne voudrait pas. Mais ses alliés le forcent à vous envoyer là. Les alliés, le roi de Prusse, l'empereur de Russie et l'empereur d'Autriche, suivent l'ancien rég-ime. Ils donnent aux soldats beaucoup de coups de bâton avec peu de pain noir, et s'en trouvent bien, eux les souverains. Une chose pourtant les inquiète. Le soldat français, disent-ils, depuis trente ans ne reçoit plus de coups de bâton et voilà l'espag-nol qui les refuse aussi. Pour peu que cela g-ag-ne, adieu la schlag-ue chez nous. Personne n'en voudra. Ils ont donc résolu de rétablir partout le rég-ime du bâton, mais pour les soldats seulement. C'est vous qu'ils charg-ent de cela. Soldats, volez à la victoire 1 Et quand la bataille sera g-ag-née^ vous savez ce qui vous attend : les nobles auront de l'avancement, vous aurez des coups de bâton. Entrez en Espagne, marchez tambour battant, mèche allumée, nu nom des puissances étrang-ôres.
Vive la schlague, vive le bâton ! Point d'avancement pour les soldats, point de grades que pour les nobles !
«Au retour de l'expédition, vousrecevrez tout l'arriérédes coups debàtonqui vous sont dûs depuis 1789. Ensuite, on aura soin de vous tenir au courant. »
Dès la fin de 1822, un ag-ent espagnol à Paris, du nom d'Olavarria, avait sollicité Fabvier de soulever l'armée qu'on s'attendait à voir dirig-er contre l'Espagne, et dont le noyau était formée par le corps d'observation. Un officier proscrit, le lieutenant Marotte, lui fut dépêché pour l'inviter à venir à Madrid. Fabvier s'y rendit. Dans une note présentée au ministère espagnol, le 26 janvier 1828, après l'examen des moyens qu'on pouvait employer, il concluait ainsi : « Nous pouvons tout espérer si nous prenons l'armée française, sur le territoire français; rien, sinous attendonsqueles hostilités commencent.» Une convention fut signée avec le ministère, en vertu de laquelle celui-ci mettait à la disposition de Fabvier l'argent nécessaire, qui d'ailleurs ne fut point versé .
Gomment allait-on procéder ? Agirait-on sur les troupes par les piêmes moyens que précédemment, c'est-à-dire à l'aide des officiers subalternes et des sous-officiers? ou bien tenterait-on d'engager dans le mouvement les officiers supérieurs et les généraux? Le premier système ayant peu réussi, on résolut
d'employci- le secoud. ûa attaqua ea quelque sorte l'armée de deux côtés à la foisj du côté de l'Espagne et du côté de la France.
Depuis le triomphe des idées constitutionnelles, l'Espag-ne était le refuge des libéraux de Naples et du Piémont, échappés aux vengeances de leurs princes et de l'Autriche. Il s'y était ajouté, en 1822, quelques réfugiés français. Au commencement de 1828, tous les proscrits de la Restauration furent invités à s'y rendre. Contumaces des procès militaires de l'Est, de Nantes, de Poitiers, et d'ailleurs; prévenus acquittés, mais renvoyés du service; carbonari jeunes et obstinés, comme Joubert; officiers démissionnaires, comme Carrel ; les uns débarqués de Belgique et d'Angleterre; les autres venus de France; tous affluèrent dans la Péninsule, se rapprochèrent des Pyrénées, et ouvi^rent des intelligences avec les officiers et les sous -officiers des régiments placés aux avant-postes.
Un journal d'Espagne, publié en français, sous l'inspiration des réfugiés, l'Obserualeur, écrivait, le i(j février 1828 :
a Plusieurs Français de distinction, de ces hommes dont la nation se glorifie et qui ont tant contribué à sa gloire, ont conçu le projet de passer en Espagne, et d'y former une régence qui expédiera des ordres et des décrcls au nom de .\aj)ulcun II, IcijUiinc
LA BIDASSOA fl823) 275
l'iiipereur des Français, et proclamera l'acte addiliounel de i8i5. Le consentement du g-ouvernement rspagnol, qu'ils ont sollicité, ne leur sera probablement pas refusé. » Et il ajoutait : « S. M. l'impératrice Marie -Louise sera invitée à venir présider la réi^ence. // est bien certain que si L'invasion a lieu, nous verrons des choses étonnantes. »
En même temps, et sur l'autre versant de la chaîne, tui reprenait lesintrig-ues commencées avant le départ dans les g'arnisons, et poursuivies pendant les étapes. Les dilig-ences de Paris amenaient tous les jours des officiers en l'éforme ou en retraite, chargés de travailler les troupes et de s'assurer la connivence de leurs anciens camarades.
Ils apportaient de faux ordres sig-nés en blanc par le ministre de la guerre, des placards, des brochures, des journaux, contre lesquels le ministre dut multiplier les circulaires. On répandait ég-alement les manifestes annoncés, qui reprenaient contre une qucrre injuste les arg-uments de Courier, et qui revendiquaient contre les Bourbons les droits de la ilynastie impériale, mais cela dans une lang-ue emphatique et déclamatoire qui atteig^nait parfois le ridicule.
V un d'eus., Adresse à l'ar/née française, dôhixlail ainsi :
a Au quartier général de l'armée des hommes libres A « sur les munis Pyrénées, le... 1823.
(( Français
« Les puissances étrang-ères, après s'être efforcées d'effacer votre gloire qu'elles n'ont pu seulement ternir, osent vous commander la honte et le déshonneur. Vainqueurs de Fleurus, d'Iéna, d'AusterlitzJ de Wagram, vous laisserez- vous aller à leursinsinuations perfides ? Scellerez-vous de votre sang- l'infamiedont on veut vous couvrir, etla servitude de l'Europe entière? Obéirez-vous à la voix des tyrans pour combattre contre vos droits, au lieu de les défendre, et ne viendrez-vous dans nos rang-s que pour y porter la destruction et la mort lorsqu'ils vous sont ouverts pour la liberté sainte qui vous appelle du haut de l'enseigne tricolore quijlutte sur les monts Pyrénées et dont elle brûle d'ombrag-er encore une fois vos nobles fronts couverts de tant d'honorables cicatrices... Vive la liberté I Vive Napoléon ! Vivent les braves ! »
L'autre, Manifeste à la nation française , finissait de cette façon un peu moins dithyrambique :
« Nous, soussig"nés, Français et hommes libres réunis sur le sommet des Pyrénées (?) et sur le sol français, composant le conseil do rég-ence de Napo-
léon IJ, protestons contre la lég-itlmité de Louis XVIII l't contre les actes de son g-ouvernement attenta turcs à la liberté et à l'indépendance de la nation française.
« En conséquence, nous déclarons comme antinational tout attentat émané de Louis XVIII ou de son gouvernement contre l'indépendance de la nation espag-nole.
ft Les Membres du Conseil de régence DE Napoléon II (i). »
Les sig-natures manquaient, mais une petite note manuscrite les promettait pour plus tard. En effet, le Lruit circulait (avec quelle vraisemblance !) que le loi de Rome était en Espagne et que, les Pyrénées l'ranchies, il allait apparaître à l'armée.
Le colonel Fabvier était le chef de cette conspiration nouvelle. Etrang-er aux sociétés secrètes, il se laissait égarer par la haine qu'il avait jurée aux Dourbons. L'ardeur qu'il avait dépensée dans toutes ses aventures, il la prodiguait dans la plus déplorable, et ce soldat qui donna toute sa vie au droit et ùla liberté, travaillait alors, sans scrupules, à retourner des soldats contre la discipline et contre le drapeau.
Il avait repris avec des généraux et des colonels
'i) Moniteur, i«23, n° du i6 avril, p. 4/2-
278 LES GOMl'LOTS .MlLlTxVlRES
les rapports qu'il avait déjà entamés à Paris. Le désordre était tel qu'il put rester quinze jours dans un de nos cantonnements et y recevoir des visites de nombreux officiers, sans que le g-énéral de division, le comte d'Autichamp^ soupçonnât seulement sa présence. Les mêmes dispositions rég-naientdans d'autres rég'iments. On ne parlait plus que du drapeau tricolore.
« Il parait certain que la plupart des g-énéraux et des officiers supérieurs de la division Bourke étaient de la conspiration ; que le général Guilleminot luimême était favorable au mouvement et que, de l'aveu du général Vallin, l'avant-garde devait passer sous le drapeau tricolore. Mais des indiscrétions avaient été commises; les indications les plus précises étaient parvenues au quartier-général; et, dans la nuit du 5 au G, on avait fait filer sur les derrières six bataillons dévoués à la Piévolutiou. Dès lors, le g-énéral Vallia s'était trouvé isolé, et, pour ne pas justifier les soupçons, il n'avait plus eu qu'à ag"ir comme il avait fait (ij. ))
En pareille matière, il est difficile de se prononcer. L'attitude du général Vallin, même avant le G avril, ne confirme pas les sentiments qu'on lui prête, et
(i) Histoire de la lièuolulion française de i8i/j à i83o, par Duluurc, t. Vil, cil. ■M. Le louic vii cbl d'uu député nommé Auu-uis. H vol. iii-8", 18,]». ■
LA BIOASSOA (1823) 279
Armand Garrel était mieux placé pour jug-er comme il l'a fait plus tard, et comme nous le verrons plus loin. La vérité paraît être dans ce que dit le brave et judicieux g-énéral Pelleport, qui commandait la 2* brigade du corps de Molitor,
(( On a beaucoup parlé dans le temps de l'esprit soi-disant libéral qui animait l'armée des Pyrénées. On a même affirmé que les états-majors étaient dans le complot qui échoua faute d'énerg-ie. Je n'ai jamais pu savoir au juste ce qu'il y avait de vrai dans cette assertion. Je crois bien toutefois que les conspirateurs de l'époque essayaient de saisir cette occasion pour entraîner l'armée à faire, comme ils disaient, demi-tour en arrière; mais que l'importance de cette tentative que l'armée, toujours fidèle à son drapeau, fit échouer par sa fi-oide attitude, fut, des deux côtés, exagérée (i). »
En attendant, personne ne voulait prendre l'initiative du mouvement. Les uns promettaient seulement de se déclarer dès qu'un bataillon aurait arboré le drapeau tricolore; les autres voulaient attendre un soulèvement plus étendu; bref, on décida que le signal serait donné par les Français réfugiés en Espagne.
(i) Souvenirs militairett du général Pelleport. 2 vol. in-8", 1857, t. II, ch. G. Toiit le chapitre est consacré à l'expédition de 1823, et principalement aux opérations du corps de Molitnr.
Réunis en aussi grand nombre que possible sur le point de la frontière le plus rapproché de nos cantonnements, revêtus de l'ancien uniforme et groupés autour du drapeau tricolore, les réfug-iés devaient se jeter hardiment sur l'avant-garde où ils s'étaient assuré des intellig-ences, la contraindre à se replier sur le corps de bataille, et forcer ainsi l'armée à faire demi-tour. Le demi-tour^ tel fut le nouveau mot d'ordre, ou, comme on dit alors, le nouvel ordre du jour, prescrit par la chanson militaire que lança Bérang-er (mars 1828).
Brav' soldats, v'ia l'ord' du jour :
Point de victoire Où n'y a point de gloire.
Brav' soldats, v'ia l'ord' du jour:
Gard' à vous ! Demi-tour !
On a dit(Vaulabelle) quelegouvernement ne savait rien de ce qui se préparait. C'est une erreur.
Les menées qui avaient accompagné les troupes pendant les étapes; les désertions qui se multipliaient dans le voisinage de la frontière ; l'envoi des journaux et des écrits séditieux; tout cela n'était pas fait pour laisser le gouvernement dans l'ignorance. Enfin, . dès le 17 mars, un rapport du directeur de la police, Frauchet, lui signalait précisément le danger sous la forme qu'il allait prendre.
Franchet écrivait au ministrede lag-uerre: « Mon-
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sieur le Maréchal, je suis prévenu que, d'après le plan arrêté entre les révolutionnaires français et espagnols, les réfugiés organisés dans la Péninsule doivent pénétrer en France avec la cocarde et le drapeau tricolores... D'un autre côté, le corps sous les ordres du colonel Fabvicr à Vittoria va être augmenté de tous les réfug-iés français en Ang-leterre qui se sont embarqués le 1 1 de ce mois pour LaCorog-ne, à Gravesend, sur le brick anglais the Fanng .
Parmi les vingt-sept passagers portés sur ce bâtiment, on me signale Lavocat, (îaucbais, Teissier de Lamotte, Rose, Graudménil, Quinette, Pombas, George, Mathieu, Coudert, Walter, Trolé, Balland, Monnier, Hennequin, Barthélémy, Chauvet, pour la plupart compromis ou condamnés dans les conspirations qui ont éclaté en France sur divers points, Tan dernier.
Duvergier, Félix Cossin et Lallemand ont quitté Londres en même temps. Mais on croit qu'ils se rendent à Lisbonne, ..Il est certain encore que, chaque jour, il part de Paris ou de divers départements d'anciens militaires ou autres particuliers qui sont acheminés vers l'Espagne et trouvent près des frontières des facilités pour y pénétrer. Etc. (i). «
(i) Archives de la çiierre. — Armée d'Espagne. Correspondance militaire. Mars 1823. — Dans le même carton est si^ûale l'envoi d'une marche militaire, qui est comme la contre-partie de la clianson de Déranger, a Le pas de charge de l'armée fraQ-*
L'affaire bizarre du chef d'escadron de Lostende aide-de-camp du général Guilleminot, acheva de mettre le gouvernement sur ses gardes.
Les ultras ne pouvaient pardonner au duc d'An ê:oulême le major-général qu'il avait choisi. Il fallait perdre le général Guilleminot. Mais comment ^ En faisant croire qu'il était d'accord avec les conspirateurs de l'armée des Pyrénées .
Le 2 1 mars prirent place dans la diligence de Paris a Bavonne plusieurs voyageurs dénoncés à la police comme délégués>ar les sociétés secrètes pour soulever les troupes. C'étaient le général Piat et plusieurs officiers en inactivité comme lui, Sneck, Vieux dit La Manne, Robert, etc. En même temps était déposée une caisse à destination de Bavonne, qui contenait quatre habits d'officier-général, trois paires d'épauettes en or, des boutons à l'aigle, des cocardes tricolores, et une aigle de 1 armée impériale. Sur cette caisse, on avait mis l'adresse du chef d'escadron de Lostende, premier aide-de-camp du major-général
« Tout cela, écrit Pasquier, avait été préparé et exécuté, yen ai eu la certitude, par les soins d'un s.eur Hinau.v, commi.ssaire central à la préfecture de police, aidé par le commissaire de police de Saint- Thomas d'Aquin, nommé Genaudot, et un officier de
i;aise en Espaerne, » miisiaur do l To.i.r,
du roi. Dc.Iic'. S. X. ] \rV e^l.; vV^^'V-"""""" '^'' f''^^'^^
paix nommé Morlot. La caisse, suivant le plan convenu, ne devait <Àtre visitée qu'à Bordeaux par un sieur Tessières de Boisbertrand, commissaire g'énéral de police. Et on devait faire grand bruit de la découverte, njiii qu'il fût impossible ai/ duc d'Augoulême de conserver sa confiance au général Giiilleminot (i). »
Les voyageurs furent arrêtés à peu de distance do Paris. Mais, par suite d'un malentendu, la caisse fut rapportée à la préfecture de police. On l'ouvrit dans la nuit, on en fit l'inventaire, et dès le lendemain matin, 22, le directeur delà police, Franchet, adressait un rapport au ministère sur la grande Conspiration de l'armée des Pyrénées, et on envoyait l'ordre d'arrêter Lostende, à Bayonne.
L'arrestation eut lieu le 25. Lostende put se justifier. Mais le général Guilleminot se plaignit hautement, et quand le duc d'AngouIême arriva à Bayonne, le 3o mars, il trouva tout le monde en émoi.
Ce n'était pas tout. Le Conseil des ministres avait décidé de remplacer Guilleminot comme major-général par le duc de Bellune, ministre de la guerre. Vil lèle, qui n'aimait pas son collègue, saisissait l'occa-
(1) Pasquier, Mémoires, t. v, ch. 19. — Vaulabelle dit que Vieux reconnut que l'adresse de la caisse était de sa main. C'est une erreur, à moins de supposer que Vieux était de connivence avec la police, ce qui serait possible. D'ailleurs, le récit de Vaulabelle dénature complètement l'incident.
sion de s'en séparer. Il espérait que Victor, une fois sorti du ministère, n'y rentrerait plus, et tandis qu'il montrait au maréchal une ordonnance qui confiait ses fonctions ministérielles par intérim au g-énéral Dig-eon^ il en faisait signer au roi une seconde qui nommait Dig-eon à titre définitif. « Cet imbrog-lio, fait observer justement Pasquier, tient plus de la comédie que de la politique. Il faut, pour l'écrire, être aussi certain que je le suis de son exactitude. »
Le duc d'Aîig-oulème était déjà irrité des intrig"ues dirig-ées contre son major-g-énéral. Mais quand il apprit la nomination de Victor, il éclata. Il écrivit surle-champ à Paris se déclarant prêt à quitter l'armée si on lui imposait un autre major- g-énéral que celui qu'il s'était donné lui-même. Il fallut en passer par la volonté d'un neveu cher à Louis XVIII.
Victor, qui s'était empressé de courir à Bavonne, y arriva le 3o mars et se présenta aussitôt chez le duc d'Ang-oulême. Sans lui donner le temps de placer une parole : « Monsieur le Maréchal, lui dit le prince, je vous préviens que j'ai écrit au roi pour lui demander la révocation de l'ordonnance (jui vous nomine major-général de mon armée et que, si elle m'est refusée, je quitterai le commandement. Je suis bien décidé à ne pas jouer ici le rôle secondaire qu'on paraît vouloir m'imposer. Les raisons sur lesquelles on a fondé votre nomination ne sont pour moi qu'un
prétexte d"é!oig-ner le g-énéral Guilleminot dont je suis très satisfait. » Victor fut tellement déconcerté par cette réception ■ — et cette déception — qu'il en perdit la tête et qu'il parut admettre les reproches qui s'élevèrent alors contre son administration.
En effet, au dernier moment, on prétendit que l'administration de la g-uerre et l'intendant g-énéral de l'armée, Sicard. n'avaient pas su préparer les approvisionnements nécessaires à l'expédition. On fut forcé de passer avec le célèbre fournisseur Ouvrard, aussi habile que décrié, des marchés onéreux qui ont soulevé de vives discussions (i).
Les marchés furent sig-nés dans la nuit du 5 au 0 avril. Victor, qui se faisait passer pour malade, les ratifia tout en protestant, et en rejetant la responsabilité sur les chefs de son administration qu'il parlait de faire poursuivre, etc. Il quitta Bayonne pour rentrer à Paris, le i4, et reprendre possession du minis-
(i) Je me borne à signaler cette affaire, qui fit alors tant de bruit, sans y insister, ce qui n'est pas de mon sujet.
On pourra consulter les ouvraç^es suivants : Administration militaire de l'armée des Pyrénées, du 28 janvier au 21 avril 182.3, par Sicard, intendant général. Paris, 1828, in-4", et Réponse au mémoire de M. Sicard, par de Perceval, ex-intendant général de l'administration de la guerre Paris, 1826. — Mémoire du dur de Del lune sur les marchés Ouvrard, 182G. — Revue impartiale des opérations administratives de la campagne de 182.1, principalement relatives aux marchés des subsistances et transports, par le lieutenant-colonel d'Aulnois, ancien inspecteur-général des subsistances des armées. Paris, 1826, in-4". — Enfin et surtout les curieux Mémoires de G.-./. Ouvrard, sur sa vie et ses opérations financières, 3 vol. Paris, 182G-1827, in-S".
tère. Dig-eon, qui n'avait fait qu y passer, fut dédommag-é par le titre et le traitement de ministre d'État. Comme l'affaire Lostende, tout en tournant à la confusion des ultras, avait ouvert les yeux sur les menées des conspirateurs, on décida d'y soustraire l'armée le plus tôt possible. Les marchés sig-nés, l'ordre fut donné sur toute la lig'ne de franchir la frontière, le 7 avril au matin.
L'heure était venue d'agir pour les réfugiés.
En apprenant l'arrestation de Lostende, dont la nouvelle lui parvint le 28, Fabvier avait aussitôt quitte nos cantonnements, passé la frontière et g'ag-né Saint-Sébastien. C'est là qu'il avaitdonné rendez-vous aux proscrits de France et d'Italie. Mais sa déception fut profonde. Au lieu d'un corps de 7 à 800 hommes qu'il y comptait voir, sur la foi des comités de Paris, il ne trouva qu'un peu plus deiôo hommes, partag'és en deux compag-nies : l'une, d'environ 120 Français, sous Caron, l'ancien commandant du o^'delig'ne à Marseille, qui se donnait le nom de Leg^ros; l'autre de 4o à 5o Piémontals.La discorde avait d'ailleurs éclaté parmi les réfug-iés ; les uns bonapartistes, les autres républicains. Tandis que les uns étaient au rendez-vous, les autres étaient encore à Bilbao ou dans l'intérieur de la Péninsule.
Le temps man(|uait pour attendre et pour prêcher l'union. I''ahvicr ne put ([n'employer ce qu'il avait
LA BlDASSUA (ISii;!,^ 28?
sous la inaiu. 11 y avait là, avec Caron : Nantil et de Lamotte,du procès de 1820 ; Delon, ûloreau, Pombas, Cliauvet, Gaucliais, Grandménil, Cossin, Heureux^du procès Berton ; Delaliaye, Dupuy, Fouré, Gamelon, Raymond, du procès de Nantes ; Trolé, Walter, du procès de Belfort ; le lieutenant Marotte, le lieutenant Bénies, lorrain comme Nantil et Fabvier, et quelques carbonari, comme Rozé, du procès des serg^ents de La Rochelle ; Thomas, Gauja, Degeorg-e, etc. ; enfin des déserteurs de l'armée des Pyrénées.
Une démonstration analog-ue à celle qu'il se proposait venait d'être tentée, le 26 mars, et n'était pas faite pour encourag-er Fabvier.
Le g-énéralGrundler, chef d'état-major du i''^" corps, écrivait au g-énéral Guilleminot :
« Au (luartier-général de Saint-Jeaa-de-Luz, 27 mars.
« M. le maréchal de camp, vicomte Vallin, qui, d'après les instructions de M. le maréchal (Oudinotj, avait ordre de surveiller la distribution des proclamations et les tentatives qui pourraient être faites près de nos troupes, rend compte à S. E. qu'il vient de parcourir la lig"ne de la Bidassoa, qu'il a pris des informations près le chef de bataillon qui la commande et qu'il s'est assuré (jue rien de semblable n'avait encore pénétré.
« Ildonne avisque, le:<() mars, le rég-lmontd'Alcxan-
(Ire, la troupe de Pastcr et 20 chasseurs à cheval du rég-iment de la Reine, formant environ i .000 hommes, sont venus se former eu bataille sur la route, près de la culée du pont, et que le commandant a fait jouer par la musique et chanter des chansons constitutionnelles, en criant : Vive l'armée française ! Nos troupes sont restées froides spectatrices de cette parade, n'ayant pas même pris les armes aux postes en sig-ne de mépris (i). »
En dépit de ses faibles ressources, et peut-être de ses faibles espérances, Fabvier ne tenta pas moins l'aventure.
II ordonna aux deux compagnies de se transporter à Irun, sur la Bidassoa, en face du village français de Béhobie (2). Elles y arrivèrent dans la nuit du 5 au 6 avril, et apprirent que le passage de l'armée était fixé au lendemain, 7 avril. Le pont qui joignait autrefois les deux rives avait été détruit par nous dans notre retraite de 181 3 et n'avait pas été rétabli. Un bac servait au passage des voitures, particulièrement à la diligence de Bayonne à Madrid, tous les jours, vers onze heures. Fabvier comptait profiter de la circonstance pour traverser la rivière. Dès que le
(i) Archives de la Guerre. Ibid., mars 182.3.
(2) On sait que la Bidassoa forme, pendant plusieurs kilomètres, la t'ronli(M-c cuire rEs]iagne et la France, et qu'elle est célèbre par le traité des Pyrcuces de iCuij, sijjné dans l'ilc de la Cuafércucc, que l'oa voit encore, mais qui menace de disparaître.
LA BIDASSOA (ISiîS) 2§9
bac aurait abordé, les deux compag-nies s'en saisiraient, le ramèneraient sur la rive droite, et se jetteraient sur nos avant-postes aux cris de : Vive la liberté !
Le 6 avinl, à dix heures du matin, la colonne quitta Irun, partagée en trois détachements. Le premier, composé d'officiers, était commandé par Fabvier luimême ; le second était sous les ordres de Caron ; le troisième, formé des Piémontais. Les hommes avaient revêtu l'uniforme des g-renadiers et des chasseurs à pied de l'ancienne garde impériale ; tous portaient la cocarde tricolore, et marchaient précédés d'un drapeau tricolore porté par le lieutenant Marotte. Contrairement aux calculs de Fabvier, la dilig"ence de Bayonne ayant passé plus tôt que d'ordinaire, le bac était ramené sur la rive fi^ançaise, lorsque la colonne arriva au bord de l'eau.
Cependant, la mer baissait^ et on pouvait espérer de passer à g-ué, dans une heure. Les réfugiés s'étaient arrêtés auprès de la culée du pont détruit, conmie avait fait quelques jours auparavant le régiment espag-nol. Ils ag-itaient leur drapeau et chantaient la Marseillaise. Une pièce de canon, charg-ée à mitraille, servie par quelques artilleurs et soutenue par un rég-iment d'infanterie, occupait la culée opposée. La courte distance qui sépare les deux rives permettait de distinguer les moindres mouvements et d'entendre