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CHAPITRE IX

La Corogne (1823)

Le coapdecanoa de la Bidassoa retentit douloureusetnent au cœur des libéraux.

Le général Lamarque écrivait de Paris, dès le 1 1 avril : « D'après un rapport du g-énéral Guilleminot, le premier coup de canon tiré sur la Bidassoa a été dirig-é contre quelques iFrançais qui faisaient entendre des cris séditieux. Le coup de canon, ordonné par Vallin, a devancé les hostilités et il est, par conséquent, une espèce de trahison. Il eût été loyal de ne répondre que par des paroles à ceux qui ne nous attaquaient que par des cris. Huit malheureuxj Français ont été tués, et quatre blessés grièvement. Je ne sais pas ce qui doit m'étonner le plus, leur folie ou la petitesse d'un ministère qui s'applaudit dune si misérable victoire. C'est à une nation qui n'a pas encore oublié les trophées de Fleurus, de Mareng-o, de Hohenlinden et de Wagram, qu'on vient solennellement annoncer que 8 hommes, que 8 Frau<;ais, ont clé tuéb par raïuice IVançaise com-

mandée par le premier Prince du sani»- ! Cela suffit pour donner la mesure de ceux qui nous g-ouvernent. Au reste, ce premier coup de canon est parvenu à son adresse ; il a frappé des Français, et c'est à la France, à ses institutions, à sa liberté que les Bourbons font la g-uerre. » {Correspondance, t. ii.)

Et Corcelles écrira plus tard : « Le canon de la Bidassoa acheva de briser les associations... Le parti révolutionnaire avait besoin de l'armée, il ne l'avait plus (i). »

D'ailleurs l'armée française de 1828 était-elle capable de se (( prononcer » comme avait fait l'armée espag-nole de 1820? Ce n'est pas l'avis d'un homme qui la connaissait bien et qui n'est pas suspect de faveur pour les Bourbons.

Dans un article publié quelques années après, A. Carrel analysait les éléments de l'armée d'Espag-ne, et n'y trouvait rien qui pût justifier de coupables espérances (2).

D'abord, il y restait très peu de soldats de l'Empire. « Il n'y avait plus de vieux soldats dans l'armée

(i) Documents pour servir à l'histoire des conspirations, i83i, {1) Revue française. Mai 1828. — Armand Carrel, né à Rouen, en 1800. Elève à l'école militairede Saint-t^yr.lieutenantausgHle lig'neiors des complots de l'Est. Changéderégiment et démissionnaire en 1823, il s'était rendu en Espagne et nous le retrouverons en Catalogne. Rédacteur au Globe, à. la Revue française, etc., fondateur du iVo//o«a/ (janvier i83o),il nous promettait un brillant écrivain. Tout le monde saitqu'il fut tué en duel, par Emile de Girardin (juillet i830).

réunie sur les Pyrénées. Ainsi, plus de souvenirs ennemis de l'état de choses fondé par la Restauration ; peu d'enrôlés volontaires, ainsi peu de cet esprit turbulent qui a besoin de la g-uerre et vit des tumultes intérieurs. »

Les sous-officiers sortaient delà loi de 1818. Parmi les officiers, les lieutenants étaient au service depuis la Restauration. Ils désiraient la g-uerre pour avoir de l'avancement. Quant aux capitaines du temps de l'Empire, « ils avaient plié sous la nécessité de conserver le morceau de pain attaché à l'épaulette ». Enfin, les généraux de l'Empire n'étaient pas ceux qui témoig-naient le moins d'enthousiasme.

« De vieux g-énéraux dont on n'avait pas cru pouvoir se passer et qu'on avait rappelés après une disg-râce qui datait de i8i4 se croyaient obligés, en reparaissant à la tête des brig-ades et des divisions, de faire preuve de bons sentiments. Ils parlaient du panache de Henri IV et de la monarchie de Louis XIV, comme eussent pu le faire les La Rochejaquelein et les Fitz- .lames. »

Et Garrel ajoute, après cet examen : « Quels que fussent les sentiments de l'armée, l'ordre de passer les Pyrénées trouva tous les esprits disposés à l'obéissance; les uns comme à un devoir, les autres comme à une nécessité. » "%

Lf -y avril i8?.3, ainsi (|iril nvaif été décidé, l'ar-

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mée française entra en Espag-ne. Le i^'' et le 2" corps par Irun ; le 3" (Hohenlohe) fléboucha en Navarre par le col de Roncevaux. Le 4® (Moncey) ne devait commencer son mouvement que lorsque l'armée serait en lig'ne sur l'Ebre.

Le II, le duc d'Ang-oulôme était à Tolosa. Le lendemain, il détacha le 2^ corps (Molitor) sur l'Èbre, afin d'assurer la communication entre son armée et celle de Moncey. Molitor traversa la Navarre, atteig-nit l'Èbre^ et le descendit tranquillement jusqu'à Sarragosse, où il arriva le 26. C'est au son des cloches et aux acclamations des habitants qu'il entra dans cette ville qu'il nous avait fallu emporter, en 1809, au prix d'un siège formidable.

Maîtres de lalig-ne de l'Èbre, qu'allions-nous faire? Beaucoup inclinaient, — et Villèle et Victor étaient du nombre, — pour qu'on s'y établît solidement, qu'on couvrît les derrières de l'armée, et qu'on attendît que Moncey se fût emparé de toute la partie de la Catalogne qui est sur la rive g-auche du fleuve. On pouvait alors espérer que les chefs du g-ouvernement constitutionnel feraient leur soumission, et que le but que nous poursuivions serait atteint à peu de frais.

Mais ce n'était pas le compte des royalistes ardents. Ils voulaient aller jusqu'au bout, écraser la révolution espag"nole, et restaurer Ferdinand VIT, comme on

avait restauré Louis XVIII, Ils étaient appuyés par la noblesse qui peuplait létat-major et qui entourait le g-énéralissime. Celui-ci était du même avis. Il fallut donc s'enfoncer dans l'intérieur de la Péninsule. L'Espagne avait attendu notre invasion pour rompre avec nous. Le 28 avril, un décret des Cortès appelait aux armes tout le pays, et enjoignait aux autorités « de combattre l'invasion par terre et par mer ». Tout Espagnol fut autorisé à lever des corps francs, ou guérillas, dans les provinces envahies, et les étrangers furent admis à former un corps spécial appelé légion libérale étrangère.

Les troupes de ligne qui nous étaient opposées s'élevaient à environ iSo.ooo hommes, partagés entre <|uatre armées : l'armée d'opérations sous Ballesteros, l'armée du centre sous l'Abisbal, l'armée de Galice sous Morillo. l'armée de Catalogne sous Mina.

Les places étaient bien garnies; les soldats étaient

braves ; les chefs, qui avaient tous servi dans la guerre

de l'Indépendance, auraient pu lutter contre nous

avec des chances de succès. Mais il arriva le contraire

"^ de ce qu'on avait vu sous l'Empire. Sous l'Empire,

c'était le peuple qui s'était soulevé contre nous, à la

voix des curés et des moines. En 1828, c'est lui qui

nous accueillit et nous aida, tandis que la bourgeoi-

w sie et les hautes classes défendaient la cause libérale.

En outre, le calcul des constitutionnels se trouva

déjoué par l'activité et les millions (.rOuvrard. Les constitutionnels avaient décidé de n'opposer à notre armée que des corps isolés et peu nombreux, destinés à nous harceler plutôt qu'à nous combattre; de couper nos communications et d'intercepter nos convois, de faire en sorte que la g"uerre, en se prolong-eant avec ses excès, finît par indisposer même la population qui nous était favorable, et réunît tous les partis dans un commun soulèvement contre l'étrang-er.

L'Espag-ne, en effet, et nous en avions fait la triste expérience, n'est pas de ces pays où la g-uerre nourrit la g"uerre. L'irritation que peuvent soulever les exigences d'une armée de loo.ooo hommes condamnés à vivre sur un pays pauvre, c'était là le plus grand dang-er que nous eussions à combattre. Grâce à Ouvrard, qui se charg-ea de tout acheter et qui paya tout au poids de l'or, le danger fut conjuré. Vivres, fourra g-es, voitures, chevaux et mulets de transport^ nos troupes demandaient tout à l'Espag-ne, et Ouvrard assura tout, sans magasins et sans réquisitions.

Devant cette tactique nouvelle, la cause que défendaient les g-énéraux espag-nols leur parut compromise. Ils ne la soutinrent que mollement. Ils se laissèrent g-ag-ner aux promesses que leur fit parvenir le duc d'Angouléme, et qu'Ouvrard appuyait des arg-uments les plus persuasifs. L'Abisbal, Morillo,

Ballesteros furent achetés tour à tour, et nos succès de 1828 furent de ces victoires à coups de gainées, où excellent nos voisins d'Ang-leterre.

Le duc d'Ang-oulême était arrivé le 17 avril à Vitoria. Il y resta trois semaines, et descendit sur Madrid sans obstacle, par Burg-os et Somo-Sierra, appuyé sur sa droite par Oudinot, qui s'avançait par Valladolid et Ség-ovie.

Il y entra le 24 mai, au milieu d'un enthousiasme extraordinaire. La population se pressait sur son passag-e, en semant des fleurs. Des tentures, des drapeaux, des g-uirlandes de feuillag-e ornaient les maisons. Les balcons et les fen^'-tres reg-org-eaient de femmes élég-antes et parées qui ag-itaient des drapeaux blancs où se trouvaient unies les armes de France et d'Espag-ne. Le bruit des cloches, les accords des musiques se mêlaient aux cris d'allég^resse et de triomphe. Quel spectacle pour ceux de nos soldats qui avaient vu les sombres journées de la guerre d'Indépendance, les villes fermées et sinistres, partout le silence, la trahison et le meurtre !

Devant nos progrès, les Cortès avaient entraîné le roi, la famille royale et les services du g-ouvernement, d'abord à Séville (10 mai), puis à Cadix. C'était jusqu';\ Cadix qu'il fallait pousser.

Après avoir org-anisé, à Madrid, une rég-ence absolutiste, le duc d'Ang-oulème s'arliomina vers l'Anda-

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lousie. Mais, derrière nous, la réaction éclatait, féroce et sang-lante, contre les constitutionnels. Dans plusieurs villes, à Sarrag-osse, à Burg-os, et ailleurs; dans les campag-nes, on emprisonnait, on pillait, on massacrait.

Ces excès avaient déjà forcé le duc d'Ang'oulême de renouveler, à Madrid^ la proclamation qu'il avait adressée au peuple espagnol, avant de franchir la Bidassoa, et dans laquelle il déclarait « que son entrée en Espag-ne avait pour seul but d'y rétablir la justice, l'ordre et la paix, et qu'il promettait respect aux propriétés, sûreté aux personnes, protection aux habitants paisibles ».

Ce fut en vain. La rég-ence couvrait ces excès de son indulg'ence. hes ff lier il las absolutistes se sig-nalaient par des exploits qui faisaient roug-ir nos soldats. Obéissant à sag'énéreuse indig'nation,leg'énéralissime rendit, le 8 août, l'ordonnance d'Andujar,qui mettait les Espag-nols sous notre protection. Elle souleva de telles récriminations dans le parti royaliste d'Espagne, et même de France, qu'elle resta presque aussitôt lettre-morte.

■ Les Cortès, a^^ant avec elles le roi et la famille royale, occupaient Cadix et l'île de Léon. Elles y furent assiég-ées, tandis que la mer était g-ardée par une escadre sous les ordres de l'amiral Duperré. Elles pouvaient tenir long"lemps. Il y avait, sur cet

étroit espace, des défenses couvertes de 2.000 pièces de canon, des munitions en quantité considérable, et une bonne armée de i5.ooo hommes (i). Rieg-o proposait de quitter Cadix, de nous enfermer entre la place et l'Andalousie, et de nous couper de Madrid. On le laissa sortir, son énerg-ie devenait un danger. Malg"ré la prise du Trocadéro, qui fut célébrée par le gouvernement à l'ég-al des plus g-randes victoires, et qui ne nous avait coûté que 35 hommes tués et iio blessés (3i août), les Cortès pouvaient résister encore. Elles furent travaillées par Ouvrard, et se laissèrent g-ag-ner comme leurs g'énéraux. Elles permirent à Ferdinand VII d'aller rejoindre le duc d'Ang'Ouléme, à son quartier de Port-Sainte-Marie (3o septembre). Dès le lendemain, elles furent dissoutes, et la monarchie absolue rétablie, avec ses représailles et ses excès.

Le 1er octobre, le roi signa un décret par lequel, après avoir qualifié, dans les termes les plus injurieux, le rég-ime qui venait d'être renversé, rétabli, disait-il, sur le trône de Saint Ferdinand par la main juste et sage duTout-Puissant,par les généreuses résolutions de ses nobles alliés et par les

(i) Voir Précis des opérai ions du sièr/e de Cadix en jSa.'i.pur If lieutcnant-çénéral Dode de la Bniiierie. Paris, i8a/), in-8*. El ])Our toute la campa2;nc, consulter Histoire de la guerre d'Espagne par Abel Iliuro (le frère du poète), a vol., 1824. iti-8". L'ouvrajje est clair et intéressant.

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courageux efforts de son cousin le duc dWuffoulènie et de sa vaillante armée, il déclarait nuls tous les actes du gouverneur soi-disant constitutionnel, attendu que, depuis le 7 mars 1820 jusqu'au i'' octobre 1828, il avait été constamment obligé de sanctionner des lois et de donner des ordres contraires à sa volonté. Il approuvait, en revanche, tout ce qui avait été décrété et ordonné par la junte provisoire et par la régence de Madrid, se réservant, lorsqu'il aurait pu s'informer des besoins de ses peuples, de donner les lois et de prendre les mesures les plus propres à assurer leur bonheur.

En attendant, et malgré les sages conseils de son cousin d'Angoulême, auquel il offrit vainement le titre de prince du Trocadéro, les premières mesures de Ferdinand furent dirigées contre tous ceux qui avaient fait partie du gouvernement constitutionnel ou qui en avaient accepté des emplois. Une immense proscription s'abattit sur l'Espagne.

Notre marche d'Irun à Cadix n'avait guère été qu'une brillante promenade militaire, ad usuni Delphini (i).

(1) Il serait injuste de ne pas mettre en relief sur ce fond insiEjnifiant, la campagne de Molitor contre Ballesteros, qui lut vaincu à Campillo deArenas.le 28 juillet, et forcé de capituler le 4 août.

Cette campagne entre la vallée de l'Ebre et la province de Murcie, dans une région montagneuse et difficile, menée avec une précision et une rapidité dignes de l'Empire, valut à Molitor

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La lutte ne présenta de difficulté qu'en Galice et en Gatalog-ne, parce que les réfug-iés étrangers s'y trouvèrent mêlés. Il y eut, dans ces deux provinces, aux deux extrémités opposées de la Péninsule, des épisodes militaires peu connus, qui augmentent l'intérêt des événements de 1828, et qui se rattachent à l'histoire des complots dirigés contre la Restauration.

Morillo, comte de Carthagène, avait été chargé de couvrir les Asturies et la Galice, avec les g-énéraux Ouiroga et Palaréa. J

Colonel pendant la guerre de l'Indépendance, Morillo avait eu le commandement des troupes envoyées contre l'insurrection de l'Amérique du Sud, et s'était signalé par de sanglants exploits. Rappelé en 1820, il se trouvait mêlé aux événements de 1828 sans partager les idées constitutionnelles. Aussi, n'attendait-il que l'occasion de trahir. Il la saisit à la fin de juin, en apprenant la translation du roi de Séville à (^adix. Il traita alors avec le général Rourke qui marchait contre lui, et le rejoignit à Lugo.

Quiroga, chargé particulièrement de la Galice, avait été, avec Riego, un des chefs du mouvement de 1820. Il était trop eng-ag-é dans la révolution pour imiter Morillo. Il refusa de le suivre, se concentra

1c liAton de marérlial. Avec ses servires antc^rieurs, ]\folilor l'avait bien ga^-iié.

dans la Galice et y org-anisa vig-oureusement la résistance.

II y fut aidé par les libéraux étrang-ers.

Après l'affaire de la Bidassoa, Fabvier et Caron s'étaient retirés à Saint-Sébastien. La place ayant été investie par nos troupes, ils g-ag-nèrent par mer Bilbao, puis La Corog"ne. Fabvier, qui n'avait cherché qu'à obtenir le demi-tour, ne voulait pas combattre contre nous. Il s'embarqua pour TAng-leterre, où il fut bientôt rejoint par Caron.

Les hommes qu'ils avaient laissés à Bilbao prirent à pied le chemin de la Galice, par les montag-nes, et arrivèrent à Lug-o^ où ils séjournèrent quelques mois. Il yavait là Nantil, Delamotte^ Delon, Moreau, Pombas, Chauvet, Cossin, Heureux, Fourré, Gamelon, Delaha^e, etc., et les Piémontais. Ils se g-roupèrent sous les ordres du commandant Gauchais, de l'ancien capitaine de cavalerie Michelet et d'un officier italien.

Ils furent renforcés par le concours d'un certain nombre d'officiers ang-lais. Telle était la bizarrerie des événements que, dans cette même Péninsule où ils s'étaient trouvés opposés, les anciens habits bleus et les habits roug-es combattaient maintenant côte à côte.

Il n'est pas inutile de rappeler que l'Ang-leterre, étrang-ère à la Sainte-Alliance, s'était prononcée contre l'intervention en Espag-ne. Cette politique lui parais-

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sait contraire à tous les droits. Le premier de tous, pour un peuple, n'est-il pas celui de disposer librement de lui-même ? Le ministre Canning- disait à notre chargé d'affaires à Londres, M. de Marcellus: « Je ne comprendrai jamais qu'on tire le canon contre des idées et contre des formes de g-ouvernement. » ' En outre, depuis qu'elle avait protég-é la Péninsule 1 contre nous, l'Ang-leterre semblait s'en réserver la 1 tutelle avec une jalousie où le souci de ses intérêts commerciaux'tenait plus de place qu'une sympathie véritable pour la nation espagnole (i). Le discours de Louis XVIII d'abord, plus tard nos succès militaires, n'avaient fait qu'irriter l'opinion publique en Angleterre. On se livrait à de violentes sorties contre nous dans les deux Chambres, où whigset tories se retrouvaient d'accord sur cette question, et les journaux débordaient d'invectives à l'adresse de notre gouvernement.

En dépit de toutes les excitations, le ministère Canning ne se départit point de la neutralité à laquelle il s'était engagé dans le congrès de Vérone.

(i) Pendant la guerre de l'Indépendance, il est curieux de voir le dédain des Anglais j)our leurs alliés, et l'irritation des Espatçnols contre les hérdlir/iies dont le concours assurait leur salut. 11 faut lire parallèlement, pour s'en rendre compte, l'ouvraj^e classique anj^^lais : Histoire de lu (jiierre de la J'éiiinsule.dc sir Charles Napier, et l'excclieul ouvrage esi)aj|^nol du fjencral Arteclie, Historia de la ffuerru de Inde pende ncia, en cours de publication. Le tome vu (i8ii^ a paru eu i8(ji.

II arrêta les préparatifs de plusieurs expéditions particulières, destinées à secourir la cause espaiSfnole. Mais il ferma les yeux quand le colonel sir Robert Wilson s'embarqua à Falmouth avec une vingtaine d'officiers ang-Iais pour La Corogne.

Il semblait que Wilson était indiqué pour ces aventures. Il était de ceux, comme Fabvier, qui les cherchaient partout.

Wilson avait fait partie de l'état-major de l'empereur Alexandre et servi contre nous en 1812 eten i8i3. En 18 16, à Paris, il avait contribué à l'évasion de Lavalette. Brouillé avec la Russie, inactif en Angleterre, il était allé dans l'Amérique du Sud offrir son épée à Bolivar, Député à la Chambre des communes, il quitta le Parlement pour l'Espagne (i).

Nos succès forcèrent la légion libérale de quitter Lugo et de se replier sur La Corogne. Elle y trouva une seconde légion, organisée par un officier belge du nom de Janssens, et se fondit avec elle, à l'exception de Gauchais, deMichelet et de Pombas, qui n'entendaient servir qu'avec leur grade.

Il s'y joignit un détachement de lanciers de la liberté qui avait été formé à Madrid par l'ancien chef d'escadron Pascal Eymard. Ces lanciers étaient

(i) Thomas Robert Wilson était né en 1777. Après i83o, il fui replacé dans l'armée anglaise et passa lieutenant-général en i84i. En 1842, il reçut le gouvernement de Gibraltar, qu'il couserva jusqu'à sa mort, en 1849.

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