LA COROGNE (IS^H) S
( liùtiment qui l'attendait. Le conseil des ministres il('cida que Rieg-o serait remis aux Espagnols. C'était ligner son arrêt de mort.
Il fut conduit à Madrid, jug-é, et condamné à mort non comme militaire pour la révolte de 1820, mais cumme membre des Cortès et pour la part qu'il avait prise à la déposition temporaire du roi, lors de la translation à Cadix, Mis en chapelle le 5 novembre, il fut conduit, le 7, sur la place de la Cebada. Là se dressait une potence de cinquante pieds de hauteur. En présence d'une foule immense, contenue par des régiments français, Riego fut livré au bourreau qui, après lui avoir passéIacordeaucou,lui sautasurles épaules, tandis que deux aides le tiraient parles pieds. La foule, jusqu'alors silencieuse, cria alors : Vive le roi! et le corps demeura suspendu au gibet toute la journée.
Quelques jours après, le 12 novembre, le roi rentra dans Madrid, sur un char de triomphe, au milieu du délire populaire et de manifestations incroyables.
Le duc d'Angoulème fut de retour à Paris le 2 décembre.
Son voyag"e, depuis la frontière, n'avait été qu'une succession de fêtes. Sa réception à Paris dépassa la mesure. Il le reconnut lui-même avec .son bon sens or- /" dinaire. En montant à cheval auprès de la porte Maillot, il dit à ses aides-de-camp : « On nous fait faire \k de la Don-r[uichotterie. »
Il fut reçu, à l'Arc de Triomphe, par une députation de tous les corps de l'Etat et de la capitale. Au discours ditlij'rambique du préfet de la Seine, il répondit simplement : « Je suis heureux d'avoir accompli la mission qui m'était confiée, d'avoir rétabli la paix, et d'avoir montré qu'on peut tout faire à la tête d'une armée française. »
On avait fait venir par mer, de Cadix à Brest, o.ooo hommes de lalig-neet delag-arde, choisis parmi ceux qui avaient contribué à la prise du Trocadéro. i Ils formaient la haie depuis l'Arc de Triomphe jus- 1 qu'aux Tuileries. Louis XVIII attendait sur le balcon du palais, avec la famille ro^^ale, les ministres et la cour. Le prince suivit lentement l'avenue des Champs- J Elysées et ne descendit de cheval que pour aller se jeter aux genoux de son oncle, auquel il rendait ^ une armée et peut-être un royaume. « Mon fils, lui dit le roi, avec la majesté qu'il savait prendre dans les g-randes circonstances, je suis content de vous. » Puis, le tenant par la main, il le présenta ù la foule, du haut du balcon des Tuileries, au milieu d'acclamations enthousiastes.
Celte l)L'lle journée réconciliait dans la gloire la royauté et l'armée. .Mais elle nous coûtait 207 millions (ij.
(i) 207, 827, 1)85 l'r., tel fut e clii tire des d/pcnses extraordi
LA GOROGNE (1.S23) 321
Au point de vue militaire, malgré réclal donné à de modestes succès, la g-uerre d'Espag-ne n'eut qu'une médiocre importance. « Ce qui me fâche dans tout ceci, disait le vieux maréchal Oudinot, c'est que ces vens-là croient avoir fait la guerre. »
Mais comme l'a dit avec raison M. de Martignac : '< La question de la guerre de 1828 n'est pas une questioTi de stratégie. C'est une question toute sociale, vVtoute politique... » {Essai historique sur la révolulion d'Espagne. M. de Martignac avait été commissaire civil du gouvernement auprès du duc d'Angoulème.)
Non pas de politique étrangère. Car Ferdinand VII n'écouta pasplus nos conseils qu'auparavant, et notre influence dans la Péninsule fut bientôt annulée par celle de l'Angleterre, subordonnée même à celle de la Piussie.
La guerre n'eut qu'un heureux résultat, encore qu'il fût payé bien cher. Ce fut de rapprocher la Restauration et l'armée. C'est le sentiment commun à tous les royalistes. « Il y avait en France deux gloires; la Restauration les a confondues. Il y avait deux armées; lorsqu'elle tomba, il n'y en avait plus qu'une. » (Lubis, t. i.)
Jusqu'alors, en France comme à l'étranger, on
naires de la guerre de iSaS.d'aprèsl'évaluation de ISI. de Viilcle i^n présentant le budE^et de 182,'). (Séance du 5 avril 1824.)
croyait qu'il était impossible à la Restauration de réunir dix mille hommes sans s'exposer à une révolution; sans voir le drapeau blanc succomber devant le drapeau tricolore. Les complots militaires des années précédentes n'avaient fait qu'aug-menter cette impression. L'épreuve venait d'être faite, et dans des circonstances difficiles, puisque, à deux reprises au delà de la frontière, on avait ag-ité devant les troupes le drapeau tricolore. L'épreuve avait tourné au profit de la monarchie.
C'est ce résultat qu'avait en vue Chateaubriand, lorsqu'il poussait à la guerre. C'estcelui qu'il escomptait, dans un mag-nifique lang-ag-e, avant môme la fin 1 de la campag-ne, lorsqu'il s'écriait, dans la Chambre des pairs :
« ...Vous le savez, Messieurs, tous les efforts révolutionnaires s'étaient tournés contre notre armée. On n'avait pu soulever le peuple, on voulait corrompre le soldat. Que de tentatives faites sur nos troupes ! Que de complots toujours dénoncés et sans cesse renaissants ! On employait jusqu'au souvenir de la victoire pour ébranler la fidélité...
«Eh bien, l'expérience a été faite, et comme je n'en avais jamais douté, elle a parfaitement réussi. Le coup de canon tiré à la Bidassoa a fait évanouir bien des prestig'es, a dissipé bien des fantômes, a renversé bien des espérances. Huit ans de paiv rivaient
LA GOttOGJNE (1823) 3:23
moins affermi le trône lég-itime sur ses bases que ne l'ont fait vingt jours de guerre. Un roi qui, après nous avoir rendu la liberté, nous rend la gloire; un prince qui est devenu, au milieu des camps, l'idole de cent mille soldats, n'ont plus rien à craindre de l'avenir. L'Espagne, délivrée de la Révolution; la France reprenant son rang en Europe, et retrouvant une armée; la légitimité conquérant la seule force qui lui manquait encore ; voilà, Messieurs, ce qu'aura produit une guerre passagère que nous n'avons pas voulue, mais que nous avons acceptée. Ces grandes considérations devraient faire cesser toutes les divisions politiques. Nous devrions imiter ces vieux compagnons de Gonegliano, ces vétérans de l'armée de Gondé, qui dorment aujourd'hui sous la même tente et qui n'ont plus qu'un même drapeau. »
Cette guerre marquait la fin des complots militaires. Voilà pourquoi elle avait sa place dans ce livre.
Pendant que la Restauration et l'armée se rapprochaient pour s'unir enfin dans la g-Ioire, que devenaient ceux de ses ennemis atteints par la réaction de i8i5, par les procès de 1820 et de 1822, et dont le triomphe de 1828 renversait les espérances ou prolon g-eait l'exil ?
Les proscrits de 18 15 et de 1816 étaient les plus illustres. Aussi l'histoire les a-t-elle suivis dans les vicissitudes de leur, destinée. Tandis que beaucoup d'entre eux, anciens membres des assemblées de la Révolution, se retiraient en Belgique, en Hollande, en Ang-leterre, en Allemag-ne, les g-énéraux, surtout ceux qui avait combattu à Waterloo, ne se crurent pas en sûreté dans la vieille Europe et plusieurs passèrent dans le nouveau Monde.
Ils y avaient été précédés par Joseph Bonaparte, l'ancien roi d'Espagne, qui avait gag-né les États Unis dès le mois d'août 18 if), sous le nom de comte de Survilliers. Avec l'a uluiis;it ion du Congrès, Joseph
fonda sur la rivière Delaware la propriété de Point- Breeze, où il mena jusqu'en 1882 une vie de gentleman-farmer conforme à ses modestes goûts, embellie pourtant par les objets d'art et les souvenirs de famille qu'il avait conservés de sa grandeur passée (i). Auprès de lui, sur le mcmesol hospitalier, s'étaient fixés le comte Real, Reg-nault de Saint-Jean d'Angély, et Ouinette, tous les trois à New- York; Garnier, de Saintes, à Philadelphie ; Lakanal, ancien membre de la Convention, qui avaitrendu tant de servicesdans le comité de l'instruction publique, et professeur au lycée Charlemag-ne sous l'Empire; Lakanal, retiré dans rAlabama,où il cultivait sa terre en philosophe, comme Gicéron à Tusculum, jusqu'au jour où il fut appelé à dirig-er l'Université de la Louisiane.
Avec eux, parmi les hommes de g-uerre, on trouvait le maréchal de Grouchy et son fils, le colonel Alphonse, le g'énéral Clausel, qui avait refusé le commandement de l'insurrection espag-nole de l'Amérique du Sud, pour s'établir sur la baie Mobile et s'y occuper d'agriculturejusqu'en 1820; le g'énéral Simon Bernard, qui devint brig"adier-g"énéral dans le corps des ing-énieurs de l'Union, et qui mourut ministre de la g-uerre de Louis-Philippe, en 1889 ; le g'énéral
(i) Voir : Joseph Bonaparte en Amérii/ue (i8i5-i832), par G. Berlin, ia-i8, Paris, iSgS. Cette histoire d'exil, appuyée sur (les documents américains, est pleine de dctails et d'intérêt.
Rig-au, que Napoléon appelait, dans son testament, le martyr de la gloire (i) ; le g-énéral Vandamme, héros des armées de la République et de l'Empire, qui méritait d'être maréchal, mais que Napoléon n'aimait pas, parce qu'il avait servi sous Moreau et qu'il était resté républicain; les deux Lallemand, Lefebvre-Desnouettes, et bien d'autres réfugiés, français, italiens, polonais, débris de nos armées, « intrig-ants et hommes sans aveu, dont les Etats-Unis foisonnent, » ^j comme l'écrivait dédaig-neusement Hyde de Neuville, chargé d'affaires de Louis XVIII auprès du gouvernement de Washington (2).
Hydede Neuville les surveillait d'assez près. Il avait craint d'abord qu'en se groupant autour du « roi inpartibus », ainsi qu'il appelait Joseph, les réfugiés \ ne s'entendissent pour conspirer contre Louis XVIII • ou pour favoriser l'évasion du prisonnier de Sainte- Hélène. Leur tranquillité le rassura. Il finit par les voir
(i) Voir Souvenirs des guerres de l'Empire, par le colonel de cavalerie Rigau. Paris, in-S", 184G. Ils sont suivis d'une notice sur le général, père de l'auteur. Le général était né à Agen, en 1758, et il était entré au service en 1779, comme soldat au régiment de la Sarre. 11 mourut en 1820, à la Nouvelle-Orléans.
(2) Mémoires et souvenirs du baron Hyde de Neuville, 3 vol. in-8', 1888, t. II. Restaiirution et Louis XVIII. — Hyde de Neuville avait habité les Etals-Unis pendant l'Empire. Il y avait connu lu général Moreau. Il y lut ambassadeur de i8i6à ibaa. Ambassadeur en I ortugal (iS'.ili!, il devint ministre de la marine dans le cabinet Marlignac. Royaliste dévoué, mais clairvoyant, il condamna à plusieurs reprises la politique des ultras. Né en 177^*, mort en 1857.
avec moins de défiance et par espérer de les récou- ( ilier avec la monarchie légitime.
M. de Richelieu lui écrivait : « Je vous invite à suivre envers les réfug-iés la marche que vous avez observée jusqu'ici. Cherchez à ramener par des vues (le douceur les opinions ég-arées. Si le malheur donne (|uelque exaspération et si l'on ne peut pas toujours exiger de lui la modération dans les démarches et Ils paroles, on peut du moins lui faire sentir que les expressions de la plainte ont leurs limites et qu'un rct'ug-ié ne doit point oublier son caractère de Français. .. »
Et un peu plus tard : « Votre conduite, envers les 1 cfug-iés me paraît dictée par le meilleur esprit. Seulement, il en est parmi eux à qui il ne faut pas donner d'espoir de retour, tels que Lallemand et Lelehvre-Desnouettes, dont la trahison a précédé de beaucoup l'arrivée de Bonaparte à Paris. Une espé- 1 a lice dans un avenir plus éloigné doit être laissée à (iiouchy et à Glausel^ mais dépendant de leur conduite, et des sentiments qu'ils manifesteront... » (ii auiU 1817, t. 1 1.)
Les aventures dug-énéral Lallemand aîné fournissent r épisode dramatique et véritablement romanesque de ( ette monotone histoire de l'exil.
Après la deuxième abdication de Napoléon, Sava- I y et Lallemand l'avaient accompagné jusqu'à Roche-
LKS COMl'LOTS MILITAIRES
fort. Ils ne furent pas autorisés à partir avec lui pour Sainte-Hélène; en revanche, malgré leurs protestations, ils furent embarqués sur un vaisseau ang-lais et conduits à Malte, où ils subirent une captivité ; de plusieurs mois. Relâché, Savary se rendit à Trieste, d'où le gouvernement autrichien l'envoya à Gratz. Il j séjourna jusqu'en 1819, passa en Angleterre et revint à Paris, où il se constitua prisonnier (1820). Il comparut devant un conseil de g-uerre et fut acquitté. Mais avec un zèle intempérant, il offrit ses services à la Restauration qui n'en voulut point (i).
De son côté, Lallemand se rendit à Constantinople. Il s'y heurta à un firman du sultan Mahmoud II qui / interdisait ses États aux suppôts de son ancien allié. '■ Il se dirig-ea vers la Perse, qu'il trouva ég-alement fermée. Il se rabattit sur l'Ég-ypte, où Mehemet-Ali refusa de l'employer. Il se décida alors à rejoindre son frère. Celui-ci s'était retiré aux Etats-Unis dès 18 16, et s'y était marié, en 181 7, avec une demoiselle Girard, de Philadelphie (2).
Lallemand aîné n'était pas fait pour ces joies do- ^ mastiques et tranquilles. Il avait besoin d'action et
(ly Cf. Mémoires du duc de Jiuvù/o, I. vin. — Savar}' se relira alors dans ses terres et s'y occiii)a d'agriculture. Il publia ses Mémoires en i8;!8(8 volumes in-H°). Après i83o,il commanda quelques mois en Algérie. 11 mourut en iHlVA.
(■>.) Lallemand jeune (Henri) mourut en i8;!3. Sa veuve, remariée à un médecin, n'rst morte qu'en 1880
(!■ mouvement. C'est alors qu'il conçut le projet de la ( ilonie agricole et militaii^e restée si célèbre sous le Tijmde CJiamp d'Asile. II y fit travailler d'abord son Il ère, puis le g-énéral Rigau (i).
Le g-ouvernement fédéral avait concédé aux réfug-iés (lis terrains dans la région de l'Ouest. Mais c'était lii.n loin. Lallemand aimait mieux s'établir à proximité du Mexique, dont l'insurrection pouvait faire appel à ses talents militaires. Après avoir soug"é aux liords de la baie Mobile, il préféra un coin du Texas, [.endroit n'était pas mal choisi, sur les bords du rio T;inidad, à ving-t lieues de son embouchure dans le - ilfe du Mexique ; pays désert, mais dont le sol jiaraissait fertile, avec de vastes forêts dans le voisinage.
Une g-oëlette, partie de Philadelphie le i8 décemliie 1817, transporta dans l'île Galveston environ Mjo réfug-iés. Le g-énéral Rig^au en amena un second
(1) Sur cet épisode curieux, voir : Le Texas ou Notice liislo-
■iiie sur le Champ d'Asile, par Hartmann et Milliard. Paris,
'ijin-S". — Le Champ f/'.4sz7e. Tableau topographique et histo-
jue du Texas, au profit des réfug-iés. ChezLadvocat. Paris, 181 9,
ii-s°. — Le Champ d'Asile au Texas, ou notice curieuse et in-
icicssante sur la formation de cette coloniejusqu'à sa dissolution,
avec des renseii;-nements propres à éclaircir les faits et à venger
li>s malheureux colons descalomiiies qu'on leur a prodiguées, par
(;. D. Paris, 1820, in-i8. Ce petit volume est précédé d'une
gravure qui représente quelques colons occupés aux travaux
rustiques avec celte lé;,'ende : « On reconnaissait dans ce camp
ces braves qui pendant 2.t ans étonnèrent l'Europe par leurs
briilanls exploits. »
convoi qui g'ag'na avec le précédent l'intérieur du pays. Chacun reçut dix hectares de terrain avec les instruments de construction et de culture nécessaires.
On commença par tracer le plan de quatre forts, Henri, Charles, du Milieu, de la Palanque, élevés ^ par d'anciens officiers d'artillerie. Quelque temps après, le g-énéral Lallemand lança une proclamation datée de Galveston, dans laquelle il disait :
«... Nous nommerons la place où notre colonie a v; été établie le Champ d'Asile. Ce nom, en nous rappelant nos adversités, nous rappellera aussi la nécessité de créer une nouvelle patrie.
«Lacoloniejessentiellementag-ricoleet commerciale, sera militaire pour sa conservation. Elle sera divisée" en cohortes. Chaque cohorte aura un chef qui sera tenu d'avoir un reg-istre g-énéral, composé des reg-is très réunis de chaque cohorte. Un code sera rédigé sur-le-champ pour g-arantir la sûreté des propriétés et des personnes, pour prévenir et réprimer l'injustice, pour assurer la paix des hommes et déjouer les 7 projets des méchants.
«Les réfugiés n'admettent parmi eux que des Français ou des militaires qui ont servi dans les rang-s de l'armée française. Pour se joindre à eux, il suffit de posséder l'un de ces deux titres et de se rendre à la Nouvelle-Orléans. »
L'état-major g-énéral était représenté par Lallemand
et par le g-énéral Rig-au, commandant en second. Les colons étaient partagés en trois cohortes, commandées cliacune par les colonels Douarche, Sarrazin, Fournie. Chacune possédait un médecin. L'effectif total ctait d'environ 4oo personnes, sur lesquelles 5 femmes, et parmi elles la fille du g-énéral Rig-au.
Les colons se livrèrent d'abord à la chasse et à la pèche. Quelques-uns furent massacrés et mang-és par lies tribus sauvag"es de la région. Mais, sauf ces accidents, l'établissement s'annonçait assez bien. Mallieureusement, l'Espagne, de qui dépendait le Texas, souleva mille tracasseries et obligea les soldats-laboureurs à déguerpir. L'exode fut lamentable. Il fallut tout embarquer sur le rio Trinidad, descendre la rivière et s'entasser dans l'île basse et malsaine de (jalveston, où on souffrit de l'inondation, du froid et la disette, pendant plus d'un mois, en attendant le retour du général qui était allé à la Nouvelle-Orléans. I^nfin, le corsaire Laffite, de la Nouvelle-Orléans, envoya un de ses bâtiments qui ramena les colons à Philadelphie.
Pendant ces vicissitudes, on avait ouvert en France une souscription en faveur des réfugiés, et il s'était formé un comité de répartition. Les fonds étaient reçus dans les bureauxde la Minerve, et chez le banquier Davilliers. Mais la souscription n'atteignit pas 100.000 francs (90.0 10 fr. iG centimes, exactement).
332 LF.S COMPLOTS MILITAIRKS
C'était maigre pour un Eldorado, et tandis que Be- ^ rang'er célébrait le Champ d'Asile, on apprit qu'il " n'existait déjà plus.
Les Etats-Unis, pour dédommager les malheureux colons, leur accordèrent un territoire dans l'AJabama, sur le Tombedg-e. Le g-énéral Lefebvre-Desnouettes traita avec le Congrès de l'établissement nouveau, de ses limites, de la distribution des concessions, etc. Il reçut le nom de canton de Marenr/o, et la capitale celui à'Aigleville. Les x-ues en rappelèrent les principales victoires de l'Empire. Mais ce fut la dernière étape des réfugiés.
Sing-ulière destinée que celle de ces soldats de la grande guerre, qui essayaient vainement de tromper l'inaction pour laquelle ils n'étaient pas faits.
Lefebvre-Desnouettes, tout le premier, ne pouvait s'habituer à l'exil. 11 avait été un de nos plus brillants cavaliers avec Lasalle, Montbrun, Fournier- Sarloveze, Exelmans et Nansouty. Lieutenant de dragons en 179^^, il était aide-de-camp de Bonaparte à Marengo. Général d'avant-c;arde, il avait été pris par les Anglais en Espagne (1808), et conduit en Angleterre. Evadé, il avait conduit ses chasseurs sur tous les champs de bataille jusqu'à Waterloo.
Il joignait à sa bravoure impétueuse les qualités morales qui forcent l'estime. Hyde de Neuville disait <1(' lui : (( Ce caractfVo étnit de cfuv qu'on admire
dans toutes les causes, quelles qu'elles soient : une i;iande douceur unie à une grande fermeté, un dévouement sans phrases pour celui qu'il avait servi. » Il s'était efforcé d'obtenir pour lui la clémence des lîourbons. Le général n'eut pas la patience de l'attendre. Il s'embarqua sur V Albion, qui partait pour l'Europe et qui fit naufrage sur les côtes d'Irlande, le 22 avril 1822. Il ne se sauva que huit personnes, dont deux passagers. Après les chevauchées héroïques, les misères des pontons, les joies du triomphe, les revers de la gloire, l'injustice de la proscription et les amertumes de l'exil, telle fut la fin d'un des plus nobles soldats de Napoléon et de la France (i). Lallemand, après le départ de son ami, s'était fixé juiprès de la Nouvelle-Orléans. En 1823, il alla, en llspagne, mais trop tard pour être utile à l'armée (•onstitutionnelle. 11 fut enfermé ([uelque temps à Cadix, gagna l'Angleterre et revint aux Etats-Unis. Il avait fondé à New- York un pensionnat qui promettait de réussir, quand il fut rappelé par les événements de i83o à Paris (2),
(i) Le générai Lcfchvrc-Dosnoiicllcsclait ne à Paris, en 177^. Il laissait une femme et une fille, qui devint RI"' de !»ancy de Parabère, dame d'honneur de l'impératrice Eugénie.
{'>.) L'avènement de la Monarchie de Juillet mit un ferme aux aventures de Lallemand. Il trouva le repos dans un siège à la Chambre des pairs, en i832, devint inspecteur-général do la cavalerie en t833, gouverneur militaire de la Corse en 1835, et mourut en 1889, sans laisser de postérité.
On trouvait, d'ailleurs, un peu partout de ces débris des armées impériales.
Quelques-uns s'étaient mis au service des insurgés espagnols de l'Amérique du Sud, en attendant que la cause de Bolivar et de Saint-Martin fût aidée par les Wilson, les Dundaset lesCochrane. Quelques-uns s'étaient retirés au Brésil, comme legénéral hollandais Dirk de Hoggendorp. Hoggendorp, ancien aide-decamp de Napoléon, combattant héroïque de Waterloo, honoré des dons testamentaires de l'Empereur, comme Rig-au, Lallemand "et les autres fidèles, faisait de la culture au Brésil, comme ses frères d'armes des Etats- Unis, mais avec plus de succès. Il y'mourut en 1822.
D'autres avaient gagné les Indes et y servaient les princes Indigènes en lutte avec l'Angleterre. D'autres avalent trouvé asile en Egypte, auprès de Mehemet Ali, fondaient des écoles militaires et des arsenaux, dressaient son armée à l'européenne, etc. Tels étaient le général Boyer, les colonels Godin et Varin, le capitaine Bolognini, de l'armée italienne ; tel surtout le lyonnais Sèves, qui avait été marin à Trafalgar, hussard à Waterloo, et qui s'illustra sous le nom de Soliman-Pacha, en conduisant à la victoire ces régiments de fellahs que les coups de bâton avaient transformés en héros.
Quelques-uns enfin, comme les frères Baclieville, anciens capitaines dans la garde, sf bornaiont à
vovag'er dans le Levant et l'Archipel jusqu'en 1820 et nous laissaient un curieux récit de leurs promenades (i).
La plupart, cependant, sans aller si loin, s'étaient réfugiés en Angleterre, comme Drouet d'Erlon, Vaudoncourt, Marbot, et bien d'autres.
Drouet, proscrit par l'ordonnance du 24 juillet, avait d'abord trouvé refuge en Allemagne lorsqu'il fut condamné à mort, le 10 août 1816. Il était en Suisse lors de la conspiration Didier à Grenoble. Gomme nous l'avons vu, il était prêt à prendre la direction militaire du mouvement, et il avait passé la frontière.
L'échec de cette tentative le força de se dérober sous un déguisement et de se réfugier en Angleterre.
Vaudoncourt a raconté lui-même ses vicissitudes (2). Chef des confédérés de la Moselle, en i8i5, il avait réorganisé la garde nationale de Metz, et s'était chargé de défendre la ville contre l'invasion. Mal secondé par Miollis^ il fut forcé de quitter Metz, et fut condamné par contumace tandis qu'il gagnait la Belgique.
Il passa de là en Allemagne et en Italie. C'était le moment où éclatait le soulèvement du Piémont. Vau-
(i) Voyages des frères Bacheville, « après leur condamnation par la cour prévôtale du Rhône, en 1816 ». Paris, 1822, in-i8, chez Corréard. Ils furent relevés de leur condamnation en 1820.
(2) Vaudoncourt, Ouince ans d'un proscrit.
336 LES COMPLOTS iMlLlTAIRES
doncourt, qui avait servi plusieurs années en Italie sous le prince Eugène, fut nommé général de l'armée piémontaise. II ne s'entendit pas avec la régence, et après la défaite de Novare il passa en Espagne.
Il s'y trouva en relations avec Riego, auprès duquel il connut un singulier personnage, Cugnet, dit de Montarlot, ancien officier de l'Empire, mêlé au complot de l'Est, et débordant d'un bonapartisme extravagant ; Cugnet, qui avait fondé un ordre du Soleil, qui multipliait les brochures et la propagande en faveur de Napoléon II, et qui s'intitulait lui-même lieutenant-général de l'Empire.
Vaudoncourt et lui poussèrent Riego aux partis extrêmes, et le compromirent aux yeux de Cortès. Le gouvernement exila Riego à Lérida, et fit arrêter Cugnet et Vaudoncourt qui furentdéférés à la justice. Mais les poursuites ne furent pas menées avec beaucoup d'activité. Vaudoncourt, délivré, passa quelque temps dans Cadix auprès des Cortès, et regagna ensuite l'Angleterre. Il y trouva les débris des légions libérales qui venaient de paraître sur la Bidassoa, et de combattre en Galice et en Catalogne.
C'est en Angleterre surtout que les officiers mêlés aux affaires de 1820, et que les contumaces des procès de 1822 avaient cherché un refuge. Déjà l'Angleterre et la Restauration avaient cessé de s'entendre. Les événements d'I'^spaiiiie les avaient séparées : ceiiv
il'Oiient achevèrent de les brouiller. La chute des Hourbons n'excita en Ang-leterre que des applaudissements.
Ces proscrits de 1822 étaient moins illustres que (eux de 181 5. Aussi leur exil n'a g-uéi'e attiré l'attenlion de l'histoire. C'est dans les souvenirs de quelques-uns d'entre eux qu'il en faut chercher les iletails (i).
Leur vie^ à Londres, se concentrait autour de Suho-square, qui était déjà et qui est resté le quartier français. Elle trouvait un foyer dans Danemark- Sireet, chez l'ancien lieutenant Desfossés, un des plus braves de la vieille g-arde, tué plus tard au service de la Grèce. Dans la maison hospitalière de I )esfossés se rencontraient la plupart des héros de ce livre.
C'était d'abord Nantil, devenu d'introuvable en l'rance, encyclopédique à Londres; Nantil, maître de Jaug-ue, de mathématiques, de dessin et de musique; combinant l'enseignement de la g-ymnastique avec celui de la fortification ; mais toujours pauvre, en dépit de tant de ressources, parce que sa bourse restait toujours ouverte aux camarades (2).
Avec lui, quelques-uns de ses associés de 1820 ;
(i) Vaudoncourt, Ibid. ; Frédéric Degeorg^e, les Proscrits de la Restauration, dans Paris Révolutionnaire, t. iv (^i834).
{:'.] Nantil. réintéçrédans l'armée après i8.3o, devint lieutenanlcolonol. 11 mourut coiiimandaiU de place à Sainl-lMalo.
l'ancien lieutenant Gaspard Lavocat, condamné à mort par contumace, devenu plus tard député ; l'avocat Rey, de Grenoble, également condamné à mort par la Chambre des Pairs, plus tard mag-istrat auprès des cours d'Ang-ers et de Grenoble ; le capitaine de cavalerie Michelet, l'ancien g-arde du corps de Lacombe.
C'étaient ensuite des proscrits de 1822 : le commandant Caron, de Marseille ; le lieutenant Delon, de l'école de Saumur, devenu maître de lang"ue comme Nantil ; Pombas, le compagnon de Berton dans sa marche sur Saumur ; l'ancien professeur au lycée d'Angers, Chauvet ; Poulain, compatriote de Chauvet.
On y voyait encore parfois Bénies, frère de l'officier tué sur la Bidassoa, le journaliste Degeorge, de Béthune, condamné pour délit de presse; l'ancien adjudant-général Zenovitz, qui prétendait descendre de l'empereur byzantin Zenon, compromis en 18 iG dans l'affaire du Nain tricolore; et surtout Persat, l'extraordinaire Persat, ancien capitaine aux lanciers de la garde, qui, ne pouvant plus se battre pour son Empereur, s'était battu en Italie, en Espagne, en Grèce, en Amérique, partout où le droit avait eu besoin d'une épée, et qui ne survécut à tant de folies héroïques que pour finir de la plus lamentable, dans -S un cabanon de Bicôtre.
En dehors du groupe Desfossés, on trouvait dans la colonie française le général Lallemand, dont a vu les pérégrinations, Drouet d'Erlon, Vaudoncourt, qui avait fondé avec le colonel belg"e Janssens une fabrique de liqueurs, mais qui abandonna la distillerie pour en revenir à la cartographie et à l'histoire militaire (i) ; le colonel, plus tard g-énéral Marbot, dont les Mémoires ont justifié l'estime que faisait de lui Napoléon ; le capitaine Teyssié de Lamotte, et le lieutenant de Laverderie, du complot de 1820 ; enfin le chef descadron Duverg-ier.
Duverg-ier avait été un des ag-ents les plus actifs de Lafayette. Arrêté pour sa participation aux troubles de juin 1820, il avait été condamné à cinq ans de prison. Enfermé à Sainte-Pélag-ie, il s'en était évadé, le 26 décembre 182 1, g-râce au concours du poète Eug-ène de Pradel (2). Duverg-ier, aventureux comme Persat, entra plus tard dans l'armée de Portug-al, et se fit tuer au service de D. Pedro.
On y vit le colonel Fabvier, de retour d'Espagne, en 1828.
Les événements d'Espagne avaient arraché les
(i) Vaudoncourt fut compris dans l'amnistie de 1826 et revint en France. 11 participa aux journées de i83o, mais ne fut pas employé par le gouvernement nouveau. Il mourut en i84.t. Il a laissé de nombreux ouvrages d'histoire militaire.
(2) Qï.Une évasion en 1821, par Eug.de Pradel, et le Moniteur du iT) février 1822.
proscrits à leur vie triste et monotone. Pendant quelques mois ils avaient échangé le brouillard de la Tamise contre le soleil de la Péninsule. Ils avaient promené leur vieil uniforme en Galice et délivré de la rouille le sabre des grandes journées. Cette éclaircie fut courte, et la défaite de l'Espagne les rendit à l'Angleterre.
La vie s'y faisait plus sombre et plus difficile. Quelques-uns n'y tinrent plus. Fabvier partit pour la Grèce avec Delon et Robert. Il y racheta par plusieurs années d'héroïsme quelques semaines d'erreur.
11 y arriva en 1820, au moment où elle semblait écrasée par l'intervention de Mahemet-Ali. Jltravailla d'abord à y organiser une armée régulière. Puis il s'installa dans la presqu'île de Methana, y fonda toute une ville avec des magasins, des casernes et des arsenaux. Il l'occupa avec ses bataillons disciplinés à l'européenne, et en fit le centre de ses opérations contre les Turcs. Enfin, il conçut le projet de se jeter dans Athènes assiégée et d'y soutenir la résistance. Il traversa audacieusement le camp des Turcs et pénétra dans la ville. Mais il perdit dans l'aventure son lieutenant Robert, qui fut blessé et pris, et auquel le pacha fit couper la tète (i3 décembre 1826).
Il fut assiégé à son tour dans l'Acropole, et forcé de capituler après plusieurs mois de longues .souffrances (juin 18:^7). Il ne profita de sa liberté que
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]ii)ur se remettre au travail dans sa retraite Je Méthana, qu'il avait appelée Tactipolis, et à laquelle les Grecs donnèrent son nom FabvieropoUs. Il n'en sortit que lorsque l'indépendance de la Grèce fut proclamée^ et il revint en France sans avoir voulu accepter ni grade ni récompense, mais il laissait làbas un souvenir que la Grèce a conservé. « Ceux qui ont le culte de la patrie apprendront avec une surprise mêlée de joie que le nom deFabvier se prononce encore, dans la lang-ue d'Homère, au pied du Taygète et du Parnasse (i). »
Pour les proscrits restés à Londres, la détresse était venue. 20.000 francs envoyés par Lafayette, et recueillis par lui dans le cours du voyag-e triomphal qu'il venait de faire aux f2tats-Unis (1824-1825), avaient rapidement disparu. L'Ang-leterre se montrait volontiers libérale envers les réfug-iés d'Italie et d'Espag^ne, et leur dispensait quelques subsides. Aux nôtres, elle n'accordait que le sol. Il est vrai que les
(i) A. Mezières, le Général Fabvier en Grèce. Nancy, i8.')8, ia-S" (24 paçes).
Fabvier rentra en France pour assister aux journées de Juillet. Nommé maréchal de cacnp, le 4 août, il fut charçé du gouvernement de Paris jusqu'en i83i . Général de division en 1839, pair en i845, député de la Meurthc en 1849, '' niourut trop oublié en i855, à 78 ans.
11 fut pleuré par les Grecs comme un compatriote. En apprenant sa mort, tous les corps de l'Etal, le conseil des ministres, les députés, la municipalité d'Athènes envoyèrent des adresses à sa veuve. L'armer ])orl;i le deuil pendant trois jours.
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nôtres lui rappelaient de fâcheux souvenirs. Voilà pourquoi d'anciens soldats de Napoléon manquaient parfois du shilling- qui leur était nécessaire pour prendre leur repas dans une g-arg-otte de Princess' Street.
Bien peu cependant demandaient à rentrer. Ils continuaient de demander leur soutien à leur travail et de faire respecter la France par la dig-nité de leur vie et la fierté de leur disgrâce. Les savants de la troupe, Nantil, André, Peg-ulu, étaient professeurs de langue, de mathématiques et de dessin, dans des pensionnats. Rey, Maillefer, Benjamin Laroche, Deg-eorg-e écrivaient dans les journaux. Rey étudiait les institutions judiciaires du pays, et les faisait connaître dans un livre plein d'intérêt (1826J, qui devançait nos études contemporaines.
A l'exemple de Vaudoncourt, Duverg-ier fondait une distillerie dans les environs de Londres. Brunet et Mathieu se faisaient commissionnaires en marchandises. Le capitaine Georg-e s'instituait médecin ; le capitaine Michelet donnait des leçons d'équitation et d'escrime; le capitaine Pombas faisait des journaux, et un ancien ministre, San Mig-uel, réfug-ié à Londres avec Mina, les imprimait.
Le sacre de Charles X (2g mai 1825) fut l'occasion d'une amnistie g-énérale pour les proscrits et les condamnés politiques. \a^ phis grand nombre en profita.
Drouet-d'Erlon, Marbot, Vaudoncourt, etc., rentrèrent. Quelques-uns, comme Nantil, Caron, Pombas, furent exceptés de la clémence ro^^ale; d'autres ne l'acceptèrent pas. Les uns et les autres, une trentaine, attendirent que la France se délivrât des Bourbons; mais cette heure tardait à venir.
La Restauration avait retiré trop d'avantages de l'expédition de 1828. Malgré son attachement pour la paix, elle avait compris que, dans un pays comme le nôtre, si la guerre est la plus coûteuse des distractions, c'est aussi la plus capable de satisfaire l'orgueil national.
Elle intervint en faveur de la Grèce soulevée depuis plusieurs années contre les Turcs, et menacée de retomber sous le joug" musulman. La bataille de Na- Narin, célébrée par nous comme une victoire, reg"ardée par l'Ang-leterre comme un malentendu déplorable^ détruisit la marine turque (20 octobre 1827). Mais une armée ég-j'ptienne, commandée par Ibrahim-pacha. iils de Mehemet- Ali, occupait toujours la Morée.
Un article sig-né à Londres le 19 juillet 1828 décida
qu'une expédition française serait charg-ée de faire LL'sser les hostilités dans la Morée et d'obtenir l'évacuation de cette contrée par les troupes turco-ég-yptiennes ».
Depuis qu'on redoutait des complications en Orient, le gouvernement de r4harles X avait fait de louables
efforts pour réorg-aniser nos forces de terre et demcr. Il avait été habilement secondé au ministère de la g-uerre par le lieutenant g-énéral vicomte de Caux^ ancien officier de l'Empire; à la marine, par le baron Hyde de Neuville, ancien ambassadeur aux Etats-Unis. Tous les deux déployèrent une si intellig-ente activité que, moins d'un mois après la convention du 19 juillet, les troupes de l'expédition étaient rassemblées et prêtes à prendre la mer.
Elles comprenaient trois brigades d'infanterie formées chacune de trois rég-iments de Hg'ne, sous les g"énéraux TiburceSébastiani, Hig-onnet et Schneider ; un rég-iment de chasseurs à cheval (le 3e) ; quatrecompa- '»-nies d'artillerie (800 hommes), avec des pièces de sièee et de campagne, sous le colonel de Lahitte ; deux compag-niesdug-énie(4oo hommes), sousle lieutenantcolonel Audoy. En tout, i4.ooo hommes avec le g-énéral Durrieu comme chef d'état- major, et le colonel Trezel comme sous-chef.
A qui allait-on donner le commandement? Ce fut l'objet de discussions assez vives entre Charles X et son ministère, qui était alors présidé par M. de Martig-nac. Le ministère proposait le g-énéral Maison (i).
(1) Maison, né à Epinay ^Seine-el-Oisel, en 1771. Volontaire en i7')3; officier des armées de la République. Générai de brit^ade en iHoô (Auslerlilz,. de division, en 1812 (Russie), chargé de couvrir la l^;l!;if]ue en i8i4. Rallié à Louis XViM.
Marécliui di- France imi iS'iS. Kaliié à Lotiis-Philijipe. Après
LES PROSCRITS DK LA RESTAURATION :rio
< h-, Maison, qui s'était sig-nalé par son zèle royaliste «Il i8i5, qui avait été fait marquis en 1817, pair en 1819, avait donné dans les idées libérales. Dans le procès du complot de 1820, devant la Chambre des l*airs, il avait trop peu dissimulé ses sympathies. On ne l'avait pas seulement accusé d'indulgence, mais l'iicore de complicité. Enfin, depuis, il avait constamment combattu la politique de M. de Villéle.
Charles X aurait préféré Marmont ou Bourmonl, noms malheureux aux yeux du peuple, mais agréables à la Cour. De Caux insistait pour un géné- 1 al populaire, connu dans l'armée, aimé du soldat. Le roi céda. Maison fut nommé, il se rendit à Toulon.
Il débuta par une proclamation aux troupes qui ressemblait plus aux fiers manifestes de la République qu'aux tristes ordres du jour de la g-uerre d'Espagne :
Au quartier-général à Toulon, le ï3 août 1828.
Soldats,
De concert avec ses alliés, votre Roi vous charge d'une s^Tande et noble mission. Vous êtes appelés à mettre un terme à l'oppression d'un peuple célèbre. Cette entreprise qui honore la France, à laquelle tous les cœurs généreux applaudissent, ouvre devant vous une carrière de gloire que vous saurez remplir. J'en ai pour garants les sentiments et l'ardeur qui vous animent.
iS3o, ambassadeur à Vienne et à St-Pétersbourg. Ministre en i835. Mort en 1840.