‹ Les complots militaires sous la RestaurationChapitre 3 sur 18 · LES C0.MPL(3TS MILITAIRES · texte numérisé non relu

LES C0.MPL(3TS MILITAIRES

saire le g-énéral Lamarque, qui l'avait battu, et qui avait achevé de l'accabler sous le ridicule (i).

Canuel, de soldat médiocre, était devenu g-énéral. Fils d'un marchand de bois, il voulut devenir baron. Pour cela, que lui fallait-il? Une occasion de témoig-ner son zèle au roi. Et quelle meilleure occasion qu'une conspiration, comme celle qui venait de faire valoir Donnadieu, et de lui mériter le g-rand cordon de Saint-Louis ? En conséquence, Canuel fit venir à Lyon et dans les environs des officiers sans traitement ou à la demi-solde, des sous-officiers de la ligne et de la g-endarmerie qui, org-anisés en police militaire, multiplièrent autour d'eux les sugg-estions perfides et les provocations savantes. Ce fut en vain. Pendant plusieurs mois, dans le courant de 1816, on attendit un complot qui ne vint pas. Car ces menées, qui échappaient au préfet du Rhône, M. de Chabrol, étaient déjouées par M. de Sainneville, commissaire g-énéral de la police à Lyon.

Canuel, cependant, s'obstina et réussit l'année suivante. Un nommé Brunet, ag-ent de la police militaire, plusieurs fois arrêté par M. de Sainneville, et toujours relâché sur les réclamations de l'état-major de

(!) Canuel avait conlcsté le succès de Lamarque, et celui-ci lui avait ré[)ondu avec le talent d'écrivain qu'il joignait à scR (jualitcs militaires. Voir Mcinaires, t. m. Lettre uii (jènèral Cunuel. Le morceau est exquis.

la place, Je concert avec un capitaine Ledoux, de la lég-ion de l'Yonne, en g-arnlson à Lyon, parvint à grouper un assez grand nombre d'officiers à la demisolde.

Ledoux répondait de ses soldats et se charg-eait de la ville. Un capitaine de drag-ons à la demi-solde, Oudin, devait marcher à la tête de plusieurs communes du sud-ouest de la banlieue, et un ancien chef de corps franc pendant les Cent-Jours, Garlon, jiromettait d'insurg-er plusieurs autres communes du nord-ouest. Le mouvement fut fixé au 8 juin 1817. La cocarde tricolore était le sig-ne de ralliement. On proclamerait Napoléon II.

Le 8, au matin, les conjurés de Lyon se réunirent. iMais Ledoux ne parut pas. Pourquoi? Il était allé, disait-on, aux environs. Il revint le soir, et se dirig-ea vers la maison de Canuel. On le suivit. Plus de doutes. Quand il sortit, on lui tira un coup de pistolet qui retendit mort sur le pavé. Assurés d'être trahis, les conjurés de la ville ne boug-èrent pas. Mais les communes s'étaient levées, dans la soirée du 8, au son du tocsin. Elles marchaient sur Lyon, quand elles furent dispersées par la g-endarmerie, sans effusion de sang, sans qu'un seul coup de fusil eût été tiré.

Ce simulacre d'insurrection fut annoncé au g-ouvernement par les autorités comme un soulèvement formidable. Aussitôt commencèrent des arrestations eu

masse et les prisons reg-orgèrent. La cour prcvôtale de Lyon, obéissant aux passions qui avaient entraîné la cour prévôtale de Grenoble, dans l'affaire Didier^ multiplia les condamnations. Sur i55 personnes arrêtées, iio furent condamnées, et 28 à la peine de mort. Il y eut 12 exécutions, dont celle du capitaine Oudin, à Saint-Genis-Laval, et celle d'un g-arçon de seize ans, devant la maison de sa mère. La g-uillotine se transpoj-tait de commune en commune. Car, au lieu d'envelopper tous les accusés dans la même procédure, la cour avait partagé la banlieue de Lyon en douze catég"ories qu'elle jugeait successivement (i). Il s'éleva de telles plaintes contre ces crimes de la justice; Camille Jordan, député du Rhône, les dénonça à la tribune avec une telle indignation, que le g-ouvernement finit par s'émouvoir. Le maréchal Marmont, duc de Raguse, fut envoj^é à Lyon avec des pouvoirs extraordinaires, pour conduire une enquête. Il fut d'abord entouré de g"ens qui travaillèrent

(i) Les cours préuùlales avaient été instituées par ordonnance du rîo décembre iSu) et subsistèrent jusqu'en 1818.

11 y en avait une par département. Elle était composée d'un président, d'un prêoùt militaire, ayant le plus souvent le j^rade de colonel, et de cintj juives civils, sans l'assistance du jury. Les juf^emenls étaient rendus sur l'heure, les arrêts sans appel, et exécutoires dans les vingt-(iuatre heures. Tel individu, jugé le matin, était exécuté dans l'après-midi. On vit ([uchpicfois les juj.;es aider le bourreau à dresser l'échafaud, pour alh'r plus \ ite. A iMonl|)ellier, le -v. juillet iS iCi, cin(| individus, condamnés dans l'aprcs-midi, lurent guillotinés le soir même, (lu.c Jhinibcauu-.

à lui cacher la vérité. Mais son chef d'état-major, le colonel Fabvier, aidé de l'honnête Sainneville, se livra à une enquête particulière qui lui permit d'éclairer le maréchal. Marmont eut le courag-e de parler de justice, le ministère eut le bon sens de l'écouter. On adoucit les condamnations prononcées, on élarg-it les prisonniers, on remit les amendes, etc. Le préfet fut déplacé, et Canuel fut dépossédé de la ig'"e division militaire. Mais il passa inspecteur général de l'infanterie, et son rêve fut exaucé. 11 devint baron (i).

Ces deux affaires, où furent mêlés des officiers comme Bedrine, Brunet et Theron,à Bordeaux, Oudin et quelques autres, à Lvon, se | rattachent encore à la politique. Le premier complot purement militaire est de 1817. C'est celui de plusieurs sous-officiers d'un rég-iment de la garde, « prévenus d'avoir formé un

(i) Cf. Mémoires de Marmont, t. vu, avec un long appendice consacré à cette affaire qui souleva de vives polémiques. Car le préfet, ]\L de Chabrol (plus tard préfet de la Seine;, et le maire de Lyon, M. de Farg'ues, publièrent chacun un plaidoyer personnel, sans parler du Compte rendu de Sainneville, et du livre de Fabvier, Z(/o?i en iSiy (Paris, cliez Delaunay, in-S", 1818), auquel répondit naturellement Canuel : Réponse de M . le lieutenant-général Canuel à l'écrit iniitulé : Lyon en 181 7. — Paris, 1818, in-S", chez Dentu.

Pasquier, dans ses Mémoires (t. iv), croit à la conspiration, et n'admet pas qu'elle fût une invention de Canuel. Mais luimême, qui était alors ministre de la justice, témoig'na d'une grande légèreté.

Canuel, que Napoléon n'avait jamais voulu employer, servit dans l'expédition d'Espagne en i8'!3. 11 mourut en i8/)i.

complot contre la vie des princes de la famille royale, et notamment contre celle de Monsieur ».

Voici les faits, tels que les exposait le 28 août, devant le conseil de g'uerrede la i"^" division militaire, le capitaine rapporteur, chevalier de Maupas (i).

Le 28 avril, le 2" réçiment était sous les armes, à Versailles, attendant l'arrivée de Monsieur, qui devait le passer en revue. Un ancien serçent-major, du nom de Faiseau, cassé quelques jours auparavant, demanda à parler à un de ses officiers, et lui apprit que les trois fourriers Desbans, Cliajaux, Nepveu, avaient conçu le projet de tirer sur le prince.

L'officier fit part de cette confidence sing-ulière au colonel qui n'y attacha aucune importance, « reg-ardant Faiseau comme ayant la tête dérang-ée ». Le prince arriva, passa devant le front des troupes et dans les rangs. Personne ne manqua à son devoir. Faiseau fut envoyé au cachot.

Il V maintint ses déclarations, et on arrêta les trois sous-officiers dénoncés, auxc^uels on ajouta le serg-ent Guichard et le caporal Varaig-ne. Desbans, qui aurait été l'instig'ateur du complot, était un excellent soldat. Toutefois, il avait été sergent-major dans l'ancienne g-arde. Il était d'un caractère difficile, et on pouvait lui reprocher quelques propos inconsidérés à l'adrcs-se

(i) Moniteur 1817 (po ot ."^o anùt).

de la famille royale. Aussi, l'accusation fut-elle prise au sérieux par le rapporteur.

Après un long" exorde, consacré à vanter la fidélité de l'armée « devenue le soutien du trône et de la légitimité », il s'attacha à prouver qu'un complot avait été formé contre la vie des princes ; que la résolution d'agir avait été concertée entre Desbans et Chayaux, et qu'ils étaient coupables, malgré l'absence d'attentat ; que Nepveu était au moins coupa])le de non-révélation ; que Guichard l'était d'actes séditieux, mais que Varaig-ne était irréprochable. Il termina, en disant :

« Vous allez. Messieurs, prononcer sur le sort des accusés. Comme jug-es et comme jurés, vous avez recueilli dans les débats et dans les pièces de la procédure tous les éléments et toutes les preuves qui doivent déterminer votre arrêt solennel. A l'instant où vous le rendrez, vous vous rappellerez que des hommes, aussi dangereux par leur audace que faibles par leur nombre, se sont réunis par leur haine commune pour la famille chérie des Bourbons, et n'ont pas craint de concerter entre eux les moyens d'attenter à des jours pour lesquels l'armée entière donnerait les siens. Qu'une punition exemplaire devienne le prix d'un complot exécral)le !Que le glaive des lois frappe de toute sa force la tête impie des traîtres qui ont voulu souiller leurs mains d'un crime atroce! »

Les avocats s'efforcèrent en vain de démontrer l'Inanité des charg-es imputées à leurs clients. Le colonel Druault, du 2® régiment, qui, le premier jour, n'avait voulu accorder aucun crédit à la délation de Faiseau, vint témoig-ner, à l'audience, de la sincérité du serg-ent-major, déclarant qu'il était généralement estimé, et « qu'il avait donné plusieurs fois des preuves de son dévouement à la famille royale, en faisant connaître à ses chefs les opinions des sous-officiers du régiment ».

Cette déposition, édifiante sur l'espionnage militaire organisé dans l'armée, décida du sort des accusés. A l'unanimité, Desbans et Chayaux furent condamnés à mort, et Nepveu à cinq ans de réclusion. Les autres étaient acquittés.

Les condamnés se pourvurent en révision, mais le pourvoi futrejeté. Le 6 septembre, dans l'après-midi, Desbans et Chayaux furent extraits de la prison militaire de l'Abbaye, conduits à la plaine de Grenelle, et fusillés.

Le gouvernement se montrait d'une rigueur excessive contre toutes les marques de désaffection qu'il rencontrait dans l'armée. Quelques mois auparavant, le 9 mai, le môme conseil de guerre avait condamné à mort, un soldat de la légion de l'Eure, Michel Couture, pour avoir excité ses camarades à la désertion, tenu (les propos séditieux, « et parlé du retour de

l'usurpateur)). Couture fut passé par lesarmes à Grenelle.

Ces complots sont Individuels, en quelque sorte. Le premier complot, collectif et org-anisé; celui qui, par son extension, aurait pu mettre en dang-er la monarchie, est du mois d'août 1820. Toutefois, il est curieux de constater qu'auparavant la première intrig-ue où l'armée fut mêlée à la politique fut entièrement royaliste. Il est vrai qu'elle n'était pas dirig-ée contre la couronne, mais seulement contre le ministère, et qu'elle était l'œuvre des ultras. C'est le fameux complot du bord de l'eau, de 1818, dont il faut bien dire quelques mots.

Il y avait alors, dans le ministère, trois personnes ég-alement odieuses aux ultras : le duc de Richelieu, M. Decazes, et le maréchal Gouvion Saint-Cyr.

Le duc de Richelieu, ministre des affaires étrang-ères, travaillait à obtenir l'évacuation du territoire avant le terme fixé parle traité du 20 novembre i8i5, et il y allait réussir, grâce à l'amitié particulière qui l'unissait à l'empereur Alexandre. M. Decazes, ministre de la police et favori de Louis XVIII, avait fait rendre l'ordonnance du 5 septembre 181 6 qui avait dissous la Chambre introuvable. Il avait fait modifier en 181 7 les lois restrictives de la liberté individuelle et il venait d'obtenir la suppression des cours prévôtales. Enfin le maréchal ministre de la ffuerre avait

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fait voter la loi qui réorg-anisait l'armée sur des bases démocratiques, et il rappelait dans les rang-s les soldats de Bonaparte. Aux yeux des ultras, abrités derrière le comte d'Artois, cette politique modérée et conciliante menait la monarchie aux abîmes. II importait donc de se délivrer du ministère et de sauver le roi quand même, suivant le mot de Chateaubriand. Mais comment ?

Enlever les ministres au sortir du Conseil, sur la route de Saint-Gloud, et les conduire droit au château de Vincennes, où on les enfermerait sous la erarde du marquis de Puyvert: tel était le moyen qui paraissait le plus simple et le plus prompt. Pour cela, on se servirait d'un rég-iment de cuirassiers de la garde commandé par M. de la Rochejaquelein, de deux bataillons du 3c régiment d'infanterie de la garde aux ordres de M. Berthierde Sauvig-ny, et d'une partie du 28 rég-iment des Suisses caserne à Rueil ; toutes ces troupes disposées en échelons entre Saiut-Cloud el Vincennes.

En même temps, à Paris, un corps org-anisé d'environ 3.000 hommes, formé de g-ardes du corps, de Vendéens, d'anciens émigrés et de volontaires royaux, devait se réunir sur la place du Carrousel, se porter chez des fonctionnaires désig-nés d'avance et procéder à leur arrestation. Après quoi, on forcerait le roi d'abdiquer en faveur de son frère, et on composerait un

nouveau ministèredans lequel on aurait mis Chateaubriand aux afFaires étrang-ères, Villèle à l,"intérieur, de Labourdonnaye à la police, le g-énéral Canuel à la g-uerre, de Bruges à la marine, et de Fitz-James à la maison du roi. Enfin, on aurait confié le commandement de la I re division militaire au général Donnadieu . Un pareil coup de main réclamait des hommes énergiques et surtout peu scrupuleux. Aussi, n'eston pas étonné d'apprendre que Donnadieu et Canuel s'en étaient chargés: Donnadieu, ennemi déclaré de M. Decazes depuis l'affaire de Grenoble et privé de son commandement militaire par Gouvion, Donnadieu qui se répandait en insultes violentes contre le duc de Richelieu et qui était allé jusqu'à le menacer de voies de fait; Canuel, dépossédé l'année précédente de la 19e division; tous les deux prêts à toutes les besognes; tous les deux entourés d'officiers supérieurs compromis avec Canuel dans les événements de Lyon et comme lui mis en disponibilité sur la demande de Marmont : MM. deRieux-Songy, de Romilly, de Blot, de Chauvigny, de Joannis, auxquels s'était joint un ancien chef de chouans, Chappedelaine, employé depuis par la police.

Ces personnages^ auxquels la disgrâce avait fait des loisirs, se rencontraient presque tous les jours pour s'y concerter sur la terrasse du jardin des Tuileries qui borde la Seine. « Cette particularité, dit Pasquier,

a fait donner à la conspiration, par ceux qui cherchaient à«ier son existence et à rendre ridicules ceux qui l'affirmaient, le nom de conspiration du bord de l'eau (i). »

L'affaire fut révélée à M. Jacquinot, procureur du roi, dans les derniers jours de juin, par le greffier du tribunal de la Seine, qui la tenait d'un sieur de Mesmay, capitaine de gendarmerie. Celui-ci avait servi sous les ordres de Canuel. à Lyon, et il était resté lié avec lui. D'un autre côté, M. Laine, ministre de l'Intérieur, recevait une confidence analogue d'un nommé Pyrault, ancien officier de l'armée de Condé.

Les deux déclarations, outre leur coïncidence, avaient un tel caractère de sincérité qu'il était difficile de n'y pas prêter attention. Une lettre de Donnadieu à Chateaubriand, dérobée par la police aux papiers du grand écrivain, acheva d'éclairer le conseil des ministres sur les intentions de ses adversaires. Le général informait Chateaubriand que ses dispositions n'étaient nullement changées par la bienveillance que venait de lui témoigner le roi (il avait, en effet, obtenu une audience royale, le 23juin), et qu'il nereslait plus qu'à presser l'exécution du grand dessein.

« Aucune incertitude, dit Pasquier, ne pouvait sub-

(i) Mémoire'^, t. iv, ch, 2. — Pasquier faisait partie du ministère menacé. Il eut toutes l'acililés pour si- rcnscitjner, et son récit est très clair.

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iister sur rautJienticitc tk- cette pièce : écriture connue, lettre initiale pour signature, enfin le contenu qui ne pouvait venir que du g-énéral. Il n'était plus possible de douter de la conspiration ; il fallait, en outre, reconnaître que des g-ens considérables y étaient entrés. »

On surveilla les individus dénoncés. On remarqua qu'ils étaient sans cesse eu mouvement. On constata des manœuvres bizarres dans le rég-iment suisse de Rueil. Deux fois, il avait été conduit de grand matin, sous couleur d'exercice, aux portes de Saint-Cloud, et il y avait attendu plusieurs heures, sans raisons apparentes. Or ces jours étaient précisément des jours de conseil chez le roi. Enfin, il fut établi qu'il y avait eu des allées et venues insolites au quartier du rég-iment de laRochejaquelein,et que les hommes avaient été plusieurs fois soumis à des alertes inexpliquées. Ces deux régiments avaient donc été mis au service des conspirateurs.

Qu'allait-on faire? Prévenir ou attendre? On hésita beaucoup. On se couvrit d'abord du côté des cuirassiers en les envoyant à Fontaine])Ieau ; puis, le 6 juillet, on arrêta deRieux, Romilly, Joannis, Chappedelainequi furent mis au secret, et quelques jours après, Ganuel. Donnadieu, désigné pour être arrêté, futseulement entenducomme témoin. L'instruction ne releva pas contre les prévenus des charges suffisantes,-

et ils furent mis en liberté le 3 novembre suivant.

Cette conspiration, dont il ne faut pas accepter toutes les extravag-ances, a été contestée par les écrivains royalistes. JMais les détails précis qu'en donne Pasquier prouvent bien qu'elle existait autrement que dans l'imag-ination de M. Decazes.

A ces intrig-ues de Paris correspondait d'ailleurs une fermentation sing-ulière des départements de l'Ouest, où des ag-ents des ultras attisaient l'hostilité contre le ministère, faisaient appel aux anciens soldats des armées royales, et semblaient préparer un soulèvement destiné à appuyer le mouvement de Paris.

Cette propag"ande était si active et menaçait d'être si dang-ereuse que le g-ouvernement fit arrêter quelques-uns de ces émissaires, Le Gall, Le Guevel, Billard qui furent condamnés par les cours d'assises de Vannes et de Laval (i).

Enfin, ce qui ne laissait aucun doute sur les menées des ultras, c'était la note secrète, émanée du pavillonMarsan, dans les premiers jours de juillet 1818.

Cette note, inspirée par le comte d'Artois, rédig-ée par M. de Vitrolles, et adressée sous main aux représentants des puissances à Paris, montrait la France comme mcnacéed'une nouvelle révolution. « La révolution occupe tout, depuis le cabinet du roi^qui en est

(1) Lubis, t. IV,

LES PREMIERS COMPLOTS ÎOâ

le fo^'er, jusqu'aux dernières classes de la nation, quelle agite avec violence. La position et la marche a( tuelle du g-ouvernement conduisent au triomphe (.irtain et prochain de la révolution. >)

( lominent la sauver, et l'Europe avec elle, « des i lueurs révolutionnaires » ? Après avoir examiné plusieurs combinaisons, la note n'en trouvaitqu'une seule elHcace : celle qui consistait à changer le système du r/oavernementen cJiamjeant le ministère. Et c'était ce chang-ement qu'elle demandait aux puissances etrang-ères.

Celles-ci, heureusement pour nous, restèrent insensihles à cet appel de la faction royaliste, et M. Decazes acheva d'accabler ses ennemis en faisant publier la note secrète qu'il présentait comme le dernier effort de la conspiration récemment dii"ig"ée contre lui (i).

(i) La brochure publiée par la police avait pour titre : Noie .'^ccrète exposant les prétextes et le but de la dernière Conspirnlion (du bord de Peau), in-S" (58 pages).

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