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CHAPITRE JV

Le complot de Paris (19 août 1820).

Le ministre dont les ultras voulaient se délivrer en i8i8,et qu'ils subirent encore deux ans, tomba brusquement du pouvoir au mois de février 1820. L'assassinat du duc de Berry (i3 février) entraîna, huit jours après, la chute de M. Decazes. « Le pied lui a glissé dans le sang-, » osait écrire Chateaubriand, qui voyait dans l'attentat de Louvel, avec tous les ultras, le progrès des idées libérales.

Cette catastrophe donna un tour inattendu et dangereux à la politique de la Restauration. Depuis quatre ans le gouvernement marchait bien. L'ordonnance du 5 septembre 181 G, la loi électorale de 1817, la loi du recrutement de 18 18, l'ordonnance du 5 mars 1819 (({ui avait fait entrer dans la Chambre des Pairs 61 membres nouveaux, parmi lesquels de nombreux généraux de l'Empire, Dejean, Becker, Belliard, Maison, etc.), enfin, les lois sur la presse, avaient été d'heureuses étapes sur le chemin d'un libéralisme modéré et conciliant. L'hostilité crois-

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santé des ultras pendant cette période en était la meilleure preuve.

Tout fut remis en question. « En 1820, écrivait M. Guizot, s'est opéré le g-rand changement^ le seul chang-ement fondamental qui ait eu lieu depuis six ans. Un ministère est tombé sous les coups de la contre-révolution ; un ministère nouveau sest formé par son influence et à son profit. Le pouvoir a subitement cherché et trouvé un autre camp, d'autres amis (i). »

En effet, M, de Richelieu, rappelé au pouvoir malgré lui, se rapprocha de la droite, dont le comte d'Artois lui promettait le concours. Renonçant aux inspirations généreuses qui avaient signalé son premier ministère, il fit suspendre la liberté individuelle, rétablit la censure, et présenta une loi électorale dite du double vote, qui assurait désormais la majorité aux grands propriétaires fonciers, c'est-à-dire à l'aristocratie.

Tel est l'ordinaire résultat des crimes politiques qu'on ne saurait assez flétrir. Ils ravivent les haines sociales et font reculer la liberté. C'est ainsi qu'aux griefs particuliers qui indisposaient l'armée contre les Bourbons s'ajouta l'irritation générale de tout le

(1) Guizot, Du (fuuuernei/ient de lu France depuis la Hestuuration et du ministère actuel, \n-?>'', \%->.r> {icf) pajes). L'ouvrage eut beaucoup de succès et devait eu avoir.

di2 LES COMPLOTS MILITAfRES

parti libéral contre la politique nouvelle du gouvernement.

On n'avait pas encore vu dans la Chambre d'aussi mémorables débats que ceux qui marquèrent la discussion de cette loi électorale. On entendit, d'un coté, Royer-Collard, Benjamin Constant, Manuel et surtout Camille Jordan, qui, les traits amaigris, la taille chancelante, la voix brisée, faisait un suprême effort pour arrêter la royauté sur une pente fatale, et dont les accents, voisins de la tombe, avaient un caractère solennel et presque prophétique; de l'autre, MM. de Villèle, de La Bourdonnaye, de Serre, devenu comme le duc de Richelieu l'adversaire de ses anciens alliés^ et consumant comme Camille Jordan ses forces épuisées dans un dernier combat parlementaire (1-12 juin).

Ces débats étaient suivis par le public avec un intérêt passionné. Les institutions politiques et sociales du pays , sa fortune , ses droits, son avenir seraientils livrés ou non à une oligarchie forméedcio à 12.000 grands propriétaires ? Voilà ce qui était au fond de la question. 11 y eut, dans les journées des 2 et 3 juin, des manifestations populaires réprimées avec brutalité par la gendarmerie et par les troupes. Le 3, au soir, un étudianten droit, le jeune Lallemand, fut tué d'un cou[) de feu par un soldat de la garde.

Le j, ruHervesccnce redoubla. Etudiants et ouvriers,

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au nombre de plusieurs milliers, marchèrent vers la Chambre. Des officiers à la demi-solde, le général Solig-nac, le colonel Barbier-Dufay, le chef d'escadron Duverg-ier, se faisaient remarquer dans la foule qui criait : Vive la Charte! Il yeutd'efîrojables bag-arres sur les boulevards. La cavalerie, cuirassiers et dragons, chargea à plusieurs reprises. Le sang coula. Le maréchal Oudinot fut foulé aux pieds et blessé dans une de ces collisions.

En dépit des résistances, la loi fut votée. Mais elle laissait des ferments de haine que les ennemis des Bourbons résolurent d'exploiter. De ceux-là était le colonel Fabvier.

La vie agitée du colonel Fabvier a fait quelque tort à sa réputation. On est trop porté à ne voir en lui qu'un conspirateur. Il avait l'étoffe des jilus hauts emplois militaires.

Fabvier était né à Pont-à-Mousson, en 1782. Il sortit de l'École polytechnique en i8o4, comme lieutenant d'artillerie, et il sembla de bonne heure destiné à courir les grandes routes. On le voit en Allemagne en i8o5, en Dalmatie en 1806, à Constantinople avec Sébastiani en 1807, et peu après en Perse avec la mission Gardanne.

Rappelé d'Orient en Espagne, il y servit en 181 1 comme aide-de-camp de Marmont. D'Espagne, il alla rejoindre Napoléon en Russie, fit la campagne de

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Saxe en i8i3, la campag-ne de France en i8i4, et s'efforça d'entraver la défection du 6'' corps, à Essonnes.

En i8i5, il défendit Montmédy contre les alliés. Colonel en 1817, et toujours attaché à Marmont^, un des quatre majors-g-énéraux de la g-arde royale, les événements de Lyon le brouillèrent avec la Restauration. Indig-né de ce qu'il avait vu, il publia une brochure : Lyon en i8iy , qui était à la fois un acte de justice et de courag-e. Attaqué par Canuel, traduit devant les tribunaux, il fut condamné et destitué.

Il chercha alors des ennemis aux Bourbons et les chercha surtout dans les rang-s de l'armée.

« Les fonctions qu'il avait exercées près de moi, écrit Marmont, l'avaient mis en rapport avec un grand nombre d'officiers. Son activité prodig-ieuse, la force de sa volonté, son esprit et, par-dessus tout cela, la haine ardente qui l'animait contre les Bourbons, et dont la source était dans les injustices dont il avait été l'objet et la victime, à l'occasion des affaires de Lyon, devaient le soutenir dans ses efforts, lise trouvait d'ailleurs, par une circonstance particulière, avoir à sa disposition de nombreux instruments. » {Mémoires, t. vu, cli. 22.)

La gainison de Paris, en dehors de la g-arde, était composée de quatre légions départementales, celles de laMeurthe, des Côtes-flu-Nord,(lu Nord, duBas-Rliin.

Fabvier, lorrain d'origine, connaissait presque tous les officiers de la lég-ion de la Meurthe. Il recevait rég-ulièrement le rapport de tout ce qui s'y passait, et son influence lui assurait une autorité plus respectée que celle du colonel. C'est là qu'il trouva le capitaine Nantil, dont on fait d'ordinairele chef de la conspiration.

Nantil (Noël) était du même pays que Fabvier, et, comme lui, il était sorti de l'Ecole polytechnique, mais en i8og, et pour servir dans l'infanterie. Pris à Vilna, en i8i2, relâché en i8i5, Nantil avait été admis comme capitaine dans la légion de la Meurthe. IMais il croyait avoir à se plaindre des Bourbons. Il trouva un concours puissant dans le ^arary^anfa/s où il fut introduit par un de ses amis, le lieutenant Maillet.

Ce Bazar, que le complot de 1820 a rendu célèbre, était un vaste magasin établi dans la rue Cadet, et destiné à une exposition publique des objets d'art et de commerce dont les artistes et les marchands désiraient faciliter la vente. Il avait pour administrateurs un sieur Mallent et le colonel en non-activité Sauzet (Louis-Antoine), et pour employés d'assez nombreux militaires, sortis, comme Sauzet, de la garde impériale. Le Bazar était ainsi devenu un centre de réunions bonapartistes et libérales, et comme un foyer de propagande. Il comptait, parmi ses familiers les plus assidus, Maziau. ancien lieutenant-colonel des chasseurs

de la g"arde, Berard, chef de bataillon de la légion des Côtes-du-Nord, Dumoulin, g-antier de Grenoble, qui avait mis sa fortune au service de Napoléon, lors du retour de l'île d'Elbe, et qui l'avait suivi, luimême, comme officier d'ordonnance, l'avocat Rey, son compatriote, etc.

Des confidences furent échang-ées entre Nantil et le comité du Bazar. Celui-ci avait déjà song"é à recourir, contre le g-ouvernement, à une conspiration militaire. Les mouvements qui avaient éclaté à Naples et dans le Piémont, l'insurrection militaire qui venait de triompher en Espagne, avec Rieg-o et Quirog-a, et qui forçait Ferdinand VII d'appliquer le gouvernement constitutionnel, étaient de séduisants exemples.

Toutefois, le comité reg-ardait les Bourbons comme inattaquables à Paris. Il croyait que le seul projet efficace consistait à faire éclater des révoltes sur plusieurs points du pays à la fois, de manière à diviser et à affaiblir d'autant la répression. Pour cela, Sauzet préparait un soulèvement à Vitry, son pays natal, dans une compagnie de vétérans. Maziau, de son côté, travaillait un règ-imentde cavalerie, en garnison à Amiens (chasseurs du Cantal), et une partie de la lég-ion de la Seine, détachée à Cambrai. On avait des intellig;"ences dans les garnisons de l'Est et du Da\iphiné. Enfin, dans l'Ouest, oncom[)tait sur l'artillerie d(! Rennes et l'infanfcrie do Nantes.

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Nantil^ au contraire, soutint qu'il fallait frapper le coup à Paris, où il aurait plus d'éclat et aussi plus de portée. A Paris, on n'avait pas seulement l'armée; on pouvait avoir la jeunesse des Ecoles et, avec elle, le peuple des faubourgs.

Le capitaine témoig'nait tant de confiance qu'on l'invita à tenter l'entreprise.

Grâce à son ascendant personnel et à l'appui de Fabvier, il eut bientôt g-ag-né toute la lég-ion de la Meurthe. Par le commandant Bérard, il gag-na celle des Côtes-du-Nord . Par l'entremise d'un de ses parents, l'adjudant sous-oflicier Chalin, il noua des relations avec des officiers des 2^ et 5^ régiments et des sous-officiersd'infanteriedela g"arde, tous anciens soldats de l'Empire, et qui adoptaient avec joie la pensée de relever le drapeau tricolore: de Trogoff, capitaine adjudant-major; Hutteau, deLaverderie, lieutenants, etc.

En deliors des rég-inients, de nombreux officiers à la demi-solde étaient disposés à seconder l'insurrection, et contribuaient activement à la préparer. Tels étaient, avec Fabvier, les colonels Caron^ Combes, Dentzel, Ordener, Paiihés, V'arlet; le commandant Brice ; les capitaines Michelet et Thévenin, les lieutenants Krettly, des chasseurs à cheval de l'ex-g-arde, Lavocat, etc. (i).

(i) Archives Nationales. — F 7. ^672-^070. — 6C176. Dossicrstie tous les prévenus. — 09991, Dossier Nanlil (D. i3,852). — C C.

118 LES COMPLOTS MIFJTAIRRS

Enfin, on s'était assuré le concours des jeunes g-ens (les Écoles. La mort de leur camarade Lallemand les avait surexcités. Grâce à deux étudiants , Joubert ot Bazard , ils étaient entrés dans le mouvement, et prêts à marcher avec les troupes: « Au premier avis, l'crit l'un d'eux, plus de 4oo étudiants se trouvèrent assemblés aux différents lieux de rendez-vous^ attendant le siio-nal. Chacun s'était muni d'armes et de munitions. Le sig-nal, attendu si longtemps, n'arriva pas (i)... )) Nous verrons pourquoi.

Tout le mois de juillet 1820 fut employé en voyages dans les départements, en envois d'arg-ent, en achat d'armes, en préparatifs de tout genre.

On a supposé que le comité avait eu à sa disposition des sommes considérables provenant, soit de riches banquiers du parti, comme Hainguerlot, et surtout Lafïite (c'est, notamment, l'opinion de Pasquier),soit des frères de Napoléon, soit du prince d'Orange, soit môme du duc d'Orléans. La vérité, plus simple, c'est que l'argent était le produit de sacrifices personnels faits par un grand nombre de

.^n5-534, jugement de la Cour des Pairs. — Arc/iive.t de la guerre, Corresp. générale (août 1820). A consulter, seulement. Procèn (le la coriKpiration militaire du i9 août 1830, i vol. in-8°, i8*?i (chez Ponlhieu), car l'ouvrage est inexact, et d'ailleurs incomplet. ( !'est pourtant là-dessus que s'appuie le récit de Pascpiier (Mémoires^ t. IV, cil. 18), qui reproduit le rapport du mar([iiis de Pastoret, au iioin de la (-(juiinission d'instruction.

(i) Les htudiants sous la liestauralion, l'arisrénolutionnaire, I. I, \KV.\.

conjurés, et de dons volontaires offerts par des particuliers, obscurs mais dévoués à la révolution. Les dépenses, d'ailleurs, furent moins élevées qu'on ne l'a cru.

Le moment de l'explosion approchait. Il fallait un chef marquant et énerg^ique qui se déclarât. Les q-énéraux Pajol, g-endre d'Oudinot, Bachelu, combattant de Waterloo, Merlin, fils du conventionnel, n'accueillirent qu'avec tiédeur les offres qui leur furent adressées. On ne les avait pas mis dans le secret des opérations. Ils promettaient leur concours après le mouvement, pas avant. D'autres, comme Maison, g"0uverneur de Paris, Defrance, commandant de la l'e division militaire, semblaient, dans leurs propos et leur attitude, peu favorables à la royauté. Mais on ne savait pas ce qu'on mettrait à la place des Bourbons.

Renverser le g-ouvernement, s'emparer des Tuileries et de la famille royale, proclamer un gouvernement provisoire : voilà quel devait être le premier résultat. Pour le reste, on était partag-é. Lafayette, Dupont de l'Eure et la jeunesse des Ecoles voulaient la République (i). Manuel croyait difficile de supprimer les

(i) « Quels qu'aient été les intérèfsqui furent alors mis en jeu que les uns aient rêvé Napoléon I*""; d'autres, Napoléon II : que niêrue alors quelques imperceptibles aient songé au bourgeois (le Neuiily : il est certain que la République était déjà le mot d'ordre des Ecoles, et que ce fut en son nom qu'elles se préparèrent au combat. » Les h' ludion ts sous /a lieslauraiion, ibid.

institutions monarchiques et penchait à les confier soit au duc d'Orléans, soit au prince d'Orang-e. Mais le g"énéral Tarayre soutenait les droits de Napoléon II et faisait observer, fort justement, qu'il serait difficile d'entraîner les troupes sans évoquer le nom et les glorieux souvenirs de l'Empereur.

Le mouvement devait éclater le lo août. Puis il fut remis à la nuit du 19 au 20. Retard funeste au succès qu'on se promettait. La lég-ion de la Meurthe, casernéeau faubourg- Poissonnière(quartier de la Nouvelle France], devait se porter sur le fort de Vincennes, et s'en emparer par surprise au moyen des intellig-ences qu'on s'y était ménagées. De son côté, la lég-ion des Côtes-du-Nord devait descendre rapidement sur les Tuileries et les enlever, pendant que les jeunes gens des Ecoles se joindraient aux troupes. Enfin, la lég-ion du Nord devait occuper les quais voisins de l'Hôtelde-Ville. A la même heure des insurrections locales, étaient combinées à Vitry, Cambrai, Colmar, etc. Partout on aurait aboré le drapeau tricolore.

Dans la nuit du 18 au 19, une explosion eut lieu à Vincennes et coûta la vie à plusieurs personnes. Elle était tout accidentelle, et due à l'imprudence d'un sou.s-officier charg-é de préparer des pièces d'artifice pour la saint Louis, fôte du roi (i). Elle

(i) Col (''pisorlo .-1 s:ii^-i;i'To .'i VKVi'iI i\c Vii;'nv un des récits de

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entraîna un remaniement dans la g-arnison du fort. Mais ce n'est pas ce contre-temps qui fit échouer l'entreprise.

L'autorité, jusqu'alors sans défiance, était prévenue depuis plusieurs jours.

Le i5 août, deux des conjurés du 3*= d infanterie de la g-arde, les serg-ents-majors Petit et Vidal, avaient fait à leur colonel et au général de Coestloquet, aidemajor-général de la garde, des révélations qui furent confirmées par un agent de la police militaire, le capitaine à la demi-solde Chénard. Ce Chénard, qui avait capté les confidences de quelques affiliés, était chargé de « suivre » la conspiration. Le 1 6 et le 17, trois officiers de la légion du Xord dénoncèrent à leur tour ce qu'ils savaient. Les ministres se réunirent plusieurs fois en conseil. Fallait-il procéder à des arrestations immédiates, ou attendre un commencement d'exécution? On décida d'attendre.

Le 19, Marmont, major-général de service, ayant été informé dans la matinée, par Petit et Vidal, que le mouvement était fixé pour le soir même, prit sur lui d'ordonner des mesures énergiques. Dans la journée, il renforça la garnison deVincennes, appela des troupes de Courbevoie et concentra la garde autour des Tuileries. Ces mesures, contraires à ce

son beau livre : Servitude et c/randeur militaire (La veillée de Vincennes).

qui avait été décidé, étonnèrent et indisposèrent les ministres. Pasquier ne s'en cacha pas au maréchal.

(( A présent, monsieur le maréchal, lui dis-je, jo crains bien que tout ne soit manqué. Il est impossible que des ordres prématurés^ publiquement donnés, n'arrivent pas jusqu'aux conjurés. Vous savez qu'ils ont des intellig-ences dans la g-arde : ils en ont peutêtre plus que vous ne croyez ; ils peuvent en avoir que vous ne saurez jamais, car vous n'ignorez pas que Nantil s'est vanté que seize officiers de votre infanterie lui appartenaient, et vous n'en connaissez que trois. Il se vante encore de compter sur une partie de vos canonniers casernes à l'Ecole militaire; vous n'avez rien découvert au milieu d'eux. Je veux qu'il se soit beaucoup avancé, qu'il ait dit fort audelà de la vérité ; je le crois même. Mais toujours estil que vous ne savez pas tout; que, probablement à l'heure qu'il est, Nantil est déjà averti des mesures extraordinaires que vous venez de prescrire; alors il n'entreprendra quoi que ce soit, et nous ne tiendrons rien. » {Mémoires^ t. iv, ch. i8.)

Le maréchal répondit que, chargé de la'sécurité de la famille royale, il ne pouvait faire autrement que ce qu'il avait fait. Il fallut bien ordonner des arrestations, mais , comme l'avait prévu Pasquier, elles ♦ n'atteignirent j)as les principaux coupables. Nantil, averti, put se cnrhcrd'nhnrd clic/, nu ;imi, puis c^nynei'

Ja Vemlée et de là l'Espag-ne. Les étudiants, qui déjà se rassemblaient dans des chambres où on leur distribuait des armes et des munitions, purent rentrer chez eux.

Le mouvement était suspendu. Mais on pouvait le Tc^commencer. Car le g-ouvernement chang-eait la g-arnison de Paris, éloig'nait les lestions suspectes et les mettait en marche dans la journée du 20. Il fut donc décidé que la légion des Côtes-du-Nord, destinée à Châlons et à Verdun, dès son arrivée àChàlons obliquerait sur Vitry, où attendaient les vétérans travaillés par Sauzet. Cette fois, l'explosion, comprimée au centre, éclaterait à la circonférence.

Mais Berard, charg"é d'en donner le sig'nal, prit peur à son tour. Il alla trouver son compatriote, le g-énéral Montélég"ier, avec lequel il avait d'anciennes relations, et s'eng-ag-ea à lui faire connaître les faits les plus importants, à une double condition : d'abord qu'on lui g-arantirait la sûreté personnelle : ensuite qu'on ne se servirait de ses déclarations qu'en évitant de prononcer son nom. Il avait peur des veng-eances que pouvaient exercer sur lui ses complices, et il la poussait si loin qu'il ne voulut s'aboucher avec le g-énéral que dans les endroits les plus écartés, qu'il avait soin de chang-er pour chaque nouvelle entrevue. Ses révélations eurent d'abord le caractère de la franchise ; puis, elles devinrent plus réservées.

Contre l'avis de JMarniont, on l'arrêta. Alors on ne sut plus rien.

A Cambrai, plusieurs officiers de la légion de la Seine, ig-norant l'échec de Paris, essayèrent, le an, d'enlever les troupes qui refusèrent de les suivre. Dix d'entre eux, dont le capitaine Teyssié de la Moite, les lieutenants Peg-ulu, Desbordes, Grandot, Paquet; les sous-lieulenants Brue, Devarlet, Cordier, Dutoya, Remy, purent s'échapper, ainsi que Maziau, et passer en Belg'ique. Le lieutenant-colonel Caron avait déjà été arrêté le iG, à Epinal, pour tentative d'embauchage. Enfin, à Paris, on arrêta encore plusieurs officiers à la demi-solde connus pour leurs relations avec Nantil, comme Fabvier, Dentzel, Pailhès, Thévenin, Varlet, etc. Le nombre des arrestations s'éleva à i38. IMais des ordonnances de non-lieu^ rendues pendant l'instruction, le firent retomber à 76, et enfin à 65.

Paris et le pays tout entier apprirent en même temps l'existence du complot et son échec.

Le Moniteur du 20 août s'exprimait ainsi, contre toute exactitude :

« Depuis quelque temps le g-ouvernement était informé que des machinations étaient mises en œuvre pour porter les troupes à la révolte. 11 était assuré que le bon es[)rit qui anime les soldats français «léjouerait les projets formés par quehjues hommes

toujours prêts à sacriiier leur honneur et le repos de leur pays à leur org-ueil et à la cupidité. Le gouvernement veillait sur leurs démarches. Ces insensés ont cru qu'ils étaient les maîtres de renverser le trône et les institutions protectrices que la France doit à son Roi. Un certain nombre d'officiers et de sousofficiers des corps en garnison à Paris ont été séduits. Il en est même dans la garde royale qui se sont laissé entraîner dans le complot.

« La France a le droit d'attendre qu'un pareil attentat soit puni de manière à effrayer tous ceux qui, oubliant leurs devoirs et leurs serments, voudraient tourner contre l'ordre social les armes qui leur ont été confiées pour sa défense (i). »

C'était, du moins, ce que réclamaient les journaux royalistes.

« Ce qui reste à faire, disait la Quotidienne, c'est d'étouffer le crime par un exemple salutaire et de ne pas donner aux révolutionnaires le temps de se reconnaître. » Et comment '! En imitant la conduite de Cicéron envers les complices deCatilina. Le Drapeau blanc, après avoir rappelé les éloges prodigués par

(i) Cf. Arch. de la guerre, Corresp. gén., août 1820. Lettre du ministre de la guerre au général Det'rance pour appeler son attention sur l'esprit des troupes et lui recommander la vigilance (2"? août). — Ordre du jour de Marmont à la garde (2,5 août). — Rapport du maréchal-de-camp comte de Rochechouart, commandant de place, au général Defrauce (r>5). — Nombreuses adresses envoyées au roi, par les régiments.

Ips orateurs et les journaux du parti libéral aux soulèvements militaires d'Italie et d'Espag-ne, invitait le g"ouvernement à prévenir les dang-ers de la modération et de la clémence. « Quand Hercule, disait-il, s'aperçut que les têtes de l'hydre de Lerne renaissaient sous ses coups, il frappa le monstre au cœur. C'est ainsi qu'il faut frapper le monstre révolutionnaire. »

A la surprise et au g-rand mécontentement du parti, ce ne fut ni devant le conseil de Sfuerre, ni devant la cour d'assises qu'on' traduisit les accusés. Une ordonnance royale du 21 août les envoya devant la Chambre des Pairs, en vertu des articles 87, 88 et 89 du Code pénal, visant les crimes d'attentat ou de complot dans le but, soit de détruire le g-ouvernement et l'ordre de succession au trône, soit d'exciter les citoyens à s'armer contre l'autorité du roi. jj

La Cour se réunit dès le 26, sous la présidence du chancelier Dambray, et nomma quatre pairs instructeurs, MM. de Pastoret et de Semonville, les g^énéraux Rapp et Dig-eon. Le ministère public fut confié à M. Ravez, assisté de M. Jacquinot-Pampelune, pro- :. cureur au tribunal de la Seine, faisant fonctions de procureur g-énéral.

L'instruction dura ijuatre mois et contribua, par sa lenteur, à affaiblir l'intérêt du procès. Le 21 février 182 1, la ('our, statuant sur les conclusions de M. .Tnc-

LE COMPLOT dp: l'ARIS (19 AO[IT 1820) liîT

qulnot qui retenait 70 prévenus, en mit hors decause ^i, parmi lesquels le g-énéral Merlin, les colonels Fabvier, Dentzel, Pailhès, Varlet, les, capitaines Michelet et Parquin, les lieutenantsDublar,KrettIy,etc., et n'en g-arda que 34, dont 3 contumaces : Nantil, le lieutenant Lavocat et l'avocat Rey (de Grenoble). Cet arrêt, qui ménag^eait trop peu les conclusions de Jacquinot, fut suivi de sa démission. Il fut aussitôt remplacé par M. de Peyronnet, député du Cher, procureur g-énéral à Bourges, et un peu plus tard ministre de la justice.

Les débats publics s'ouvrirent le 7 mai 1821. Ils furent dirigés par le chancelier avec une haute dig-nité et une remarquable impartialité. La lecture de l'acte d'accusation et celle du réquisitoire occupèrent plusieurs audiences. Après quoi, on entendit 18?. témoins, dont les dépositions remplirent tout l'intervalle du 10 mai au 8 juin.

«Une des dépositions les plus remarquables fut celle du duc de Rag"use. C'était lui qui, sur les premières déclarations faites à sou état-major par deux sous-offîciers de la g^arde, leur avait adjoint un ag-ent de sa police militaire, lequel avait été introduit par eux; dans les conciliabules et avait depuis rendu compte de tout ce qu'il avait vu et entendu. Le maréchal justifia le rôle et les démarches de sou ag-ent ; mais il y eut un point où il fut moins pré-

cis. II avait le désir secret d'aller au devant des reproches qui pouvaient lui être adressés sur sa précipitation à donner des ordres dont la publicité avait empêché de prendre les conjurés sur le fait. Il s'appliqua à mettre en lumière les nég-lig-ences ou même les infidélités de la police, à propos de l'évasion de Nantil et de quelques-uns des principaux conjurés. Il poussa l'inexactitude jusqu'à dire, sans autre explication, que, dans la conférence qui avait eu lieu le 19 août, à quatre heures après midi^ chez le duc de Richelieu, on était convenu de prévenir le commencement d'exécution du complot par l'arrestation des principaux conjurés.

Tout cela était faux. Cette déposition de Marmont servit la malveillance des royalistes exaltés de la Chambre, déjà si disposés à croire qu'il n'aurait tenu qu'au g-ouvernement de mettre la main sur tous les;; coupables, sur lesplus grands coupables... ))(Pasquier, Mr/noires, t.\, ch. 10.)

Pendant ces dépositions, quelques pairs, et principalement le g-énéral Maison, se firent remarquer par leur sympathie trop peu dcg-uisée pour (juel(|ucs-uns des témoins qui appartenaient à l'ancienne armée. Aussi Maison, malg-ré le royalisme qu'il avait affecté au début de la seconde Restauration, fut-il privé du g-ouvernemcnt de Paris qu'on donna à Marmont. Le g-énéral Defrance, qui avait eu ég-alement une atti-

LE COMPLOT DE l'AHlS (1!) AOUT 1820) 129

tilde équivoque, fut remplacé à la i''e division militaire par le g"énéral Coutard, qui venait de Rennes.

Sauf les déclarations du policier Ghenard, des deux SM Lis-officiers révélateurs et des trois officiers de la Ici^ion du Nord; sauf les aveux incomplets de Bérard, il ne sortit des débats rien de bien saillant. Les premiers se bornaient à rapporter des propos d'officiers et de sous-officiers avec Nantil ; Bérard s'attachait à ne compromettre personne. On voyait bien qu'il y avait eu des intellig-ences concertées, mais dans quel dessein? Car il n'y avait pas eu commencement d'exécution; et du complot même on ne connaissaitni l'organisation ni l'étendue. Peut-êtremême n y avait-il là qu'une nouvelle machination de police, conduite avec habileté par l'introuvable Nantil.

On voyait alors partout des agents provocateurs, et les pratiques du gouvernemeut n'autorisaient que trop ces défiances. En i8i8, M. de Villèle; en 1821, le général Donnadieu avaient pu déclarer, du haut de la tribune, que, depuis 181 6, on avait surpris la main de la police dans tous les complots (i).

(i) Le 19 mars 1821, le général Donnadieu, député d'Arles, apostrophait ainsi les ministres, avec sa violence habituelle : «... Habiles en intrigues, en odieuses et sourdes calomnies, tout ce qui caractérise la faiblesse et le vice : voilà vos moyens. A Paris, dans l'affaire Pleignier, Carbonneau et Tolleron; à Bordeaux, dans celle de Randon ; dans les événements de Lyon; dans la prétendue conspiration du bord de l'eau; partout, on a vu votre police préparer l'effusion du sang français sur les échafauds ou sur le terrain des rebellions. »

Dans l'espèce, comme on dit au Palais, rien n'était moins fondé. Nantil, ag-ent de Fabvier, n'était pas aux g"ag-es de la police. Du fond de l'Ouest, où il pré- Darait une nouvelle tentative, Nantil fut tellement désespéré de ces calomnies qu'il fut plusieurs fois tenté de se livrer pour avoir, au prix de la vie, le droit de sauver son honneur.

Tout le poids des débats porta sur Bérard qui s'entendit traiter d'ag-ent provocateur, lui aussi, par les témoins et la défense, tandis que le ministère public requérait contre lui. Les témoins et la défense l'accablaient parce que, ruiner ses déclarations, c'était enlever au procès sa base principale. Et on hésitait dautant moins que le bénéfice de ses révélations lui éparg'nait une condamnation capitale.

Fabvier^ l'instig'ateur du complot, relâché après une détention de plusieurs mois, et certainement par le crédit de Marmont (i), Fabvier chargea Bérard avec plus de violence que les autres. Bérard, à ses yeux, n'était qu'un indig-ne agent provocateur qui, après lui avoir fait transmettre par xxn intermédiaire dont le colonel taisait le nom les offres les plus vives pour entrer dans le complot, s'était encore effoi'cé de l'y entraîner, quand l'échec n'en était plus douteu.v.

Le malheureu.v chef de bataillon pouvait parler,

(i) Aussi l'aS(jiiicr déclarc-l il qu'il ne s'explique p.is poiir- [[uoi Kalivicr a elc mis liors de cause. {Mémoires, t. v, ch. lo.j

oiume auraient pu le faire plus tard, à la dernière lit'ure, les serg-ents de La Rochelle. De grands pers(innag'es étaient perdus ou g"ravement compromis. Il se leva. Plus d'un visag-e pâlit dans les tribunes I Lservées aupublic. « Nobles Pairs, s'écria-t-il, loin ilavoir été provoqué par moi^ M. le colonel Fabvier me développait lui-même, le 20 août^ les dispositions qu'il comptait prendre pour renouer et faire réussir 1 ■ complot ; et s'il est permis de se servir de cette ligure, je voudrais que des tenailles ardentes vinssent arracher la lang-ue de celui de nous deux qui a menti ! » Puis, après un nouvel eflort sur lui-même, il se rassit en disant: « Je n'ajouterai rien à ce que j'ai déjà déclaré. »

Fabvier voulut se retirer. Mais le président, le procureur g-énéral et plusieurs pairs insistèrent pour qu'il fît connaître auparavant le nom de V intermédiaire auquel il venait de faire allusion. Il s'y refusa. La Cour remit l'audience au lendemain (f pour laisser au témoin le temps de la réflexion ».

Le lendemain, le colonel interrog-é de nouveau persista dans son refus. Le procureur g-énéral (Pejronnet) prit la parole t « Le témoin a fait serment de dire toute la vérité. Ig"nore-t-il donc que violer son serment, c'est se parjurer? que commettre un parjure, c'est manquer à l'honneur et accepter l'ignominie ? — Vous parlez d'ig-noiuinio, monsieur le pro-

J32 LES COiMPLOTS MILITAIRES

cureur g-énéral, répliqua Fabvier: c'est par ses actes, par sa vie qu'on la mérite. Mes actes, je vous les livre ; ma vie, je vous l'abandonne, et je laisse à la noble Cour le soin de prononcer. Quant aux motifs qui doivent diriger ma conduite, vous trouverez bon, monsieur le procureur général, que je cherche ailleurs des conseils sur ce qui touche à l'honneur. Je suis d'une famille et d'un pays, Monsieur, qui, en fait d'honneur, n'ont pas de leçons à recevoir de ceux qui ontoavert les portes de leur ville àl'ennemi. »

C'était une allusion sang-lante à la conduite de M. dePeyronnet. Avocat à Bordeaux, au mois de mars i8i4, celui-ci s'était associé au maire de la ville, Linch, et à plusieurs autres royalistes pour appeler l'armée anglaise qui débouchait d'Espagne derrière nous, et pour lui livrer Bordeaux. Lord Beresford y était entré le 12 mars, avec 10.000 hommes. C'est ainsi que Louis XVIII avait été proclamé à Bordeaux avant môme la chute de l'Empire.

L'allusion fut accueillie avec une vive approbation sur plusieurs bancs de la pairie ; elle souleva de longs applaudissements dans les tribunes publiques. Le colonel fut condamné à 100 francs d'amende pour refus de témoignage. L'intermédiaire qu'il refusait de nommer était Joseph Dumouliu, de Grenoble, qui était sur le banc des accusés.

Les accusés furent défendus par les meilleurs avo-

cats du temps : Barthe, Berville, Dalloz, Hennequin, Renouard, etc., dont les plaidoiries remplirent huit audiences.

La Cour délibéra du 2 au i4 juillet. Comme le fait iustement remarquer Vaulabelle, « le résultat se ressentit de l'irritation produite chez un g-rand nombre de pairs, anciens généraux ou anciens fonctionnaires de la République et de l'Empire, par les débats que venait de soulever, dans l'autre Chambre, la discussion de la loi sur les donations. Poursuivis dans leur gloire ou dans leur passé par les insultes ou les injures des orateurs ou des écrivains royalistes, les pairs de cette catég'orie pouvaient difficilement déployer une g-rande rig^ueur envers des officiers traduits à leur barre pour une tentative de complot ayant toutes les apparences d'un g-uet-apens de police, et qui, tous^ affirmaient que les propositions écoutéespar eux avaient uniquement pour but « d'obtenir du g-ouvernement du roi le maintien intég-ral de la Charte, ainsi que le retirait des lois d'exception, de solliciter la justice du monarque et non de forcer sa volonté » (t. v, ch, 2).

Le jug-ement, prononcé le 16 juillet, ne fut sévère que pour les trois contumaces, Nantil, Lavocat et Rey, qui furent condamnés à mort. De Laverderie et de Trog-ofF, officiers de la g-arde royale, de la Motte, capitaine de la lég-ion du Nord, furent condamnés à ô ans de prison ; Robert et Gaillard, sous-officiers de

i3i LES (JO.Ml'LOÏS .Mll.liAlHKb

la lég^ion de la Meurthe, à 5 ans ; Loritz, sous-lieutenant de la légion du Nord, à 2 ans. Les autres furent acquittés (i).

La modération de cette sentence, qui contrastait avec les rigueurs des cours prévôtales, satisfit l'opinion, mais irrita les ultras, et leur fit dire qu'on avait voulu soustraire les principaux coupables (c'est-àdire les meneurs du parti libéral) à l'action de la justice, pour n'atteindre que des complices obscurs et subalternes. Marmont estime que la Chambre des Pairs manqua à ses devoirs. (( Ce qu'il y eut de plus effrayant pour la dynastie, ce fut de voir le peu d'ardeur à la défendre, et de remarquer un grand nombre de ses ennemis au milieu de ceux qui, par leur intérêt propre, n'auraient jamais dû séparer leur cause de la sienne. »

Ce que Marmont voyait, de ses yeux de soldat, et ce qui était grave, c'était le caractère môme du complot. Les contemporains l'ont appelé conspiralioit militaire. Et, en etret, la pensée du complot, sou org-anisation, l'emploi de ses forces étaient exclusivement militaires. Queserait-il advenu de notre pays, si de pareilles entreprises avaient dû réussir? si le

(i) Maziau, arrêté en Beltjique pendant les débats, cl dont l'exlradition fut obtenue, comparut seul devant la Chambre des Pairs, et fut condamné, le r>'| novembre 1821, à cinij ans de prison, arrêt qui souleva, d'ailleurs, les protestations d'un certain nombre de pairs.

système des proniiiiciamieiitos avait prévalu chez nous dans la politique? L'exemple de l'Espagne est là pour répondre.

Ce g-rand procès venait de finir, lorsqu'arriva la nouvelle de la mort de Napoléon.

Bien que son souvenir fût toujours vivant dans le jiays, et que son nom parût nécessaire pour grouper larmée autour du libéralisme, Napoléon était resté étrang-er à cette ag-itation militaire. C'est une erreur sing-ulière que celle où tombe Pasquier, quand il attribue au prisonnier de Sainte-Hélène, à son influence, à son arg-ent, la conspiration d'août 1820, et quand il dit « qu'après la mort de Napoléon les conspirations ont entièrement cessé (i) a . C'est alors^ au contraire, qu'elles ont redoublé d'activité. C'est dans le courant de 1822 qu'elles ont donné tout leur efl^ort.

Pendant les premières auuées de sa captivité, Napoléon avait suivi d'assez près les événements. La politique maladroite de la Restauration, la proscription des g-énéraux, la conspiration de Grenoble, le désordre des esprits lui apparaissaient, avec l'exag-ération inévitable de la distance, comme les sig-nes précurseurs d'une g-uerre civile qui allait renverser les Bourbons. Il se prenait alors à espérer la délivrance et l'apothéose du retour. Mais de nouveaux

(i) MMioires, t. iv, pag'e 4''l-'i- En noif.

i36 LES COMPLOTS MILITAIRES

courriers lui montraient la France résig-née à la monarchie, etil en arrivait lui-même à l'indifférence. Non seulement il ne song-eait plus au retour, mais il ne song-eait même plus à la liberté, et il écartait obstinément tout projet et même toute idée d'évasion. Du haut de son g"énie, il voyait dans sa captivité la rançon de sa g'Ioire passée^ le gag-e du succès pour l'avenir. Il disait parfois: «Si, au lieu de souffrir ici, j'étais en Amérique comme Joseph, on ne penserait plus à moi ; ma cause serait perdue. Non, non! mieux vaut pour moi mourir sur ce rocher. Mon martyre assurera la couronne à mon fils (i). »

C'est dans ces dispositions de renoncement et de sacrifice que la mort le trouva et se saisit de lui, dans l'ouragan qui passa sur le rocher de Sainte-Hélène, le 5 mai 182 i .

La nouvelle, apportée en France dans le courant de juillet, n'y fit d'abord que peu de bruit. La censure imposa le silence aux journaux, et beaucoup d'anciens soldats, retirés au fond de la campagne, refusèrent de croire à la mort de leur empereur. Mais bientôt les accents arrachés aux poètes, Bérang-er,

(i) Voir, avpc le livre de Montliolon, la Captivité de Saintc- IltHime, d'après le journal du marciuis de .Montciicnu, publié par (;. Firinin Didot. Paris. iKij/j, iii-8". — Le mar<]uis était coiiiinissaire de Louis XV'lll dans l'île. Il s'était montré d'une convenance parfaite envers Napoléon et ses coinpaijnons de captivité.

Lamartine, Delavig-ne, Victor-IIug-o, par cette destinée extraordinaire ; le retour de Montholon, de Bertrand et de Marchand, avec le testament de Napoléon : la publication du Mémorial de Las Cases [\^2?t), et les innombrables ouvrag-es que fit éclore avec lui l'épopée impériale ; tout contribua à créer et à propag-er une lég-ende impérissable.

Cette lég'ende fut d'ailleurs analogue à celle dont les Bourbons entouraient Henri IV.

Les Bourbons s'étaient bien gardés d'abriter leur retour sous le patronage de Louis XIV, le plus majestueux, mais certainement le moins populaire de nos rois. Ils battirent monnaie avec le souvenir d'Henri IV, et l'effig-ie d'Henri IV remplaça celle de Napoléon dans la croix de la Légion d'honneur. Ils avaient raison, car leur aïeul est bien resté, comme dit la Henri ad p. :

Le seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire.

Et il le mérite ; c'est peut-être le plus g-rand de nos rois. Après Jeanne-d'Arc, avant Thiers, il a été un libérateur du territoire. Il nous a délivrés de l'Espag"ne. Il a refait des finances, une administration, un pouvoir monarchique ; pour tout dire, il a refait le pays admirable qu'il a laissé à Bichelieu et à ses successeurs.

Mais cet Henri IV est celui de nos jours, celui de

l'histoire. Celui des Bourbons était tout de fantaisie, c'était celui des romans de cape et d'épée; le Gascon batailleur et g-énéreux, spirituel et g-alant, l'ami de Grillon, de Gabrielle et du meunier Michaud ; le soldat d'Ivry, le roi de la poule au pot.

De même pour Napoléon. Au lieu du soldat ambitieux de Brumaire, entré à main armée dans notre histoire, confisquant à son profit l'œuvre de la Révolution, jetant la France dans des g-uerres effroyables pour la laisser vaincue et démembrée, la lég-eade impérialiste présentait un Napoléon bon fils, bon camarade, bon époux, bon père de famille, soldat sensible et vertueux, que des rêves de philanthropie hantaient les soirs de bataille, qui ne demandait qu'à faire le bonheur de l'Europe, après l'avoir conquise, et victime au milieu des mers lointaines de la jalousie de la perfide Albion. Ce Napoléon idéal servait le parti, comme le Henri IV romanesque servait la Restauration.

Aujourd'hui, et depuis quelques années, l'Empire est devenu l'objet d'une sing-ulière faveur. Mémoires, documents inédits, on ne nous fait g-râce d'aucun détail sur Napoléon. En sommes-nous plus avancés? Ce qui caractérise cet homme extraordinaire dans l'histoire de rhumanité, c'est que, plus on l'étudié^ plus il demeure impénétrable.

lj<i icouvernement pcnsnif rjue la mort de son héros

LR COMPLOT riF PARTS (10 AOUT 18fî0) iS9

désarmerait le parti bonapartiste. Il se trompait. Des serviteurs de l'Empire, beaucoup s'étaient déjà ralliés à la monarchie. Les autres restèrent dans l'opposition libérale ou se jetèrent dans l'opposition républicaine. Aussi bien, depuis quelques années, ce n'était plus entre Napoléon et les Bourbons que la lutte était engag-ée, mais entre la Révolution et l'ancien rég'ime, qu'on voyait renaître avec ses rancunes et sa fureur de représailles.

Voilà pourquoi la monarchie n'en avait pas fini avec les difficultés. Mais pour combattre avec plus de succès et pour rassembler leurs forces, ses ennemis avaient besoin d'une nouvelle organisation.

Ils la trouvèr'ent dans la Chnrhonnerie.

CHAPrTRE V

Les complots de l'Est : Belfort et Colmar.

Les premières sociétés secrètes, sous la Restauration, avaient été fondées par des royalistes zélés pour seconder l'action monarchique. Telles étaient celles des Francs ré(/énérés, des Chevaliers du tropique, des Bandou/iers, etc. Ces sociétés politiques cédèrent la place à de nouvelles associations moins fermées et d'un caractère plus reli;^ieux, comme la société des bons livres, des bonnes études, etc., qui n'étaient que des émanations de la fameuse Congrégation, dont l'influence, à la fois occulte et plus vaste, s'étendit sur le youvei'nement.

Le parti libéral y répondit par l'org-anisation de deux sociétés, l'une secrète, l'autre publique. La première, sous le nom de l" Union, avait été fondée par l'avocat Rey, à Grenoble, et transportée à Paris dès i8iG(i). l\ecrutée dans la bourgeoisie et le com- i

(i) Reij f.Ioseph), né à Grenoble, en i770- Avorat. Rayé du (ableau en iSnj pour avoir présenir un nienioirc en fa\eiir des victimes de la conspiration Didier.

merce, timide et discrète, elle ne tarda pas à s'effacer devant la seconde.

Celle-ci, organisée en 1817, sous le nom de société des Amis de la presse, comptait parmi ses premiers membres : B. -Constant, Lafa jette, Vojer d'Arg-enson, Laffite, etc. Elle ne se proposait d'abord que la défense des lois sur la presse et sur la liberté individuelle, et aussi celle des écrivains poursuivis par le g-ouvernement. Elle ne sortait pas du terrain juridique. Elle se renforça de nombreux députés, absorba r Union, étendit son action, et devint assez puissante pour encourir des poursuites qui amenèrent sa suppression, en 18 19.

Il en survécut un comité dit d'action., qui prit la direction du parti libéral et qui, au lieu de s'en tenir à l'opposition légale, conçut la possibilité d'une lutte matérielle contre leg'ouvernement. Ce comité d'action était composé, en 1820, de Lafayette, Manuel, Corcelles, députés ; des avocats Rey et Merilhou ; des g-énéraux Tarayre, Thiard, Corbineau. On a vu sa part dans la conspiration militaire du 19 août.

L'esprit d'opposition était encore allé plus loin dans les provinces de l'Ouest. Il y avait donné naissance à une société secrète destinée à un rôle actif dans le soulèvement de cette rég'ion. C'était celle des Chevaliers de la liberté, donile centre était Saumur.

Elle était sortie d'une des associations formées par

d42 LES COMPLOTS MILITAIRES

les officiers à la demi-solde pendant la première Restauration. Celle-ci avait réuni, à Paris, sous l'inspiration du chirurgien de la g-arde Grandménil, un certain nombre de chevaliers de la Lég-ion d'honneur. Mais elle n'avait pas eu le temps de s'étendre. Le retour de l'île d'Elbe coupa court à ses projets, et le licenciement de l'armée de la Loire la dispersa.

Grandménil, retiré aux environs de Saumur, la reconstitua sur de nouvelles bases, en y faisant entrer, avec d'anciens soldats, des patriotes de toutes les classes. Le milieu était favorable. Si la g-uerre civile avait cessé d'agiter les provinces de l'Ouest, elle n'en laissait pas moins en présence deux partis irréconciliables, celui de la royauté et celui de la révolution. Quelques circonstances particulières y poussèrent encore; et, parmi elles, la présence à Saumur de l'école de cavalerie.

L'école de Saumur, établie en 1 771, fermée pendant la Révolution et l'Empire, avait été réorganisée par ordonnance royale du 28 décembre i8i4, sous le nom ù'Ecole d'équitalion. Chaque régiment de cavalerie dut y envoyer quatre élèves, la moitié prise parmi les lieutenants et sous-lieutenants, l'autre parmi les sousofficiers ayant deux ans de service.

Jusqu'en 182 1, les promotions d'élèves avaient été filtrées, en quelque sorte, par le système de Clarke, ' et elles avaient Hut, de l'i'-cDle un fover de l'ovalisme

LES COMl'LOTS DL: L'JiST : IJELKOHT ET COLMAR 143

militant, hostile aux idées libérales de la population civile. Cet antagonisme éclatait en désordres fréquents dont le plus bruyant fut celui qui marqua un voyag-e à Saumur de B. Constant, député de la Sarthe. Les élèves de l'école empêchèrent Constant d'assister à un banquet préparé par ses électeurs, et le forcèrent de quitter la ville sous la pi'otection de la g-endarmerie (7 octobre 1820).

La colère excitée à Saumur par cet excès de turbulence détermina, quelques jours après, la formalion delà société des Chevaliers de la liberté. Les premiers membres en furent, avec les anciens chirurgiens militaires Grandménil et Caffé, le chef de bataillon à la demi-solde Gauchais et son beau-frère Tisseau-Gauchais, Fournier, ancien maire de Saumur, Chauvet, professeur au collèg-e royal d'Ang-ers, et quelques autres.

L'association s'étendit avec une sing-ulière rapidité dans la vallée de la Loire, de Saumur à Nantes. Elle avait pour adhérents, non seulement les officiers en réforme et à la demi-solde, et les anciens fonctionnaires, mais encore beaucoup de petits propriétaires, inquiets des menaces de la Restauration contre les acquéreurs de biens nationaux. Bien plus, elle trouva dans l'Ecole même un concours inattendu.

Le i«' janvier 1821, la promotion appelée à Saumur était composée d'ofliciers et de sous-officiers

rentrés au service ou g-radés pendant le ministère Gouvion Saint-Cyr, et, par conséquent, animés d'un tout autre esprit que celle qu'elle remplaçait. Des relations furent nouées avec la ville, des confidences échang-ées. Les lieutenants Delon et Guérin, les sousofficiers Sirejean, Couderc, Mathieu, Grandménil jeune, frère du cliirurg-ien, firent pénétrer l'association dans ce milieu jadis si fermé. Plus de la moitié de rÉcole se trouva bientôt affiliée.

Telle était l'œuvre de la société quelques mois après sa fondation. Elle avait devancé et préparé dans l'Ouest l'action de la Charbonnerie.

La Charbonnerie était d'importation étrang-ère. Deux jeunes g'ens, Joubert et Dug-ied^ impliqués dans la conspiration du 19 août, s'étaient réfug-iés en Italie I pour éviter les poursuites. Ils j furent affiliés à la société des Carbonari . Le premier resta au service de l'armée napolitaine. Le second, revenu à Paris en février 1821^ y rapporta les règ-lements de l'associalion qu'il communiqua à plusieurs de ses camarades, Bûchez, étudiant en médecine, futur président de l'Assemblée Constituante de 1848, Bazard, Flottard, Corcelles fils, Guinard, Sautelet, étudiants en droit, Rouen aîné, avocat, etc. Trois d'entre eux, Bazard, Bûchez et Flottard, se charg-èrent d'extraire de l'org-anlsation italienne cequi pouvait s'adapter aux mœurs cl aux aptitudes françaises et c'est ainsi que fut fon-

dée, dans une modeste chambre de la rue Copeau, la société qui allait devenir si puissante.

Elle était nettement républicaine. Elle se proposait surtout d'en appeler au peuple pour le choix et la constitution de son g-ouvernement.

L'org-anisation en est connue. La direction g-énérale appartenait à un conseil suprême ou liante vente, au-dessous de laquelle étaient des ventes centrales oi particulières . La réunion de ving-t membres suffisait à former une vente particulière. Les ventes particulières ne correspondaient pas entre elles, mais ressortissaient chacune à une vente centrale qui correspondait avec la vente suprême. Les admissions se faisaient avec une grande simplicité, et sans l'appareil dramatique qu'on leur a prêté. Les affiliés faisaient le serment de g-arder, sous peine de mort, le secret le plus absolu, d'obéir aux ordres de la vente suprême et d'avoir un fusil toujours prêt, avec cinquante cartouches.

Anciens militaires, étudiants, employés de commerce, s'affilièrent avec un empressement extraordinaire. Parmi les premiers qui vinrent s'adjoindre aux fondateurs, on peut citer l'étudiant en médecine Trélat, qui fut un des chefs de l'opposition républicaine sous Louis-Philippe, avec son camarade Guinard; Pierre Leroux, rédacteur du Globe, les deux frères Arnold et Ary SchefTer, l'un journaliste, l'autre

i46 LES COMPLOTS MILITAIRES

peintre; le philosophe TJiéodore JoufFroy, Thistorien Aug-ustin Thierry, le publiciste Cauchois-Lemaire, etc.

« A peine la société fut-elle née que ses fondateurs sentirent le besoin d'y faire entrer ce qu'on appelait des notabilités, c'est-à-dire des hommes qui pussent contribuer par l'autorité de leur âg-e et de leur réputation à propag-er dans l'armée et dans les départements les efforts qui venaient d'être commencés si heureusement à Paris. Ce furent : Lafayette et son fils, Dupont, d'Arg-enson, de Corcelles, Beauséjour, Kœchlin (Jacques), de Schonen^ Fabvier, Maug-uin, Barthe, Merilhou... (i). »

L'association se répandit dans les départements. I Dans l'Ouest, elle s'affilia les Chevaliers de la liberté qui apportèrent leur organisation toute prête. Dans l'Est, le Sud-Est, elle recruta de nombreux partisans. « La contag"ion fut si rapide, dira l'avocat g-énéral Marchang'y, que, dans le cours de 182 1, trente-cinq préfets dénoncèrent à la fois des sociétés de çarbonari et de chevaliers de la liberté org-anisées sur plusieurs points de leurs départements. Paris comptait dès lors plusieurs centaines de ventes, ayant entre elles diverses dénominations, telles que

(1) E. Triilal. Lti (^/larbunneric, dans Paris réi'ohilionnaire, t. I, i833. — On vient de voir pour (luclle raison l'auteur est bien renseigné.

la Victorieuse, la Sincère, la Réussite, Bélisaire, Westermann, les Amis de la Vérité, etc. (i). »

La Charbonnerie, toutefois, n'eutamait pas le peuple. L'immense majorité de ses membres appartenait à la bourgeoisie, à l'industrie, au commerce, aux professions libérales, au monde de la presse, Se la littérature et de la politique. En outre, elle n'avait ni le nombre ni la vig-ueur nécessaires, du moment qu'il fallait être prêt à descendre dans la rue.

Voilà pourquoi elle s'attacha à g-ag-ner l'armée. Elle y pénétra aisément et s'y étendit rapidement. Les officiers compromis dans Taffaire du 19 août, et les officiers en réforme; les officiers à la demi-solde, toujours en relations avec leurs anciens régiments : tous travaillèrent à org-aniser des ventes militaires qui, sous le nom de légions, cohortes, manipules, furent surtout composées de sous-officiers d'une action plus assurée et plus directe sur les soldats.

« Les sous-officiers, jeunes, résolus, ambitieux de grades^ puissants sur les soldats, jaloux de l'officier, tenant au peuple par lasubalternité, à la bourg-eoisie par l'instruction, à l'armée par l'uniforme, au bonapartisme par les souvenirs, au libéralisme par les

(i) Réquisitoire dans l'affaire de La Roclielle, 1822. — Marchangy toutefois confond, et pciii-ètre sciemment, les ventes de la charbonnerie et les loges mac^onniques. L'erreur est maaifeste pour les Amis de la Vérité, loge maçonnique dont on a in le rôle en 1820.

journaux, les pamphlets, les chansons patriotiques qui circulaient dans l'oisiveté des casernes, étaient les ag-ents les plus séductibles et les plus séducteurs de ces enrôlements dans les rég-iments et dans les g-arnisons. Ils étaient le noyau de l'armée, l'attente de l'insurrection. Un rég-iment enlevé par les sousofficiers enlèverait l'autre; une place forte ferait tomber à l'instant toute une province. L'exemple impuni g-agnerait de proche en proche de nouveaux corps d'armée et de nouvelles provinces à la cause constitutionnelle. Le drapeau tricolore volerait de lui-même de rempart en rempart, de clocher en clocher, et un g-ouvernement provisoire insurrectionnel imprimerait le concert et l'unité à ces soulèvements armés (i). » Ce qu'on voyait alors en Europe semblait pousser à ces dispositions nouvelles de notre pays. Presque partout autour de nous, des soulèvements, et des | soulèvements militaires. Avec l'année 1820, une insurrection militaire venait d'éclater en Espag-ne, et j d'y substituer les libertés de 1812 au despotisme ab- ; .solu de Ferdinand VII. Dans le courant de l'année, i une révolution semblable ag-itait Naples, où les \ carbonari de l 'aimée l'orraient le roi d'adopter la .j constitution espagnole de 1812, qu'on ne connaissait |

(i) Lamartine, Histoire de la Reslanrution, livre Sg. — Heaucouj) ilc belles [lat^es qui ne font ])as un livre ; telle est cette histoire du trraïul iiocie «[ui l'ut, en 1848, un ijrand citoyen.

d'ailleurs pas, et dont on ne trouvait qu'un seul exemplaire dans toutes les bibliothèques du royaume (juillet); enfin, au mois de mars 1821, tandis que les Autrichiens s'enfonçaient dans le royaume de Naples pour y rétablir l'absolutisme, le Piémont se soulevait derrière eux, et proclamait la monarchie constitutionnelle.

Ces événements excitaient les éloges de nos libéraux et, avec leurs discours, ils étaient d'un dang-ereux exemple pour notre armée. La Charbonnerie achevait de la pervertir^ et de lui faire croire qu'il ne tenait qu'à elle de chang-er les destinées de notre pays.

A Paris, il y avait une vente à l'Ecole polytechnique; une dans le 45® de lig'ne, dont quelques serg-ents allaient devenir célèbres ; une dans le 48«, etc. Dans l'Ouest, le travail des Chevaliers de la liberté avait préparé le terrain : on pouvait compter sur les sympathies affirmées déjà dans l'affaire du 19 août. Elles étaient profondes à Saumur dans l'Ecole de cavalerie ; réelles à Nantes, dans le i3* de lig'ne ; à Ang-ers, dans le 44'^ ; 'i Rennes, dans l'artillerie ; à Brest surtout, où l'esprit d'opposition éclatait eu désordres fréquents, qui donnaient fort à faire au g-énéral de Coutard, et qui amenaient, en septembre 1820, une mission spéciale de Lauriston.

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