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Dans l'Est, les garnisons avaient donné avec ardeur. Cette région de l'Est, de l'Alsace au Dauphiné, était celle où les Bourbons rencontraient le plus d'hostilité. Et pour plusieurs raisons.
D'abord, elle avait souffert plus que les autres des invasions de i8i4 et de i8i5. Ensuite son voisinage de la frontière en a fait une terre de soldats. Nulle part ailleurs notre pays n'a porté une génération plus admirable que celle qui sortit de ces robustes et patriotiques provinces d'Alsace, de Lorraine, de Franche-Comté pendant la Révolution et l'Empire. Pour ^ ne citer que les principaux, c'est en Alsace : Kléber, Kellermann, Lefebvre, Rapp; en Lorraine : Ney, Gouvion-Saint-Cyr, Oudinot, Exelmans, Gérard, Drouot, Molitor, Eblé, Duroc, Mouton, Grenier ; dans la Franche-Comté : Lecourbe, Moncey, Pajol, Travot, Morand^ Donzelot, Préval. Et à leur suite, à leurs côtés, combien d'autres, dont les services, pour être moins glorieux, ne furent pas moins dévoués, et qui, la guerre finie, étaient rentrés dans leurs foyers ? Dans quel autre milieu aurait-on rcs- j senti plus vivement, avec les malheurs delà patrie, *| les injustices de la Restauration, et les proscriptions dirigées contre l'armée par une dynastie dont l'invasion avait marcjué l'avènement, et qui ne devait son retour qu'à Waterloo? Enfin cette [terre, si féconde en soldais, a toujours été un pays d'instruction et de
progrès dans lequel la passion pour la g-uerre s'est rarement séparée de l'attachement pour la liberté.
Les dispositions de cette rég-ion avaient déjà paru menaçantes dans les premiers mois de 1820. Elles avaient donné naissance à des combinaisons mal connues, désig-nées sous le nom de Complot de l'Est.
Ce complot avait été dénoncé au gouvernement par un sieur Tiriot, ancien officier bonapartiste, qui s'était vendu à la police et qui avait su g-ag-ner l'aveugle confiance de Lafayette. On sut par lui que Lafayette, Voyer d'Arg-enson, Laffite, Gévaudan, étaient les instig-ateurs d'un complot qui avait pour but de soulever plusieurs divisions militaires, à l'aide desquelles on aurait entraîné le reste de l'armée. On apprit les noms des chefs particulièrement eng-ag'és. On connut même, presque jour par jour, tout ce qui allait se passer dans le comité, et jusqu'aux discours qu'on devait porter à la tribune. « Ainsi, dit Pasquier, le g-ouvernement a tenu dans ses mains un plan d'insurrection g-énérale, arrêté dans ses plus g-rands détails, et auquel était joint un plan de g"0uvernement provisoire. Le tout avait été rédig'é ou par Lafayette ou sous ses yeux, en compagnie de quelques amis qu'il avait réunis pendant deux ou trois jours à sa terre de Lag-rang-e (i). »
(i) Mémoires, t. iv, rh. lO.
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Pourquoi ne fit-on pas arrêter les coupables? Pasquier ne le dit pas. Peut-être parce qu'il ne fallait pas prendre à la lettre les révélations de Tiriot, certainement exag-érées. Peut-être aussi parce que l'arrestation des chefs du parti libéral eût provoqué des difficultés dont on n'osait prévoir le terme. Néanmoins, les rapports de la police, la correspondance des préfets et celle des g-énéraux chargés des divisions militaires avaient inspiré assez d'inquiétudes pour qu'on priât le duc d'Angoulême de faire un voyag-e dans cette rég-ion et d*y rallier les esprits à la monarchie.
Le prince s'y prêta d'assez bonne grâce. Il quitta Paris le 27 avril et sa tournée dura plus d'un mois. Il alla, par Dijon et Lyon, jusqu'à Grenoble. A Grenoble, les étudiants ne crièrent que: Vive la Charte I évitant de mêler ù ce cri celui de : Vive le Roi! Le 20 mars suivant, dans une courte émeute rapidement apaisée par le g"énéral Pamphile Lacroix, ils firent mieux. Ils crièrent : Vive l'Empereur ! Vive la liberté ! A bas les liourbons !
De Grenoble, le duc gag-na la Franche-Comté, par Besancon. Dans cette partie de son voyage, on dut prendre des précautions particulières. On annonçait que le drapeau tricolore allait être arboré à Besançon et dans plusieurs villes voisines; que beaucoup d'oliiciers à la demi-.solde et d'anciens soldats se réunis- .saient h Dole et dans les environs; qu'on attendait des
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émissaires de Paris, etc. On arrêta, en effet, à Besançon deux ofliciers en inactivité, dont on avait signalé le départ de Paris, les nommés Courbe et Flauzeau. On trouva, dans leurs malles, leurs armes, leurs uniformes et des pièces d'équipement. Tout cela était-il nécessaire pour un simple vovage auquel ils ne purent, d'ailleurs, attribuer un prétexte bien fondé ? On arrêta, en même temps, un militaire nommé Guillemain, avec lequel ils s'étaient abouchés à Dole. L'éclat de ces arrestations apprit aux conjurés que leurs pi-ojets étaient éventés. Ils se tinrent tranquilles et se dispersèrent. Il semble qu'ils s'étaient proposés d'enlever le duc d'An^'Ouiême (i).
Celui-ci continua son voyaye par Strasbourg-, Metz et Nancv, et rentra à Paris dans les premiers jours de juin, à la veille des troubles que fit éclater la mort du jeune Lallemand. Son voyag-e avait fait peu de chose pour la popularité des Bourbons.
Grâce à ces dispositions d'une partie du pays, grâce au travail accompli dans le courant de 182 i par la Charbonnerie, à la fois dans la population civile et
{i, Après de longs drbats sur la juridiction compétente, les accusés furent traduits devant la Cour d'assises de Riom. qui les acquitta. Les preuves judiciaires faisaient défaut. Qi'ant à la conviction morale, dit l'asquier, il eût été diflicile d'en acquérir une plus complète que celle que le ifouvernement avait puisée dans les renseisnements coucordanls venus des départements et aussi de l'élrauyer.
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dans l'armée, on crut pouvoir tenter, pour la fin de l'année, un vaste mouvement.
« Nous ne voyons aucun inconvénient à le dire aujourd'hui. Au commencement de 1822, la Gharbonnerie était partout, dans l'armée, dans les écoles, dans la haute et moyenne industrie, dans la Chambre des députés et jusque dans la Chambre des pairs. Comme elle avait à sa disposition des rég-iments de ligne, les I g-énéraux ne lui manquaient pas. Nous ignorions ce qui serait résulté d'une révolution, mais elle était possible^ et même probable. L'hiver de 1822 vit échouer toutes ces tentatives par un concours d'accidents qu'il est inutile d'exposer ici... Toutes les affaires postérieures à celles de Belfort ont été les conséquences inopportunes et sans ensemble d'un vaste plan qui ne put être exécuté (i). »
Qui parle ainsi? C'est de Gorcelles, député du Rhône, membre du comité directeur, engagé dans la Charbonnerie avec son fils, alors étudiant en droit, et son gendre, de Schonen, conseiller à la Cour d'appel de Paris.
De son côté, le commandant Gauciiais, qui fut un
(i) V. de Corceiles, Docuiiiens pour servir à l'histoire des conspirations et des partis, i83i, in-S" (i ib pages, dont la piiiparl vajjues et decluinatoirus et qui ne tiennenl que furt [leii les promesses du titre). Gorcelles a public encore plusieurs articles dans les revues du temps sur des «juestious tl'écouomie sociale. "
des ag-ents les plus dévoués de la conspiration dans l'Ouest, déclare que les sociétés secrètes de France, et celles de V et ranger, fondaient les plus grandes espérances sur le complot de Belfort. Il s'en promettait lui-même des résultats qui nous paraissent bien extraordinaires .
Ce n'était ni plus ni moins qu'une réorg'anisation complète de la Fi-ance, dont il esquisse les g-rands traits : établissement d'une nouvelle constitution, « avec un président et un vice-président, nommés pour trois ans; des ministres responsables; un conseil exécutif de douze membres, charg'és chacun d'une partie des affaires publiques et qui en auraient communiqué le résultat au conseil g"énéral de la nation, seul appelé à décider souverainement de toutes les grandes mesures » ; remaniement du système électoral, d'après celui de l'an III ; nomination directe par le peuple de tous les ag-ents du pouvoir; modification de l'assiette de l'impôt; enfin, et surtout, comme on pouvait l'attendre d'une conspiration militaire, on aurait travaillé à la formation d'une armée véritablement nationale, qui aurait reçu tous les soins et aussi toutes les faveurs du nouveau gouvernement (i).
(i) Histoire de la conspiration de Saiimiir. Précis histori- ([ue, par le colonel Gaucliais, commandeur de la Légion d'honneur. « Condamné à mort dans cette affaire comme ayant tout conduit dans l'Ouest. Dédié aux patriotes de tous les pays. » Paris, in-8«, i83s.
Je ae saclie pas (ju'aucun historien de la Restauration ait