‹ Les complots militaires sous la RestaurationChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les complots de Saumur : le général Berton (i).

Dans l'Ouest, la société des Chevaliers de la Liberté avait devancé la Chnrbonnerie.

A son caractère local et en quelque sorte indig-ène elle ajoutait une espèce d'autonomie qui lui donnait plus d'indépendance à l'ég-ard du comité de Paris. Enfin, tandis que la Charbonnerie dans l'Est s'adressait surtout à l'armée, les Chevaliers delà liberté, dans l'Ouest, g-roupaient toutes les classes de la so-

(i) Sources :

Arch. Nat. F7. 6670-71-72. (Complot Berton. — Dossiers du procès.)

Relation circonstanciée de l'affaire de Thouars et de Saumur, précédée d'une notice biogra[)hique sur le général Berton, par Ch. Laumier. Paris, 182a, in-S".

Histoire de la conspiration de Sau/nur, par le colonel Gauchais. Paris, 1882, in-8".

La conspiration du général Berton, avec de nombreux documents par H. Pontois. Paris, 1877, '" ^"- L'auteur a recouru aux documents des archives.

Avec le Moniteur de i8«2 (pp. i3i3 et suiv.) et les historiens ordinaires de la Restauration : Vaulabelle, t. v ; Viel-Castel, t. X et XI. Pour le procès, d'autres documents indiques plus loin.

ciété. C'était dans l'Ouest que la maison de Bourbon comptait le plus de partisans. C'était là en revanche qu'elle avait les ennemis les plus obstinés. Nulle part, la bourgeoisie et l'armée n'étaient travaillées avec plus d'activité.

Le général de Coutard, qui commandait à Rennes depuis 1817, et dont la correspondance nous renseigne sur les prog'rès de l'ag-itation en Bretag"ne, écrivait au ministre de la g-uerre, le 25 avril 1820 :

(( Une sorte de fédération renouvelée de 1810 s'est établie entre les jeunes g'ens, avocats et étudiants, de Rennes avec ceux de Nantes^ de Lorient, de Vannes, de Brest. Des députés se rendent d'une ville à l'autre ; la correspondance la plus suivie est organisée et s'étend de Saint-Malo, à Foug-ères, à Vitré. Les mères de famillesont inquiètes et appellent la sollicitude des autorités sur des mouvements qu'elles déplorent. Nos jeunes g'ens se montent la tête de 1788 et se croient destinés à commencer et à donner l'impulsion aux autres provinces. 7'o(if //m porte à croire qu'on neuf, moiifcr un coup qui est peut-être plus proclinln (ju'on ne pense. L'association n'est pas encore redoutable, mais il faut se tenir sur ses gardes ( I ) . »

(1) H. de Rianccy, Le //rnrral f.inili' du C<)ut<ir(l,\ vol. in 8", Cuutard clail lie à Ualloii (Sarllic), en 170^, solilal en 1787,

L'esprit des troupes restait bon. Mais il s'altéra en 182 1, sous l'effort des sociétés secrètes. On a vu comment l'Ecole de Saumur et plusieurs g-arnlsons de l'Ouest furent gag-nées à la tentative de Belfort,

Le complot de Saumur avait subi un échec, mais les conjurés ne perdaient pas courage.

Le g février 1822, le plan d'un nouveau mouvement fut arrêté dans une réunion tenue chez un ancien maire de Saumur, l'avocat Fournier. Il j avait là des gens déterminés comme le chirurgien Grandménil, le commandant Gauchais, Caffé, ancien médecin militaire qui avait servi en Espagne, et populaire à Saumur pour son dévouement aux malades et son désintéressement: Chauvet, ancien professeur au lycée d'Angers, devenu teinturier à Saumur; Moreau, lieutenant de hussards en retraite à Parthenay, violent et fougueux, avec ses allures d'ancien sabreur ; Pombas, ancien lieutenant à la demi-solde, commandant de la garde nationale de Thouars ; Rivereau, ancien officier; le lieutenant Delon, qui était parvenu à se dérober aux poursuites, et quelques autres. On décida de faire connaître le projet au comité de Paris et aux ventes de la région, et Gauchais partit pour

volontaire en 1791, il avait servi avec distinction sous l'Empire. Comte en 181O, commandant la 12* division depuis 1817, nommé à la i"'' en 182a. Dc-putc de la Sarthe. Retraité en iSSo. Mort eu i852.

Paris, Grandménil pour Nantes, Chauvet pour le Mans, etc.

Gauchais était en outre charg-é de demander un chef. Ou souhaitait un g-énéral. C'était le refrain de toutes ces conspirations. « Donnez-nous un général, mandait-on à Paris, et nous marchons. » On comptait sur le g-énéral Pajol, gendre d'Oudinot. Pajol fut retardé ou hésita. Le général Berton s'offrit et s'imposa. Ce fut un malheur pour lui et pour sa cause. Ardent et courageux, Berton manquait de la prudence et du sang-froid nécessaires à un chef départi. Bien qu'avant passé la cinquantaine, père de deux fils, dont l'un était déjà officier de cavalerie, Berton se lança dans l'entreprise avec la témérité d'un jeune homme.

Il était né le lo juin 1769, à Cullyer (Ardennes). Issu d'une famille de bourgeoisie aisée, il commença ses études à Brienne, et les acheva à l'école d'artillerie de Châlons.

Sous-lieutenant dans la légion des Ardennes, en 1792^ et bientôt capitaine, il servit sous la République dans l'armée de Saiiibrc-et-Meuse. Sous l'Empire, attaché d'abord à l'état-major de Bernadotte, il fit les campagnes de Prusse et de Pologne ; ensuite, il passa en Espagne sous Victor (ic corps), puis sous Sébastiani {f\''- corps), (jouvcrni'ur de Malaga, il s'y fit estimer par sa modération et son habileté, et fut

promu g-énéral en i8i3. Mis à la demi-solde par la première Restauration, il reprit du service pendant les Gent-Jours et commanda une brig-ade de cavalerie dans la campag-ne de Waterloo (corps de Gérard).

Emprisonne lorsdela deuxième Restauration, rayé des cadres par Latour-Maubourg-, soumis à la surveillance de la police, les persécutions l'avaient irrité contre les Bourbons. Le g-énéral Foy disait à la Gliambre, le 28 mars 1822 :

« Savez-vous comment on l'a traité? Ni en i8i4, ni en i8i5, il n'}' avait rien de particulier à son ég-ard. On ne trouvera pas un seul mot contre lui au ministère de la g-uerre. Cependant, à la fin de i8i5, on l'arrête et on l'emprisonne. Mis en liberté après une détention d'an an, on l'arrête encore, puis on le relâche. On l'emprisoune ainsi périodiquement tous les six mois. Enfin on lui ôte sa solde. Gomment voulez-vous, en semant ainsi l'arbitraire, ne pas recueillir la révolte ? »

Le g-énéral, qui vivait à Paris, fréquentait au café Lamblin et chez le libraire Corréard (i). Il occupait

(i) « La conduite tenue à Paris par Berton est celle d'un factieux et d'un conspirateur. Il fréquente le café Lamblin, où il pérore et fait des prosélytes. 11 va tous les soirs chez Corréard, libraire au Palais-Royal, oîi se tient un cercle de jacobins, et d'où partent leurs nouvelles. Sa maison, rue de Latour-d' Auvergne, n" II, a été pendant la lin de décembre dernier le lieu de reunion d'une aftUience considérable d'agitateurs connus. » (Note de police, 1822). Dossier Berton. Arcii. Xat.

ses loisirs à des travaux d'histoire militaire. Il donnait des articles à la Minerve, collaborait aux Victoires et Conquêtes, et nous a laissé une bonne étude sur la campag-ne de i8i5.

Informé du mouvement préparé dans l'Ouest, il s'était offert à le conduire. Le Comité qui destinait ce soin à un autre officier-général faisant attendre sa réponse, Berton avait pris les devants. Il était paiti pour la Bretagne, sous prétexte d'y voir son fils aîné, lieutenant de dragons à Pontivy. Il passa par Saint- Malo, où était le 5' de ligne; par Brest, où il se rencontra avec le colonel Alix, jeune, brave, entreprenant, comme lui entouré des défiances de la police; par Nantes, où le i3' de ligne était fortement travaillé, et par Rennes.

Mais sa présence était déjà signalée. Dans les premiers jours de 1822, le colonel Rapatel, du 5® de ligne, écrivait au général de Goutard :

« Il paraît certain qu'une conspiration doit éclater d'un moment à l'autre dans toute la France et que Rennes, Brest, Nantes, Saint-Malo, et d'autres villes de la Bretagne doivent se soulever le môme jour et au mùme instant. Des agents parcourent la division, mon général, et des officiers généraux de l'ancienne armée sont, dit-on, déjà lendus aux dinV-rcnts postes fjiii leiii' sont assignes. Brest est la ville où ils croient trouver le plus de [tarlisans parmi les militaires. Ils

.1£S COMPLOTS bE SAUMLK: LE LiLiNLKAL liLUÏON 181

oiiiplenl sur la populace des villes dénommées ci-

essus, et les suites de cette horrible machination

oivent amener l'extermination de toute la famille

es Bourbons. Vous devez concevoir mes inquiétudes.

lais je compte assez sur mon régiment pour être cer-

n que nous n'aurons que des élog'es à recevoir si

on nous met dans le cas de prouver notre fidélité. »

Sur le conseil des Nantais, Grandméuil alla cher-

ler Berton à Rennes, et l'amena à Saumur. Il y

[•riva en même temps que les délég-ués de la rég-ion

larg-és de convenir des dernières mesures.

Elles lurent arrêtées le 17 février, dans une g-rande

union tenue, non chez Gafle, comme l'éci-it Vaula-

11e, mais chez Tisseau-Gauehais, beau-frère du

)mmandant, et à laquelle assistaient, avec le g-énéral

le comité de Saumur, quarante-deux personnes,

irmi lesquelles : Ferail et Chappey, délég-ués de

ennes; Gossin et Heureux, de Nantes; Biobé et

uérin, d'Angers; Lebreton, du Mans; le colonel

îuvry, de Poitiers; et d'autres de Baugéjde Thouars,

Niort, etc.

« Il fut décidé que le mouvement commencerait à louars, parce que le brave capitaine Pombas y mmandait une partie de la g-arde nationale et que, us le prétexte de réjouissance publique, il avait fait ttre à sa disposition une petito pièce d'artillerie^

s munitions, et seize canonniers. La garde natio-

m Les complots Militaires

nale était bien armée, ainsi que les communes voi : /

sines qui devaient se réunir à nous, au premie ! i

sig-nal. Parthenay, à sept lieues de Thouars, eût ag

simultanément, et, de là, nous serions marchés ei

masse sur Saumur, où devait éclater la grande insui

rection pendant que les autres départements auraien

opéré leur mouvement. » (Gauchais.)

Que devait-on faire à Saumur?

La garde nationale y était, on le disait du moin

acquise à la conspiration. L'École de cavalerie était trè

favorablement disposée, par suite de la rentrée de pk

sieurs élèves, mis en liberté, faute de preuves, ma

désireux de sauver, par un coup de main, leui

camarades renvoyés devant un prochain conseil c

guerre. Un officier et plusieurs sous-officiers du ^'

de ligne étaient également gagnés.

Or, à dix heures du soir, le général Bertoï accompagné des membres du comité central, ( trente délégués des campagnes, des députés ( Rennes, de Nantes, d'Angers, du Mans, de Niort, de deux pelotons de la garde nationale et de l'Ecol devait se rendre en uniforme sur la place principe de la ville, y lire une proclamation annonçant qu'u! révolution avait éclaté à Paris et qu'elle se prop geait dans la France entière; que la famille roya était en fuite, et qu'un gouvernement provisoi l'avaitnommé, lui, Berton, son délégué pour l'Oue:

On crierait Vive la France ! Vive la liberté ! A bas les royalistes! On s'emparerait du ctiâteau, dont la porte, gardée par des hommes affiliés, serait laissée ouverte. On y trouverait 25 ou 3o canons^ 3o.ooo fusils et un grand nombre de munitions. On envahirait et on entraînerait l'Ecole . On sonnerait le toscin et on armerait les anciens soldats et les paysans mariniers de la Loire arrivés de la campa2:ne. Voilà pourquoi le mouvement était fixé pour le 28 février, jour de marché.

Les délég-ués des villes de l'Ouest partiraient aussitôt pour leur porter la nouvelle des événements de Saumur. Un mouvement analogue y éclaterait ; bref, on espérait qu'en moins de trois jours, six ou sept départements avec leurs garnisons se trouveraient sous les armes.

L'étendue d'un pareil plan suffit à en faire concevoir les difficultés. II semble qu'elles aient apparu à IBerton lui-même, car il demanda à agir à Thouars plutôt qu'à Saumur. En dépit de Gauchais, qui trouvait sa présence plus nécessaire à Saumur, on le lui

* accorda. Par suite, le mouvement fut ajourné au 24,

* qui était un dimanche. « Le caractère faible, l'inca- I pacité du général Berton m'avaient frappé dans les ' lerniers temps, et j'en avais averti les conjurés. Je ^ eur avais dit qu'il nous perdrait tous, et ma prédiction ne s'est que trop vérifiée ! Les esprits médiocres

sont trop enclins à se persuader que dans un habit de général gii toute la science du métier (i). »

Gauchais fut chargé de conduire Berton à Thouars. Il y arriva, le 21, avec Delon et le général, qu'il logea, sous un nom d'emprunt, chez un propriétaire nommé Sauge. A Thouars, et dans d'autres maisons se tinrent de nouveaux conciliabules auxquels assistèrent des conjurés tels que Pombas, des officiers i la demi-solde, et des maires et des adjoints des com mânes voisines. Pendant ce temps, Gauchais étai revenu à Saumur pour les derniers préparatifs.

Le 2A, à cinq heures du matin, Berton, en grand tenue, se rendit chez Pombas, où l'attendaient plu sieurs conjurés ainsi que Heureux, délégué de Nantes et tit commencer le mouvement qui s'annonça asse bien. On s'empara de la brigade de gendarmerie, 0 mit en arrestation quelques habitants, royaliste avérés, on remplaça le drapeau blanc par le drapea tricolore, et l'on fut rejoint par deux détachemeni venus du dehors, l'un de Parthenay, sous le lient nant Moreau et le médecin Fradin, l'autre de Thén zay, sous le propriétaire Scnnechaut.

Puis Berton descendit sur la place Saint-Médarc où Heureux donna lecture de deux proclamation,

(,) Gauchais. - D'après la plupart des historiens, c'est ,o,ni,c .1.- Saunu.r, .-l parli.-uli.T.-uu-nl Ca.lc, ,pn aura.t propa ce chaut,a'iiicul cl l'aurait impose a IJeiloa.

l'une au peuple, l'autre à l'armée. La première annonçait le i^enversement des Bourbons, la g-arantie des biens nationaux dont les possesseurs devaient cesser d'être inquiétés, et la suppression des droits réunis. On ne l'a pas retrouvée (i). La seconde était ainsi conçue :

Soldats,

Toute la France est debout pour reprendre son indépendance. Les amis de l'honneur sont rangés sous l'étendard sacré de la patrie. Déjà nos vieux guerriers arrivent de toutes parts et se joignent à vos frères, à vos amis ; voici pour eux et pour vous le moment de la récompense et le complément de la gloire. Vous répondrez à l'appel, car vous êtes Français.

Soldats, ne vous faites pas illusion ! Ne comptez pas sur les promesses mensongères de ceux de vos chefs qui voudraient vous retenir pour vous plonger dans l'esclavage. Ils vous caressent parce qu'ils ont besoin de vous ; si la victoire se déclarait pour eux, bientôt ils vous trahiraient dans vos affections les plus chères, celles de l'indépendance et de la liberté. Les grades, les honneurs, la forlune leur seraient réservés ; votre partage serait de rester oujours esclaves et dans les derniers rangs de l'armée. L'expérience vous l'a déjà appris. Tous les jours vous voyez licencier, réformer vos anciens compagnons d'armes. Les honorables blessures dont ils sont couverts, les lau-

(i) « Le général Berton a lu, sur la place de Thouars, deux proclamations, l'une au peuple franrai.s, l'autre à l'armée. Je u'ai pu me procurer que cette dernière ; il paraît impossible l'obtenir la première. » Général de Briche au ministre de la juerre. Saumur, 28février. — A. N. — De Briche commandait à Tours la 4' division militaire.

riers qu'ils ont moissonnés dans les champs de la gloire sont aujourd'hui pour eux des sig-nes de proscription ; c'est le sort qui vous attend (i).

Soldats français, l'étendard de la liberté est encore une fois déployé, ce noble étendard qui a brillé et vaincu dans cent batailles. La patrie vous réclame, vos parents s'avancent et vous appellent. Combattre contre eux serait un crime de lèse-nation ; triompher avec eux est une vertu nationale. Telle est votre position. Choisissez,

Vive la liberté ! Vive la France !

Le général, commandant Varmée nationale de l'Ouest,

Berton.

Heureux ajouta qu'une révolution venait d'éclater à Paris ; qu'un g-ouvernement provisoire y avait été constitué; que les g-énéraux Lafayette, Foy et Demar- <;ay en faisaient partie, avec Benjamin Constant, ]\ératry et Voyer d'Argenson.

Après ces communications, Berton fît-acte de g'ouvernement en destituant des autorités et en promettant des places. Mais il perdit du temps à déjeuner. Il lit battre le rappel et former la colonne trop tard. On commençait à réfléchir, à flotter, et beaucoup de femmes retenaient leurs maris.

La colonne se mit en marche vers midi. Elle comptait environ (juinze hommes à cheval et cent

(i) On rclrouve là le laii^a^c de rancicnne armée, et réclio (les discours proiioncrs dans la Cliamhrc par les (lé])iités de la gauche. En rcvanclic, pas un mol des inslitulions nouvelles qu'on destinait an pays.

Li:s COMPLOTS DE SAU>fUR: LE GÉNÉRAL BERTON 187

trente à pied, tous assez mal armés. Elle était précé- (l 'c du drapeau tricolore porté par un ancien soldat ' royaliste), nommé Jag-lin. Elle s'avançait, tambour l^attant, espérant se g-rossir sur la route des paysans ([iii n'étaient pas à leurs travaux de la semaine. Mais le cliang-ement des dispositions arrêtées d'abord, et tlûiit les détails avaient été répandus partout, troublait les esprits. On saluait le drapeau; mais personne n'entrait dans les rang-s.

\'ers trois heures, la colonne arriva à Montreuil— Bellay, à moitié chemin de Saumur. C'était le mo ment OÙ la population sortait des vêpres. Berton lit battre la g-énérale, sonner le tocsin, et appeler aux armes. Une ving-taine de personnes seulement répon- (1.1 ent. Quatre des g-endarmes de la brig-ade de Monlieuil furent incorporés comme ceux de Thouars; mais le cinquième put s'échapper par un chemin de traverse et porter l'éveil à Saumur.

Les conjurés de Saumur attendaient Berton pour midi. Son retard fit naître l'inquiétude. Heureux, parti en avant après l'affaire de Thouars, sig-nala le premier son approche. Caffé et quelques autres allèrent au devant de lui ju.squ'à Montreuil pour hâter sa marche. Enfin, vers sept heures du soir, il atteignit le pont Fouchard, aux portes de la ville.

Ce jour-là, précisément, le général Gentil Saint- Alphonse, commandant de l'Ecole de cavalerie, et le

colonel d'Harambert, commandant en second, étaient à Tours. Ils étaient appelés comme témoins, devant le conseil de g-uerre qui jug-eait plusieurs des sous-officiers de l'École. Le sous-préfet de Saumur, un M. de Carrère, et le maire, M. Maupassant, prirent à la hâte les premières mesures nécessaires. Le sous-préfet envoya devant le pont Fouchard quelques g-endarmes et un peloton de ving-t-quatre élèves de l'Ecole. Le maire fit convoquer la garde nationale, mais il ne se présenta qu'une quarantaine d'hommes.

L'attitude dès élèves de l'École n'avait rien d'hostile. L'officier qui les commandait se bornait à les mettre en g-arde contre la défection. En effet, Delon, qui accompag-nait Berton, s'était avancé vers ses anciens camarades, échang-eait avec eux des serrements de mains, leur déclarait que la colonne n'était que l'avant-g-arde d'une armée de lo.ooo hommes qui marchait sur Saumur; que le drapeau tricolore flottait à Thouars, à Parthenay, et dans toute la campag-ne. Ceux-ci semblaient indécis lorsqu'un second détachement arriva pour les soutenir. De son côté, le maire, avec un seul g-arde national, descendit pour parlementer avec Berton, et l'invita à se retirer. Le .sous-préfet étant survenu à son tour, il fut conclu une espèce de convention en vertu de laquelle Berton consentit à évacuer le pont Fouchard, et les autorités promirent de ne pas l'attaquer sans le prévenir. Il

était alors minuit , et l'obscurité était complète.

Berton comptait, sans doute, sur un mouvement de la ville. Mais la ville ne bougeait pas. Elle-même attendait peut-être l'entrée de Berton. Vainement Delon, irrité de ces lenteurs, pressait d'attaquer et de forcer le passag-e. Le général s'y refusa. « Je ne prendrai pas sur moi, dit il, de faire verser le sang français. Je ne sacrifierai pas à des promesses que l'on ne peut tenir un seul des braves gens qui m'ont suivi. »

Une partie de la nuit se passa en contestations auprès du pont Fouchard, tandis qu'au contraire les autorités de la ville reprenaient courage et décidaient l'attaque pour le lever du jour. Berton en fut avisé. Malgré les reproches de Delon, auquel s'associait Pombas, il donna le signal de la retraite. La colonne reprit la route de Montreuil, rentra en partie dans Tliouars et se dispersa, sans avoir eu à tirer un coup de fusil. Ce fut seulement le lendemain et les jours suivants que les recherches actives faites à Saumur, à Thouars et dans les environs amenèrent l'arrestation de plus de i5o personnes. Les délégués des villes avaient pu rentrer chez eux. D'autres conjurés, Delon, Pombas, Moreau, avaient gagné la côte, d'où ils s'embarquèrent pour l'Espagne. Seul, Berton erra plusieurs mois sous divers déguisementsdans l'Ouest, cherchant sa justification dans une nouvelle et plus heureuse entreprise.

11 crut la trouver à La Rochelle.

Il était caché aux environs de cette ville, chez un ami. (( C'est alors, dit Gauchais, que nous conçûmes la pensée de renouer les fils de la conspiration, et de la faire éclater à LaRochelle même. Nous avions tous les éléments convenables sous la main, soit dans les habitants, soit dans la garnison que nous avions g-ag-née à notre sainte cause, w

Il venait, en effet,, d'arriver à La Rochelle un nouveau rég-imentde lig'ne, le l^ô<^, qui renfermait une vente de sous-officiers, org-anisée à Paris, et dont la résistance pouvait s'appuyer sur deux bataillons d'infanterie coloniale que leur mauvais esprit avait fait cantonner dans l'île de Ré.

Berton voulut répondre aux reproches qu'on lui adressait, en réunissant tous ces éléments. Les Carbonari de la ville le mirent en relations avec le capitaine Massias et le sergent-major Pommier, du /i-»"- Il détermina les sous -officiers à une sorte de conseil qu'ils tinrent le 1 1 mars, auprès de LaRochelle^ dans le villag-e de Lafond, au cabaret du Lion-d'Or. Mais quelques heures après cette réunion, ils étaientJ arrêtés. Ce contre temps et le départ des deux bataillons d'infanterie coloniale forcèrent Berton àj quitter La Rochelle pour les environs de Rochefort, or à guetter une nouvelle occasion. Elle s'offrit encore. Le gonvci ticmciit \i'ii,iit ilc rnppeler df^ Snumiir

les forces qu'il y avait concentrées après l'affaire du 24 février. Il avait d'ailleurs licencié l'Ecole d'équitation, à cause de son attitude dans tous ces événements (i). Il ne restait, à Saumur, qu'un régiment de carabiniers dit de Monsieur. C'était un corps d'élite qui paraissait dévoué aux Bourbons. On apprit cependant, par des lettres de Paris, qu'il s'y trouvait une vente.

En outre, de nombreux affiliés de la ville et du dehors avaient repris courage. « Les conjurés, dit Gauchais, voyant ce point dég-ag-é de ses principales forces, prirent la résolution soudaine d'y tenter un nouvel effort, d'après la vieille maxime qu'il faut toujours chercher la victoire sur le même terrain où on l'a laissé échapper. Ils combinèrent leur entreprise de manière à la ramener au point où elle en était devant le pont Fouchard, avertirent sourdement les villes et les campag-nes, et song-èrent à g-ag-ner une partie du régiment des carabiniers qui comptaient dans leurs rang's un assez g-rand nombre de carbonari . »

Il fallait obtenir l'assentiment et l'appui du comité directeur. Grandménil et un négociant des environs de Saumur, Baudrillet, allèrent à Paris. Ils y virent

(i) Supprimée le so mars i8r>r>, elle fut rétablie par une nouvelle ordonnance du 10 mars i8aô, sous le nom d'Ecole royale de cavalerie (Jn sait les services qu'elle a continué de rendre.

Lafayette, assistèrent chez lui à deux réunions, et le mouvement fut approuvé. Malheureusement, on song-ea encore à Berton pour le conduire.

« Un g-énéral était indispensable. Celui de Paris n'arrivait pas, et d'ailleurs Berton, qui se trouvait sérieusement compromis et ne pouvait plus reculer, s'était formellement eng-ag-é à suivre nos conseils. » (Gauchais.)

Il les suivit mal. En dépit de toute prudence, il se confia à un maréchal-des-log'is du régiment de carabiniers, nommé Woelfeld, qui n'était qu'un agent provocateur. On vit ce qu'on allait revoir à Colmar, quelques semaines plus tard, dans l'affaire du colonel Garon.

Woelfeld, qui venait de se faire affilier à Paris, était d'accord avec ses chefs, tout en négociant avec Grandménil et Baudrillet (i). Il était convenu que le soulèvement éclaterait à Saumur un jour de marché, et qu'il serait appuyé non seulement par la g-arde nationale, mais encore par deux ou trois cents jeunes g-ens ou officiers à la demi-solde accourus des environs et môme de Paris. Woelfeld répondait de son régi-

(i) Comme à Colmar, l'afTaire fut menée par le colonel du régiment, M. de Brion. « Par les ordres et les instructions de cet officier dévoué, un marcclial des loçis de son réji^iment avait feint de se laisser embaucher pour la troupe de ce rebelle, etc. » (Lettre du sous-préfet, de (^arrère, au préfet de ^Liine-el-Loire, 7 juin. A. .N. Dossier Berton.

ment. Mais il témoig-na le besoin de voir Berton. dont il ig-norait la retraite. Grâce à Grandménil et à Baudrillet, il eut une première entrevue avec lui le i4juin. Il en demanda une seconde, pour rég-ler les derniers détails d'exécution et la part de son rég-iment. Elle fut fixée au 17, dans la maison de campag'ne de ï Allen, à deux lieues de Saumur,sur la Loire, propriété d'un notaire de Saumur, nommé Delalande.

Quelques avis parvenus aux principaux conjurés leur faisaient craindre que la police ne fût au courant. Ils conseillèrent la défiance à Berton. Il ne voulut rien entendre. Le 17 juin, pendant qu'il déjeunait à l'Alleu, avec Baudrillet et Delalande, Woelfeld arriva avec quatre maréchaux-des-log-is armés jusqu'aux dents. Des verres furent apportés, des protestations échang-ées. Mais tout à coup Woelfeld et ses compag-nons sautent sur leurs fusils, couchent en joue les trois convives, et les tiennent en respect, prêts à faire feu au moindre mouvement, et sourds aux reproches indig-nés du g-énéral.

Cependant le temps pressait, le renfort qu'attendait Woelfeld n'arrivait pas. Au contraire, Grandménil et plusieurs autres conjurés descendaient vers l'Alleu pour la réunion convenue, sans se douter du drame qui se passait. Ils approchaient de la maison, leur intervention était le salut, peut-être. Le g'alop d'un liétachement de carabiniers les ohlig-ea de s'éloig-ner

rapidement et de traverser la Loire. Pendant ce temps, Berton, Baudrillet et Delalande, charg'és de liens, étaient conduits à Saumur, aux cris de Vive le roi ! poussés par les carabiniers, et enFermés dans le château,

Woelfeld fut aussitôt promu sous-lieutenant pour cet exploit qui excita un vif enthousiasme parmi les royalistes de la rég'ion. « Les ecclésiastiques des environs de Saumur firent une quête qui s'éleva à la somme de ïo.ooo francs, et lui en remirent le montant, sans doute pour la récompense de sa belle action. » (Gauchais.) En revanche, les carabiniers furent mal vus à Saumur ; des rixes éclatèrent entre eux et la population civile ; des duels eurent lieu, auxquels plusieurs soldats succombèrent. Woelfeld lui-même, après une tentative d'assassinat dirig;-ée contre lui (2G octobre), demanda à permuter. Il fut envoyé dans la gendarmerie, à Rodez, et le r'îg-iment tout entier fut déplacé (i).

11 ne restait qu Vi laisser libre cours à la justice.

Elle avait déjà commencé pour les sous-ol'ficiers de l'Ecole, compromis dans le mouvement qui devait accompag-ner le complot de l'I'^st, et arrêtés après l'incendie (lu mois de décendjre i8:u. Pendant la tentative de Berton contre Saumur, ils comparais-

(}) Woelfeld, en iH3o, devint concierge du château de Cliamliord, où il inonnit loni^^tcniiis uj>rè!i.

LE? COMlM.niS IiIC SAf.MUR: LE GÉNÉRAL BERTON 105

salent devant le (]onseil de guerre de Tours (i).

Les accusés étaient au nombre de onze ; un contumace, Delon (Honoré-Edouard), lieutenant d'artillerie lég-ère, et dix présents, savoir : les maréchauxdes-log'is S ire Jean, des chasseurs de l'Arièg-e, Coiidert, des chasseurs à cheval du Var, Mathieu, des hussards du Nord, de Fabert, des lanciers de la g-arde, Clément, du train du génie, DetJiieux, du 3= ré"-iment d'artillerie à cheval de Strasbour"-, et le brig-adier Bourru, des cuirassiers de la g-arde, sousofficiers élèves ; plus les maréchaux- des-logis Lemaitre, Dauniery, Lebrun, des chasseurs à cheval de rArièg'e,8n g-arnison à Tours; tous, « prévenus d'être auteurs, complices ou non-révélateurs d'un complot tramé à l'Ecole de Saumur, qui avait pour but de renverser le g-ouvernement du royaume, dechang'er l'ordre de successibilité au trône, et d'exciter les citoyens à la guerre civile »,

L'accusation reposait sur les révélations de doux sous-officiers qu'ils n'avaient pu g-ag-ner, et sur les aveux de la plupart des accusés qui déclaraient avoir été initiés par Delon à un complot destiné à mettre Napoléon II sur le trône, avec la Constitution de 1791, conspiration dont Lafayette, Laffite et B, Constant auraient été les chefs principaux. Sirejean lui-

d) Arch. Nat. F7. ôfiOo. Complot rie l'Ecole de Saiiinur. D. i58.

11)5 LKS COMPLOTS MILITAIRES

m<^me reconnaissait avoir été reçu CJtevalier de la liberté, le 1 6 décembre, par Delon ; mais il croyait, (lisait-il, n'entrer que dans une société analog-ue à la franc-maçonnerie. Ce fut en vain que le général Gentil Saint-Alphonse témoig-na en faveur de la bonne conduite des accusés, que le marquis de Castries, colonel des chasseurs de l'Arièg-e, fît particulièrement l'éloge de Sirejean. Les événements dont Saumur venait d'être le théâtre n'inclinaient pas le conseil à l'indulg-ence.

Le procès, commencé le 20 février, se terminale 28 par un jugement qui condamnait Delon, Sirejean et Coudert, à la peine de mort ; Mathieu, à cinq ans de prison ; Fabert, Clément, Bourru^ Lemaître et Lebrun, à deux ans. Daumerv et Dethieux étaient acquittés.

Sirejean et Coudert se pourvurent en revision. Le jugement fut cassé pour vice de forme, et les deux accusés comparurent devant un nouveau conseil de ^•uerre qui condamna Sirejean à la peine de mort. Coudert, déclaré coupable seulement de non-révélation, s'en tirait avec cinq ans de prison (21 avril). Sirejean forma un recours en grâce. Il n'avait que vingt et un ans. Sa jeunesse, sa conduite, sa bonne mine lui avaient attiré toutes les sympathies. Les dames de Tours lui envoyaient des provisions et des llc'urs. Elles intercédèrent pour le sauver. Sur leur

LES COMPLOTS HK SAUMUIt: LE GENÉHAL HERTON 197

demande. M'"» Récamier, fortlieeavecM.de Montmorency, ministre des affaires étrang-ères, essaya d'obtenir une commutation de peine. Mais le gouvernement se persuadait qu'en face des conspirations répétées la rigueur était désormais nécessaire. Le roi se lefusa à faire grâce, disant que son devoir l'obligeait.

Le 2 mai, Sirejean fut passé par les armes devant toute la garnison de Tours. Il mourut avec un grand courage. Ce sous-officier est aussi intéressant que les sergents de La Rochelle, et il n'est pas connu.

L'instruction des affaires de Thouars et de Saumur avait traîné pendant quelques mois. Elle fut menée rapidement après l'arrestation de Berton, et la Cour de Poitiers put rendre, le 3 juillet, un arrêt qui renvoyait le général et 55 accusés devant la Cour d'assises des Deux-Sèvres. Mais sur le recours du procureur-général de Poitiers, M. Mangin, et pour cause de suspicion légitime, la Cour de cassation déféra les accusés à la Cour d'assises de la Vienne.

Les procès politiques sont dangereux pour les gouvernements qui les font, et pour les magistrats qu'on y emploie. La Restauration l'a éprouvé, et avec elle Bellart, Mangin et Marchangy. Bellart s'était tristement signalé dans le procès du maréchal Ney. Mangin a dû au procès Berton une fâcheuse célébrité, I.,e nom de Marchangy est inséparable du procès des sergents de La Rochelle.

Juriste émineiit, mag'istrat distingué et d'une probité irréprochable (i), Mangln eut le tort de servir les passions qui animaient alors la droite contre le parti libéral. L'instruction lui fournissait quelques noms de députés. Dans l'acte d'accusation qu'il sig-na le 24 juillet et qui fut publié par le Moniteur, le i^r août, il s'attacha à mettre ces noms en lumière, et, pour ainsi dire, en vedette. II ne se borna pas à rappeler les propos de Berton, annonçant à Thouars qu'un g-ouvernerpent provisoire avait été établi, dont Foy, Kératry, B. Constant faisaient partie; que le g-énéral Demarçay était au courant du mouvement, etc. Il ajouta qu'il était prouvé que Grandménil avait présenté Baudrillet à Lafayette, et que Lafayelte lui avait dit, au moment où il prenait congé pour aller retrouver Berton et le ramener dans les environs de Saumur : « xVllons, du courage, mon cher Grandménil (2). » Bref, il avait habilement rassemblé tous

(i) Manffin (Claude), né à fttetz en 178G. Prociireiir du Roi à Poitiers, en iSiC). Procureur jçénéral à la ("our en i8r>i. Conseiller à la Cour de cassation en 1827. Préfet de police en i82(j. Ont prudent de passer à l'étranj^-er en i83o. En revint pour se l'aire inscrire au barreau de Metz. Mort en 1835.

(3) Première déposition de Baudrillet devant le juge d'instruction de Saumur. Déposition qu'il s'euipressa de rétracter lorsqu'il en aperçjt la ])ortée. Il s'eH'or(;a de fairo croire qu'il avait pris pour Lafayette une autre personne dont il donna un siy,nalemerit tout a fait dilV('rent de celui du général. — La juslice ne fut i)as dupe du sul)lcrfui;e : la li;;iire de Lafayelte était assez cunnue pour ipi'il fût diflicile de s'y tmiriper.

les Indices qui pouvaient faire croire à la complicité des principaux membres de la g-auche.

De la part de tout autre qu'un magistrat, et dans d'autres circonstances, l'attaque eût peut-être été de bonne g-uerre. Car enfin le parti libéral en prenait à son aise depuis deux ans. Mêlé à toutes les conspirations (sauf le g-énéj-al l'oy), il s'en réservait les bénéfices sans en risquer les dang-ers. Il les traitait, quand elles échouaient, de trames imaginaires inventées par la police ; il coupait habilement le fil d'intelligence qui pouvait remonter jusqu'à lui, et il s'indignait, du haut de la tribune, d'accusations qu'il renvoyait à la calomnie. Mais dans l'affaire de Saumur, il ne pouvait plus parler de complot fictif, il y avait eu commencement d'exécution; il ne pouvait faire passer Berton pour un agent du gouvernement; à plusieurs reprises, il l'avait vanté comme un des siens. Il ne pouvait enfin contester que le général n'eût parlé de quelques députés.

Cependant la publication de Mangin manqua le but par sa mauvaise foi. Ni Foy, ni Laffite, ni Kératry n'étaient de l'affaire. Leurs protestations donnèrent le change sur leui's collègues. Elles éclatèrent le jour même où parut le document dans le Moniteur ( i^"" août). La défense fut excessive comme l'attaque.

I^'oy s'indigna. Laffite réclama une enquête. 11 s'écria, avec emphase ; « Il s'agit de savoir si nous

« sommes sous le fer des calomniateurs et des bourreaux... Si l'on veut nous ég-org-er, qu'on le fasse! qu'on nous traîne à l'échafaud, mais auparavant qu'on nous donne des jugées ! »

Lafayette demanda la parole pour un fait personnel. Sa position n'était pas celle de Constant, de Foy, et de Laffite. En ce qui le concernait, l'acte d'accusation n'était pas mensong-er. Il avait parfaitement vu Grandménil ; il lui avait adressé la phrase citée par Mang-in. Il se g-arda bien de répondre d'une façon précise. Au lieu de prendre le ton de la colère et de l'indig-nation , il dit^ avec l'accent d'un suprême et vag-ue dédain :

« Quelle que soit mon indifférence habituelle pour les inculpations et les haines de parti, je crois devoir ajouter aujourd'hui quelques mots à ce qu'ont dit mes honorables amis. Pendant le cours d'une carrière tout entière dévouée à la cause de la liberté, j'ai constamment mérité d'être en butte à la malveillance de tous les adversaires de cette cause, sous quelque forme despotique, aristocratique, anarchique qu'ils aient voulu la combattre ou la dénaturer. Je ne m'en plains donc pas, quoi que j'eusse le droit de trouver un peu leste le mot proiioé dont INI. le procureur du roi s'estservià mon occasion. Mais je m'unis à tous mes amis pour demander autant qu'il est en nous la plus g-rande publicité au sein de cette Chambre, en face de la nation. C'est là que nous pourrons, mes accusa-

LES COMPLOTS DE SAUMUIi: LE GÉNÉKAL BEHTON iiH

leurs et moi, dans quelque rang" qu'ils soient placés, nous dire sans compliment ce que, depuis trente-trois ans, nous avons eu mutuellement à nous reprocher (i). »

La demande d'enquête fut combattue par le président du Conseil. M. de Villèle déclara que le meilleur moyen d'arriver à la vérité était de laisser libre cours à l'action de la justice , ajoutant que les députés qui se plaig-naient se trouveraient justifiés en n'étant l'objet d'aucunes poursuites. Aussi bien, le g-ouvernement n'y tenait g-uère . Dans celte affaire, comme dans celle de Belfort, comme dans celle du ig août, il craig-nait de rencontrer de trop hautes responsabilités. L'enquête fut repoussée par la droite, et la clôture prononcée au milieu d'un effroyable tumulte (2).

La publication de l'acte d'accusation précéda de plus de trois semaines les débals du procès Berton (3).

(1) Mémoires de Lal'ayette, t. vi.

(3) Ua iacideat de cette séance, qui passa iuaperQu, aurait pu amener les plus graves conséquences.

Dans la discussion, et suivant le refrain de la gauche, un membre s'était écrié : « C'est ce scélérat deGrandménil qui a joué le rôle de provocateur ! » Or, Grandménil, poursuivi par la police, était dans les tribunes. 11 voulut se jeter dans la salle, faire un éclat, se justifier. On eut beaucoup de peine à le retenir. 11 dut se condamner au silence, comme .\antil, l'année précédente. Un rendit justice plus tard ùson innocence et à sa loyauté(i84o), mais le soupi;on pesa longtemps sur lui. Ou en voit la pi cuve dans Lacretelle, dont le t. m est de i835.

(.')) -Vvec les docuiaeuts dc.-> Ai-clii\c.-., le Mjnitcur elle» im-

202 LKS COMPLOTS MILITAIRES

Ils s'ouvrirent le 2G août. Les accusés étaient au nombre de cinquante-six^ dont quarante seulement présents, les autres contumaces.

Parmi les accusés présents fig-uraicnt : le général Berton; le colonel Alix; Caffé, ancien médecin militaire; Sauge, propriétaire à Thouars, qui avait log'é Berton sans le connaître; Fradin, médecin, adjoint au maire de Partlienay; Jagliii, ancien soldat qui avait été le porte-drapeau de la colonne; Sennechaiit, propriétaire à Tliénezay; avec des officiers à la demisolde, des petits propriétaires, d'anciens militaires et de simples journaliers.

Etaient contumaces : Grandménil , Gauchais , Vanc'ten professeur Chauvet , Chappey, délég-ué de Rennes; Heureux et Cossin, délég-ués de Nantes; Delon, Pombas, Moreau, liivereau, anciens officiers^

primes déjà cilcs, ou jieul coiisullcr encore, pour les détails du procès :

Procès de l'e-v-i/énéral Jiertoa et de ses co-accusés. Poi tiers, chez liarbicr, in-8", 1822. C'est le compte rendu que fit publier la préfecture.

Procès de la conspiration de Tliouars et de Sauiiiar. l'oitiers, chez Catiiicau, in-8", i8t> (/|()8 paçes). Cette publication, oii l'autorité vit de la mauvaise foi et de la malveillance, attira à l'imprimeur un mois de prison et 1.000 fr. d'amende.

Causes /jo/ilir/nes célèbres du xix" siècle, in-8", 1827, t, i. procès Berton.

La conspiration Hcrton, dans la Mosaïijue de l'Ouest, publiée sous la direction d'Emile Souvestre, i844-45. Nantes, in-/)'^. Paçes 338-.'J/(0 et .Uii -.'<ljy. Article signé E. 13. (Eugène Uonuc- Mierej.

LES COMPLOTS DE SAL.MUU: LE GÉiNERAL BERTON 2o3

Saumon, ancien soldat de la g-endarmerie d'élite; etc.

Le jury était le moins disposé à l'indulg'encc. Ce jury, soig-neusement trié, n'était composé quedeg-entilshommes, anciens émigrés ou anciens officiers des armées royalistes. La révolution et l'ancien rég-imc se trouvaient encore en présence. Mais, cette fois, la révolution était sur le banc des accusés.

L'audition des accusés et de 200 témoins remplirent les audiences jusqu'au 4 septembre. Elles furent marquées par les interpellations passionnées et violentes du procureur-g-énéral. Il y mit le comble dans son réquisitoire, le 5 septembre. Toujours injurieux pourBerton, il montra plus de ménag-ement pour le colonel Alix et surtout pour Gaffé, dont il affecta de vanter les services et le dévouement professionnels, parce qu'il voulut voir en lui une victime de B. Constant.

Il revint avec insistance sur la complicité des libéraux, sur celle de Lafayette, que n'infirmaient pas la rétractation intéressée de Baudrillet, et la déclaration hautaine du g-énéral.

«... Les preuves morales abondent, dit-il, pour établir cette complicité. Mais les preuves matérielles, les seules sur lesquelles on puisse établir une accusation, nous manquent contre les premiers instig-ateurs. Pourquoi? Ce n'est pas parce qu'ils sont innocents, mais paroL' (m'ils se caclicut dorrièie leurs séides,

parce qu'ils s'enveloppent de mystère, parce qu'ils ne correspondent que verbalement, qu'ils mettent en évidence des gens qu'ils bercent d'espérances chimériques et qu'ils s'efforcent ensuite de déshonorer.

« On a dit que nous aurions pu nous dispenser de citer, dans l'acte d'accusation, les noms de ces hommes. Mais de quel droit nous dispenserions-nous, dans une affaire de conspiration, de faire connaître la vérité, de sig-naler aux jurés et au gouvernement les véritables appuis sur lesquels comptaient les conspirateurs ? Nous devions, Messieurs les jurés, vous apprendre que plusieurs de ces accusés ont été trompés, ont été précipités dans l'abîme par les noms d'hommes puissants, parce que cette considération peut vous déterminer à quelque indulg-ence pour eux ; mais ce que nous avons dit, nous lavons dit hautement et à la face de la Fi-ance. Etc. (i). ;)

Les accusés avaient pour défenseurs des avocats du barreau de Poitiers. Berton avait demandé M« Mesnard, dubarreau de Rochefort, ou, à son défaut, Mérilhou. On ne lui accorda ni l'un ni l'autre. On lui assigna un avocat d'office, M . Drault, avec lequel il ne put communiquer librement. Il présenta lui-même sa défense. Elle ne fut ni habile ni sincère. Il avait raison de dire « que le mouvement de Thouars n'avait

(i; Muiti/eiw, iKt', ji. j.îuij.

pas été préparé par lui ; qu'il était le fruit d'un g-rand et loiiij- mécoatentemeat >). Mais il était mal venu à prétendre que le mouvement n'avait pas pour but de renverser le gouvernement du roi. Il se répandit en plaintes amères contre Woelfeld, qui l'avait livré ; contre Grandménil qu'il accusait, lui aussi, d'être un ag"ent provocateur; contre Mang-in qui lui prodig-uait les accusations de lâcheté et qui l'empêchait de voir ses fils; contre les précautions excessives donton l'entourait, ainsi que ses compagnons (i). Il revendiqua pour lui seul la respensabilité et dit en terminant :

(( Je voudrais fournir à moi seul assez de sang* pour apaiser la soif de ceux qui en sont si altérés. Pendant ving-t ans, j'en ai versé sur quelques champs de bataille :j'y aiéparg-né celui des émigrés lorsqu'ils se battaient contre nous. J'en ai sauvé, comme bien d'autres de mes compag-nons l'ont fait, et cette g"énérosité avait alors ses dang-ers. Je n'ai jamais fait couler le sang" français. Celui qui me reste est pur : il est tout français.

«J'ai exposé longtemps ma vie avec gloire pour mon pays. Si je devais la perdre par la main de mes con-

(i) L'autorité déployait, en effet, des rigueurs injustifiables. Les accusés n'étaient conduits à l'audience qu'enchaînés et dans ies voitures fermées.

Le général Malartic, qui commandait à Poitiers, avait mis la nlle en état de siège. Toutes les rues aboutissant au tribunal ';laicnt barrées par les troupes. Des patrouilles parcouraient les .'Ues pendant le jour, et jjendanl la rmit multipliaient les rondes.

cito3'ens, je leur présenterais encore ma poitrine avec le même courag-e que j'ai toujours montré devant les ennemis de la France. Nos noms, Messieurs, seront inscrits ensemble dans l'histoire. La France et l'Europe nous jugeront sévè'rement et sans partialité. Quoi qu'il puisse arpdver. mon cœur n'a rien à craindre, et ma devise, comme die a toujours été. sera celle-ci : dulce et décorum est pro patria mon'. ;) (6 septembre.)

Les plaidoyers et les répliques occupèrent plusieurs audiences. Après la clôture des débats, le ii septembre,^Bertonprit encore la parole et sollicita noblement, éloquemment, l'indulg'ence du jury pour ses compag-nons :

(( J'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, Messieurs les jurés, si votre conscience réclame du sang", je vous offre le mien, je vous donne ma vie. Mais, au nom de.! l'humanité . au nom de votre propre honneur, épar-' gnez, je vous en supplie, les hommes qui ont marché avec moi. Ils furent trompés, entraînés. Ces hommes, enfermés dans des cachots où leur pauvreté ne leur permet de recevoir aucun secours, ont souffert, depuis, sept mois, toutes les horreurs de la captivité la pluffl rig-oureuse. Rendez-les à leurs familles. Leurs parents,! leurs enfants et leurs femmes vous béniront ; vos], noms ne seront pas oubliés dans leurs prières, votre! sommeil en sera j)his tranquille, et aucun remords u';iiril('ra vus coiiscit-nces. » ,

Le président, le conseiller Parig-ot, résuma les débats, avec une partialité qui fit de ce résumé un dernier réquisitoire, et le jury se retira, à midi, pour délibérer sur les 878 questions qui lui furent posées. A neuF heures du soir, il rendit son verdict, et la cour prononça le jugement.

Berton, Caffé, Fradin, Sennechaut, Jaglin et Saug-é étaient condanmés à mort, comme coupables de omplot, d'attentat et de non-révélation.

Alix, déclaré coupaljle seulement"de non-révélation, tait condamné à cinq ans de prison ; les autres, à des peines variant de cinq ans à un an. Deux seulement, sur quarante, étaient acquittés.

Deux jours après, le i3 septembre, la cour, statuant sur les contumaces, sans l'assistance du jurv. con- Jamna à la peine de moi"t : Grandménll, Gauchais, hauvet, Chappey, Heureux, Cossin , Delon (déjà rappé par le conseil de guerre de Tours), Moreau, Pombas, Rivereau et Saunlon ; quatre autres à cinq ms et un an de prison. Un seul était acquitté (i).

Les six condamnés à mort se pourvurent en cassaion. Les femmes de Fradin et de Sennechaut, parties Dour Paris^ oljtinrent la grâce de leur mari, par l'in- ;ercession de Madame et de la duchesse de Berry. Le

(i) Nous retrouverons plus tard quelques-uns de ces contunaces. Ils étaient destinés à de nouvelles aventures, et aussi i de nouvelles condamnations.

20R LKS COMPLOTS MILITAIRES

pourvoi des quatre autres fut rejeté. La nouvelle en arriva, le 5, de g-rand matin. Elle fut aussitôt communiquée à Berton et à Gaffé, dont l'exécution devait avoir lieu à Poitiers. Gaffé se donna la mort en s'ouvrant l'artère crurale avec un canif qu'il avait pu se procurer. Berton fut conduit à l'échafaud vers midi . (( A onze heures, disent les journaux du temps, l'exécuteur arriva, et coupa le collet de son habit. « Ne pouviez-vous vous contenter de le rabattre ? » lui dit-il. On le fît ensuite passer dans une pièce où l'attendaient deux missionnaires. « Dispensez-vous de m'accompag-ner, Messieurs, leur dit-il; je sais aussi bien que vous tout ce que vous pouvez me dire. » Lorsqu'il monta dans la charrette qui devait l'emmener, les deux missionnaires l'y suivirent et se placèrent l'un à sa droite, l'autre à sa g-auche. Gomme il avait les mains attachées derrière le dos, il pria l'exécuteur de se mettre derrière lui de peur qu'un fort cahot ne le fît tomber. Durant la marche^ Berton promenait autour de lui des regards calmes et assurés. Arrivé au pied de l'échafaud, il en monta les marches avec fermeté. Les deux missionnaires l'y suivirent, et comme ils persistaient à lui parler, il .0 leur dit : « laissez-moi tranquille! «Puis il cria d'une " voix forte : Vive la France, vive la liberté! Etendu sur la planche fatale et la tète sous le couteau, il fît |l entendre ce nouveau cri : encore une fois, vive In

LKS COMPLOTS Î)E SAUMUR: LPl GENKRAL BERTON 209

liberté! Vive la France ! Il y avait peu de spectateurs ; toutes les fenêtres de la place où se faisait l'exécution étaient fermées (i). »

Le 7, Jag-lin et Saug-é, dont le jug-ement avait placé l'exécution àThouars, y subirent leur peine. Jag-lin (35 ans) était abattu. Saug-é (56 ans), qui n'avait pas cessé de montrer beaucoup de courag'e et même de g'aîté, mourut en criant : Vive la République ! « Cri inconnu de la g-énération nouvelle, et dont la g'énération de l'Empire elle-même avait perdu la sig-nification, invocation solitaire que les journaux de tous les partis rapportèrent avec un sentiment de profonde surprise (2). »

Gomme on l'avait vu dans les complots de l'Est, d'autres procès sortirent du procès principal, pour étendre encore et prolong-er les conséquences de ces malheureux événements.

(i) Signalement du général Berton :

« Taille de i'"77, âgé de 5i ans, cheveux gris, front haut, sourcils bruns, yeux châtains, nez gros, bouche reioyenne, barbe brune, menton rond, visage ovale et maigre ; les pommettes des joues saillantes, l'air hagard ; fortes moustaches, noires et plates. Mouvements très vifs, u Arch. Nat. (Note de police.)

(s) Vaulabelle, t. v, ch. 5. — « Niort, le 8 octobre i S'? a. J'ai l'honneur d'informer V. E. que les deux condamnés Jaglin et Sauge ont subi leur jugement hier, 7 du mois, à midi, dans la ville de Thouars. i

« Sauge a proféré avant sa mort les cris de Vive la liberté I et Vive la République 1

« L'exécution a eu lieu avec l'ordre le plus parfait. La plu ç grande consternation était répandue parmi les habitants. Cet acte de justice a produit une impression profonde sur les' esprits.

Le 3o janvier 1828, la Cour d'assises du Loiret jug-ea les complices de Berton qui avaient essayé de relever l'entreprise. Il y en avait trois présents : Baudrillet, Dclalande. Duret, sabotier à Cheinillé, et cinq contumaces : Grandménil, Fournier, ancien maire de Saumur, Poulain, Bouheau et Paur, naturaliste au Jardin des Plantes et parent de Woelfeld.

Baudrillelet Duret furent condamnés à mort, le premier, comme complice d'une conspiration tendant à renverser le i^'ouvernement ; le second, pour tentative d'embauchag-e. Delalande, sauvé par l'habileté de son avocat, s'en tira avec trois ans de prison. Toutefois^ ja peine des deux premiers fut commuée en ving't ans d'emprisonnement. La Cour, jug-eant ensuite sans l'assistance du jury, condamna quatre des contumaces à la peine de mort, et Paur à dix ans de bannissement.

Enfin^ le22 novembre 1828, et le i4 décembre 18:^ '1 quatre contumaces du procès Berton étant tombés entre les mains de la justice, Gauc/iais, Sannion, A'onct. officier du train d'artillerie à la demi-solde, et Mdlécol , ancien cuirassier, furent condamnés par la Cour d'assises de la Vienne: Gauchais et Saunion, à mort, les deux autres à de la prison.

On fit g-râce de la vie à Gauchais, au prix de

l>ps libi-raiix soiil ici ciïr.iyi'-s; ni •<iliMii'if>iix. » /TriTrf dfs Df^iix- Scvrcs .111 tiliriisiri' lie rinlri-inir. A. .\ . I). (iiïy'i.

LCS COMPLOTS DE SAL'Ml'R. LE CENÉHAL BERTOX 211

ving-t ans de prison. 11 en fît cinq. La peine de Saunion fut convertie en travaux Ibrcés à perpétuité, avec exposition publique et flétrissure.

Le complot de Saunuir fut le troisième et le dernier des grands complots organisés contre les Bourbons.

Celui du 19 août 1820 était surtout militaire ; celui de Belfx)rt était l'œuvre de la Charbonnerie ; celui de Saumur appartint aux Chevaliers de la liberté. Le premier, au cœur même de Paris, était le plus dang'ereux ; le second était trop éloigné du centre ; le troisième avait le même défaut ; mais la Bretag^ne offrait une base de résistance qu'on n'aurait pas trouvée en Alsace.

Ce complot avait plus de chances de succès qu'on ne l'a cru g"énéralement. Sans renverser la monarchie, il était capable de lui susciter de sérieuses difficultés, si l'on song-e aux intellig-ences ([ue le parti possédait dans toutes les garnisons de l'Ouest. Mais il y fallait de la rapidité et de l'audace. Bertonn'y mit que dessci-upules et des lenteurs. Ce complot est le seul qui ait eu uncommencement d'exécution, pour dégénérer, presque aussitôt, en manifestation armée, mais pacifique.

Cet échec n'en inspira pas moins au gouvernement une politique nouvelle et rig-oureuse. Berton et ses complices ne furent que les dernières victimes de cette funeste entreprise. Il y en avait eu d'autres, comme nous allons le voir.

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