‹ Les comptes d'un grand couturier parisien du XVe siècleChapitre 2 sur 70 · Nouv. acq. franc · texte numérisé non relu

Nouv. acq. franc

3. Le Roux de Lincy l'a fait figurer dans sa liste des couturiers, etc., de Paris {Paris et ses historiens, p. 368), mais il l'appelle, à tort, de Larmoyé.

4. Cet emploi de la particule, dite à tort nobiliaire, n'a rien qui doive surprendre. Elle était d'un usage courant, au xv" siècle, pour la désignation de commerçants. En voici plusieurs exemples tirés du censier de la ville de Paris de 1437 (Bibl. nat., ms. fr. 861 1), dont notre confrère et ami, M. Vidier, prépare la publication : « Raoul de Borgue, dit Pais, couturier (fol. 4), Jean de Louviers, drapier (fol. 19 V), Denisot de Dreux, coutu-

Ce n'est pas que l'usage des livres de comptes n'ait été fort répandu au moyen âge. Les payements au comptant y étaient peutêtre moins nombreux qu'aujourd'hui, et chaque marchand se devait d'autant plus de tenir une comptabilité plus ou moins régulière. Mais ces livres perdaient leur intérêt lorsque les dettes, dont ils contenaient la preuve, étaient éteintes. Ils étaient, par suite, cancellés, au fur et à mesure des règlements, et détruits ou négligés lorsqu'il n'y restait aucune page blanche. Toujours est-il qu'il ne s'en est conservé que fort peu, et que les plus anciens viennent, tous, de commerçants installés dans le midi de la P'rance^. Celui de Colin de Lormoye prendra, pour la région parisienne, la tête de la liste.

Cependant, le commerçant du xxe siècle, qui s'attendrait à v retrouver quelque chose de la belle ordonnance de la comptabilité moderne, serait profondément déçu. Les comptes divers dont il est formé sont à peine séparés les uns des autres, si bien qu'il est quelquefois difficile d'en déterminer le titulaire, même lorsque cette détermination n'est pas rendue plus malaisée et plus incertaine par une lacune quelconque. Et nous disons comptes divers, parce que c'est dans la catégorie des Grands Livres et non dans celle des Journaux qu'il faudrait le placer, si on devait lui assigner un rang. Colin de Lormoye n'y a noté que ce qui était strictement relatif à ses affaires commerciales et à certaines de ses dépenses person-

rier (fol. 2i), Jean de Bourge, couturier (fol. 89), Girard de La Barratte, drapier (fol. 91 v°), Jean et Philippe de Compans, drapiers (fol. 94 et 94 v°), Etienne de Moucy, drapier (fol. 96 v"), etc. » — Il est question, dans ce même censier, d'un « Jean de Lourmoy » (fol. 89).

I. Les Livres de comptes des frères Bonis, marchands montalbanais dit XIV' siècle (i33g-i363j, publiés par E. Forestié. Paris, 1890-1894, 2 vol. in-8° (fasc. 20, 23 et 26 des Archives historiques de la Gascogne). — Fragments du grand-livre d'un drapier de Lyon ( i320-i323j, publié par P. Meyer et G. Guigue, dans la Romania, t. XXX'V^ (1906), p. 428-444. — Le Livre-journal de Ugo Teralh, notaire et drapier à Forcalquier (i33oi332), publié par P. Meyer, dans les Notices et extraits, t. XXXVI (1899), p. 129-170, et à part. — Le Livre-journal de Jean Saval, marchand drapier à Carcassonne (i34o-i34i), publié par Ch. Portai, dans le Bulletin historique du Comité des travaux historiques, 1901, p. 423 et suiv. — Le Livre de comptes de Jacme Olivier, marchand montalbanais du XIV' s., publié par Alphonse Blanc. Narbonne, 1894-1902, in-8°, pour la Commission archéologique de Narbonne. — Le Livre de comptes de Guilhcm Vial, fustier ( i35 i-i 3S8), à Avignon, dont le D"" Pansier a publié des extraits dans les Mémoires de V Académie de Vaucluse, 1907, p. 33i-363. — Le Livre de comptes de Jean Teisseire, cordier à Avignon, étudié par Joseph Girard [Un marchand avignonnais au XIV" siècle), dans les Mémoires de l Académie de Vaucluse, 1910, et à part.

nelles, sans jamais y mêler, ce qu'il convient évidemment de regretter, des renseignements d'aucune sorte, soit sur sa famille, soit sur des incidents de quartier, soit enfin sur les graves événements dont Paris fut alors le théâtre.

Ce qu'il rapporte des siens est toujours dit à l'occasion d'une dépense. On apprend ainsi qu'il était marié et avait un fils, appelé « Gallas », et une fille, dont le nom n'est pas donné. Sa femme vivait encore en 1429. Il parle, en outre, d'un frère appelé Robin, d'une sœur appelée Jeanne et d'un neveu appelé Perrin<. Au mois d'août 1449 ou 1450, il fit, avec son frère, un voyage à Chartres 2, pour y rendre visite à un parent, semble-t-il, dont il paya les frais de dernière maladie et a l'enterrement duquel il paraît avoir assisté. Ce parent avait un fils du nom de Roger. Lorsque nous aurons ajouté que Colin de Lormoye servit, en 1448, de caution à Denis Tronchart, pour l'admission de ce dernier parmi les vingt-quatre libraires jurés de l'Université de Paris^, nous aurons fait connaître tout ce qu'il nous a été possible de réunir sur lui, bien que sa carrière commerciale ait duré plus de trente ans, de 1428 à 1455, au moins, d'après les dates mêmes fournies par ses comptes. La date de 1423 se trouve dans sa première quittance de loyer, et celle de 1455 dans un compte de client-*.

On s'explique mal comment Colin de Lormoye a matériellement tenu sa comptabilité. Il n'a pas dû personnellement s'en charger, malgré la formule : « Mémoire de la besogne que j'ai faite... », par laquelle commencent beaucoup de comptes et qui semblerait l'indiquer. L'écriture y change, en effet, presque à chaque page et quelquefois à tous les paragraphes^. De plus, on constate que certains clients ont été invités ou ont tenu à écrire, eux-mêmes, leurs comptes avant de les signer.

C'est, en particulier, ce qu'a fait, très régulièrement, un bourgeois de Paris, appelé Colin Garot, tout à fait inconnu^ jusqu'ici, propriétaire du premier hôtel que notre couturier ait loué. Et, en écrivant ainsi lui-même ses quittances de loyer, ce propriétaire a laissé, pour Paris tout au moins, l'un des plus anciens spécimens, en origi-

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