‹ Les comtés de Rimouski, de Matane et de Témiscouata [microforme]Chapitre 12 sur 24 · MOTS · texte numérisé non relu

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En dehors de ces considérations, on peut en faire valoir une autre qui a bien elle aussi son importance, je veux parler de Matane comme station d'eau. On y verrait certainement tons les étés une affluence énorme de visiteurs, cet endroit possédant tous les attraits imaginables et tous les avantages pour un séjour même prolongé, pour les bains, pour la pêche, pour les excursions, pour les promenades sur l’eau ou le long du fleuve -ou dans l’intérieur, enfin tout ce qui est de nature à attirer et à retenir l'habitant des villes.

Ce n'est certainement pas là une considération à dédaigner, quand ce ne serait qu’au point de vue des bénéfices qu'en retirerait l’embranchement projeté, sans compter que l’accomplissement de ce que je viens d'énumérer en détail, non seulement donnerait à toute cette partie du pays une vie nouvelle et un accroissement extraordinaire, mais contribuerait par dessus tout à retenir chez eux les enfants du sol, ce qui est le premier objet que nous avons en vue.

Aujourd’hui, quoiqu'il se fasse aussi de Matane une émigration encore trop considérable, hélas ! de nos compatriotes, on s’en plaint moins ceperidant que dans les autres parties du comté, parcequ'il y a là, heureusement, des industries locales qui retiennent bon nombre de gens, et s’il en part néanmoins beaucoup trop, il en revient un nom-

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bre à peu près égal, et les effets du fléau se trouvent combattus pied à pied.

La principale industrie de Matane est celle du bois, et le bois exploité consiste principalement en cèdre, épinette et bouleau. C'est avec ce dernier qu’on fait des rouleaux, que l'on expédie directement en Europe.

Il y a à Matane deux moulins consacrés à cette industrie. On en trouve également dix milles plus bas, à Sainte-Félicité ; plus bas encore, el jusqu’à Sainte-Anne-des-Monts, on voit MM. Russell & Cie, propriétaires d'un des deux moulins de Matane et de Sainte-Félicité, en posséder d’autres au Cap à la Baleine, au Ruisseau à Sam et au Cap Chat, M. Charles Bertrand aux Capucins, à la Rivière à la Martre et à Sainte-Anne-des-Monts, où M. Théodore Lamontagne en exploite ‘également quelques-uns.

Le bouleau est apporté l'hiver de la forêt et travaillé le printemps seulement. Aussitôt qu'il est prêt, il faut l'expédier sur le champ, parce que, de mois de juillet passé, le bouleau ‘ sûrît ” comme on dit à Matane, ses extrémités bleuissent et il perd une grande partie de sa valeur. Ilne peut donc servir qu’à l'exportation, en l’absence d’un chemin de fer, ou bien il faut l’expédier en goëlette, de bonne heure l'été, ce qui est tout à fait

insuffisant.

De son côté, M. Price fait une quantité considérable de madriers d’épinette pour l’exportation ; de même beaucoup de cèdre et une quäntité comparativement inférieure de pin.

Le cèdre est le bois qu’exploitent principalement les marchands de Matane. M. Joseph Levasseur, un des négociants les mieux poses de l'endroit, me disait qu’il en avait fait l’année dernière pour sept cents piastres et que les autres marchands de position égale en avaient fait à peu près autant. Mais encore ici faut-il que ce bois soit expédié par goëlettes ; ce qui est une cause de diminution dans ce commerce, une cause de retards et de détérioration sérieuse dans la valeur de cet article. Il arrive que, vers le milieu de l'été, le marché baisse et la moitié du cèdre confectionné reste aux mains des marchands jusqu'au printemps suivant, après avoir perdu beaucoup de sa valeur par la sècheresse et les accidents de température ou autres qui surviennent.

On calcule qu'il s'est fait à Matane l'hiver dernier environ 125,000 pieds de cèdre pour le commerce local, et quatre à cinq millions de pieds de bouleau pour l'exportation, S'il y avait un embranchement de chemin de fer, l’exploitation du cèdre ne tarderait pas à tripler pour le moins En l’état actuel, les négociants de Matane, qui font de bonnes affaires comparativement,

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mais qui ne sont pas, après tout, des millionnaires, sont obligés de faire de fortes avances de provisions et de matériaux aux hommes qui travaillent dans les chantiers, l'automne et l'hiver, et d'attendre ensuite à l'été suivant pour rentrer dans leur déboursés. Ilest donc évident que s'ils pouvaient expédier leur cèdre, l'hiver, ou bien le vendre sur les lieux, ils en feraient énormément plus. Les négociants de Matane font également quantité d'épinette équarrie, quarante mille pieds en moyenne, qu'ils expédient aussi à Québec, toujours par goëlettes. Il faut que l’épinette soit montée au printemps ; autrement elle perd de sa valeur, aussi bien que le cèdre. Disons la même chose du bardean, dont on pourrait faire une exploitation en quelque sorte illimitée ; mais toujours, il faut attendre à l'été, et encore là, pour un commerce très restreint, puisqu'il n'y a à Matane que quatre goëlettes qui peuvent servir au transport du bois, sans compter tous les obstacles et les empêchements qui résultent de la mauvaise. saison et d’une foule d’autres choses dont la navigation fluviale se trouve embarrassée. Il résulte donc pour Matane, de l'absence d'un embranchement de chemin de fer, malgré l’activité de la population et quelques industries locales, une infériorité déplorable, comparativement aux centres également bien situés des autres provinces.

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