‹ Les comtés de Rimouski, de Matane et de Témiscouata [microforme]Chapitre 2 sur 24 · PUS CA · texte numérisé non relu

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nos jours. Des lacs! Il y en a partout,à profusion, sur toute la surface de l'Amérique Septentrionale, et même particulièrement dans. notre province. Lorsque à la suite de la période glaciaire, qui couvrit la plus grande partie du globe et qui dura des centaines de siècles, d’après les géologues, le continent Nord Américain émergea petit à petit de son linceul de glace, il se montra avec defterribles blessures, les côtes enfoncées, le dos troué en maints endroits, son épaisse croûte entamée et lacérée dans les parties les plus vulnérables. C'est dans ces blessures, restées béantes, que la glace s'arrêta, s'engouffra, se fondit et forma les lacs que nous trouvons aujourd’hui presque à chaque pas, et vers lesquels se dirigent en si grand nombre des pêcheurs avides de sport, sans se douter que dix mille siècles les contemplent,

D'autre part, la masse de glace, surprise par la débâcle et s’effondrant sous son propre poids, dût nécessairement se chercher un débouché et s’efforcer de gagner la haute mer. De là ces rivières et ces cours d'eau qui, après des siècles de labeurs, de tentatives, d'essais répétés pour se frayer un chemin, découpèrent et creusèrent le sol dans les endroits les plus faciles, repoussant de chaque côté d'eux d'énormes masses de terre, de détritus de substances organiques accumulées, qui ont formé les collines et les apparentes montagnes que l'on découvre aujourd'hui. Ce sol sat donc en général

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fertile et voilà pourquoi les terres de l’intérieur de otre province, celles particulièrement qui bordet les cours d'eau, sont incomparablement plus ffcudes que celles qui bordent le grand fleuve Saint-Laurent.

Saus doute, je ne veux pas donner cette explication comme irréfutable, ni comme la seule qui puisse être apportée à l'existence du phénomène que je signale ; mais comme je la crois très plausible et comme elle semble justifiée par la nature et la physionomie des lieux, je crois pouvoir sans crainte la présenter dans le rapport que je vous adresse, en laissant aux géologues le soin de la combattre ou de l’appuyer suivant leurs théories personnelles.

Le voyageur qui veut pénétrer dans l’arrièrerays du comté de Rimouski, et de là descendre à peu près parallèlement au fleuve, prendra de préférence la route dite de Saint-Anaclet, paroisse de l'intérieur, située entre Rimouski et Sainte-Luce ; il suivra cette route jusqu’à la cinquième concession de Saint-Anaclet, tournera à gauche et s’'engagera dans le chemin Neigette, qui le mènera jusqu’à la paroisse de Saint-Donat, située immédiatement en arrière de la paroisse de Sainte-Luce.

Sur presque tont ce trajet on suit, en s’en écartant de bien peu, la rivière Neigette, qui vase jeter plus loin dans la rivière Métis.

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Ici on est entré en plein cœur de la région mamelonnée et onduleuse dont nous venons de parler.

Le pays est si accidenté, tout en bosses et en ravias, qu'on se demande comment l’homme a pu y pénétrer, y faire des chemins et s’y établir, On y voit des maisons, aussi bizarrement situées qu'il est possible de l’imaginer. Parfois il n’y a pas place, sur le même mamelon, pour la maison et ses dépendances ; on aperçoit &’abord l'habitation sur une butte, puis la grange dans un ravin plus bas, eu sorte que l’on découvre l’une après l’autre.

Cette région est si accidentée que mon conducteur ne peut s'empêcher de jeter ce cri: ‘“ La terre danse ici, monsieur, c’est un quadrille de la nature.” Aussi ne faut-il pas s'étonner si les côtes y succèdent aux côtes ; tout le temps se passe à gravir et à descendre,et cependant ces côtes sont bien peu de chose en comparaison de celles que l’on trouve plus en arrière, entre les paroïsses nouvelles de Sainte-Angèle, de Saint-Gabriel et de Saint-Marcelin.

En arrivant au village de Saint-Donat, les collines s’éloignent quelque peu et l'on entre dans une vallée où l'horizon s’élargit et où l’espace redevient libre. Le village en lui-même n’est pas considérable, mais en revanche les terres sont remarquablement fertiles.

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On retrouve là les beaux champs de céréales qu’on se rappelle avoir vus dans les régions favorisées de la province ; on remarque des essais d'horticulture, et une égalité d’aisance qui répand comme un parfum de bonne habitation sur tout le parcours du chemin.

On continue, et après avoir fait encore environ huit milles et traversé une étendue de deux ou trois milles comparativement ineulte, on voit se dessiner devant soi, sur les bords coquets et sinueux de la rivière Métis, tout à fait au fond d'une gracieuse vallée, le joli et pittoresque village de Sainte-Angèle, qui vient à point reposer agréablement la vue du spectacle trop prolongé des soubresauts du pays avoisinant.

Sainte-Angèle est le joyau de l'intérieur du comté de Rimouski. Non seulement elle doit à la nature des priviléges et des dons spéciaux qui lui donxent la beauté et l'attrait, mais encore elle doit à sa situation géographique d’être comme un centre d'où la colonisation rayonne dans toutes les directions. Elle est placée en effet sur la rivière Métis, à égale distance, sept milles environ, de deux stations de l'Intercolonial, celles de Sainte- Flavie et de Saint-Octave. Elle s'ouvre d'un côté sur le chemin Matapédia, qui va de Sainte-Flavie à la Baie des Chaleurs, et de l’autre sur le nouveau chemin qui a été pratiqué cette année même à

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travers la forêt, et qui, partant de Sainte-Angèle, suit tout le long la rivière Métis et aboutit au grand lac de ce nom, vingt et un milles plus loin. Tout autour du village, s’étageant doucement et harmonieusement, s'élèvent des collines, auxquelles on donne volontiers le nom de montagnes, et’qui sont toutes facilement cultivables, les unes même jusqu’à lamoitié ou aux trois quarts de leur hauteur.

Toutes ces terres sont d’une remarquable fertilité. On voit onduler les longs épis chargés de grains ; les terres planturenses d'avoine et de blé rivalisent avec les prairies couvertes d’un foin généreux, et l’on reste étonné de ce spectacle dans unendroit où l'on croyait naturellement que la civilisation avait à peine pénétré, mais c’est là une impression fausse qu'il convient de rectifier sur le champ.

Dans notre pays ce sont surtout les gens des nouveaux établissements qui sont les plus dégourdis et les plus portés à adopter toutes les formes du progrès. N'’étant pas retenus par la routine, par la tradition, par l'emploi des vieilles méthodes, par les entraves qu'apportent des gens intéressés, prévenus et facileinent alarmés à l'idée d'une amélioration ou d’une transformation quelconque, ils créent de toutes pièces un état noue veau, basé sur les conditions nouvelles de la cul-

ture et les progrès récents qu'on y a accomplis

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Vous craignez d'arriver là aux dernières limites des habitations, parmi des gens qui ont perdu tout souvenir de leur existence antérieure, ou qui ont toujours vécu isolés et sauvages. Vous vous imaginez qu'ils resteront tout ébahis à votre approche et qu'ils sauront à peine vous répondre ou comment vous recevcir. :

Détrompez-vous. Ce monde-là se compose précisément, à de rares exceptions près, de ce qu'il y a de plus actif et de plus énergique dans nos vieilles paroisses. Plutôt que d’émigrer aux Etats- Unis, ces colons et ces défricheurs nouveaux ont résolu de tout essayer d'abord sur le sol de leurs pères, et ils se sont enfoncés vaillamment, hardiment, dans le cœur de l’épaisse forêt Ils apportent avec eux des méthodes nouvelles et un esprit nouveau ; aussi voit-on les établissements qu'ils ont fondés prospérer beaucoup plus vite que les anciens, dotés qu'ils sont de ces améliorations modernes qui simplifient et facilitent toutes les opérations agricoles.

À Sainte-Angèle, il y a au moins une trentaine de moissonneuses en usage, sans compter les autres instruments aratoires, et cela parmi une population qui, il ya trente ans à peine, était absolument sans ressources et extrêmement clairsemée,

Dans ce temps-là le grand chemin de Matapédia. qui a ouvert à l'agriculture toute la vallée de

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ce nom, n'était pas encore commencé, puisqu'il ne date que de 18658. Aujourd'hui, il est bordé d'établissements sur presque tout son parcours, et depuis Wainte-Flavie qui, à cette époque, constituait à peu près la limite des habitations, jusqu'à Amqui, qui forme l’avant-dernier canton du comté de Matane,on compte plusieurs paroisses, entre le chemin de Matapédiaet la ligne de l’Intercolonial. Ce chemin Matapédia, disons le entre paranthèse, a été par bouts nne entreprise très longue et très difficile à conduire. En certains endroits il a coûté jusqu'à $400 dollars l'acre, tant les travaux à faire étaient ardus, à cause de la configuration et des résistances de toute nature du terruin. Aujourd’hui il offre une longue et belle voie de communication et de colonisation qui a fait, pour l'ouverture de cette région, autant au moins que l'Intercolonial lui-même.

Non seulement le chemin de Matapédia n'était pas construit il y a trente ans, (c'était une grande vole qui devait devancevr la colonisation,) mais encore, et à plus forte raison, n'y avait-il pas de chemin, à peine mème un sentier rudimentaire conduisant du littoral du fleuve à l'intérieur. Ceux qui amenaient avec eux cheval et voiture, étaient obligés de les traverser, lorsque les rivières étaient trop profondes, sur des planches mises en travers de deux canots. Ils allaient à l'aventure, choisissant comme ils pouvaient les meilleures terres,

ju pa suivant les indices exteriears ; ils s'étiblissaient, sans songer aux peines, &ux labeurs et aux diffcultés de l'avenir, là ou ils avaient fait leur choix, loin de toute communication, de tout secours et souvent aussi sans perspective définie devant eux.

C'est ainsi que, de nos jours encore, l’explorateur, qui pénètre à une certaine distance dans la forêt, se trouve inopinément quelquefois en présence d'un établissement radimentaire, ce que l’on appelle vulgairement un ‘“ désert,” en terme de colon.

Ils: demande comment ceux qui y demeurent font pour vivre, pour communiquer avec les autres hommes et pour tirer quelque profit de leurs travaux. Les communications ont lieu surtout, et en quelque sorte uniquement, l'hiver. C’est sur la glace des rivières que les défricheurs portent leurs rares produits à la paroisse voisine ; c'est dans les chantiers des forêts, l'hiver, qu'ils vont travailler pour le compte des marchands de bois, et c’est ainsi que se trouve démontrée cette vérité pourtant bien simple et seulement émise de nos jours que, loin d’être des adversaires naturels, le colon et le marchand de bois travaillent au contraire l’un pour l’autre et s’aident mutuellement, Le colon, étant sur les lieux, facilite au marchand son industrie et sa besogne, tout en, diminuant sa dépense et, de son coté, le marchand de bois

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achète, quand il y a lieu, les produits du colon, lui paye en outre son travail et fait vivre de la sorte un homme que la misère et le découragement chasseraieut bientôt du sol qu'il a si péniblement fécondé.

C’est dans ces détrichements, perdu: en quelque sorte au milieu des forêts, et qui resteraient longtemps ignorés, si le besoin fiévreux de se répandre et de conquérir à la hâte tout son domaine terrestre ne sollicitait l'homme à en reculer sans cesse les limites habitées ou connues, c'est dans ces défrichements, dis-je, que nous trouvons, pour bien dire, notre berceau, l’image fidèle de ce que fut notre patrie à ses premiers jours. On y voit les hommes dans leur nature même, aux prises avec tout ce qui les entoure, et c'est ainsi que nous apprenons à connaître par le détail intime comment se sont formées les sociétés qui, plus tard, vivent en pleine civilisation.

Ceux qui, comme moi, ont pu pénétrer dans les pauvres huttes où s'abritent tant de courages patients, tant d’'héroïques résignations, ceux qui, comme moi, ont vu ce que peuvent accomplir ces défricheurs uniques, que rien ne rebute, que la fatigue de tous les jours accable, mais ne décourage pas ; qui arrivent dans les bois, assez souvent sans les instruments les plus nécessaires, sans les choses indispensables et qui, cependant,

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abattent la forêt et trouvent, ou plutôt iuventent des ressources qu'ils n'auraient jamais autrement soupçonnées ; ceux enfin, qui ont pu comme moi contempler ce spectacle mille fois attachant et émouvant, savent tout ce qui est contenu dans ce mot de défricheur, si indifférent, si banal en apparence, et si humble qu'il n'éveille que l'idée vague d'une cabane au fond des bois et d’un abattis d'arbres fumants fait tout autour d'elle, en attendant que quelques touffes de blé poussent au milieu des souchcs noircies par le feu.

C'est là l’histoire de chaque défrichement successif, même de nos jours où tant de soilicitude s'attache à la colonisation et où l'on cherche par tant de manières à venir en aide au défricheur, soit par un budget spécial, soit par des sociétés de colonisation qui se chargent des frais d’étanlissement, soit enfin, même par des loteries, comme celle qu'a fondée, il y a quelques années, l’apôtre par excellence de la colonisation, monseigneur Labelle.

Ce n'est pas le riche qui colonise, c’est celui qui n’a que sa hache et qui, avec ce seul outil, parvient à ouvrir de vastes étendues de forêt, à créer pour nous de nouvelles demeures, de nouvelles richesses, à féconder des contrées nouvelles où notre race pourra se développer de plus en plus à l'aise, en conquérant de plus en plus le sol.

Le défricheur! voilà l’homme qui doit obtenir de n'importe quel gouvernement la plus grande part d'attention, de sollicitude et d'aide, de même que la colonisation doit être le premier et le plus important article de n'importe quel programme ministériel.

La paroisse de Sainte-Angèle, que son éloigne: ment relatif a empêché de se développer d’une façon appréciable dans ses commencements, dute à peine de trente-six ans; elle compte aujourd'hui de mille à onze cents âmes. S°s terres sont admirables : mentionnons entre autres la propriété de M. François Corriveau, un de ces cultivateurs intelligents qui font de la culture raisonnée, qui s'instruisent tous les jours et dont l'exemple répand autour d'eux comme une bieufaisante semence, Il a des prairies de foin et des champs d'avoine et de blé qui ne le cèdent en rien aux meilleurs champs du pays. Et cependant, Corrivean trouve que l’agriculture ne donne ps en proportion de ce qu'elle coûte de peines et de labeurs : ‘“ Le marché est trop loin, dit-il, en par-: lant de la station de Sainte-Flavie, il faut faire sept milles de chemin pour aller vendre notre foin. ou nos céréales, nous gagnons bien plus à vendre nos animaux; eux, du moins, nous coûtent peu

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et raprortent largement, outre que nous les vendons sur les lieux mêmes aux commerçants d’animaux qui viennent les acheter.” Nouvel exemple qui prouve uue fois encore que l’agriculture proprement dite n’est pas du tout un emploi lucratif dans notre province, et que c'est l'élevage bien entendu qui, seul, peut faire la fortune de nos cultivateurs.

La rivière Métis, qui n’a jamais plus de dix à douze pieds de profondeur et que l'on peut passer à gué en différents endroits, traverse le village de Sainte-Angèle tout entier, et Iui donne cet aspect riant et pittoresque qui frappe immédiatement le voyageur et lui rappelle quelques-uns des sites qui l'ont charmé le plus sur les bords de 1: rivière Rouge, dans les cantons du Nord, en arrière de Saint-Jérôme.

La rivière Métis sort du grand lac qui porte son nom, lequel est, à proprement parler, divisé en trois lacs successifs, d’inégales dimensions et réunis entre eux par des passes. On appelle Le premier de ces lacs le lac Supérieur, le deuxième le lac à la Croix, et le troisième le lac à l’'Anguille,

Afin d'établir une communication entre Sainte- Angèle et l’intérieur de la région, le gouv2rnementfprovincial, sur les instances du docteur Fiset, député fédéral, et de Son Excellence Mgr OC. Guay, P. À. et nouvel apôtre de la colonisation, a fait

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ouvrir un chemin jusqu'au lac à l’Anguille, à vingt et un miiles du village de. Sainte-Angèle. Ce chemin suit à peu près régulièrement le cours de la rivière Métis.

Dans l’espace de cinq semaines seulement, l'été, dernier, MM. Corriveau et Elzéar Pelletier, chargés: de cette entreprise, sont parvenus à ouvrir et à mettre en excellent état dix-sept milles de che-. min et n’ont été obligés d'interrompre leur travail que faute de fonds pour le continuer, après avoir. dépensé la somine assurément minime de $600:

dollars, en coinparaison d’un te de de cette im-. pertance.

J'ai parcouru ce chemin et j'y ai trouvé des. établissements isolés, comme ceux auxquels je fais allusion plus haut. Les gens qui les habitent. n'ont communiqué jusqu'ici avec Sainte-Angèle que par la rivière Métis, y transportant leurs produits et eu rapportant leurs provisions, l'hiver, sur la glace. Ils sont généralement au service de la maison Price, qui fait faire des chantiers le long de la rivière et dans toute la contréeenvironnante, Quoique le pin soit généralement épuisé,on trôuve encore dans la forêt quantité d'épinette, dont la maison Price fait une grande exploitation. Le feu a passé il y a une trentaine d'années sur toute la surface de ce pays et a dévoré la forêt,

tout en laissant, ça et là, quelques arbres géants,

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dont on voit encore les troncs le long du chemin nouveau, que nous appelerons le chemin Fisot, si Monsieur le premier min stre veut bien y consentir. Ces arbres sont surtout des merisiers, et ils avaient pour compagnons de beaux érables, de grands bois blancs et des ormes aux vastes branches. Ils ont aujourd'hui disparu et ont été remplacés par une pousse nouvelle, qui n’atteindra jamais malheureusement la vigueur ni la valeur de celle qui l’a précédée.

À peine est-on sorti de la forêt, dans laquelle on vient de parcourir dix-sept milles, sur un chemin de colonisation, que l’on éprouve un immense soulagement, on aspire avec transport l'air libre, comme si l’on sortait d'un tunnel, et c’est avec une véritable effusion que l'on salue de nouveau la campagne au loin découverte, les longs champs chargés de moissons, et les blanches habitations qui émergent de la vallée.

Le lendemain, après une bonne nuit de repos et un déjeuner dans lequel ont figuré avec orgueuil les. énormes patates nouvelles des champs de François Corriveau et son bon pain de ménage, remarquablement léger et appétissant, on dit adieu à la paroisse d Sainte-Angèle et l'on entame presque aussitôt une série d’ascensions formidables, coupées d'autant de descentes presque périlleuses, afin de gagner la paroisse voisine de Saint-Gabrisl.

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Il est évident que l’archange Gabriel, en poursuivant Lucifer à travers l’espace, a dû le jeter de colère en cet endroit et que Lucifer, en rebondissant, y a creusé les abîimes qu'on y trouve et au milieu. desquels passe aujourd’hui le chemin Taché, excellente route ouverte, il y a déjà bon nombre d'années, pour permettre aux colons de s'établir en arrière des anciennes seigneuries. Mais malheureusement, on n'avait pas fait faire des études préliminaires assez complètes pour déterminer une localisation avintageuse du chemin ; aussi l’a-t-on ouvert, comme on le voit aujourd'hui, dans une région pleine de côtes intermin‘bles, tandis que si on l'avait reculé de quelques milles seulement en arrière, on le faisait passer, dans la plus grande partie desa longueur, sur un terrain planche et offrant tous les avantages possibles à la colonisation. Tel qu'il est, le chemin Taché n’est présentement utilisable que par tronçons, et voilà pourquoi il est si souvent interrompu, entre le comté de Bellechasse, où il commence, et celui de Rimouski, où il vient aboutir. En outre, tout e1 ouvrant cet immense chemin en arrière des concessions seigneuriales, on avait complètement oublié de lui donner des débouchés sur les paroisses du littoral, ce qui a été cause qu'un grand nombre de colons, qui s'y étaient établis pleins d'espérance en l'avenir, en sont partis découragés, et ie chemin, n'étant plus

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entretenu, est retourné en maints endroits à l’état inculte et est rempli de hautes herbes et de plantes sauvages qui y croissent en liberté.

Ur certain nombre de côtes franchies, on arrive presque sans s’en douter au mocdeste village de Saint-Gabriel, situé sur un large plateau, dont le sol, de très bonne qualité, donne à peu près tous les produits communs à zoire province. On voit au loin, se découpant sur le ciel vif, la crête acérée des Montagnes Bleues, qui sont un rameau détaché des Apalaches. Cette chaîne peu élevée, mais dont le bleu intease se dégage vigoureusement dans une atmosphère limpide, produit un effet saisissant à première vue, mais qui devient bientôt familier et même agréable.

Saint-Grabriel est une petite paroisse qui date de vingt-cinq ans tout au plus. Son premier habitant, le père Piton, y a demeuré absolument seul pendant quatre à cina ans. Dans bon nombre de colonies nouvelles on trouve ainsi de ces types étranges, soit amoureux de solitude, soit poussés par un besoin irrésistible d'aller en avant de tous les autres, qui ont trouvé le moyen de vivre, de se suffire à eux-mêmes et à leur petite famille, dans un isolement complet. Ce goût, heureusement, est surtout remarquable chez les célibataires endurcis, gens ennemis de leur race et en commerce familier avec les bêtes des bois, qu’ils ne se

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