‹ Les comtés de Rimouski, de Matane et de Témiscouata [microforme]Chapitre 7 sur 24 · MONT OA · texte numérisé non relu

MONT OA

Sans une colonisation active et poursuivie avec : toutes les forces dont peut disposer le gouvernement provincial, adieu pour notre race le rôle légitime auquel elle peut prétendre dans les destinées de la Confédération, adieu pour nous la direction de nos affaires, adien l'amour du pays et tout ce qu'un patriotisme éclairé peut nous, donner de force, de ressources et d'avantages.

En maint endroit, je me suis étonné de voir. As. maisons abandonnées de leurs habitants ; pourquoi des maisons abandonnées dans un pays aussi jeune et ea apparence aussi prospère ? Car, en réalité, les terres du comté de Matane sont remarquablement belles et charment par leur apparence de fertilité les yeux du voyageur. (est que, maintenant que les paroisses sont établies, que le grand coup du point de départ a été donné et que chacun a pris sa place, ce qni suflisait, il y a vingt ou trente ans pour la génération primitive, ne suffit plus pou” la génération nouvelle, qui se trouve isolée, dépaysée au milieu des progrès modernes, et comme ©. "alysée au sein même d’abondantes ressources, par suite du défaut de chemins de fer et d’autres communications pour les faire valoir. Obligée d’écouler tous ses produits sur place, et cela la plupart du temps à des prix très inférieurs, et par conséquent nullement rémunérateurs, la population actuelle abandonne petit

ii ah

à petit l’agriculture, les jeunes gens désertent, toute entreprise languit ou dépérit, et des paroisses quai avaient pris un magnifique essor, se voicnt aujourd’hui arrêtées et comme paralysées sans remède, et, cependant, rappelons-nous le, ces paroisses pourraient être mises au nombre des plus peuplées et des plus productives de la province.

À partir de Saint-Octave-de-Métis, l’embranchement projeté suivrait, sur une longueur d’une dizaine de milles, un admirable plateau d’un niveau absolu, occupé pour la plus grande partie par des Ecossais, lesquels ont les premiers établi la seigneurie de Métis, et, plus loin, par les Ce nadiens qui ont fondé la paroisse de Sandy-Bay.

M. A. L. Light, ingénieur en chefde la province, chargé de faire, en 1888, un examen des lieux, s'exprime comme suit à ce sujet, dans un rapport présenté, le onze juin de cette même année, à l'honorable P. (Garneau, commissaire des travaux publics :

‘À partir de Métis, la ligne passera par un pays comparativement plat et facile, dons le voisinage immédiat du Saint-Laurent. jusqu'à Matane, en traversant les paroisses de Petit-Metis et de San-

dy-Bay.

‘ La distance totale, entre le point de départ sur l’Intercolonial, et le point d'aboutissement à

Lu Le

Matane, est d'environ trente (89) milles en chiffres ronds. Surtout ce parcours, le pays est exceptionnellement facile, et l'on peut y construire, à un prix modeste, une bonne ligne de chemin de fer, les rampes seraient légères et le pontage de peu d'importance. La campagne, sur toute cette étendue, aussi loin que l’on peut la voir de la graude route, est partout bonne et bien cultivée les moissons sont en bel état et l’on n’aperçoit pas de montagnes dans un voisinage quelque peu rapproché. Le long du rivage les maisons sont si nombreuses qu'il en coûterait trop cher pour les déplacer, et il est peu douteux qu'il ne serait préferable d'établir le tracé de la ligne sur le plateau superieur.

C’est ce qui peut être déterminé par un arpentage.”

M. Light évaluait la construction de l’embranchement et sa mise en parfait état d'activité à la somme de $348.975 dollars, comprenant l'achat nécessaire du terrain, la clôture en fils de fer, le déplacement des bâtisses quelconques, le déblayage, les ponts et ponceaux, les hangars et abris. et enfin les traverses.

IT

Aussitôt après avoir laissé Petit-Metis, où, tous les ans, une population étrangère, de quinze a dix-

huit cents âmes, vient jouir des beautés naturelles de l'endroit et de l’incomparable climat des bords du Saint-Laurent, là ou notre glorieux . fleuve, large de près de quarante milles, remplit l'atmosphère de ses vivifiantes émanations, nous entrons dans la paroisse de Sandy-Bay et nous suivons sans interruption le littoral, jusqu’à Sainte-Félicité, dix milles plus loin que Matane, en tout un trajet de quarante milles au moins. Ceux qui n’ont pas fait ce trajet ne pourront pas me croire, monsieur le Premier, si je leur dis qu'il est impossible d'imaginer rien de plus beau ni de plus émouvant que le spectacle que vous offre cette longue promenade, faite sans interruption sur la grève même du Saint-Laurent, sur un terrain absolument planche et sur un chemin de gravier supérieur, sous tous les rapports, aux chemins macadamisés les plus parfaits, et tel qu'il n'exigeraitt qu'un entretien pour ainsi dire insignifiant, pour rester toujours, malgré les mauvais temps même, dans les plus excellentes conditions. On ne peut s'empêcher, en le parcourant, de se sentir ému et comme pénétré de reconnaissance de ce qu'une Provid:nce généreuse a voulu faire pour un aussi beau pays que le nôtre, et de ce qu'une nature prodigue nous y offre si souvent d'avantages à rechercher et a cultiver.

C’est sans doute, en grande partie, grâce à la facilité exceptionnelle offerte par un semblable

Roc

chemin, le long du Saint-Laurent, et à l'extension des anciens établissements que l’on doit celui des paroisses dont nous parlons.

Mais aujourd'hui, malheureusement, cela ne suffit plus, et à moins de la construction très prochaine de l’embranchement de Métis à Matane, et de chemins de colonisation dans l’intérieur, ia province court le risque de voir tomber dans l'insignifiance et l’inertie une des meilleures parties d'elle-même, un des membres les plus vigoureux de sa charpente.

Ici, je vais laisser parle» lui-même monsieur D. Morisset, le curé de Sandy-Bay, un homme remarquablement intelligent et un ami du véritable progrès :5‘* Sandy-Bay, dit-il, comprend environ deux cent quatre-vingts familles. C’est une paroisse essentiellement agricole, mais qui n’a d'autre voie de communication que le chemin du littoral et une couple de routes qui montent aux concessions. Il est impossible d'y construire un quai, parce qu'il n’y a ni port naturel ni battures. On pourrait y cultiver avec profit les céréales, les légumes et y faire l'élevage des animaux, mais le marché manque pour l'écoulement des produits, quels qu'ils soient, La station de chemin de fer la plus rapprochée’est celle de Saint-Octave-de-Métis, à treize milles de distance, Comment veut-on que des bestiaux et des

sn D

moutons puissent se vendre avec profit, quand il faut les conduire à pied aussi loin quecela? Ils se fatiguent en route, subissent des accidents de température ou autres, arrivent à la station à moitié morfondus, risquent de perdre leur valeur, et, dans tous les cas, il faut, pour les y conduire, perdre une journée entière et faire des dépenses de route qui enlèvent tout le profit, puisque le cultivateur est obligé de vendre ses animaux le même prix que le cultivateur des paroisses voisines de Sainte-Luce ou de Sainte-Flavie, qui, lui, a à sa disposition l'Intercoloniai, et vend sur les lieux mêmes ou expédie son bétail par chemin

de fer. ”

La question est la même pour le cultivateur de la Rivière-Blanche et de Saint-J érôme-de-Matane, deux grandes et populeuses paroisses dont le développement agricole se trouve également arrêté. Le cultivateur de ces trois paroisses ne fera pas l’élevage des animaux, parcequ'il ne peut "as les vendre ou bien qu'il lui faudra les vendre à un vil prix sur les lieux. Voilà done, pour ces trois paroisses considérables, une des plus importantes industries agricoles littéralement rendue impossible.

Un fait parfaitement acquis aujourd'hui, c'est que la province de Québec ne peut pas s'enrichir par la culture des céréales. Notre pays est un

pays agricole sans doute, mais il l’est à sa manière ; il y a différents points de vue auxquels envisager cette situation ; la province de Québec est surtout essentiellement propre à l'élevage, et, sous e rapport, les deux comtés de Mataneet de Rimouski peuvent figurer sans conteste au premier rang.

Je ne sache pas que, dans aucune partie de la province, la chair des bestiaux et des moutons soit plus tendre et plus succulente que celle des moutons et des bestiaux de ces deux comtés ; c’est là une observation faite invariablement par tous les voyageurs qui y passent. Or c’est précisement cette branche de l’industrie agricole, qui pourrait être si lucrative, dont sont privés les habitants des paroisses riveraines du comté de Matane. Heureusement que les nombreux étrangers, qui séjournent en moyenne deux mois de la belle saison à Petit-Métis, apportent quelques adoucissements à cette situation. Ils font nécessairement une grande consommation de viande de boucherie, et l'on voit les cultivateurs de toutes les paroisses environnantes profiter avec émulation de cette manne annuelle, pour écouler au moins une partie de leurs produits ; mais cela ne constitue pas un marché. Hâtons-nous de dire de suite que le nombre des étrangers stationnaires ou simplement visiteurs qui viennent à Petit-Métis, doublerait incontestablement, s'il y avait un chemin de fer à leur portée.

Ils s'échelonneraient tout le long du littoral, «entre Petit-Métis et Matane, apporteraient l’abondance avec eux et contribueraient jusqu’à un certain point à combattre le fléau de l’'émigration. C’est à eux que l’on doit déjà de grandes améliorations, entre autres des routes, de la culture maraîchère, etc... Néanmoins, la culture a fait de très grands progrès depuis une quinzaine d'années ; les habitants se sont en bonne partie débarrassés de la routine ; ils se sont éclairés, se ‘sont familiarisés avec les méthodes nouvelles, et presque sur chaque ferme on voit des instruments agricoles en usage. La population est laborieuse, éveillée, et ne demande qu’à aller de l’avant, pourvu qu'on lui facilite les moyens de le faire. À l'heure qu'il est, les marchands eux-mêmes ne veulent pas acheter les produits des cultivateurs, parce qu'ils ne peuvent pas s'en défaire ; ou bien ils les achètent au prix qu'ils veulent. De même, ils vendent à des prix excessifs, aux cultivateurs, les grains dont ceux-ci ont besoin, par exemple, le blé $2.25 les 60 livres, tandis que la même quantité ne coûte que $1.40 à Québec. S'ils avaient un chemin de fer, les habitants feraient venir directement, au prix de la ville, les grains qui leur sont nécessaires.

Le commerce des patates seul suflrait à en-

richir la paroisse de Saudy-Bay, Et bien ! elles ne s’y vendent que 20 centins le minot, tandis

qu’elles valent 50 centins à quelques milles de là seulement, dans le voisinage de l’Intercolonial. C’est ainsi que les paroisses de Sainte-Flavie et de Sainte-Luce, qui ne sont nullement plus favorisées par la nature que Sandy-Bay, font des affaires magnifiques, en vendant leurs produits au comptant et aussitôt qu'ils sont mûrs, grâce à l’Intercolonial qui les traverse dans toute leur longueur. On dit même que la paroisse de Sainte-Luce produit chaque année plusieurs centaines de mille minots de patates ; on verrait ce fait se reproduire à Sandy-Bay également et à la Rivière-Blanche, siles habitants y avaient un chemin de fer.

Sans avoir besoin de recourir, pour établir des différences, à une paroisse aussi avancée que Sainte-Luce, prenons pour exemple Saint-Damase, qui est une toute nouvelle paroisse, en arrière de Sandy-Bay. Saint-Damase fait beaucoup plus d'argent que celle-ci, parce qu’elle expédie tous s°s produits, comme elle le veut et à l'heure qu'elle le veut, étant placée à une distance de sept milles tout au plus de la station appelée Saint-Moïse, sur l’Intercolonial. En arrière de Naint-Damase et plus bas, dans les concessions en arrière de la Rivière- Blanche, les te-res sont magnifiques ; mais il faut faire cinq à six lieues pour s’y rendre, par des routes passablement montueuses et des côtes parfois difficiles. Ces côtes une fois franchies, on arrive

ln 48.

sur un terrain agricole admirable, qui mène jusqu’à la Baie des Chaleurs.

Il n'y a de curé domicilié à Sandy-Bay que depuis trente ans. C’est en effet en 1860 que le premier curé, M. Dumas, vint s’y fixer. Il n'y avait là alors qu'environ une soixantaine d'habitants. C'est à M. Dumas, c’est aux efforts incessants, au travail infatigable de cet actif et intelligent apôtre que l’on doit tout particulièrement la fondation de la paroisse de Sandy Bay. |

L'honorable juge Tessier me racoutait, tout dernièrement encore, qu'ayant été appelé à se rendre à Matane, il y a une quarantaine d'années, il avait dû faire tout le trajet entre Petit-Métis et Matane, c'est-à-dire près de trente milles, à cheval, le long de la grève, et que, lorsqu'il quittait le bord de l’eau, il s'aventurait dans des sentiers à peine pratiqués à travers les bois. Aujourd'hui Sandy-Bay “ompte dix-sept cents communiants, malgré la diésastreuse dépopulation amenée par le départ de nombreux jeunes gens et même d'anciens citoyens; la paroisse de la Rivière-Blanche compte, de son côté, mille quatre cent trente-sept communiants.

Autre chose, et ceci est une considération de première importance. La côte nord du Saint- Laurent pourrait faire avec les paroisses du comté de Mätane, un commerce de poisson considérable,

sin MB ot

s’il y avait un chemin de fer pour prendre ce poisson à son arrivée sur les lieux et le transporter

à Québec dans de la glace. On pourrait en faire autant pour le flétan, qui se prend en abondance

au large de Saudy-Bay et de la Rivière-Blanche, ce qui serait d’un grand secours pour la partie de la population la plus indigente des deux rives du fleuve. On a vu des goëlettes chargés de poisson traverser du nord à la Rivière-Blanche, et ce poisson, transporté en voiture, se vendre petit à petit le long du chemin, jusqu’à Rimouski. Mais ce sont là des choses qui n'arrivent qu’une fois ; le poisson courrait trop de risques de se gâter à ce jeu. Sije mentionne ce fait, c’est pour établir qu'il serait facile, au moyen de l’embranchement de Matane, de créer toute une industrie locale entre les deux rives du fleuve, industrie qui contribuerait, aussi elle, à retenir dans ses foyers une partie de notr” population. Aujourd’hui le poisson pris au nord ne traverse pas au sud. Il n'y a aucun avantage à cela et même tous les risques à courir. On ne traversera pas une cargaison de cette nature sans être sûr de la vendre immédiatement, et cela surtout l'automne, alors qu'il faut se hâter, à l'aller et au retour, pour éviter les mauvais temps.

Ce qui est vrai du poisson l'est également du bois, Il se fait à la Rivière-Blanche un éommerce de bois relativement considérable, que l’on verrait

lu 46

décupler avec*un chemin de fer, grâce auquel il pourrait être transporté en toute saison de l’année, sans aucun risque. En l'état actuel, ceux qui en font commerce sont obligés de se limiter extrêmement, parce qu'ils ne peuvent expédier leur bois que par des goëlettes et cela encore seulement dans des temps favorables. Ce quiest perdu de fortune publique, ce qui est apporté d'entraves à la colonisation et au développement agricole et industriel de la région qui nous occupe, par l’absence d’un embranchement à l’Intercolonial, est quelque chose d'incalculable ; il faut aller sur les lieux pour s'en rendre compte, et lorsqu'une fois on a bien vu deses propres yeux, on se sent plein de confiance qu'un gouvernement éclairé ne saurait, non seulemeni ue pas différer l'exécution de cette entreprise, mais encore y apporter toute la diligence et tout le zèle possibles.

Il y a dans toutes les concessions du comté de Matane du cèdre, de l’épinette et du bouleau en énorme quantité; néanmoins l'exploitation en est extrêmement limitée, à l’exception de celle du bouleau, grâce à l'exportation directe qui se fait de Matane, comme on le verra plus loin. Aïnsi,on aurait, sur les lieux mêmes, le cèdre pour faire les traverses de l’embranchement projeté, de même qu'il s'établirait un commerce très important de bois de corde, provenant de l'érable et du merisier, commerce qui ferait la forture de

mm ÊT

bon nombre de gens, attirés tous les jours loin de nous par le redoutable aimant des Etats-Unis. D'autre part, plusieurs petites industries. locales pourraient être développées suffisamment pour que leur somme totale produisit un résultat sérieux, pouvant contribuer pour une part appréciable à retenir notre population dans «es foyers. ‘* Un peu d’un côté un peu de l’autre, comme dit le curé Morisset, et l’on arrivera bientôt à rendre tout le monde content de son sort.” C'est depuis 1874 que M. Morisset a été appelé à la cure de Sandy-Bay. (C’est à ses exhortations réitérées, c'est à l'impulsion vigoureuse imprimée par lui à sa paroisse, que celle-ci doit les progrès notables qu'elle a accomplis dans l’agriculture, depuis qu'il en a pris la direction; mais aujourd'hui, quoiqu'il y ait encore beaucoup à faire, tout serait inutile sans la création d’une voie ferrée, et l’une des plus belles paroisses de la Province se trouve- : rait arrêtée en plein essor de progrès.

On peut s’en assurer par un exemple qui vient à point sous ma plume, comme j'allais finir ce qui concerne Sandy-Bay. J’ai mentionné plus haut le commerce de patates et j'ai dit que les cultivateurs de cette localité n’en retiraient pas même la moitié du prix qu’en retirent ceux des paroisses avoisinant l’Intercolonial ; il en est ainsi évidemment des autres produits ; l’avoine, au lieu de se vendre 65 ou 60 centins, prix qu'on la paye à la

Page 1