‹ Les Conceptions Pathogéniques Actuelles Sur Les Affections Intestinales Du NourrissonChapitre 4 sur 11 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Lésions anatomiques

La lésion anatomique la plus fréquente, qui saute aux yeux du elinicien et lui fait immédiatement faire le diagnostic, c’est l’intumeseence de l'abdomen, le gros ventre. Marfan en distingue deux variétés : le ventre {tyYmpanique, dont les principaux caractères sont la tension, la dureté, la sonorité exagérée à la percussion, qui tantôt s'accompagne de constipation, avec rétention plus ou moins complète de matières fécales, tantôt de diarrhée, et qui reconnait pour causes l’augmentation du calibre de l’intestin et la tension de ses parois, parfois liées à une rétention gazeuse, mais le plus souvent à une turgescence congestive ; et le ventre flasque, le plus commun, reconnaissable en ce qu’il est non dépressible, très étalé sur les flancs (ventre de batracien), qu’il donne à la percussion un son tympanique sourd, à la palpation, du gargouillement, et qu'il ne présente pas d'enduration, mais fréquemment un écartement de la ligne blanche donnant lieu à une éventration ou à une hernie ombilicale. Ses causes ne sont ni la distension par les gaz de

l'estomac ou de l'intestin, ni la tuméfaction des ganglions mésentériques, du foie ou de la rate. Elles résident exclusivement dans l'allongement total de l'intestin. 5

Contrairement à ce qui se passe chez l’adulle, où l'intestin de l’homme est plus long que celui de la femme, le sexe, chez l'enfant, n’a pas d'influence sur la longueur de l'intestin. Marfan estime qu'elle est égale à sept ou huit fois la taille du sujet. Elle est relativement plus grande que chez l'adulte. Sous l'influence des processus pathologiques de l'intestin, elle peut acquérir une longueur égale à neuf ou douze fois la hauteur de la taille. On note également une distension souvent énorme de certaines parties de l'intestin, particulièrementde l’Siliaque, ainsi qu'une hypertrophie des ganglions mésentériques. Les parois en sont tantôt hyperémiées, tantôt blanches et comme anémiées. Tiercelin a signalé une teinte hortensia, comme dans le choléra asiatique. Emmet Holt, ayant fait l’autopsie de cinquante-sept enfants ayant présenté du catarrhe dyspeptique ou une diarrhée de courte durée, a trouvé, dans dix-neuf cas, une amplification des follicules isolés, avec ramollissement de leurs sommets, et production d’un nombre considérable d’ulcères ronds, sans aucune tendance à la guérison. Le processus morbide était done circonserit aux éléments Iymphoïdes. D’autres auteurs, parmi lesquels Comby, ont noté la rougeur de la muqueuse, la turgescence des plaques de Peyer, et un déplacement, une ptose, de l'organe.

Enfin, Marfan et Bernard ont, en 1899, signalé,

— — sous le nom de transformation mucoïde, une altéraüon nouvelle des cellules glandulaires de l'intestin, dans les gastro-entérites des nourrissons.

A Pétat normal, disent ces auteurs, l’épithélium intestinal est composé de cellules cylindriques à plateau strié, juxtaposées sur une seule rangée. Dans les glandes, le plateau perd ses stries et devient de moins en moins net à mesure qu'on descend versle fond des tubes. Entre ces cellules, et de distance en distance, se trouvent des cellules caliciformes mucipares, nombreuses vers l’orifice glandulaire et à la surface de la muqueuse.

Chez les enfants atteints de gastro-entérite existent, en outre, des globes réfringents, ordinairement arrondis ou ovoïdes, à limites très nettes, et souvent d’un volume plus grand que celui des cellules épithéliales.

Dans les glandes de Lieberkhün, ils sont inelus dans les cellules glandulaires, ou intermédiaires à ces cellules, ou libres dans la lumière de la glande. Ils sont rares dans la portion profonde, à moins de lésions très avancées ; le tube en est alors complétement rempli. On ne les trouve jamais dans les glandes de Brünner, et rarement dans lépithélium de revêtement.

Ce sont donc les produits d’une réaction spéciale aux cellules glandulaires. On les trouve même dans l'intestin grêle, mais surtout à la fin de l'iléon, et dans le gros intestin. Is sont plus abondants dans le choléra infantile, qui est la forme la plus grave de l’entérite épithéliale.

On ne peut les rapporter à l’action des sucs diges-

| EU tifs, ni à une altération cadavérique. Par leurs réactions histo-chimiques, ils sont analogues aux boules muqueuses qui existent normalement à l'intérieur des cellules caliciformes. Leur substance est donc très analogue au mueus, mais à un mucus modifié, pathologique ; c’est, en un mot, une substance que lFon peut appeler mucoïde.

Peut-être, ajoutent Marfan et Bernard, faut-il voir là un phénomène de défense de lorganisme : le mucus, de réaction alcaline, neutraliserait les acides de la fermentation. De plus, ainsi que l'ont démontré les recherches de Wurtz et de Larmoyez, il possèderait une action bactéricide. Le même rôle de défense reviendrait également, suppose Marfan, à l'allonsement et la distension de lintestin, qui augmentent les surfaces Iymphoïdes, les seules capables de lutter contre l’agent morbide. |

Les lésions de l'intestin que nous venons de décrire se retrouvent avec une grande fréquence dans l'Estomac. La premiére, etla plus marquée, c'est la dilatation de l'organe.

À l’état normal l'estomac de l’enfant sain, à la naissance, à une capacité de 30 à 40 €.c. ; à un mois, de-60 c.c. ; de 2 à 3 mois, de 80 à 100 c.c. ; de 3 à:6, de 120 à 150 c.c. ; de 6 à 12, elle atteint 200 à 220 c.c. ; enfin, de à2ans, 300 à 350 c.c. Pour évaluer la capacité d’un estomac, il suftit de le remplir d'eau, puis de le porter sur une balance, après avoir lié les deux orifices. Comby, sur 80 cas, a trouvé de la dilatation dans 64, ainsi répartis ;

Jusqu'à 3 mois, 26 autopsies, 20 dilat. (150-200, 250, 300, 310 c.c.

De 3 à 6 mois, 19 autopsies, 15 dilat. (300, 330, J40:C.C:}:

De 6 à 12 mois, 28 autopsies, 22 dilat. (350, 400, 440, 480,090," 689) C:C =

De 1 à 2 ans, 7 autopsies, 7 dilat. (de 400 à 740 c.c.).

La poche stomacale descend à l’ombilie, ou même au-dessous; lagrossetubérositésoulèvele diaphragme, refoule le poumon de bas en haut, et remplit lhypochondre gauche. Le pvlore est abaissé; la face antérieure de l’organe répond à la paroi abdominale, à moins qu'elle ne soit Cachée par un paquet instestinal ou par le côlon transverse. Dans ce cas elle n’a aucun rapport avec la paroi abdominale.

On note un développement prématuré du grand culde-sac. |

D'après Marfan, le bruit de clapotage n'existe pas :: Comby le déclare difficile à percevoir et constate qu'il peut manquer.

Ainsi distendu, l'estomac n’est plus qu'une poche inerte qui retient indéfiniment les aliments, et où ceux-ci peuvent s’accumuler, fermenter, et devenir ainsi une source d’auto-intoxication.

En plus de cette dilatation, l’estomac est aminei et ramolli. Ses parois sont très faibles, tantôt anémiées, tantôt hypérémiées, comme celles de l’intestin. Parfois elles se déchirent très facilement à la moindre tentative d'extraction. La muqueuse, atrophiée, est grisätre, putrilagineuse. Dans quelques cas, on la trouve recouverte d’une sorte de sanie noiratre, et

après lavage, elle présente des ulcérations punetiformes, en petits cratères très nombreux, qui peuvent devenir le point de départ d’hémorragies capillaires. Dans d’autres cas, il n'existe pas d’ulcérations, mais un simple pointillé hémorragique.

Enfin, la grande courbure de l'estomac est abaissée, et il y a un relàächement général dans la musculature des liens extenseurs qui fixent ce dernier dans la cavité abdominale (Comby).

Thiercelin, qui à trouvé les mêmes lésions, fait remarquer que le piqueté hémorragique siège de préférence au sommet des plis de la surface muqueuse de l’estomac. Au microscope, il trouve les capillaires très congestionnées, et des cellules Iymphatiques dans les tissus interstitiels, entre les culs-de-sac glandulaires. |

Le foie est, après l'estomac et les intestins, l'organe le plus souvent atteint. À l’état normal, d’ailleurs, il n’est pas identique au foie de l'adulte. La lobulation n'existe pas. Les travées hépatiques, tortueuses, irrégulières, sont rarement formées de cellules placées bout-à-bout en file unique, comme chez l'adulte, le plus souvent de cellules réunies en groupe de 4, 6,10, formant blocs. Le tissu conjonetif est plus abondant, et l'élément vasculaire domine. Le calibre des capillaires est fort variable ; il est inférieur ou tout au plus égal à celui des travées hépatiques. Enfin le foie ne déborde pas les fausses côtes : la limite inférieure correspond au bord supérieur de la sixième côte. (lerrièen)

Les auteurs qui ont étudié ses altérations ont tous

hi —

rencontré de la stéatose, sauf Lewis Smith, dans une série de 32 cas. Parrot signale la dégénérescence graisseuse, avec endo et péri-artérite, endo et périphlébite porte el sus-hépatique, péri-angiocholite, infiltration embryonnaire du lobule. Gastou, qui a fait une étude approfondie du foie infectieux signale, unevéritable hépatite diffuse. Mais dans les cas qu'il a étudiés, il y avait, outre l’infection intestinale, des complications secondaires : tuberculose, rougeole, bron- Cho-pneumonie. Terrien a étudié 28 cas types, indemnes de toute complication et il a noté : un peu d'hypertrophie ; quelquefois une teinte rouge-brun foncé, avec taches blanches anémiques ; plus souvent une teinte chamois, d'apparence graisseuse ou anémique, avec nombreuses taches. À l'examen microscopique, la lésion la plus fréquente est l’infiltration embryonnaire ; puis vient l’altération des capillaires (congestion et capillarite) ; enfin l’infiltration graisseuse et les modifications de l’espace porte (épaississement, infiltration, formation de neo-canalicules). La cellule hépatique présente une tuméfaction du protoplasma, qui reste clair, et prend mal les matières colorantes, et une multiplication des noyaux, qui se colorent normalement. De plus, ses contours deviennent indistincts. L’infiltration graisseuse peut revêtir le type de faux amas fœtaux.On ladistingue de ceux-ci qui sont intra-vasculaires, jamais trabéculaires.

Les reins présentent, d'après Comby, des lésions des bassinets et des calices (pyélite, pyélonéphrite catarrhale) associés parfois à des infarctus uniques. dus à l'existence de sable, de gravier, de véritables

calculs lenticulaires et irréguliers. Comby explique cette lithiase par la déshydration générale causée par la diarrhée. Parfois les poussières uratiques, par leur accumulation en certain point des uretères, peuvent provoquer l’hydronéphrose.

Quant à la rate, son volume reste normal : elle est sèche et non ramollie et jamais amyloide.

Il est un autreordre de lésions sur lesquelles Muller et Manicatide ont attiré l'attention. Elles ont trait aux modifications du système nerveux central. Ces auteurs ont étudié, par la méthode de Nissl, le cerveau de sept nourrissons âgés de trois mois et n’ayant pas eu d’autre affection. De leurs expériences, il résulte : que, dans les cas légers, les corpuseules de Nissl sont disposés irrégulièrement; dans les cas plus graves, ïl existe une dissolution de ces corpuscules dans tout le corps cellulaire ou simplement autour des noyaux, ou à la périphérie des cellules. Dans d’autres cas, la dissolution est partielle et sans localisation précise. Généralement, on trouve encore des corpuscules diminués de volume, plus foncés qu’à l’étal normal, arrondis et ayant perdu leur aspect polygonal. Dans quelques cas, ils sont complètement absents et, à leur place, on voit un réseau de fibrilles fines, dont les mailles renferment une matière incolore. Enfin, la cellule ellemême a perdu sa forme ; ses contours sont peu nets, ses prolongements raccourcis ou disparus. Les noyaux et les nucléoles sont déplacés et, dans les cellules très touchées, on les rencontre plus foncés qu’à l’état normal, uniformément colorés, et les nucléoles sont augmentés de volume.

Nous devons ajouter, en terminant, que certains auteurs ont essayé d'expliquer la nature des affections intestinales par les lésions anatomiques et histologiques qu’elles provoquent. Baginski, Rudolph Fischl et Heubner déclarent que ces lésions relèvent de l’action d’un poison soluble.

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