AU POIINT DE VUE MORAL
§ !•'.-#- Les Conciles mettent en pleine lumière la vraie notion de Dieu, premier fondement de la morale.
Nous allons voir inaintenaiit quels ont été, dans l'ordre moral, les bienfaits des Conciles généraux.
La morale repose sur l'exactitude de deux grandes notions comme sur son vrai fondement. Exacte notion de Dieu ; pour quiconque ne se ferait de Dieu d'autres idées que celles des Musulmans et des Indous, la morale ne serait manifestement qu'une duperie. Exacte notion de l'homme; pour que l'homme puisse être atteint par le devoir que faut-il? Il faut qu'il ait été créé ; s'il est éternel, il ne relève de personne et ne doit rien à personne. 11 faut qu'il ait
été créé libre; s'il n'est pas libre, la conscience et la responsabilité n'existent pas plus en lui que clans le torient de la montagne ou le lion du désert. Il faut que sur sa liberté pèse l'obligation de respecter certaines règles et d'accomplir certaines œuvres; la morale ne serait qu'un jeu pour lui sans cette discipline ^'imposant à sa vie avec autorité. Il faut enfin que l'accomplissement de ses œuvres soit le prix assuré mais nécessaire, l'accès indispensable mais en même temps infaillible de ses destinées immortelles ; supprimez cette perspective, ou, sans la supprimer, rendezla vague, incertaine, insignifiante, et la morale dépourvue de ressort sera impuissante à prévaloir sur les ennemis qu'elle rencontre dans le cœur des individus et dans celui des peuples.
Eh bien ! tandis que les hérésies ont toutes essayé d'arracher ces deux pivots du monde moral, les Conciles généraux les ont maintenus inébranlables. A l'origine, Sabellius détruit la Trinité; Arius anéantit le Verbe ; Macédonius détrône le Saint-Esprit. Tous font de Jésus un je ne sais quoi qu'il est impossible de définir. Les Manichéens du moyen âge, Vaudois et Albigeois, peu importe, bien loin de ramener à leur clarté première ces notions de Dieu et de son Christ, brouillées par les blasphèmes des sectaires antérieurs, ne font que les obscurcir davantage. Enfin, le protestan-
tisme arrive avec son principe de libre examen qui achève de les précipiter vers une éclipse totale et sans espoir. Ainsi voilées, elles étendent jusqu'à la morale l'ombre qui les a couvertes elles-mêmes. Dès qu'on ne sait plus nettement ce que c'est que le Christ, l'autorité de ses lois disparaît ; ses promesses et ses menaces s'évaporent, et la pratique des vertus qu'il a recommandées n'est plus que le témoignage d'un fanatisme volontaire, au lieu d'être la consciencieuse exécution d'un devoir. Nos Conciles, au contraire, depuis Nicée jusqu'à Trente, veillent à ce que la notion de Dieu et du Christ qu'il a envoyé reste toujours en pleine lumière. Autant de fois les novateurs essayent de noyer dans leurs pensées ténébreuses le dogme de la Trinité, autant de fois les Conciles l'arrachent de ces obscurités impies. C'est surtout la vraie connaissance de Jésus-Christ qu'ils font invariablement planer audessus de tout nuage. Ils ne cessent d'affirmer et de répéter qu'il est Dieu et Dieu égal à son Père. C'est un Dieu Créateur de l'homme. C'est un Dieu sauveur. C'est un Dieu législateur, mais un législateur qui parle avecprécision par labouche de son Église ; un législateu r raisonnable et juste dont les commandements ne sont jamais impossibles; un législateur prévoyant dont la sagesse a préparé par avance aux hommes les secours dont ils auront besoin pour observer ses lois ; un légis-
Lateur enfin fidèle à ses promesses comme à ses menaces et disposé à rendre à chacun, dans la vie future, selon le mérite ou le désordre des œuvres faites pendant la vie présente (1). On comprend sans peine qu'en faisant descendre la morale d'une source si haute, les Conciles impriment à ses lois je ne sais quoi de logique et de dominateur, tandis qu'avec les dogmes de l'hérésie, ces lois ne sont qu'une inconséquence sans autorité, parce que la prétendue morale d'où elles émanent est elle-même sans raison.
§ II. — ILies C^oncilcs donnent la seule notion exacte «le riiomnie, second fondement de la morale.
Les hérésies n'ont pas moins compromis la morale en faussant la notion de l'homme. Les uns, comme les Manichéens, ont prétendu qu'il était l'ouvrage d'un principe mauvais et que par là-même il avait le droit d'obéir sans frein comme sans remords à ceux de ses instincts qui le rapprochent de la brute. D'autres
(1) Si quis dixerit Cliristum Jesum a Deo hominibus datum fuisse, ut redemptorem cui fidant, non etiam ut legislatorem, cui obediant : anathema sit. — Concil. Tvld. ^ Décret» deJustif., can. xxr, sess. vi.
n'ont-ils pas supposé qu'il avait une âme comme engloutie dans le corps auquel elle ne donnait ni la forme ni la vie? Sorte de matérialisme déguisé, puisque si les sens ne reçoivent ni leur mouvement ni leur direction de l'âme, l'homme n'agit plus alors qu'à la manière de l'animal sans intelligence et sans responsabilité. Ce que d'autres avaient dit en termes ambigus, le protestantisme vint le dire en termes formels : il affirma, d'une part, que le libre arbitre avait été entièremen-t brisé dans l'homme parla chute d'Adam ; d'autre part, que s'il en restait encore un débris, il serait fatalement, irrésistiblement entraîné par l'impulsion de Dieu qui le remue; que dans ses actions déréglées, ce n'est pas lui mais Dieu même qui opère le mal, de telle sorte que Dieu est aussi bien l'auteur de la trahison de Judas que de la vocation de saint Paul, On ne peut anéantir plus complètement la notion de la liberté humaine et la responsabilité de la conscience, ou plutôt la conscience elle-même. Et pour qu'on sache mieux encore qu'il faul en finir absolumetit avec ces chimères d!«n autre âge, on se hâte de proclamer que l'homme n'a rien à faire pour sa justification, et qu'avec la foi dans le cœur, il peut se passer des bonnes œuvres qui ne sont nullement nécessaires et ne sauraient être méritoires. Trouvez dans tout cela, si vous le pouvez, une place pour la morale ! On ne parle de morale ni à la
4i LES CONCILES GÉNEUÂUX
meule qui broie le grain, ni au tigre qui déchire et dévore sa proie.
Quelle philosophie plus haute et plus saine dans les Conciles! Qui n'a pas lu, par exemple, le Décret du saint Concile de Trente sur la justification, ne connaît pas l'étude peut-être la plus belle qui ait jamais été faite sur l'homme. Toutes nos ruines y sont décrites, mais en même temps tous nos restes de grandeur y sont sauvés. Et ceux qui nient les premières, et ceux qui se moquent des seconds, y sont frappés de communs anathèmes. Prétendez-vous, avec la Réforme, que le libre arbitre de l'homme a péri dans le naufrage de la faute originelle? Entendez la réponse du Concile : « Si quelqu'un dit que le libre arbitre de l'homme, depuis le péché d'Adam, est perdu jusqu'à être entièrement éteint, ou bien qu'il n'est plus qu'une chose :1e nom ou un nom vide de choses, une fiction enfin introduite par Satan dans l'Eglise : que celui-là soit anathème (1)1 » Soutiendrez -vous encore avec la même hérésie que ce libre arbitre, si la chute d'Adam ne l'a pas anéanti, disparaît au moins sous la main de Dieu qui le pousse avec une force également irrésistible
(1) Si quis liborum hominis arbitrium post Adîe pecsatum amissum et cxstinctum esse dixerit; aut rein esse de solo titulo, imo titulum sine re, figinentiiin denique, a Satina invectum in Ecclosiam ; anathema sit. — Gonc. Trid., sess. v, De justif., c. V.
dans les actions bonnes et mauvaises? Ecoutez encore : « Si quelqu'un dit qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de faire ses voies Eiauvaises, mais que c'est Dieu qui opère en lui les œuvres mauvaises comme les bonnes, non-seulement par voie de permiss ion, m^is directement et par lui-même, de façon que la trahison de Judas soit aussi bien l'ouvrage propre de Dieu que la conversion de saint Paul : que celui-là soit anathème (1). » Oserez-vous affirmer que ce libre arbitre, quelle qu'en soit la mesure et la flexibilité, n'est assujetti à aucune autre obligation que celle de croire, et qu'-il peut atteindre au terme de sa destinée sans pratiquer les œuvre de la vie chrétienne? Prêtez une troisième fois l'oreille au Concile : « Si quelqu'un dit que rien n'est ordonné dans l'Evangile, à l'exception de la foi, et que tout le reste est indifférait, n'étant ni commandé ni défendu, mais libre, ou bien que le Décalogue ne regarde pas les chrétiens : que celui-là soit anathème {'!). n Et encore : « Si quelqu'un dit que
(1) Si quis dixerit non esse iii potestate hominls vias suas malas facere, sed mala opéra ita ut bona, Deum operari, non permissive solum, sed etiam proprie, et per se, adeo ut sit proprium ejus opus non minus proditio Judîe quam vocatio Pauli. — Id. ibid. can. vi.
(2) Si quis dixerit nihil prîeceptum esse in Evangelio p raeter fidem, Cîetera (sse indifferentia, neque praeoepta, n eque prohibita, sed libéra ; aut decem prsecepta nihil pertin ère ad Christianos; anathema sit. — Conc. Trid , ut supra,
can. XIX.
l'homme justifié, et si parfait soit-il, n'est pas astreint à l'observation des commandements de Dieu et de l'Eglise, mais seulement à croire; comme si l'Evangile n'était autre chose que la nue et absolue promesse de la vie éternelle, sans la condition pour l'obtenir de l'observation des commandements : que celui-là soit anathème (l) ! )> L'erreur condamnée ici par le saint CiOncile rappelle les doctrines révoltantes de quelques faux mystiques du moyen âge. Ceux-ci prétendaient que l'homme parvenu à une certaine hauteur n'était plus atteint par aucune loi morale et que, dans cette sphère radieuse, les actes les plus immondes devenaient légitimes. Il ne fallait pas alors avaler un moucheron, mais il était permis et louable d'engloutir un chameau (2). Déférés au Concile général de Vienne, ils y avaient été condamnés, comme leurs imitateurs le furent plus tard au Concile de Trente (3) . Et c'est
(1) Si quis hominem justificatum, et quantumlibet perfectum, dixerit non teneri ad observantiam mandatoruni Dei et EcclesiîB, sed tantum ad credendum ; quasi vero Evangelium sit nuda et absoluta promissio vitae œternse sine conditione observationis mandatorum : anathema sit. — Ibid. can. xx.
(2) Duces caeci, excolantes culiceui, camelum autem glutientes. — Matth., xxiii, 2^.
(3) Jejunare non oportet hominem, nec orare, postquam gradum perfectionis hujusmodi fuerit assecutus : quia tune sensualitas est ista perfecte spiritui et rationi subjecta, quod homo potest libère corpori concedere quidquid place t,
llli qui sunt in priedictlT gradu perfectionis, et spiritu libertatis, non sunt liumanœ subjecti obedientijo, nec ad ali-
ainsi que l'Eglise par ses définitions solennelles a constamment raffermi contre ceux qui l'ébranlaient la seconde base de la morale, l'exacte notion de Thomme. Elle a dit en tout temps qu'il est un être tombé; mais elle a toujours aussi déclaré que, dans sa chute, il avait gardé son libre arbitre, meurtri peut-être, mais capable d'agir ; liberté soumise à des préceptes déterminés et précis par le Christ législateur ; liberté qui ne saurait conduire l'homme à sa fin sans passer par l'accomplissement des œuvres qui lui ont été prescrites ; liberté enfin qui, incapable de faire ces œuvres par elle seule, a besoin, pour en venir à bout, d'être assistée d'en Haut, mais qui, pourtant, sous la divine influence qui la guide et la fortifie, retient encore sa souplesse et la puissance de disposer d'elle-même.
Premier service rendu par les Conciles généraux à la morale : ils en ont protégé les fondements principaux contre les agressions de l'erreur, c'est-à-dire l'exacte notion de Dieu et l'exacte notion de l'homme.
qua praîcepta Ecclesiae obligantur ; quia, ut asserunt, ubi spiritus Domini, ibi libertas.
Se in actibus exercere virtutum est hominis imperfecti, et perfecta anima licentiat a se virtutes.
^ Erreurs des Bagnards et Béguines déférées au Concile de Vienne. Voici la condamnation :
Nos, sacro approbante Concilio, sectam ipsam cum pra3missis erroribus damn.amus et reprobamus omnino, inhibentes districtius, ne quis ipsos de Cîetero teneat, approbot, vel defendat. — Concil. Vienn., tit. ih, cap. m.
§ III. -- Lics Conciles sauvegardent Tlionneur de l'E^glise en combattant le relâclienient <les moeui*» et en maintenant la discipline dans le clergé.
Jamais l'Église, considérée dans son ensemble, n'a cessé d'être l'Epouse du Christ, pure, sainte, sans ride, sans tache, digne en un mot de Celui qui l'avait acquise au prix de son sang versé sur le Calvaire (1). Mais à diverses époques, elle a vu quelques-unes de ses provinces déshonorées par le triste spectacle de l'ivraie se mêlant au bon grain. Plusieurs de ses membres, même les plus nobles, se sont laissé envahir par des plaies humiliantes. 11 n'est pas jusqu'à l'or de son sanctuaire qui n'ait été lui-même obscurci par les noires fumées de l'abîme. Mais alors quelle conduite admirable n'a-t-elle pas tenue? Les hérétiques §e sont regardés toujours comme les premiers dénonciateurs des abus dont elle avait à gémir. C'est le uiérile que se sont attribué tour-à-tour Pierre de Bruis, Arnaud de Brescia, les Vaudois et les Protestants ; mais ce n'était là qu'une illusion de leur orgueil
(1) Act. XX, 28.
pbarisaïque. Au lieu de partir de leurs rangs, le premier cri de douleur, la première protestation contre les relâchements ont toujours éclaté du côté de l'Eglise elle-même. Plus tard les sectaires ont pu déclamer et rugir à leur tour contre des abus dont ils étaient très-souvent solidaires, ou qu'ils dépassaient par l'excès de leurs propres scandales. Mais les saints, les évoques et surtout les papes ont eu constamment sur eux les honneurs de l'initiative. Chaque fois qu'ils y ont été conduits par le malheur des temps, ils ont signalé, solennellement et sans retard, à la république chrétienne les maux dont elle avait à reconnaître la honte et à chercher les remèdes. Il est rare que les gouvernements humains aient le courage de faire un aveu de cette nature; l'évidence môme des ulcères qui les dévorent a beaucoup de peine à le leur arracher. Plus généreuse dans sa franchise, l'Église sait avoir aussi plus de résolution pour en finir avec les dérèglements qui l'affligent. Elle n'hésite pas à se former en Conciles généraux, afin de porter un coup plus décisif aux rameaux flétris qu'il s'agit de détacher de son tronc séculaire. Dans la bulle qui convoque les évèques, le Saint-Siège désigne ce travail comme l'une des grandes fins de leur réunion; et ces augustes assemblées elles-mêmes, dès leur première séance, déclarent, comme on le fit à Trente, qu'il leur plaît
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d'ouvrir et de commencer leurs opérations pour arriver, non-seulement à l'extirpation des hérésies, mais encore à la réforme du clergé et du peuple chrétien (1) . Voilà qui est net et incontestable. Ce qui ne l'est pas moins, c'est que ces mots n'ont pas été de vaines paroles, et que les Conciles de tous les temps ont inexorablement porté la main, pour les stigmatiser ou les détruire, sur les abus qui leur étaient dénoncés. Ceux du clergé sont toujours l'objet de leurs premiers coups. — Un moment se rencontre où la simonie empoisonne le sacerdoce et parfois l'épiscopat dans sa source. Les princes et les seigneurs temporels en sont la cause ; à travers les bouleversements du moyen âge ils ont envahi les bénéfices ecclésiastiques, et puis sollicitant, par cet appât, la cupidité des âmes abaissées qui les entourent, ils vendent au plus offrant ces titres dont l'appel de Dieu seul devrait mettre les candidats en possession. Lèpre hideuse contre laquelle le Saint-Siège tonna dès le premier jour. Mais les Conciles généraux ne la traitèrent pas avec moins de ri-
(1) Placetne vobis, ad Landem et gloriam sanctae et indlviduie Trinitatis, Patris et Filii, et Spiritûs Sancti, ad incrementum et exaltationem Fidei, et Religionis Christianîe, ad exstirpationem haîresum, ad pacem et unionem Ecclesire, ad reformationem cleri et populi Christiania ac depressionem et exstinctioncm hostium Christiani nominis, decernere et declarare, sacrum Tridentinum, et générale Concilium incipere et incœptum esse? Responderunt : Placet. — Goncil. Trid., sess. I, 15 Dec. 15^5, Décret, de inchoando Concilio.
gueur. Sur les quatre de Latran, deux la réprouvent en termes de la plus haute énergie (1) ; les Pères de Trente n'en parlent pas avec plus de ménagement (2) ; les uns et les autres ne font que répéter les anathèmes lancés à ce désordre, dès le cinquième siècle, par les six cents évêques de Chalcédoine (3).
Sur un autre poiiît plus délicat encore et considéré, quand il garde pleinement son lustre, comme le plus beau rayon de l'honneur ecclésiastique, les Conciles, chaque fois que les circonstances leur en ont fait un devoir, ont agité le crible avec la même vigueur. Au quatrième siècle la demeure du prêtre est, de temps en temps, le théâtre de cohabitations qui, sans être sûrement coupables, paraissent au moins suspectes; Les Pères et surtout parmi eux les vieux confesseurs de la foi réclament et commandent la suppression, non-seulement du scandale réel, mais même des simples apparences; parce que si le clerc doit être irréprochable devant Dieu, il doit également être irrépréhensible devant les hommes (4). Aussi souvent le même fait s'est reproduit dans le passé, aussi souvent les Conciles se sont efforcés d'en délivrer le sanctuaire, s'inspirant en cela du Concile de Nicée dont ils citent
(1) Concil. Lateran. i, can. i. — Concil. Later. iv, c. lxiii.
(2) Concil. Trid.,scss. XXI. De i?e/brm., c. n,sess. XXIV, c.xif. « (3) Concil. Chalced. can. ii.
(/i) Concil. Nicren. i, can. m, De suhintroductis muîicribus.
32 • LES CONCILES GÉlNÊRAUX
l'exemple (1). Et lorsque, clans certains âges, le désordre est devenu plus sérieux et plus profond, lorsqu'à ces époques malheureuses, on a vu la licence envahir au grand jour une portion de la tribu lévitique, et taire éclater au cœur de Jérusalem des infamies capables d'étonner Babylone elle-même, l'Eglise s'est armée d'un fouet impitoyable pour chasser du temple et ces odieux profanateurs du lieu saint, et les fruits exécrables de leur dépravation. Lisez plutôt les canons édictés contre eux par les Conciles de Latran (2). A quelque genre de devoir que le clergé se montre infidèle, il trouve les Conciles armés du fer pour purifier et guérir les plaies qui le rongent et le déshonorent. Mondanité; luxe, intempérance, cupidité, ils attaquent, suivant les occasions, ces différents vices par des décrets remplis de la force apostolique. Si la contagion s'est étendue jusqu'aux corps religieux, ceuxci sont encore moins épargnés par la sévérité de l'Eglise que ne le sont les clers séculiers. Tant que leur mal est guérissable, elle les maintient, en les réformant ; mais le jour où elle désespère de les guérir, parce que le poison qui les infecte est descendu trop avant dans leurs veines, elle arrache le figuier stérile
(1) Concil. Latcr. i, can. m.
('>) Concil. Later. ii, can. vr, vn, vin. — xxf, xxvi. -— Concil. Later. iv, can. x, iv.
d'un sol que ses rameaux couvrent d'une ombre meurtrière. C'est ce qu elle fit au Concile général de Vienne pour les Templiers. Ce grand ordre militaire s'était, à Forigine, signalé par d'héroïques vertus et des services éclatants. Avec le temps, son extrême opulence lui devint fotale. Des rumeurs de plus en plus accréditées se prirent à l'accuser de crimes abominables. Une vaste enquête fut ordonnée par Clément V : soumis et discutés au Concile de Vienne, les documents de cette immense instruction constatèrent la culpabilité générale autant qu'irrémédiable des chevaliers du Temple; et le Pape, interprète des décisions du Concile autant que de sa propre pensée, déclara que cet ordre était supprimé pour toujours et partout, le royaume d'Espagne seul excepté, et que ses biens serviraient aux chevaliers de Rhodes, chargés désormais, à sa place, de défendre la Terre-Sainte et le sépulcre du Christ contre les Musulmans (1). Ce n'est pas le moment de débattre les questions que peut soulever ce procès formidable. 11 suffit de démontrer par cet exemple que l'EgUse et ses Conciles ne reculèrent pas devant la nécessité de frapper de grands coups et de sacrifier un membre même privilégié, quand il s'agit de faire cesser un scandale et d'éteindre un foyer de corruption dans le monde.
(1) Coiicil. Vienn.
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§ IV. — l*nr quels sages règlements les Conciles veillent s\ l'intégrité et à la sainteté des mœurs parmi les simples fidèles.
Attentive à protéger l'honneur du Sacerdoce et de l'Episcopat, l'Eglise veille avec un soin aussi jaloux sur les mœurs des fidèles. Parmi les institutions qui s'y rattachent, il en est une qu'elle entoure d'une sollicitude spéciale et qui sait au besoin devenir sévère : c'est le mariage. Elle n'ignore pas que la racine de toutes les vertus privées et publiques, chrétiennes et sociales, est là. Que la famille soit pure et sainte dans sa source, on peut tout espérer et pour elle et pour les peuples dont elle constitue l'élément fondamental ; qu'elle soit flétrie et corrompue dans son germe, de son sang vicié sortira-t-il autre chose que des fruits de mort, et pour son propre avenir, et pour la société que ses rejetons devront former en se multipliant? Les gouvernements humains n'ont pas toujours su le comprendre. Bien des fois, même au sein de la civilisation chrétienne, ils ont laissé le mariage s'égarer dans des désordres que repoussaient non-seulement les délicatesses de la conscience, mais les instincts les plus pro-
fonds et les plus sacrés de la nature. Plils inflexible, TEglise refusa perpétuellement de transiger avec de pareilles horreurs. Divers décrets, inscrits dans les actes des Conciles généraux de Latran et dans ceux du Concile de Trente, nous ont apporté le monument glorieux de ses protestations. On y trouve aussi la trace des précautions prises par ces sages et prévoyantes assemblées pour maintenir le mariage à la hauteur où l'a replacé Jésus-Christ, en le ramenant à la forme de son institution primitive (1).
Rien de ce qui toucha à la morale publique n*est indifférent pour ces grandes réunions d' évoques. Des bandes d'incendiaires dévastent certaines contrées ; à l'instant un décret du second Concile de Latran les excommunie et les prive, s'ils meurent sans réparation convenable, des honneurs de la sépulture ecclésiastique (2). A différentes époques, l'usure, pratiquée tantôt par les juifs, tantôt par des catholiques avides d'argent, désole les familles en ruinant leurs affaires. L'Église s'en émeut et, dans plusieurs assemblées œcu-
(1) Concil. Later. i, can. v. — Gonc. Lat. n, can. xvii. — Goncil. Lat. iv, can. l, lu. — Concil. Trid., sess. xxiv, Décret, de Reform. matrim»
(2) Pessimam siquidem et depopulatricem, et horrendam incendiorum malitiam, auctoritate Dei, et Beatorum Apostolorum Pétri et Pauli, omnino detestamur et interdicirnus. IIa3C etenim pestis et hostilis vastitas omnes ah"as deprîedationes exsuperat. ^ Goncil. Later. ii, can. xviii.
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aiéniques, elle contlamme et maudit ceux qui s'engraissent avec cette odieuse avidité de la substance d'autrui (1). Des misérables, travaillés sous une autre forme par la même passion, se permettent de frapper de la fausse monnaie ou de la répandre; les Pérès du premier Concile de Latran leur crient : « Quiconque sciemment fabrique de la fausse monnaie et la sème avec perfidie, que celui-là, en sa qualité de maudit, d'oppresseur des pauvres gens et de perturbateur de la cité, soit séparé de la société des fidèles (2). » Le troisième Concile de Latran descend à des détails plus minutieux encore pour protéger l'humble fortune du peuple. Dans quelques provinces on s'était permis, sans aucune autorisation, d'assujettir à des péages arbitraires les voyageurs, les laboureurs ou les marchands au passage de certaines barrières. Indignés de cet abus, les Pères la réprouvent hautement et décrètent que quiconque s'en sera rendu coupable sans réparation, sera, jusqu'à ce qu'il ait satisfait, privé de la communion chrétienne (3). Voilà comment les Conciles comprennent la probité; ils exigent qu'elle soit poussée jusqu'à la plus extrême délicatesse, et toutes les fraudes, toutes les exactions, toutes les formes de
(1) Concil. Nicœn. i, can. xxir. — Goncil. Later. ir, can.xiir. — Goncil. Later. m, can. xxv. —Goncil. Later. iv, can. lxvii.
(2) Goncil. Later. i, can. xv.
(3) Concil. Later. m, can. xxrr.
cupidité qui peuvent lui porter atteinte, provoquent de leur part des flétrissures ou des châtiments proportionnés à l'injustice plus ou moins profonde dont elles sont accompagnées.
§ V. — I^es Conciles ont toujours revendiqué pour PEglise lu liberté dans réleetlon des Papes et des Kvêques.
Pour maintenir les peuples à l'abri de tous les fléaux dont ils voudraient les préserver, c'est surtout sur l'action du Clergé que comptent les Conciles; et telle est leur persuasion que le Clergé lui-même aura d'autant plus d'ascendant, que les éléments qui le recruteront auront été choisis avec plus de conscience et par une main plus sûre. Dans tous les siècles, les pouvoirs laïcs se sont montrés jaloux d'intervenir dans l'élection des Papes, des Evêques et autres dignitaires ecclésiastiques. Ils y ont été constamment poussés par la persuasion, qu'un Clergé nommé et promu parle fait de leur bienveillance serait toujours l'esclave docile de leurs désirs et servirait au besoin les intérêts de leur politique ou de leurs passions. Mais les pensées de l'Eglise ont été tout autres. Ce fut sa perpétuelle
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conviction, que les puissances temporelles doivent se borner à veiller aux portes du sanctuaire, et que lorsqu elles veulent y jeter violemment les lévites destinés à y remplir les fonctions saintes, elles n'ont ni le droit, ni le privilège de leur porter bonheur. Aussi s'est-elle réservé partout, le plus longtemps qu'elle l'a pu, la liberté d'appeler seule aux honneurs divers du sacerdoce les élus qu^elle en estimait dignes. Quand des laïcs, nobles ou princes, se sont attribué ce droit, sans s'être préalablement entendus avec elle, elle n'a pas craint, même dans des circonstances orageuses, de les menacer d'anathème. C'est ce qu'elle a fait, en 870, au quatrième Concile de Constantinople assemblé contre Photius. Elle y déclara, dans an. canon spécial, qu'au lieu de s'ingérer dans ces grandes opérations, les souverains et les séculiers de tout rang n'avaient qu'à se taire, attendant la décision du collège ecclésiastique chargé de nommer le futur pontife, et que si quelqu'un d'entr'eux, prince ou autre, tentait d'agir contre l'élection canonique, il serait excommunié jusqu'à ce qu'il se fût incUné devant le choix fait par la volonté de l'Eglise (1). Ce langage était vigoureux le lendemain de la promotion criminelle de Photius par Michel et Bardas. Mais il n'en montre qu'avec plus d'éclat combien le Concile tenait énergiquement à ce que la (l) Concil. Gonst. iv, eau. xxii.
CONCIl.ES DU PASSE 59
main des laïcs fut écartée des élections épiscopales. L'Eglise n'a pas mis une sollicitude moins jalouse à l'éloigner de l'élection des prêtres et des simples clercs. Qui sentirait la tentation d'en douter n'aurait qu'à lire, pour s'en convaincre, les canons disciplinaires du quatrième Concile général de Latran ; il s'assurerait sans peine, en parcourant ces décrets, qu'à Rome on n'avait pas parlé plus mollement qu'à Gonstantinople (1). Et certes, quand on se rappelle comment les choses se passaient à ces époques tourmentées par l'ingérence du siècle dans les affaires de Dieu, on comprend sans effort que l'Eglise eut à cœur de rester maîtresse chez elle et de n'ouvrir qu'aux hommes de son choix les barrières de l'épiscopat ou de la cléricature. Un protestant illustre de nos jours l'a proclamé dans un de ses écrits : « Quand le clergé élisait les évèques, il les prenait dans son sein ; il choisissait des hommes déjà connus- et accrédités dans le diocèse. Quand, au contraire, une foule d'évêques reçurent leur titre des rois, la plupart arrivèrent étrangers, inconnus, sans affection comme sans crédit dans le clergé qu'ils avaient à gouverner. Pris même dans le diocèse j ils y étaient souvent dépourvus de considération ; c'étaient des intrigants qui avaient réussi par des voies honteuses, ou même à prix d'argent, à obte- (1) Coiicil. Later. iv, can. xxin.
nir la préférence royale (1). » Ce malheur, lié au régime des concordats, était épargné à l'Eglise sous les bons princes; mais sous les mauvais princes et sous des ixiuces naturellement honnêtes, mais inspirés ou dominés par de mauvais ministres, il désolait fréquemment le sanctuaire. Dans tous les temps, le même régime expose par intervalle l'Eglise aux mêmes chagrins, et elle préférera toujours de beaucoup, à cet ordre de choses, la liberté d'élire et d'appeler par elle-même ceux à qui doivent être confiés les honneurs et les fonctions du ministère ecclésiastique. Elle est sûre que par là le sel de la terre échappera mieux au danger de s'affadir, et la lumière des peuples à celui de s'éteindre.
§ VI. — Les Conciles ont énorgîquement combattu Tingérencc du pouvoir cîvîl dans U\ collation des dignités et des offices ecclésiastiques.
Un autre motif qui fit redouter à l'Eglise, dans tous les âges, l'intervention des séculiers dans les nominations et les promotions ecclésiastiques, c'est la mobi-
(1) \] r.uizot
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Jilé que cet abusintroduit dans le clergé sur lequel s'étend sa prérogative. Les laïcs assimilent volontiers les dignités du sanctuaire aux dignités du monde. Dans la société civile on fait passer un fonctionnaire d'une position plus obscure à une position plus élevée. On fait briller à ses yeux l'espoir de cet avancement comme une récompense de son dévouement et de sa fidélité, si bien qu'on prétend faire en lui de l'ambition comme un ressort de la conscience. Du gouvernement des Etats, les laïcs transportent, sans scrupule, ce système dans le mouvement du Clergé, quand il leur est permis d'y prendre part. Ils diront facilement au mérite de monter plus haut; ils le diront avec plus d'empressement encore à la complaissance. Cette perspective d'une fortune capable de grandir est un attrait sur lequel ils comptent un peu pour susciter des vertus, et beaucoup pour obtenir des "Services. Ce fut autrefois le calcul de la cour de Constantinople et la tentation du Clergé qui l'entourait. Pour parer à ce péril, les Conciles, dès le temps de Constantin, réprouvèrent ces déplacements comme une porte ouverte à l'ambition. Les Pères de Nicée donnèrent le signal j leurs voix trouvèrent de l'écho dans l'assemblée de Sardique qui ne fut pour ainsi dire que le prolongement de celle de JNicée; et Chalcédoine vint à son tour confirmer ces décisions par le poids et l'autorité de ses six cent trente
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évêques (1). Depuis lors, l'Eglise s*est vue contrainte de se prêter à ce genre de mutations sur la demande des pouvoirs civils. Mais ce ne fut jamais sans quelqae tristesse, parce qu'elle comprit toujours ce qui pouvait sortir de 1*^ pour enivrer l'orgueil et séduire la conscience. Armée ainsi contre la soif des honneurs, elle a su précautionner aussi le Clergé de tous les ordres et de tous les âges, contre chacune des autres passions auxquelles son libre arbitre permet de l'attaquer jusqijp sur les marches de l'autel. Par une foule de décrets protecteurs, elle en a pris, de tous les côtés, la faiblesse et la vie, la première afin de la soutenir contre les défaillances, la seconde afin de la faire monter à sa véritable hauteur, et le but suprême qu'elle s'est proposé dans l'institution de cette discipline tutélaire c'est de faire que ses ministres et les pasteurs des peuples assurent et fortifient, par l'irréprochable régularité de leur conduite, la divine efficacité de leur apostolat. 11 faut l'entendre dire par le saint Concile de Trente, rassemblant dans la majesté de sa parole la majesté de tous les Conciles et de tous les siècles. « Rien, c'est lui qui parle, rien ne porte plus à pratiquer la piété et à honorer Dieu, que la vie et l'exemple de ceux qui se sont consacrés au saint ministère. Quand on les voit séparés
(I) Concil. Nicsen. i, can. xv, — Concil. SardiCi can. i. ^ Concll. Calced., can. v.
des choses du siècle et debout sur des lieux élevés, la foule des fidèles jette sur eux ses yeux comme sur un miroir, et cherche, dans leurs actions, le modèle qu'elle doit imiter. Il est donc de tout point convenable que les clercs admis dans l'héritage du Seigneur composent tellement leur conduite et leurs mœurs, que dans leurs vêtements, leurs gestes, leur démarche, leurs discours et tous les autres détails de leur extérieur, rien ne se rencontre qui ne soit grave, modéré, plein de religion. Il faut aussi qu'ils fuient les fautes légères, parce que pour eux elles seraient grandes; il faut enfin que chacun de leurs actes inspire pour eux une sorte de vénération. Et parce qu'il importe d'observer ces choses avec plus de diligence, précisément parce que l'Eglise de Dieu peut en recevoir plus d'avantages et plus d'ornement, le saint Concile décrète que tout ce que les Souverains -Pontifes et les Conciles antérieurs ont statué, avec tant de détails et de sagesse, sur la vie des '^clercs et contre les divers écueils qu'ils doivent fuir, doit être exécuté comme auparavant et sous la sanction des mêmes peines ou de peines plus grandes encore, si l'Ordinaire le juge opportun (i). »
(1) Nihil est quod alios magis ad pietatem et Dei cultum assidue instruat quam eorum vita etexemplum, qui se divino ministerio dedicarunt : cum eiiim a rébus s?ecuii in altiorem sublati locum conspiciuntur, in eos, tanquam in spéculum, reliqui oculos conjiciunt, ex iisque sumunt quod imitentur.
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§ VII, — Les Conciles ont été le» seuls vruîs
Voilà les services principaux rendus à la morale par les Conciles œcuméniques; ils en ont gardé les fondements inébranlables; ils en ont iiiaintenu les règles au-dessus de tout obscurcissement; ils en ont assuré la pratique, autant que la liberté humaine pouvait le permettre, par l'institution d'une discipline aussi prévoyante que tutélaire; enfin, quand ils n'ont pu la protéger contre l'irruption des désordres et des abus, ils se sont au moins noblement efforcés de fermer la brèche par où ce torrent impur avait passé, et c'est ordinairement avec succès qu'ils ont relevé devant
Oiiapropter sic decet omnino Clericos, in sortem Domini vocatos, vitam moresque suos omnes componere, ut habitu, gestu, incessu, sermonc, aliisque omnibus rébus ni), nisi grave, moderatum ac religione plénum, prie se ferant; levia etiam delicta, quse in ipsis maxima essent, effugiant; ut eorum actiones cunctis afferant venerationem. Cum igitur quo majore in Ecclesia Dei, et utilitate et ornamento hsec sunt, ita etiam diligentius sint observanda, statuit sancta Synodus ut quse alias a Summis Pontificibus et a sacris Gonciliis de clericorum vita, honestate... copiose ac salubriter sancita fuerunt, eadem in posterum iisdem pcenis, vei majoril)us arbitrio Ordinarii imponendis observentur. -- Goncil. Trid. sess. xxiii, De Reform, cop. i.
lui Jes digues abattues. Dans les décrets qu'ils nous ont laissés, on voit presque toujours une page consacrée à la Réforme, et ce tilre n'est pas un vain mot. Presque toutes les hérésies se sont données pour des ,Ré formations : les Vaudois, les Albigeois et les Wiclofites n'ont pas manqué de s'attribuer cette gloire; mais nulle secte ne l'a revendiquée avec un oi'gueil plus superbe que le Protestantisme, puisqu'il s'est appelé dès le commencement et qu'il s'appelle encore aujourd'hui la Réforme. Et qu'a-t-il réformé? Il a réformé la foi, en l'anéantissant; il a réformé le culte, en rnbolissant; il a réformé l'Eglise, non-seulement en se dérobant à son autorité, mais en en perdant jusqu'au dernier vestige la véritable notion ; il a réformé la morale, en supprimant le libre arbitre, en émancipant la virginité monastique pour la précipiter dans des mariages adultères, en autorisant le fanatisme de ses adeptes à s'approprier ou à dévaster les biens des églises et des monastères, en permettant au divorce de pénétrer dans les lois, en décernant enfin à la conscience de chacun le droit de fixer son devoir comme de former son symbole. Singuliers réformateurs qui, pour purifier la maison sainte, ont entrepris de l'incendier, et l'auraient réduite en cendres, si Dieu, qui l'a bâtie de sa main, ne l'avait faite indestructible! Dans le même siècle où Luther et Calvin travaillaient à la
Zi.
Réforme de cette étrange façon, le Concile de Trente vint y travailler à son tour. Plusieurs chapitres, dans ses actes admirables, ne s'en cachent pas et s'intitulent hardiment: De Reformatione. Qu'on les compare avec les procès- verbaux des synodes et des colloques, tenus alors par le Potestantisme naissant; qu'on en suive le prolongement à travers les trente Conciles particuliers qui se chargent, immédiatement après la clôture de la grande assemblée, d'en appliquer les ordonnances à l'Italie, à l'Espagne, à la France, à l'Angleterre, à la Germanie; qu'on rapproche enfin ces monuments sacrés et la législation magnifique dont ils sont dépositaires de cette discipline vénérable de l'antiquité chrétienne qui les inspire, même quand les besoins des temps nouveaux les forcent à s'en écarter, et l'on verra que, depuis dix-huit cents ans, c'est là le seul flambeau dont la lumière ait sûrement éclairé, sur le devoir et la vertu, la conscience et la marche des peuples.
COiNCILES DU PASSÉ
BIENFAITS DES CONCILES