AU POINT DE VUE DE LA CIVILISATION GÉNÉRALE
§ I". — Leur ealutalre influence s^exeree au profit des peuples sur les princes.
Il suffît d'un seul et rapide coup d'œil pour apprécier les services rendus par les Conciles à la civilisalion générale !
Le premier fut la haute magistrature exercée par les Conciles sur les princes et les gouvernements infidèles à leur mission. Voici, par exemple, le premier Concile général de Lyon en 12/i5. Innocent IV le préside; cent quarante évoques l'entourent; Baudoin, empereur de Constantinople, Raymond, comte de Toulouse^ et les représentants d'un certain nombre de princes siègent, non pas comme juges, mais comme assistants dans l'assemblée. Cité par le Pape à compa-
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raître pour rendre compte des forfaits publics qu'il a commis, Frédéric, empereur d'Allemagne, s'est abstenu de répondre à l'appel, mais il a délégué Thaddée de Suesse pour entendre les accusations et le défendre, Après l'insuffisante plaidoirie de cet avocat, écrasé sous le poids d'une mauvaise cause, Innocent IV déclare Frédéric accusé et convaincu de quatre grands crimes : le parjure, le sacrilège, l'hérésie, la félonie; et s'appuyant sur ces griefs aussi impossibles à excuser qu'à niej', il prononce en ces termes la sentence de déposition contre l'Empereur : « Sur tous ces excès et plusieurs autres, après avoir délibéré soigneusement avec nos frères et avec le Concile, en vertu du pouvoir de lier et de délier que Jésus-Christ nous a donné en la personne de saint Pierre, nous dénonçons le prince susdit privé de tout honneur et dignité dont il s'est rendu indigne 'par ses crimes, et l'c n privons par cette sentence : absolvant pour toujours de leur serment tous ceux qui lui ont juré fidélité, défendant fermement que désormais personne lui obéisse comme empereur ou comme roi, ni le regarde comme tel, et voulant que quiconque à l'avenir lui donnera aide et conseil en cette qualité^ soit excommunié par le seul fait (1). ».
Les libres-penseurs de notre temps, philosophes,
(1) Act. Coiicil. Lugd. r, ann. 12A5.
journalistes ou hommes d'Etat, s'indignent de cette puissance judiciaire, de cette haute répression exercée par les papes et les Conciles sur les rois ou les gouvernements du moyen âge. Mais de quel droit les condamnent-ils? Us sont sans cesse à nous répéter, quand ils occupent des positions subalternes, que le pouvoir suprême incline toujours par son propre poids du côté de l'arbitraire et de la tyrannie ; qu'il importe d'avoir dans les institutions sociales une barrière qui l'arrête dans ses écarts et protège contre ses débordements la liberté comme la dignité de3 peuples, et que si, par l'absence ou l'impuissance de cette garantie, il se laisse entraîner à des excès sans frein, il faudra bien que la société se défende elle-même et mette les oppresseurs à la raison. C'est de là qu'est sorti ce régime constitutionnel dont nous sommes si fiers, et parce que ce régime lui-même n'a pas paru toujours offrir un abri suffisant aux droils des nations, la Révolution s'est chargée d'exercer sur les gouvernements une dictature vengeresse. Elle a fait de la conspiration sous toutes ses formes l'instrument ordinaire de ses sombres desseins. Conspiration des princes ambitieux, s' estimant prédestinés à jeter bas du trône les membres couronnés de leurs familles; conspiration de seigneurs et de nobles ruinés, aspirant au bouleversement social pour refaire leur fortune; conspiration de
généraux félons et traîtres, se faisant un jeu de renverser et de chasser des dynasties qui les avaient engraissés de faveurs ; conspiration de bourgeois et de lettrés vaniteux, ne pouvant comprendre que la nature ne les ait pas fait naître Te front ceint d'un diadème; conspiration des sociétés secrètes, radicalement ennemies de tout gouvernement honnête, de toute puissance légitime, et incapables d'être satisfaites tant que des fils de Satan ne porteront pas dans leurs mains tous les sceptres du monde. Voilà le haut tribunal qui^ depuis bientôt un siècle, s^est emparé du droit d'élever ou d'abattre les trônes, de faire ou de défaire les rois. Cette sublime magistrature de la révolte traite les souverains sans façon ; quand elle réussit, elle les congédie comme on ne chasserait pas un esclave; et la bouche d'un factieux, d'un parjure, d'un régicide, souvent d'un monstre, lui semble facilement ^ssez bonne, assez respectable, assez autorisée pour proclamer l'éternelle déposition d'une antique race de princes et délier leurs sujets du serment d'obéissance et de fidélité. Sans avoir un âge patriarcal, n'avonsnous pas eu déjà plusieurs fois sous les yeux, en Europe, ce dégoûtant spectacle?
Et ce qu'il y a de plus triste c'est de voir et les rois les plus hautains, et les hommes d'Etat les plus fiers, et les honnêtes gens les plus monarchiques, ac-
cepter sans protestation comme sans honte ces manœuvres et ces arrêts de la Révolution. Ils s'indignent, au contraire, au souvenir des sentences de déposition prononcées autrefois contre les souverains, même les plus criminels, par les papes et les Conciles œcuméniques. Et cependant, combien cette grande institution du moyon âge était plus digne des princes et plus salutaire aux peuples! C'était alors, pour juger les premiers, le tribunal le plus auguste, puisqu'au lieu d'un sénat de rois, on avait presque, suivant le beau mo;; de l'Ecriture, un tribunal de Dieux (i). C'était un tribunal intelligent : quel autre même aujourd'hui réunirait plus de lumières? C'était un tribunal éminemment honnête, puisqu'il se composait des plus hauts représentants de la conscience et de la vertu dans le monde. C'était un tribunal plein de largeur et d'équité; toujours il admettait le prévenu royal à se défendre librement j au Concile de Lyon, Thaddée de Suesse put présenter tout h l'aise la justification de Frédéric son maître. C'était un tribunal clément, malgré ses apparentes rigueurs; la franchise des aveux, la sincérité du repentir, une sérieuse promesse d'amendement réussissaient presque toujours ou à le désarmer, ou à lui arracher la réhabilitaiion des coupables quand eHe était encore pos- (1) Psalm. Lxxr, 1.
sible. Par-dessus tout cela c'était un tribunal accepté par ceux qui devaient y comparaître; avant d'êt/e frappé, Frédéric ne conteste pas au Concile la validité de ses pouvoirs et de sa juridiction ; et si, après sa déchéance prononcée, il soulève des objections, elles portent moins sur le fond de la compétence qu elles ne s'attachent à des détails de procédure. Enfin, c'était un tribunal consacré par la ^sanction du suffrage universel; les peuples européens sentaient à merveille les bienfaits que leur assurait cette suprématie de l'Église, et bien loin de l'insulter ou de la maudire, ils s'abritaient avec bcmheur sous son ombre tutétaire, tandis que les souverains égarés eux-mêmes y trouvaient un moyen d'être ramenés au devoir ou d'expier leurs fautes, sans avoir à passer par les violences de leurs sujets en courroux. Il serait bien à souhaiter, pour les uns et pour les autres, que la Révolution restituât à nos Conciles cette grande judicature dont elle s'est emparée pour le malheur et l'opprobre de tous. Voilà le premier service rendu par les Conciles œcuméniques à la cause générale de la civilisation : c'est d'avoir exercé, vis-à-vis des pouvoirs prévaricateurs, une autorité modératrice ou vengeresse. — Par un second service, ils ont armé les bras des rois et des peuples contre le plus grand ennemi de la civilisation chrétienne au moyen âge, c'est-à-dire les Turcs.
§11. — I^es Conciles ont sauvé TESurope de 1&. barbarie musulmane.
Nous n'avons à faire ici ni l'histoire ni l'apologie des Croisades. Ce qu'il importe seulement de rappeler c'est que, daus ces âges de* fer où le Sarrazin se précipita sur l'Europe et menaça de l'engloutir, l'effroi fut ^ universel. Les rois s'épouvantèrent pour leurs États; l'Église à son tour trembla pour les âmes. Et profilant de l'ascendant imaiense que lui clonnait la piété commune des gouvernements et des peuples, elle fit tous ses efforts, non-seulement dans les Conciles particu^ liers, mais encore dans les Conciles généraux, pour soulever l'Europe et la pousser à refouler, par-delà les mers, ces flots de Musulmans que l'Orient avait vomis contre elle. Plusieurs de ces réunions sont convoquées^ à cette fin; les Papes ou ceux qui président à leur place le déclarent dans leurs bulles d'indiction ou dans leurs discours d'ouverture. On trouve la trace de cette préoccupation jusque dans la bulle par laquelle Paul III invite les Évêques et les Princes au Concile de Trente (1). Des grâces spirituelles immenses sont
(1) Gum tutam, atque miinitam ab infideliUm armis atque insidiis rempublicam optaremus; nostris erratis, nostraque
assurées à ceux qui se dévoueront à ces expéditions saintes. On leur promet avec une générosité presque égale des avantages temporels. S'ils ont besoin de subsides, on les leur vote par acclamation (1). Pendant leur absence, quand ils sont fidèles à leur serment, on veille sur leur fortune afin qu'elle ne soit pas compromise (2). S'ils ne partent pas après avoir promis de sa croiser, on les oblige à tenir parole en les menaçant d'excommunication (3). Et lorsque cette défection, ce parjure, est le crime d'un prince, lorsque surtout ce monarque félon s'obstine dans son refus de marcher contre l'infidélité, les Conciles l'appellent à comparaître devant eux pour rendre compte de cet acte de trahison ou de lâcheté, si ce n'est pas l'un et l'autre ensemble. On en rencontre une preuve frappante dans le procès de Frédéric au premier Concile de Lyon (A) .
Certes, ce n'est pa^ à nous, Français, qu'il appar-
cunctorum culpa, Dei videlicet ira peccatis nostris imminente, Rhodus fuerat amissa, Hungaria vexata, conceptum et meditatum contra Italiam, contraque Austriam, et lUyricum terra, marique bellum; cum impius et immiiis hostis noster Turca nullo tempore requiesceret, nostrorumqiie inter se odia, et dissensiones, suam bene gerendae rei occasionem duceret. — Bulla indiction. — Pauli P. ni. — - Dat. Rom. xi kal. Jun. 1562.
(i) Goncil. Vienn.
(2) Coricil. Later. i, can. xi.
(3) Concil. Later. i.
{fi) Concil. Lugd. i, cess. iv.
lient de blâmer cette politique adaiirable des Conciles généraux. Voici trente-neuf ans bientôt que nous luttons en Algérie, nous la première nation militaire du monde, contre ces fds du Prophète qu'abhorraient tant nos aïeux. Dix mille fois, durant cette longue possession, nous leur avons fait sentir la puissance de nos armes; ni les gorges profondes de leurs montagnes, ni les sables brûlants de leurs déserts n'ont pu les soustraire aux coups inévitables de notre épée. Le sang que nous leur avons Aiit verser et celui que nous avons perdu nous-mêmes rougirait presque la grande mer qui nous sépare de cette colonie si chèrement achetée. Et l'Arabe, après quarante années de défaites, est encore \h debout clans la double immutabilité de son fanatisme pour le Coran et de sa haine pour notre civilisation. Et nous sommes encore forcés, comme au premier moment de l'occupation, de veiller jour et nuit sous les armes, afin de n^^pas nous laisser surprendre par la panthère qui nous observe et ne Manquerait pas de nous égorger si nous venions à nous endormir. Jugez par là de ce que le Turc eût fait,- il y a cinq ou six siècles, si l'Europe n'eût été serrée dans une ligue ferme et compacte pour «lui opposer une barrière. iMaître alors non-seuleuient de la Palestine, mais des Archipels de la Grèce, de l'Afrique, d'une partie de l'Espagne et d'autres régions, ivre de sa
force et de ses triomphes auxquels peu de revers encore étaient venus faire contrepoids, il aurait pu s'installer aisément en vainqueur au centre et sur les ruines de notre civilisation naissante. Un immense faisceau des nations chrétiennes réunies pouvait seul l'arrêter dans sa marche victorieuse, et, ce faisceau lui-même, les Papes et les Conciles pouvaient seuls, au milieu des discordes qui divisaient le monde, réussir à le constituer. Ils le formèrent, en effet, malgré les rivalités mutuelles des gouvernements et celles des peuples. Le succès des croisades ne répondit pas toujours à leurs vœux; mais enfin leur initiative avait indiqué le moyen de salut, et ce furent en définitive ces saintes coalitions, dont ils avaient été les organisateurs, qui dérobèrent nos aïeux au péril de devenir Musulmans.
III. — Ijtk vérité catholique doit aux Conciles ses triomphes sur les hérésies»
Outre les croisades contre le Turc, les Conciles
généraux en provoquèrent contre les hérétiques. Il
serait superflu de reprendre ici leur justification, quand
déjà tant de fois nous sommes revenus.sur cette ques-
tion, beaucoup plus simple et-be,auQOup moins difiicile que ne le suppose la colère des libres-penseurs : nous nous bornerons à rappeler quelques points essentiels et pleins de lumière.
!• Nul n'était considéré comme hérétique sans un procès en règle qui, après l'avoir admis à la pleine liberté de s'expliquer et de se défendre, l'eût convaincu non-seulement d'erreur, mais encore d'erreur opiniâtre et incurable dans la foi.
2" Quiconque faisait profession d'hérésie outrageait par là' même la loi fondamentale de l'Etat : ce qui aurait déjà suffi pour appeler sur sa tête la rigueur du bras séculier.
3° Les sectaires contre lesquels les Conciles généraux réclamaient ou commandaient l'intervention de la force, n'étaient pas d'inoffensifs discoureurs, perdant leurs journées à disserter sur des questions métaphysiques, entre des murailles sans écho. C'étaient des apôtres de révolte^ de brigandage et de guerres fratricides ; c'étaient des agresseurs armés et violents d'un culte publîc et publiquement consacré par le droit national ; c'étaient des perturbateurs criminels du repos de citoyens paisibles qui ne s'étaient permis à leur égard ni injustice ni outrage et qui méritaient, par conséquent, d'être respectés comme ils respectaient les autres; c'étaient des incendiaires, des spoliateurs et
des assassins, s'en allant par bandes sauvages dévaster, piller et tuer tout ce qui se trouvait sur le chemin; c'étaient des libertins qui, sous le masque d'une délicatesse pharisaïque, obéissaient aux instincts les plus désordonnés et travaillaient à faire pénétrer dans les mœurs générales l'habitude et le goût des plus horribles débauches. Les voilà, sans calomnie et sans exagération, ces hérétiques auxquels la librepensée témoigne dans ses histoires un si touchant intérêt: c'est-à-dire que l'Eglise eut mille fois raison dans ses Conciles généraux , ceux de Latran par exemple (1), d^appeler sur cette race d'hommes turbulents, sacrilèges et sanguinaires, les anathèmes de l'épiscopat et les sévérités du pouvoir temporel. C'était une évidente nécessité d'ordre public et la juste application du droit de légitime défense.
A° Enfin, quand les hérétiques voulaient revenir, de quelque déchéance qu'ils eussent été frappés, l'Église avait les bras ouverts pour les recevoir. Une pénitence proportionnée à îéurs fautes et à leurs scandales leur était imposée, pénitence toujours légère si grande qu'elle pût être. Cette satisfaction donnée avec des gages éclatants de regrets et de conversion, il n'était pas rare qu'on leur rendît et l'exercice des fonctions
(1) Goncil. Lateran. l'i, can. xxni. — Concil. Lateran. ni, can. xxvii. — Concil. Literan. iv, cap. in.
iOO LES CONCILES GÉNÉRAUX
qu'ils avaient autrefois remplies, et la possession des honneurs dont ils avaient été revêtus (1).
Ainsi l'Eglise faisait-elle dans sa conduite une juste combinaison de vigueur et d'indulgence. Inexorable pour les sectaires entêtés, elle a défendu par cette fermeté, non moins prévoyante que légitime, les intérêts de la civilisation contre le plus grand de ses dangers intérieurs. Uunité de croyance rompue, la religion vraie remplacée par un fanatisme sauvage, le lien de J'obéissance brisé an sein des peuples, la barrière des mœurs emportée par un libertinage sans frein, la discorde allumant de rois à sujets et de concitoyens à concitoyens des guerres implacables, la société perdant par là-même en luttes sanglantes, en 'déchirements stériles un temps et des forces qu'elle aurait pu consacrer, sous un ciel plus tranquille, à de féconds et glorieux progrès : voilà les maux dont les Conciles ont voulu nous préserver. Le monde contemporain n'a guère compris leur sagesse; mais aux yeux de tout homme intelligent et impartial, cette sévérité qui sut si bien allier la vigueur à la discrétion, leur fera toujours un incomparable honneur.
(1) Concil. Nicîen. t, can. viir, xix. — Concil. Constant, i, can. VI.
§ IV. — La fraternité des peuples est l'œuvre des Conciles.
Le dernier service des Conciles œcuméniques, ce sont leurs efforts pour amener ou plutôt pour rétablir la fraternité des peuples.
C'était d'abord un grand spectacle offert au monde que celui de ces assemblées où l'Orient et l'Occident se trouvaient réunis, où les patriarches des vieilles Églises d'Asie se laissaient présider par des légats venus d'Italie ou d'Espagne, où les Papes, tantôt en personne, tantôt en celle de leurs représentants, se voyaient entourés ou d'empereurs et de rois, ou d'ambassadeurs envoyés par les souverains des grandes nations civilisées et même quelquefois par le khan des Tartares. Il y avait dans ce rapprochement de toutes les dignités, de toutes les races et de toutes les langues, je ne sais quel air de famille dont le charme divin tendait manifestement à prévenir ou à guérir toutes les ruptures ; il n'y avait personne qui ne senlît vivement alors combien il devait être ravissant et beau de ne former qu'un seul et même troupeau sous un seul et même pasteur.
Tel était, au reste, le grand résultat que l'Église se déclarait désireuse de procurer et d'atteindre. Grégoire X Tavoue solennellement au deuxième Concile de Lyon (1). Eugène IV le proclame en termes qui ne sont pas moins explicites au Concile général de Florence (2) . Certes, pour arriver à cette conciliation si désirée et si désirable, l'Église était bien décidée à ne faire aucune concession de doctrine ; sur les points controversés, c'est-à-dire sur l'addition Filioque^ la procession du Saint-Esprit, l'état des âmes après la mort, la matière et la forme du sacrifice eucharistique, la primauté et les droits du Pape, le respect de la vérité divine lui commandait de rester immuable. Mais elle voulut tenter d'amener une paix solide par une controverse approfondie. L'illustre Bessarion et Marc d'Epbèse développèrent avec liberté tous les arguments favorables à la doctrine des Grecs ; le cardinal Julien, André de Rhodes, Jean de Forli et un provincial des Frères-Prêcheurs les combattirent. Cette réfutation parut tellement décisive que les Orientaux le reconnurent avec une bonne foi généreuse. Un décret d'union, rédigé par douze commissaires des deux langues, fut adopté dans une congrégation générale : quand le cardinal Julien et Bessarion le lurent tour à
(l) Concil. Lugd. ii, sess. 1.
(•2) Act. Concil. Flor.
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tour en grec et en latin dans la cathédrale de Florence, l'assemblée s'unit avec un frémissement immense de joie au lyrique début de cet acte pacificateur : (( Que les cieux se réjouissent et que la terre tressaille ! Il est tombé le mur qni séparait autrefois l'Église d'Orient de celle d'Occident (1) ! » Voilà ce que répétèrent, autour de Jean Paléologue, les Métropolitains de Bulgarie, de Moldavie, de Valachie ; voilà ce aue redirent avec eux les représentants de Tempe^ reur d'Ethiopie, les délégués du patriarche des Arméniens et de celui des Jacobites, des Syriens, des Maronites, des Chaldéens ; et c'est ainsi que, grâce à la sagesse du Concile qui les avait convoqués, un vaste et heureux cri de paix, parti du pied des Apennins et des rives de l'Arno, s'en alla retentir sur les rivages du Bosphore et de l'Euphrate et jusque dans les gorges du Taurus et celles du Liban. Nous n'ignorons pas que par les indignes manœuvres de Marc d'Ephèse, les Orientaux furent bientôt entraînés à revenir sur leur signature et à mettre, en lambeaux ce symbole de foi qu'ils avaient acclamé. Mais l'assemblée de Florence n'en avait pas moins fait une œuvre magnifique de rapprochement ; et depuis le lâche parjure par le-
(1) Lsetentur cœlj et exultet terra! Sublatus est enim de raedio paries, qui occidentalem orientalemque dividebat Ecclesiam. — Gonc. Flor. Décret, Eug, IV. '
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quel ils l'ont anéantie, les Grecs ont pu voir jusqu'à quel point le schisme a profité pour eux à la cause de la liberté, de l'honneur et de la civilisation.
Les décrets des Conciles œcuméniques ont donc été pour le monde une source féconde de bienfaits à tous les points de vue, répondant à ses plus hauts intérêts : point de vue dogmatique, point de vue moral, point de vue social et politique; point de vue, enfin, de la civilisation générale. Aucune de ces influences ne peut être contestée. Nous en trouvons les principes dans les actes de ces grandes assemblées, et la trace dans l'histoire des seize siècles écoulés depuis celle qui forme le premier anneau de cette noble chaîne, c'est-à-dire le Concile de Nicée.