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PROCÉDÉS DES CONCILES

§ I". — 1» IL.a convocation clos Conciles généraux appartient aux^ I*apes. — îè° A.-pro* pos merveilleux de ces convocations.

Et maintenant que dire des procédés? Pour bien s'en rendre compte, il faut étudier, les uns après les autres, les hommes que réunissent les Conciles généraux.

Au premier rang se présentent les Papes. Si nous en parlons, ce ne sera point pour établir qu'ils possédèrent et pratiquèrent toujours le droit de convoquer les Conciles œcuméniques, le droit de les présider en personne ou par leurs légats, le droit enfin d'en confirmer les décisions et les règlements. Ce sont des points de doctrine et de fait démontrés jusqu'à l'évidence par tous les livres de théologie, de controverse et d'histoire; il serait parfaitement inutile de reprendre ici

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cette thèse si souvent et si victorieusement développée (1).

Ce qui nous paraît remarquable avant tout, c'est Ta-propos de la convocation. Voyez éclater ce caractère dans les premiers Conciles de l'Orient! Le fait le plus étrange et le plus solennel s'était produit dans le monde. Sous Tibère, un homme avait été mis en croix à Jérusalem. Après sa mort, douze de ses disciples avaient entrepris l'audacieux dessein de le faire adorer par tous les peuples. D'horribles persécutions les accueillirent dès le commencement; ils firent malgré cela des conquêtes; leurs successeurs ne furent ni moins maltraités ni moins heureux. Trois cents ans ne s'étaient pas écoulés, et déjà Tertullien disait aux maîtres de l'empire que cette race encombrait tout et ne laissait déserts que les temples des faux dieux. Plus on les tua, plus ils se multiplièrent. Un jour un empereur imbécile fit dresser une colonne pour apprendre à l'univers que leur nom était partout aboli, ôt quand se leva l'aurore du quatrième siècle, il arriva que l'humanité presque entière était aux pieds du Christ, que sa croix surmontait le diadème impérial, et qu'en présence du pêcheur, son vicaire assis au

(1) Voir en particulier ce qu'en dit Mgr Tizzani, dans le livre que nous avons déjà cité, chap. V, art. v : Présidence du Concile du Nicée, p. 36.

Vatican, la majesté des Césars, se jugeant indigne désormais d'habiter Rome, s'était réfugiée à Byzance, devenue Gonstantinople. ,

Si jamais révolution prodigieuse s'est faite dans le monde, c'est bien celle-là. Et, chose singulière! à peine était-elle achevée, à peine l'inauguration du Labarum avait-elle annoncé que les faisceaux des licteurs s'étaient inclinés devant le gibet du Calvaire, qu'un prêtre d'Alexandrie se leva pour proclamer que cette vaste transformation religieuse n'était que le fruit d'une erreur et le remplacement de l'idolâtrie. Comment et pourquoi cel^? Parce que le Christ devant lequel tous les genoux avaient appris à fléchir, au lieu d'être le Fils de Dieu, égal à son Père et Dieu lui-même, n'était qu'un homme, le premier-né des créatures, il est vrai, mais comme elles sorti du néant à la voix de l'Ouvrier suprême. Blasphème contre le Christ qu'elle dépouillait de sa vraie grandeur, outrage pour l'Eglise qu'elle accusait d'avoir trompé les peuples, insulte pour les peuples eux-mêmes auxquels elle attribuait l'honneur d'avoir été pris aux filets du plus audacieux des mensonges, voilà ce que contenait cette doctrine qui était celle d'Arius. Au bruit que son impiété fit en Orient, Constantin se troubla. Dès que les échos en arrivèrent à Piome, Sylvestre, alors Pape, s'émut à son tour. Entre l'un et l'autre, entre le Pontife et l'Empe-

leur, il fut entendu qu'on célébrerait un Concile pour résoudre la question soulevée par l'hérésiarque (1) et iJécider si, en recevant le baptême chrétien, l'univers avait accompli un acte de sagesse ou un acte de folie, s'il était devenu l'adorateur d'un Dieu fait homme ou l'adorateur d'un homme injustement transfiguré en Dieu. 11 importait de faire trancher ce point délicat par la plus auguste des magistratures, au moment où les circonstances invitaient aie définir afin que le genre humain sût bien aux feux de quel astre et par quelle voie l'Église alhdt le conduire à la conquête du progrès et de la civilisation. Ce fut le mérite de saint Sylvestre : grâce à lui, trois cents évêques, à l'heure où le Christ prenait solennellement possession de l'empire et, par l'empire, de tous les peuples, déclarèrent avec éclat que le règne de l'erreur et des faux dieux était fini ; que le nouveau Maître auquel le monde venait de se soumettre était réellement digne de ses adorations, et que désormais, en marchant à sa lumière, les nations s'élèveraient à des gloires que les vieux sages du paganisme n'avaient pas même soupçonnées. Cette grande parole, en faisant honneur au Pontife immortel qui la provoqua d'abord et puis la sanctionna de son autorité, fut également une source profonde de sécurité et de joie pour les sociétés qui l'entendirent au quatrième siècle. (1) Concil. Constant., ni, Senn. acclam»

CONCILES DU PASSÉ i09

La haute intelligence des temps qui parut dans âaint Sylvestre se montra dans tous ceux de ses successeurs qui convoquèrent des Conciles généraux. Iconoclastes, Albigeois, Bégards, Protestants, tous, par la vigilante initiative des Pontifes romains, ont été cités, jugés, condamnés, à l'heure où le monde avait besoin de ce grand acte de justice. Pas un seul jour, pas une seule nuit, l'infatigable sentinelle du Vatican ne s'est endormie au sommet de son observatoire ; et chaque fois que, du haut de sa tour, elle a jeté le cri d'alarme et convié les forts à se réunir pour combattre de nouveaux ennemis s' approchant dans l'ombre, elle Ta fait d'ellemême et sans que personne l'eût excitée à donner le signal de la résistance et de la lutte.

§ II. — Le courage des Souverains PontiFes se manifeste dans le elioix et la nature des causes traitées par les Conciles.

A l'à-propos de la convocation, les papes ont uni le

mérite du courage pour le choix et la nature des causes

introduites devant les C4onciles généraux. Quand des

abus étaient à réformer, ils ont eu le courage de les

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dénoncer sans détour en présence même des évoques qui pouvaient en être coupables. Quand des hérésies se présentaient même appuyées par les puissances se-, culières, ils ne craignaient pas d'en provoquer la condamnation, au risque d'être désagréables aux princes qui s'en étaient déclarés les protecteurs. Quand les empereurs ou les rois eux-mêmes semblaient à leur conscience devoir être personnellement jugés, les Souverains-Pontifes n'hésitaient ni à les faire comparaître, ni à prononcer leur déchéance, si les Conciles décidaient qu'ils devaient être dépouillés de leur couronne. Innocent IV ne balança pas à remplir cet austère devoir au Concile de Lyon contre le farouche Frédéric (1). Souvent, il est vrai, cette intrépidité coûta cher aux papes. Mais qu'ils présidassent les Conciles par eux-mêmes ou qu'ils les présidassent par leurs légats, jamais aucune considération, jamais aucune terreur ne les empêcha de poser et de résoudre les questions qu'ils estimèrent utile de débattre et de trancher pour le bien de l'Eglise et des peuples.

(I) Concil. Ludg., i, ses?, iv.

dONCïLÉS DU PASSÉ m

§ m. — Oéféreiice montrée par les I*apes dans les Conciles.

Cette virilité d'âme se combinait en eux avec la plus admirable déférence. Déférence d'humilité. En divers Conciles, mais en particulier dans le premier Concile de Lyon et dans le Concile de Vienne, on fait entendre des plaintes publiques contre la cour romaine; on reproche une foule de torts certains, disait-on, soit à ses habitude intérieures, soit à son gouvernement extérieur ; et que font les papes en présence de ces réquisitoires, lus tantôt par la France et tantôt par l'Angleterre? Ils écoutent avec patience et se contentent ,de répondre, comme Innocent IV : « Le Concile en délibérera (1). » Déférence de générosité. L'amour des privilèges et des distinctions éclata dès les premiers siècles, dans les Églises d'Orient. Antioche, Alexandrie, fondées par les Apôtres, prétendirent que cette auguste origine leur donnait des droits à posséder une certaine suprématie sur les diocèses et les métropoles qui les entouraient. L'usage répondant à leurs vœux

(1) Concil. Lu g., I, sess. ni.

les investit de la dignité du Patriarcat, et les Pontifes romains laissèrent confirmer ce privilège traditionnel par le Concile de Nicée (1). Jérusalem aussi crut pouvoir se parer du même titre; les Pères de Nicée l'y autorisèrent également en réservant les droits de Césarée sa métropole ('2) ; si le Concile de Chalcédoine n a pas étendu ce privilège, il l'a tout au moins confirmé (3). il n'est pas jusqu'à Constantinople elle-même en qui le contact habituel de la cour n'éveille la même ambition. Rome ne se presse point de la satisfaire et rien de plus légitime; mais enfin, au quatrième Concile de Latran, le Saint-Siège et tous les évêques réunis assignent, par une déclaration solennelle, la première place à Constantinople parmi les églises patriarcales de l'Orient (A). Partout les papes proclament ou font proclamer par leurs légats la divine et incomparable suprématie dont ils sont en possession comme successeurs de Pierre ; ils exigent que sur ce point des aveux nets et précis soient demandés à ceux qui contestent, ou qui ne s'expriment pas assez clairement; c'est ce que font les représentants du Saint-Siège au Concile deChalcédoine (5). Mais une fois ce fait dogmatique

(1) Concil. NiCîen., [, can. vi.

(2) Concil. INicîen., i, can. vu.

(3) Concil Chalcedon., act. xvi.

(Zi) Concil. Later., iv, can. v. ...

(5) Concil. Chalcecl., ut supra.

et sur lequel il est impossible de transiger mis à l'abri, les Souverains-Pontifes se montrent d'une largeur immense; au lieu de tenir à briller comme un astre jaloux dans un ciel désert, ils aiment à voir ces grandes et vieilles Eglises former autour de l'Église-mère une constellation glorieuse, sachant bien qu'après tout le lustre dont elles seront ornées ne sera qu'un rejaillissement de la lumière de Rome elle-même.

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