‹ Les Conciles généraux (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Les Membres de la Congrégation Spéciale de la Réforme,

Convaincu que le Concile général convoqué par lui, allait être de la plus haute importance, Paulin, s'inspirantdesa sagesse, de sa connaissance des besoins du temps et de son habileté à discerner

les hommes de mérite, institua, comme nous l'avons dit, une Congrégation spéciale, chargée d'étudier les abus à réformer dans la discipHne Ecclésiastique. Une pareille tâche réclamait, de la part de ceux à qui elle allait être confiée, une grande maturité de jugement , une profonde doctrine , une expérience consommée, une entière impartialité et la franchise nécessaire pour dire toute la vérité, quahté que Ton trouve seulement chez ceux qui n'ont point d'ambition et ne désirent ni richesses, ni bien-être personnel. Paul III, pourrions-nous dire, n'avait guère que l'embarras du choix pour composer sa Congrégation. Le Pontificat de Jules II et celui de Léon X avaient produit des hommes remarquables dans toutes les branches de la science, grâce à la protection et aux encouragements accordés par ces deux Papes aux savants. Paul III recueillit le fruit de tant de travaux. Du choix qu'il allait faire d'ailleurs devait dépendre le succès de la réforme. Neuf membres composèrent cette importante Congrégation; trois étaient Modénais, Sadolet, Badia et Cortese; un originaire du Frioul , Aléandre; un Génois, Frégpso; un Sicilien, Giberti; un Vénitien, Contarini; un NapoHtain, Caraffa; un Anglais, Polus. Tous se distinguaient par l'éclat de leurs vertus privées et publiques. Tous possédaient une science éminente et s' étaient fait un nom par leurs ouvrages dans le monde littéraire. Tous étaient

expérimentés dans le maniement des affaires, étrangers à toute ambition et uniquement désireux du bien public. Le plus âgé d'entre eux était Caraffa, qui devint plus tard Pape et prit le nom de Paul IV. Il avait alors soixante et un ans; Sadolet avait une année de moins que lui; Frégoso et Âléandre avaient près de cinquante-sept ans; Contarini, Cortese et Badia, cinquante-quatre; Giberti était seulement âgé de quarante-trois ans. Le plus jeune de tous était Polus qui n'avait que trente-huit ans.

Contarini, noble Vénitien, avait été jugé digne, par la sage perspicacité de Paul III, l'an 1535, dechanger l'habit laïque contre la Pourpre Romaine. Avant d'appartenir à la Congrégation spéciale de la Réforme, il avait rempli, à diverses reprises, les fonctions d'ambassadeur de la République de Venise et traité plusieurs affaires de la plus haute importance. Il avait autrefois fait de sérieuses études à l'Université de Padoue et y avait assisté aux leçons de Pomponazzo; depuis il n'avait cessé de cultiver les sciences et s'était acquis une réputation européenne. Ce fut lui qui négocia à Ferrare la mise en liberté du Pape Clément VII, enfermé au château S. Ange; il fut ensuite accrédité, en qualité d'ambassadeur, auprès du même Pontife par le gouvernement Vénitien. Ce simple laïque , si vertueux, si consommé dans l'art de diriger les affaires , n'échappa point (avons-nous dit) à l'œil

sagace de Paul III, qui cherchait partout de grands hommes pour les créer Cardinaux de la Sainte Église. Â peine Contarini eut-il été élevé , sans s'y être attendu , à cette éminente dignité , qu'il fut employé par le Souverain Pontife aux travaux préparatoires du Concile Général et plus tard, en 1540, fut envoyé comme Légat à la Diète de Ratisbonne, convoquée par Charles-Quint. Il s'y comporta avec tant de prudence et de circonspection, qu'il parvint à ne rien sacrifier des intérêts des Catholiques sans irriter davantage les Protestants. Si, en cette occasion, quelques esprits bien intentionnés mais animés d'un zèle qui n'était pas selon la science élevèrent des doutes sur sa foi, en revanche il s'acquit , auprès des gens sensés, la réputation d'un homme du plus haut mérite. Cette Diète n'était certainement pas une réunion dont on pût contester l'importance. Du côté de Luther y figuraientMélanchton, Bucer et Pistorius qui avaient pour adversaires Eckius, Gropper et Phlug. Calvin s'y trouvait présent. Contarini fit alors preuve d'une admirable prudence et s'il ne réussit pas à contenter tout le monde, au moins sut-il conserver intacte sa réputation et sauvegarder la Foi. En cette circonstance, comme il avait étudié de près à Rome (dans la Congrégation spéciale de la Réforme) les abus qui s'étaient glissés dans la discipline Ecclésiastique^, il eut le courage d'inviter les Évêques à

ne plus scandaliser le peuple par leur luxe, par leur avarice et par leur ambition, et il les exhorta à visiter leurs Diocèses, à pourvoir par les aumônes aux besoins des pauvres, à combattre l'ignorance au moyen des écoles et à venir aux secours des Clercs instruits mais sans ressources en leur conférant des Bénéfices. A coup sûr , sa mort arrivée à Bologne, le 24- Août 154-2, fut en partie causée par les chagrins que lui firent éprouver le faux zèle et les faux jugements provoqués à son sujet par la Diète de Ratisbonne. Il montra particulièrement sa science en défendant l'immortalité de Tâme contre Pomponazzo qui croyait la raison humaine insuffisante à démontrer cette vérité. Il composa plusieurs ouvrages sur les Conciles et sur l'autorité du Pape. Quoique plus versé en littérature et en philosophie qu'en théologie, il aborda néanmoins avec beaucoup de succès les matières théologiques en écrivant contre Luther. 11 était ami de S. Ignace de Loyola.

L'un des Collègues de ce grand Cardinal dans la Congrégation spéciale de la Réforme, était Jean Pierre Caraffa , homme d'une grande austérité et qui devint le Pape Paul IV. Puissamment attiré vers la vie du Cloître, il aurait pris l'habit de Dominicain s'il n'en eût été empêché par ses proches. Il s'appliqua à l'étude des langues savantes. Jules II le créa Évèque de Chiôti et Léon X le fit

son Légat en Angleterre, avec mission d' y recueillir le Denier de S, Pierre. L'estime qu'on lui témoignait partout à cause de sa science et de ses vertus Chrétiennes était si grande qu'en Espagne le roi Ferdinand avait recours à ses conseils. Adrien VI, qui désirait ardemment la réforme des mœurs (surtout de celles du Clergé) et qui connaissait les qualités éminentes de Caraffa, l'avait déjà mis à la tête d'une Congrégation ayant pour objet la réforme. Il n'est donc point étonnant que Paul III l'ait choisi pour faire partie de la Congrégation spéciale dont nous nous occupons. A la grande expérience des affaires publiques que possédait Contarini et à l'austérité de Caraffa, le Souverain Pontife avait associé la douceur dans la personne de Sadolet; de sorte que la diversité même de caractères aussi tranchés devenait une 2:arantie de plus pour que le résultat des travaux de la Congrégation fût universellement accueilli. Sadolet était connu dans l'Europe entière par l'élégance de son style et par sa profonde érudition. Protégé par le Cardinal Olivier Caraffa , il se lia à Rome avec les littérateurs les plus distingués que les faveurs du Souverain Pontife y avait attirés de toutes parts. Frégoso , Archevêque de Salerne, dont nous parlerons tout à l'heure, aurait voulu l'attacher à sa personne ;, mais Léon X ne consentit pointa laisser s'éloigner de Rome un homme d'une aussi grande

valeur et il le nomma son secrétaire conjointement avec Bembo. D'un caractère doux^, ami des saines études, plein de sincérité et de loyauté, il se fit une gloire (gloire bien rare en effet) de n'avoir jamais sollicité pour lui-même la moindre faveur, le moindre bienfait ou le moindre honneur. Véritable Chrétien et ennemi de la superstition, il désirait convertir à la Foi sans employer la violence, savait estimer la science partout où il la rencontrait et se fit aimer à la fois des Protestants et des Catholiques. 11 était lié avec Érasme et lui demandait des conseils. Fait Évêque de Carpentras par Léon X, il déploya dans son Diocèse un zèle supérieur à tout éloge. Il eut, lui aussi, un temps d'amertumes à passer, sous le Pontificat d'Adrien VI; mais quelle est la vertu qui ne se trouve plus ou moins exposée ici-bas aux attaques de l'envie et de la jalousie? Sadolet calomnié se retira à Carpentras et s'y adonna de la manière la plus brillante à la pratique des vertus Épiscopales. Clément VII le rappela à Rome et reçut de lui le conseil de ne point entrer dans une ligue contre Charles Quint. Ce conseil ne fut malheureusement pas suivi. Le sac de Rome, survenu peu après, causa à Sadolet des pertes immenses et irréparables en manuscrits et en objets d'antiquité qu'il avait fait embarquer pour les transporter en France. Rappelé de nouveau h Rome il fut nommé, par Paul III, membre de la

Congrégation spéciale de la Réforme, après avoir été élevé par ce même Pontife en Décembre 1536, à la dignité de Cardinal. Retourné à Carpentras, il écrivit de cette ville, en 1539, une lettre aux Genevois à l'occasion de Calvin. Enfin, après avoir traité les plus graves affaires, par ordre de Paul III, il mourut à Rome, le 18 Octobre 1547, et fut enseveli à S. Pierre-aux-Liens. Les œuvres de Sadolet sont d'ailleurs connues de tous.

Enfin, parmi les quatre Cardinaux qui devaient faire partie de la Congrégation spéciale, Paul III voulut placer Réginald Polus, Archevêque de Canlorbéry, fils de la Comtesse de Salisbury et par conséquent membre de la famille royale d'Angleterre. (Sa mère, en effet, était fille du duc de Glarence, frère d'Edouard IV). Bien que d'une si haute naissance il ne s'en appliqua pas moins à cultiver son esprit par l'étude des sciences et des lettres et suivit les cours de l'Université de Padoue pendant cinq ans. Là, il se lia avec Bembo, Sadolet et plusieurs autres hommes remarquables de l'époque. Après avoir ainsi acquis de vastes connaissances , il s'en retourna en Angleterre, où il ne se montra que fort rarement à la Cour, soit pour ne point se laisser distraire de ses études favorites , soit par crainte de Henri Vlli qui venait de répudier sa femme légitime, Catherine d'Aragon. En cette occasion, Polus, méprisant les offres les plus

séduisantes et au péril même de sa vie, eut le courage chrétien de déclarer au roi l'invalidité du prétendu mariage que ce prince contractait avec Anne Boleyn. Obligé pour cette raison de quitter TAngleterre, il se retira à Avignon, d'où il se rendit à Pavie. Là, comme il refusait toujours de reconnaître la suprématie spirituelle que s'attribuait Henri VIII, il reçut la nouvelle qu on l'avait dépouillé de ses revenus Ecclésiastiques ; de sorte que , si Paul III n'était pas venu pécuniairement à son secours, il se serait trouvé plongé dans les plus graves embarras domestiques. Ce fut dans de telles circonstances que ce grand et courageux Évêque fut honoré de la Pourpre Romaine. Un coup auquel il fut extrêmement sensible vint le frapper, quand Henri VIII, mû par l'esprit de vengeance, non-seulement le déclara coupable du crime de haute-trahison, mais encore poussa le cruauté jusqu'à faire mettre à mort la mère et le frère aîné du Cardinal, qui se réfugia alors à Viterbe. A la mort de Paul III, il aurait été élu Pape , grâce à Alexandre Farnèse , si la France n'avait point fait opposition à cette élection et si le Cardinal Caraffa ne l'eut empêchée; ce qui fut attribué à une certain ressentiment que celui-ci nourrissait contre Polus. Mais nous ne saurions ajouter foi à cette dernière supposition^ tant à cause des grandes qualités de Polus, qui ne pouvaient exciter l'envie chez aucun homme de bien,

qu'à cause delà sévérité de mœurs deCaraffa que sa conscience délicate rendait incapable d'offenser qui que ce fût. Pour notre part, nous ne croyons pas que Caraffa se soit opposé à l'élection de Polus par suite d'une animosité personnelle ou d'une aversion particulière. Nous pensons plutôt que l'illustre Cardinal avait devant les yeux, pendant ce Conclave, l'élection de Clément V et les conséquences funestes qui en découlèrent jusqu'à Martin V, l'étal déplorable de la Grande-Bretagne, les liens de parenté qui unissaient Polus à Henri VIII, et particulièrement le danger de voir interpréter l'élection de l'Archevêque de Cantorbéry comme une vengeance de la Cour deRome contre le roi d'Angleterre dont on pouvait encore espérer la conversion. Polus, maltraité par la fortune, vint chercher un asile à Vérone chez les Bénédictins où il demeura jusqu'à l'avènement de Marie. Ce fut alors qu'il fut nommé Légat en Angleterre par Jules II; mais Charles-Quint le mit dans rimpossibilité de remplir ces fonctions. L'empereur, en effet, craignait par dessus tout que la reine ne voulût épouser Polus , alors simple Diacre. De Bruxelles, où il s'était déjà rendu, le Cardinal passa en France et s'y fit admirer par ses vertus. François P' se repentit alors de s'être opposé à l'élévation du Prélat Anglais à la Papauté. Cependant, ayant à cœur de revoir son pays, Polus s'y rendit en 1554. Revêtu de la Pourpre Cardinalice, il se

présenta au Parlement , et en vertu de pouvoirs que lui avait conférés le Souverain Pontife, il donna solennellement l'absolution aux deux Chambres , après qu'elles eurent abjuré l'hérésie de Henri VIII. Ensuite, ordonné Prêtre et sacré Archevêque de Cantorbéry, il travailla de toutes ses forces à ramener les Schismatiques, au milieu d'obstacles de tout genre et en particulier de ceux que lui suscitait un parti désireux de laver dans le sang la tache du Schisme. Il eut beaucoup de peine à préserver son Diocèse de ces représailles politico-rehgieuses. Il eut quelques démêlés avec Paul IV, mais ils se terminèrent d'une manière satisfaisante de part et d'autre. Il mourut enfin de la fièvre quarte, le 18 Novembre , vingt-quatre heures après la reine Marie, et en gémissant sur les maux de l'Angleterre. La perte de ce grand Cardinal fut ressentie de tous les gens de bien qui savaient rendre justice à la fois à son mérite littéraire (auquel plusieurs ouvrages, bien connus des savants, rendent encore témoignage aujourd'hui), à sa grande charité, surtout envers les pauvres, et enfin à son abnégation; car il foula aux pieds l'ambition qui, dans les conditions où il se trouvait, l'aurait certainement fait parvenir à de nouveaux honneurs. D'un commerce facile, estimant les savants, recherchant le bien de tous, généreux dans son office de Légat, il dispensait gratuitement les fa-

veurs qu'il pouvait accorder et empêchait les personnes de sa maison de recevoir des présents, afin d'être mieux à Tabri lui-même de leurs sollicitations. Jamais on ne l'entendit proférer une seule parole de vengeance contre les meurtriers de sa mère et de son frère. Tant de belles qualités le mettaient assurément à la hauteur des grands personnages choisis par Paul III pour travailler à la réforme de la Cour Romaine et de la discipline Ecclésiastique.

Après les quatre CardinauxContarini, Caraffa, Sadolet et Polus, on remarquait parmi les membres de la Congrégation spéciale, l'Archevêque de Salerme, Frédéric Frégoso, Génois de nation et qui fut lui-même plus tard revêtu de la Pourpre. Frère d'Octavien Frégoso, Doge de Gênes, il prit une part active au gouvernement de cette République et tint en respect le parti des Adorni et desFieschi. Philologue des plus distingués, il était ami deBembo et de Balthasar Castiglione, comme on le voit par sa correspondance. La suite des circonstances l'avait obligé à chercher un refuge en France, où il s'appliqua à l'étude des langues orientales et devint un orientaliste de premier rang. François P' l'honora de son amitié et Paul III le créa Cardinal. Lorsque Sadolet apprit la mort de F'régoso, il prononça à Carpentras son oraison funèbre. Ce docte Archevêque apportait à la Congrégation spéciale une parfaite connaissance de son temps, une grande

expérience des alTaires et une science peu commune.

Un autre savant Prélat faisait également partie (le la Congrégation: c'était Jean Matthieu Giberti (le Palerme, fils du général des galères Pontificales. D'une intelligence et d'une précocité rares, le jeune Giberti, à douze ans, possédait parfaitement les langues grecque et latine. Il fréquenta ensuite plusieurs écoles publiques d'Italie pour y étudier la littérature, la théologie, le droit, les mathématiques et surtout pour tâcher d'imiter les illustres savants qui jetèrent tant d'éclat en Italie au commencement du XVP siècle. Son caractère affable et sa grande pénétration d'esprit lui procurèrent la charge de secrétaire auprès du Cardinal Jules de Médicis, qui, devenu plus tard Pape sous le nom de Clément VII, le nomma Dataire et lui confia les affaires les plus délicates concernant la France et l'Angleterre. Retenu en otage , lors du sac de Rome , il fut rendu à la liberté par Pompeo Colonna qui avait pour lui la plus hante estime. A Vérone, sa ville Épiscopale, il favorisa les études en établisssant dans son propre palais une imprimerie destinée à publier les ouvrages des Pères Grecs. Il s'appliqua à relever, avec discrétion et sagesse, la discipline Ecclésiastique dans son Diocèse, à en faire disparaître toute tendance superstitieuse et à y faire donner aux enfants une instruction ' religieuse vraie et so-

lide. Il n'est par conséquent point étonnant qu'il ait rencontré, lui aussi, des obstacles de la part de personnes animées d'un faux zèle; et l'on alla jusqu'à proférer contre lui des menaces de mort. Ayant en aversion les honneurs, il n'estimait que celui de pouvoir travailler au bien de son Église. Ami et protecteur des lettrés, il prenait en main leurs intérêts. Il était particulièrement lié avec S. Gaétan dont il favorisa l'Institut. Il mourut, l'an 1543, à Vérone, où S. Charles Borromée voulut venir recueillir lui-même les traditions et les instructions laissées par ce grand Évêque relativement à la réforme de son Clergé. Le Chanoine Piégulier Vida (le Virgile Chrétien) faisait le plus grand cas du mérite littéraire de Giberti , dont les écrits d'ailleurs autorisent ce jugement. Plein de modestie dans l'exercice de ses vertus privées, plein de prudence dans l'administration de son Diocèse, plein de zèle pour la discipline Ecclésiastique, il se trouvait parfaitement à sa place dans la Congrégalicn spéciale de la Réforme, instituée par Paul III.

Un autre personnage illustre, collègue de Giberti dans cette fameuse Congrégation ;, fut Jérôme Aléandre, originaire du Frioul et mort Cardinal en 1542. Son nom seul contient tout un éloge. Versé dans la linguistique, il avait spécialement étudié les langues orientales, à Venise. Jeune encore, il s'était fait admirer par sa science, et à vingt-qua-

Ire ans il passait pour Tun des hommes les plus doctes de son siècle. Agé de vingt-huit ans, il fut appelé par Louis XII, roi de France, à Paris où il enseigna la littérature et fut nommé Recteur de l'Université, quoiqu'il ne fût point Français. Ce fait seul suffit pour démontrer combien était grande la réputation d'Aléandre, même hors de l'Italie. La philologie, l'astronomie et les mathématiques étaient ses sciences favorites. Il se trouvait encouragé d'ailleurs dans ses études par Tamitié de savants, entre lesquels il faut ranger Aide Manuce et Érasme, ainsi que par la protection de hauts personnages. L'Évêque de Liège, qui lui portait une estime toute particulière, l'envoya à Léon X. Ce Pontife n'eut pas plus tôt reconnu son mérite qu'il le préposa à la Bibliothèque Vaticane , lui ouvrant ainsi une voie qui devait le conduire aux honneurs de la Nonciature. Promu à cette importante dignité, il eut à rendre compte au Souverain Pontife de la situation des esprits en Europe, alors que les doctrines des nouveaux hérésiarques venaient de se déchaîner contre la Religion. Adrien VI faisait grand cas de lut Clément VII le créa Archevêque de Brindes et en fit son Nonce auprès du roi de France. Après la bataille de Pavie, Aléandre fut gardé comme otage par les troupes impériales et, lors du sac de Rome, sa maison fut pillée et brûlée, sans que les incendiaires eussent le moindre égard pour un Prélat

qui jouissait d'une si grande renommée littéraire. Paul III, toujours à la recherche des savants, le fit venir à Rome pour y prendre part aux travaux préparatoires au Concile de Trente et lui conféra la Pourpre. D'une complexion délicate, Aléandre vécut trop peu de temps pour la science. Une fièvre lente le porta au tombeau à l'âge de soixante-deux ans. Il mourut en léguant à la Bibliothèque Vaticane de précieux manuscrits qui servirent beaucoup à Pallavicini pour composer les premiers chapitres de son histoire du Concile de Trente.

Aux trois Évèques dont nous venons de parler Paul III adjoignit l'Âbbé du Mont-Cassin, Grégoire Cortese , qui mourut également Cardinal. Après avoir étudié les sciences et les lettres à Padoue et à Bologne, il devint Auditeur du Cardinal Jean de Médicis, depuis Léon X. S'étant fait Bénédictin, il montra beaucoup de zèle pour le rétablissement de la discipline Monastique. Aussi fut-il envoyé, en qualité de Visiteur, dans beaucoup de Monastères pour y rappeler les Religieux à l'observance et à l'esprit de leur état. La science et la piété du fervent Abbé n'échappèrent point à Paul III. Il appela Cortese à Rome et le nomma membre de la Congrégation spéciale. Le Souverain Pontife se servit encore de lui dans un grand nombre d'affaires de la plus haute importance et voulut l'avoir à ses côtés dans différents voyages qu'il fit à travers l'Italie.

Grégoire Cortese composa des ouvrages de polémique d'une grande valeur, lesquels unis à ses vertus religieuses lui ont acquis un nom à jamais glorieux dans l'histoire.

Enfin le Dominicain Thomas Badia clôt la liste des membres de la Congrégation spéciale. Il fut plus tard revêtu, lui aussi, de la Pourpre par Paul III. Nommé Maître du Sacré Palais par Clément VII, il ne laissait pas, tout en s'occupant des affaires doctrinales de sa charge, de trouver encore du temps pour se livrer à l'étude et acquérir continuellement de nouvelles connaissances. Il était si savant que Paul III l'envoya à la célèbre Diète de Worms, convoquée par Charles Quint. Il écrivit au sujet de cette Assemblée une lettre remarquable, adressée à Conlarini, laquelle mériterait d'être publiée. Chargé par le même Pape d'examiner l'Institut naissant de S. Ignace, il lui fut favorable et contribua beaucoup à le faire approuver.

Tels furent les hommes insignes que Paul III choisit pour examiner les matières disciplinaires qu'il conviendrait de soumettre au Concile de Trente. Le Clergé abondait alors en personnages de mérite à cause des fortes études qui se faisaient dans les Universités et auxquelles s'appliquaient des jeunes gens de toute condition. Ces neuf personnages étaient remarquables non-seulement par leur science et par leurs vertus, mais en-

Page 1