‹ Les Conciles généraux (volume 2)Chapitre 9 sur 18 · XII · texte numérisé non relu

XII

Paul IIL

A la droite du Trône Pontifical, sur lequel , le 3 Mai 1512, lors de l'ouverture du V Concile général de Latran, était assis le Pape valétudinaire Jules II, se tenait le Cardinal-Diacre de S. Eustache, qui lut le discours même d'ouverture au nom de Sa Sainteté. D'une stature au dessous de la moyenne, ce Cardinal avait le nez un peu long, les yeux vifs et reflétant une sagesse acquise par l'expérience plutôt que par la spéculation. Une barbe majestueuse encadrait ses lèvres un peu fortes.

Sa taille tant soit peu déviée ne l'empêchait point de posséder un tempérament robuste. Il avait alors quarante-cinq ans, s'appelait Alexandre Farnèse et devait, sous le nom de Paul III, succéder à Clément VII, le 13 Octobre 1534. Il avait pu apprécier mieux qu'un autre tous les avantages procurés à l'Église par la tenue d'un Concile général. Aussi, voyant la Chrétienté en proie aux bouleversements politiques et religieux (fruits des erreurs et des hérésies de Tépoque) il résolut de lui appliquer ce remède.

Né le dernier jour de Février 1668, de Pierre Louis Farnèse et deGiovanella Caetani, il appartenait à l'une des plus nobles familles de Rome, rémontant jusqu'à Ranuccio Farnèse (ou de Farneto), Toscan d'origine, qui, en 1288, se trouvait à la tête de l'armée Pontificale. Doué d'une vive intelligence et ayant reçu une éducation soignée , Alexandre Farnèse avait beaucoup de goût pour la poésie et était en correspondance avec les érudits de son temps. Ses lettres à Sadolet, à Érasme et à plusieurs autres sont là pour attester la culture de son esprit. Il avait étudié à Florence, où s'étaient en quelque sorte donné rendez-vous les plus beaux génies de l'Italie. Ayant contracté mariage, il eut un fils, Pierre Louis, depuis duc de Parme, et une fille. Devenu veuf, il embrassa l'état Ecclésiastique, où les charges et les honneurs ne lui firent point défaut. A vingt-cinq

ans , Alexandre VI lui conféra la Pourpre avec la Diaconie des SS. Cosme et Damien. Ce fut alors que cette Église fut donnée aux Religieux du Tiers-Ordre de S. François par le nouveau Cardinal qui d'ailleurs échangea bientôt son titre pour celui de S. Eustache. Nommé Évêque de Montefiascone et transféré successivement sur plusieurs autres sièges par les successeurs d'Alexandre VI, il put se rendre amplement compte des besoins du peuple Chrétien. Envoyé à Viterbe en qualité de Légat, il y reçut en outre la mission honorable d'aller au devant de Charles VIII roi de France. Archiprêtre de la Basilique de Latran et Légat dans les Marches, il sut se concilier l'estime universelle. Ce fut lui qui, en qualité de plus ancien Cardinal-Diacre, couronna Léon X, après avoir publié l'élection de ce Pape. Lorsqu'Adrien VI partit d'Espagne pour se rendre à Rome, le Sacré-CoUége envoya à sa rencontre le Cardinal Farnèse. Ce fut encore lui qui occupa le poste de Gouverneur de Rome, sous Clément VII. Enfin, ses mérites et la haute opinion qu'avaient de lui tous ses Collègues le firent monter, en 1534, sur le Trône Apostolique. Alors s'ouvrit devant lui un vaste champ où il put déployer entièrement ses grandes qualités au profit de la Religion et de la société. Les graves dangers dont l'Église était menacée attirèrent par dessus tout son attention. Les hérésies qui venaient d'éclater au centre de

l'Europe, et l'apostasie de Henri VIII , roi d'Angleterre, tout en affligeant profondément Tâme du Pontife, n'avaient rien diminué de son courage. Il lança les foudres du Vatican contre Henri VIII, qui, après avoir mérité le titre de Défenseur de la Foi, non-seulement avait embrassé les hérésies des Novateurs réfutés par lui précédemment, mais encore avait donné au monde l'exemple honteux d'un roi répudiant sa femme légitime (Catherine d'Aragon ) pour contracter une union incestueuse (avec Anne Boleyn). Paul III, fixant donc les yeux sur tant de calamités religieuses, s'occupa de tout préparer pour la célébration d'un Concile œcuménique, qui , après bien des difficultés politiques et autres, finit par s'ouvrir à Trente. D'une admirable fermeté d'âme et plein de constance dans ses desseins, ce Pape sentait le besoin (eu égard surtout aux circonstances qui attristaient son Pontificat) de s'entourer de personnages distingués à la fois par leurs vertus Chrétiennes et par l'étendue de leur science. C'est pourquoi, il revêtit de la Pourpre plusieurs hommes d'une haute capacité, qu'il sut rechercher partout où ils se trouvaient, ce qui n'est pas le moindre des mérites de ce grand Pontife. L'expérience lui avait fait connaître combien étaient préjudiciables à l'Église certains abus de la Cour Romaine, joints au relâchement de la discipline Ecclésiastique, et combien de pertes faisait continuelle-

ment le Catholicisme par suite des doctrines de Luther, de Calvin et de Zwingle. Aussi, après avoir annoncé la célébration d'un Concile général par une Bulle datée du 2 Juin 1556 et souscrite par vingt-six Cardinaux, il institua Tannée suivante 1537, une Congrégation ayant tout spécialement pour but de préparer un projet de Réforme générale. Il choisit pour composer cette Congrégation des personnages extrêmement recommandables par leur science et leurs vertus. C'étaient les Cardinaux Conlarini, Caraffa, Sadolet et Réginald Polus; les Archevêques Frédéric Frégoso de Salerne, Jérôme Aléandre de Brindes : Jean Matthieu Giberti, Évêque de Vérone; le Bénédictin Grégoire Cortese , Abbé de S. Georges de Venise et le Dominicain Thomas Badia, Maître du Sacré Palais. Ces neuf commissaires remplirent parfaitement les vues de Paul III, et présentèrent au Souverain Pontife, au bout d'environ un an, le projet de Réforme demandé. Les divers chapitres qui forment l'ensemble de ce projet ontété imprimés à Paris, en 1617, après avoir été pubhés par Sturm, du temps même de Paul III, avec des observations pleines de malveillance. Nous en indiquerons ici les points principaux, afin que le lecteur puisse apprécier non-seulement les besoins d'alors mais encore la grande sagesse des membres de la Congrégation, qui surent si bien constater les abus introduits dans la discipline Ecclésiastique et les

dénoncèrent si courageusement au Pape. Mais s'ils se firent honneur en cette occasion par leur conduite, Paul m s'en fit bien plus encore en accueillant avec bonté des observations qui, de la part d'une âme moins noble que la sienne, auraient couru risque de ne rencontrer que mécontentement et dédain. C'est que ce grand Pape, doué d'un caractère magnanime, désirait absolument connaître tous les maux de son époque. Voyait-il les Turcs menacer la Chrétienté, il équipait contre eux des galères; voyaitil les funestes conséquences des dissensions survenues entre Charles-Quint et François P' , il se rendait à Nice pour faire entendre raison aux deux rivaux. Il obtint d'eux, en cette circonstance, au grand profit de la Chrétienté, la conclusion de la célèbre trêve de dix ans, bien que la durée de celle-ci ait été ensuite abrégée par l'empereur. Paul III entreprit encore d'autres voyages, toujours dans le but de procurer la paix. Tournant ses regards vers l'Allemagne désolée par les hérétiques^ il envoya Aléandre travailler à la pacification des peuples et Contarini assister à la Diète de Ratisbonne. Il eut beaucoup à souffrir de la part de Charles-Quint, surtout à l'occasion du fameux Intérim^ publié par Tempereur et condamné par le Pape. Il était fort sensible à ses peines de famille, et Dieu parut avoir précisément choisi ce moyen pour faire expier à Paul III le trop grand attachement témoigné par ce

Pontife à ses parents et qui fut chez lui une tache. Cette faiblesse donna à ses ennemis un prétexte pour attaquer injustement sa réputation et pour essayer d'obscurcir la gloire que lui ont si légitimement acquise toutes les grandes actions par lesquelles il illustra son Pontificat. Sachant apprécier les hommes de talent, il aimait à s'entourer de savants et les invitait même à sa table, leur proposant alors des questions à résoudre et les encourageant par ses paroles bienveillantes et par ces distinctions publiques honorables à la fois pour celui qui les accorde et pour celui qui les reçoit. Douloureusement affecté par les malheurs survenus à sa famille et n'ayant plus, à raison de son grand âge, assez de force pour les supporter, il succomba à un violent accès de fièvre, le 10 Novembre 1549. On admire encore aujourd'hui dans la Basilique Vaticane le magnifique mausolée qui renferme les cendres de ce Pontife.

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