XVIII
Les Légats à Trente avant la P'" Session.
Lorsque les Légats Pontificaux arrivèrent à Trente , ils y trouvèrent le Cardinal Madruccio, Évêque de cette ville. Peu après eux vint l'Évêque de Feltre , Thomas Campeggio et Mgr Musso , Évêque de Bitonto et célèbre orateur de l'époque. Mendoza , de son côté, quitta de nouveau Venise pour se rendre au Concile et y représenter Charles- Quint. Le Roi des Romains y envoya également ses ambassadeurs. Plusieurs Évêques, mais en fort
petit nombre arrivèrent peu à peu. On attendait ceux d'Espagne , comme l'avait fait espérer le Nonce Poggio, et ceux d'Italie que retenait le Vice-Roi de Naples, Pierre de Tolède. Ce dernier en effet, avait ordonné que les Évêques du royaume seraient représentés au Concile seulement par quatre d'entre euX;, munis de la procuration de leurs Collègues. Mais tous ces Prélats, réunis devant le Grand-Âumônier refusèrent, de se conformer aux ordres du Vice-Roi. Paul III, de son côté, ne pouvait voir avec indifférence une pareille détermination de la part de l'autorité séculière, usurpant si ouvertement les droits de l'Église. En conséquence, un décret du Saint-Siège défendit absolument aux Évêques de donner leur procuration. Aussi quand l'xArchevêque de Mayence, obligé de rester à Worms pour y défendre les intérêts Catholiques, se vit dans la nécessité de se faire représenter au Concile, on lui répondit de Rome qu'on lui en enverrait l'autorisation par un Bref spécial.
Tous ces incidents retardaient de plus en plus l'ouvertare du Concile. Enfin Paul III envoya à ses deux Légats (car Polus n'était point encore arrivé à Trente) des instructions précises et selon lesquelles ils devaient procéder à l'ouverture du Synode, le 3 Mai de cette môme année 1545. Mais cette décision Pontificale demeura sans effet; attendu que sachant la mission dont le Cardinal Farnèse
venait d'être chargé auprès de Charles-Quint et craignant que les bonnes relations ne vinssent à être troublées entre le Pape et l'empereur si Ton publiait, à rinsu de ce dernier, le jour de Touverture du Concile , les Légats se résolurent à ne point exécuter les ordres du Souverain Pontife. Ils n'assumèrent sur eux cette grave responsabilité qu'avec beaucoup d'appréhensions, car ils connaissaient le caractère inflexible de Paul III, qui néanmoins approuva leur conduite. L'événement montra combien était sage la détermination prise par les deux Cardinaux. En effet, lorsque le Cardinal Farnèse arriva à la Cour de Charles-Quint, ce monarque qui auparavant manifestait un vif désir de voir au plus tôt s'ouvrir le Concile, représenta au Légat la nécessité d'attendre encore, afin de ne point susciter parmi les Protestants un redoublement d'animosité contre le Pape. Farnèse eut, à cette occasion, plusieurs entrevues avec les deux de Granvelle, père et fils, chargés **par l'empereur de traiter en son nom cette affaire. Autant que les documents du temps nous permettent d'en juger, il nous semble que Pallavicini ne s'est point trompé et que Charles-Quint avait alors réeU lement l'intention de se servir de son opposition apparente à l'ouverture du Concile pour tirer de l'argent du Pape et pour disposer favorablement les Protestants dans les nouvelles Diètes, où l'on devait voler des subsides considérables à l'empereur. Ce
prince, au fond, désirait se fortifier contre les hérétiques au moyen des ressources mêmes que ceuxci lui auraient de la sorte fournies. Sur ces entrefaites, des Évêques de différents pays se rendaient à Trente et, en attendant leurs Collègues, ils s'occupaient à préparer les matières que Ton devait traiter dans le Concile. La Légation du Cardinal Farnèse eut pour résultat d'établir un parfait accord entre le Souverain Pontife et Charles-Quint. Cet accord devint encore plus étroit par le voyage que fit à Rome Andalotto, confident de l'empereur. Le Pape voulait que les affaires marchassent aussi rapidement que possible. Il envoya en conséquence aux Légats de nouvelles instructions, relatives à l'ouverture du Concile, et leur prescrivit, entre autres choses, d'admettre les procurations de ceux des Évêques Allemands que les intérêts de l'Église contraindraient à ne point quitter leurs Diocèses. Enfin le Concile s'ouvrit le 13 Décembre.