XIX
De l'ouverture du Concile jusqu'à la mort de Paul III,
Ce fut finalement le troisième Dimanche de TAvent, 13 Décembre 154-5, que put s'ouvrir le Concile de Trente, avec un nombre suffisant de Prélats. Déjà, le jour précédent, les Légats et les Pères
avaient arrêté ensemble tout ce qui concernait la lecture des Brefs et des Bulles, ainsi que le rit à observer lors de l'ouverture du Concile. L'Édise de la Très-Sainte Trinité fut désignée comme rendez-vous général de la Procession qui devait en partir pour se diriger vers la Cathédrale, dédiée à S. Vigile. On commen^^a par chanter l'Hymne du Saint-Esprit, en présence des Pères, tous revêtus des habits Pontificaux. La Procession était composée de Religieux, de Prêtres des Collégiales et d'autres Ecclésiastiques, de cinq Généraux d'Ordres, de l'Auditeur de Rote, Mgr. Peghini, de vingt-deux Évêques, de quatre Archevêques, de Christophe Madruccio, Évêque de Trente et Cardinal du titre de S. Césaire, et des trois Légats du Pape, Del Monte, Cervini et Polus. Ferdinand, roi des Romains avait envoyé à Trente des ambassadeurs qui, pendant la Procession, avec un grand nombre de barons et de comtes, suivaient les Légats. Lorsqu'on fut arrivé à la Cathédrale, le Cardinal Del Monte, Évêque de Palestrine et premier Légat, célébra la Messe du Saint-Esprit, à la fin de laquelle il accorda à tous les assistants l'Indulgence plénière, en leur enjoignant de prier pour la paix universelle. Ensuite, Mgr. Corneho Musso, Évêque de Bitonto et Religieux Conventuel, monta sur l'ambon et prononça en latin un discours. Il jouissait de la réputation d'orateur consommé. Lors que ce Prélat eut cessé de parler, le premier Légat
récita les prières prescrites par le cérémonial et bénit l'assistance, après quoi chacun s'assit. Alors le Cardinal Del Monte, s'adressant aux Pères, leur demanda s'ils étaient d'avis que l'on déclarât le Concile ouvert et s'ils agréaient que la P'' Session fut tenue le jour d'après l'Epiphanie, attendu la proximité des fêtes de Noël. Les Pères répondirent à Tune et l'autre demande : Placet. (Labbe. Conc, Tom, XX, pag. 8 et seq,). A la requête d'Hercule Severoli , Promoteur du Concile , on lui accorda la faculté de dresser de tout ceci un acte public. Après le chant du Te Deum, les Prélats déposèrent leurs habits Pontificaux et les Légats s'en retournèrent, accompagnés des Pères, à leurs habitations.
Restaient à nommer les principaux Officiers du Concile, à savoir un Avocat pour défendre les droits de l'Église contre les prétentions des Pseudo- Réformateurs et des princes, un Abbrévialeur de la Chancellerie pour mettre par écrit' les ordinations des Pères et un Secrétaire du Concile. Le Pape désigna pour Avocat de la S'' Église, un Romain, Antoine Gabrielli, fameux jurisconsulte et avocat consistoriai, lequel s'étant excusé, pour raisons de santé d'aller à Trente, fut remplacé par le Bolonais Achille de Grassi dont le nom est demeuré célèbre dans l'histoire du Tribunal de la Rote. Un autre Bolonais de distinction, le jeune Hugues Buon-
— roi —
compagno (qui devint plus tard Pape sous le nom de Grégoire XIIl) fut choisi pour remplir l'office A'Abbrévialeur. Enfin Paul III fil proposer au Concile comme Secrétaire le grand latiniste Marc-Antoine Flaminio, (lequel déclina cet honneur, peut-être à cause de ses croyances). Les Pères n'eurent pas plus tôt appris ces nominations dans une Congrégation qu'ils se plaignirent aux Légats de ce que le Pape ne, laissait point au Concile la liberté de nommer luimême ses Officiers. Mais le Cardinal Del Monte (comme le rapporte Pallavicini, Lib,VI Cap, I) leur répondit: Che il proporre non era imporre^ dava lume siper eleggere^ non loglieva libertà di eleggere. Ensuite, le choix de Grassi et de Buoncompagno fut agréé par les Pères, et comme Flaminio refusait la charge de Secrétaire, ils élurent pour le remplacer provisoirement Angelo Massarelli qui faisait partie de la maison du Cardinal Cervini et qui devint définitivement Secrétaire après la renonciation de Priuli.
Avant la IP Session, Ton tint plusieurs Congrégations, dans lesquelles on traita du genre de vie que les Pères devaient observer pendant la durée du Concile et même de leur régime aHmentaire, et du Juge des causes qui pourraient surgir entre les membres de cette Vénérable Assemblée. Ce fut l'Auditeur de Rote Peghini qui fut nommé pour remphr ces fonctions et en même temps celles de Secrétaire des scrutins. Le Cardinal Madruccio fut nom-
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mé Gardien du Concile, office qui fut exercé, en son nom, par Sigismond, comte d'Arco. Une discussion s'engagea ensuite pour savoir quelle matière devait être traitée la première, du dogme ou de la discipline. Sur ce point, les Légats s'abstinrent de sa prononcer, n'ayant pas encore reçu d'instructions de Rome à cet égard. On souleva ensuite la question de savoir si les Généraux des Ordres Religieux et les Abbés devaient siéger au Concile, comme juges^ ou y avoir simplement la voix consuUative, On se demanda également si l'on suivrait la méthode adoptée à Constance et qui consistait à voter par Nations , ou bien si Ton recueillerait les votes de chacun. Ces divers doutes furent en partie résolus et en partie laissés sans solution. On décida ensuite qu'avant de proposer les matières en Session, on les soumettrait toujours à l'examen de Congrégations particulières; et l'on traça la marche à suivre dans chaque cas. Les Pères voulurent que Ton déterminât les points à traiter dans la prochaine Session et ils réglèrent qu'à chaque Session il y aurait un sermon. Les Prélats Français insistèrent afin que l'on ne traitât aucune affaire en Concile avant l'arrivée de leurs Collègues et des ambassadeurs de François VJ Les Légats leur répondirent que Ton aurait pour le roi de France tous les égards qui seraient compatibles avec les obligations du Concile. L'ambassadeur de Jean, roi de Por-
tugal, était déjà arrivé à Trente. C'était un Dominicain, Frère Jérôme de Oleastro, remarquable par sa vaste science. Deux autres Religieux du même Institut et qui s'étaient trouvés arrêtés en route, devaient l'accompagner par ordre du roi. Néanmoins ses lettres de créance ne lui donnaient pas, d'une manière suffisamment certaine aux yeux des Pères, le titre formel d'ambassadeur; c'est pourquoi, sans lui reconnaître cette dignité, ils se contentèrent de rhonorer tout particulièrement, comme un homme éminent et le seul de sa nation qui assistât au Concile.
Personne ne doit être surpris de ce que de nombreuses difficultés s'élevèrent sur la manière de procéder dans le Concile; car c'est ordinairement ce qui arrive dans toutes les grandes Assemblées, surtout lorsqu'elles sont réclamées par les besoins des temps. Il s'agissait pour le Concile de Trente, de trouver une règle, un critérium, une doctrine formulée qui servissent à refréner l'hérésie et à réformer la discipline Ecclésiastique. Le monde Catholique attendait avec anxiété du Concile général toutes les décisions qui paraissaient opportunes et nécessaires. C'est pourquoi, afin d'écarter tous les doutes qui pouvaient naître au sujet de l'autorité du Concile, le premier soin des Évêques fut de déterminer qui avait droit à la voix délibérative. Ils voulaient que ce droit fut exclusivement reconnu aux personnages
revêtus de la dignité Épiscopale. Qu'aux Évêqnes seuls appartînt, de droit divin, la prérogative de siéger comme juges dans les Conciles généraux, c'est ce qu'il était impossible de nier. Toutefois, il fallait aussi régulariser la situation des Prélats Réguliers en général et des Abbés mitres en particulier. Car, ne tenir aucun compte des anciennes coutumes et des privilèges accordés par les Pontifes Romains aux Prélats Réguliers n'aurait été ni un acte de sagesse, ni un acte de prudence; de plus, dans le cas présent, c'eût été enlever au Concile les secours qu'il pouvait retirer de la science théologique des Prélats Réguliers d'alors. Nous disons que ce n'eût point été là un acte de prudence, car après les humilialions procurées au Siège Apostolique par divers Conciliabules et en particulier par celui de Baie, les Pères de Trente étaient évidemment obhgés de respecter plus que jamais les privilèges accordés aux Abbés par les Pontifes Romains. Aussi, lorsque cette importante question fut soulevée, le Légat Del Monte la trancha immédiatement, pour ce qui concernait les Prélats Réguliers, en provoquant à cet égard une décision du Pape et en maintenant par conséquent intact le droit de possession. Quant aux Abbés, le Concile décida que les trois Bénédictins présents (et il ne s'agissait que de ceuxlà) auraient à eux trois une seule voix, comme représentants d'un seul Ordre et selon ce que la
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Une autre difficulté s'éleva également au sujet de la voixdélibérative à accorder ou non aux Procureurs des Évoques. On y mit fin à l'aide de règlements pleins de prudence, de manière à ne point encourager ceux qui par négligence se dispenseraient de venir au Concile, et à favoriser seulement ceux qui s'en trouveraient absents pour motifs légitimes.
Mgr. Martelli, Évêque deFiésole, souleva ensuite une question qui paraissait porter simplement sur des mots, mais qui cependant ne laissa pas que d'échauffer beaucoup les esprits, à cause de la diversité des opinions sur cette matière. Il voulait qu'en nommant le Concile, l'on ajoutât: représentant l'Église universelle. Cette proposition subit différentes phases et finit par être rejetée parce qu elle rappelait trop le Concile de Constance.
Ces difficultés ne furent d'ailleurs point les seules. Les Évêques se plaignirent aux Légats de ce que ceux-ci avaient reçu eux-mêmes les lettres crédentielles du Substitut de l'ambassadeur impérial Mendoza , sans l'assentiment du Concile , et avaient désigné trois Évêques (les trois plus anciens) avec l'Auditeur de Rote, Mgr. Peghini, pour recueillir les votes. Les Pères prétendaient que les Légats avaient ainsi usurpé les droits du Concile. La nomination des trois Évêques et de TAuditeur
de Rote fut révoquée alors par les Légats et quant aux lettres crédentielles, ils répondirent qu'il leur était permis de les recevoir pour les proposer au Concile qui rendrait ensuite sa décision. On traita aussi de l'exemption des décimes pour ceux qui auraient assisté au Concile.
Session II.
Après que Ton eut discuté toutes ces matières dans plusieurs Congrégations tenues après le 13 Décembre 1545^ jour de l'ouverture du Concile, les Pères se déterminèrent à tenir la H* Session, le Jeudi 7 Janvier de l'année suivante 1546. La Messe du Saint-Esprit fut célébrée dans la Cathédrale par l'Évêque de Castellamare , Mgr. Jean Fonseca, et l'Évêque de S. Marco, Mgr Coriolan Martirano, prêcha en latin sur l'état actuel des mœurs et sur les offenses faites à la Religion. On récita les prières habituelles et Ange Massarelli , Secrétaire provisoire du Concile, lut de la part des Légats une exhortation composée par Polus, l'un des trois Présidents, et dans laquelle on invitait les Pères à se montrer dignes de leur mission. Ensuite FÉvêque de Castellamare lut les Constitutions Pontificales relatives à Touverlure du Concile et à la prohibition de voter avec voix déhbérative au moyen de procureurs. Les Pères de leur côté,
publièrent aussi un décret prescrivant des œuvres de dévotion et de mortification pour obtenir un résultat heureux à leurs travaux et pour exhorter tout particulièrement les savants à unir leurs efforts dans le but d'extirper l'hérésie. Finalement^ on prit des mesures afin que l'on ne portât atteinte à aucun privilège par une pratique contraire. Lorsqu'on demanda aux Pères s'ils approuvaient ce décret , il n'y eut que deux points sur lesquels se manifesta quelque opposition. Le premier consistait en ce que le Concile enjoignait de prier pour l'empereur exclusivement; or les Français demandaient à ce que l'on insérât aussi dans le décret le nom de François V[ Le second point avait rapport à la réclamation de plusieurs Évêques qui voulaient faire ajouter au titre du décret du Concile les mots: réprésentant ÏÉglise Universelle. Mais ces deux réclamations cessèrent, la première, lorsqu'on rappela l'usage de l'Église de nommer seul, en pareil cas, l'empereur; la seconde, à la suite des observations rapportées plus haut , quoiqu'il devînt nécessaire de les renouveler dans la suite, vu que la question se reproduisit. Pour épargner le temps, on ne lut point dans cette Session, les autres Bulles Pontificales ayant rapport au Concile et les Pères fixèrent au 4 Février la Session suivante. Mais avant celle-ci, l'on tint plusieurs Congrégations , dans lesquelles on discuta fort chaleureusement sur
la mélhode à observer pour traiter les diverses matières. Un certain nombre de Pères, en effet, voulaient qu'avant d'entamer le sujet de la Réforme générale, on s'occupât du dogme. D'autres croyaient nécessaire de terminer avant tout ce qui concernait la Réforme. Gomme il arrive souvent que la voie intermédiaire est plus facilement adoptée qu'aucune autre par les partisans de deux opinions opposées (car de cette manière personne ne ressent l'injure d'une défaite), on tomba d'accord de faire marcher de front les questions de dogme et celles de réforme. Ensuite, afin de faciliter l'étude des matières, les Pères se partagèrent en trois Congrégations et décidèrent que chacun commencerait par émettre sa profession de foi, en récitant le Symbole. Ce dernier point fut l'objet d'un décret Conciliaire, publié dans la IIP Session.
Session III.
Le 4 Février 1546, la Messe du Saint Esprit fut célébrée pontificalement par l'Archevêque de Palerme , Mgr Pierre Tagliavia, et le sermon fut prêché par Polito , savant Dominicain , qui avait eu autrefois pour élève le Cardinal Del Monte et qui fut plus tard promu à la dignité Épiscopale. Siennois de naissance , il avait , en l'honneur de S'' Catherine de Sienne, échangé son nom contre
celui lie Calharinus, qui est demeuré célèbre depuis dans l'histoire de la théologie. Après les cérémonies d'usage on lut deux décrets. Le premier, comme nous Tavons déjà dit, ordonnait que chacun ferait sa profession de foi, en récitant le Symbole (Labb. Tom, XX , Conc, pag. 19), Le second fixait au 8 Avril la prochaine Session. Les Pères interrogés au sujet de ces deux décrets, donnèrent leur Placet , à commencer par le premier Légat. L'Évêque de Fiésole renouvela la proposition déjà faite par lui précédemment sur le tilre à donner au Concile; mais cette fois encore on passa outre. Une date mémorable doit être rappelée ici : c'est celle de la mort de Luther, survenue à Eisleben , quatorze jours après la IIP Session. L'hérésiarque avait été la cause immédiate de la célébration du Concile.
Après la Session du 4 Février, l'on tint plusieurs Congrégations pour discuter diverses questions et notamment pour déterminer la manière de reconnaître l'authenticité des Livres Sacrés. On formula le décret relatif aux Saintes-Écritures et à la Tradition. On remédia ainsi aux abus qui provenaient dé la variété des traductions de la Bible ainsi qu'aux erreurs qui avaient pu se glisser dans les textes, latin, grec et hébreu. Après avoir pourvu à la saine interprétation des Écritures, l'on régla ce qui avait rapport aux éditions de la
Bible; car souvent les imprimeurs se servaient de manuscrits incorrects et les traducteurs abondaient dans leur propre sens. Comme on peut bien le supposer, des discussions plus ou moins vives avaient lieu dans le sein des diverses Congrégations, eu égard aux différences d'opinion et de caractère des Pères. En consultant l'histoire du Concile de Trente par Pallavicini, le lecteur pourra se rendre exactement compte de tous les incidents survenus dans ces Congrégations préparatoires; aussi ne le rapporterons-nous pas. Charles-Quint envoya alors au Concile en qualité d'ambassadeur, François de Tolède qui fut reçu avec toute sorte d'honneurs par la sainte Assemblée. Comme Mendoza était encore malade à Padoue, François était muni des pouvoirs nécessaires pour représenter seul, au besoin, l'empereur. A cette époque, arriva à Trente Pierre-Paul Vergerio, Évêque de Capo d'istria. Ce personnage habile, audacieux et intrigant, ne se voyant point admis parmi les Pères parce qu il était sous le coup d'un procès et soupçonné d'hérésie, passa dans les canton des Grisons , d'où il commença à rendre manifeste par ses écrits ce qu'il s'efforçait auparavant de dissimuler aux yeux de tous. Il jouissait de la plus haute estime auprès de François P' qui se servit de lui en diverses circonstances, et le Pape lui avait confié plusieurs missions en Allemagne, où il eut l'occasion de parler avec Luther lui-même.
A cette époque un autre Évêque eut à subir certains désagréments d'un genre tout différent. Musso, Évêque de Bitonto, orateur très-renommé (comme nous Tavons dit plus haut), fut cité à Rome parce qu'il ne payait point les pensions qui devaient se prélever sur ses revenus Épiscopaux. Il est certain que le voyage de Trente était alors fort coûteux et qu'un séjour prolongé dans cette ville entraînait des dépenses auxquelles l'Évêque en question se trouvait dans Timpossibilité de faire face autrement qu'en suspendant le paiement des pensions qu'on lui réclamait ou en recevant lui-même une indemnité du Souverain Pontife. Paul III préféra l'emploi de ce dernier moyen qui sauvegardait entièrement le droit des créanciers.
En voyant les graves difficultés que les débats soulevaient chaque jour, les Légats (et particulièrement Del Monte qui souffrait beaucoup de la goutte) supplièrent, mais en vain, le Pape de leur donner des remplaçants. Paul III, en effet, avait tant de confiance en ces trois grands hommes qu'il voulut avoir leur avis sur un projet de Bulle concernant la réforme de la Cour Romaine. Ils pouvaient d'ailleurs mieux que personne porter un jugement sur cette matière, car ils savaient déjà ce qu'en pensaient les Évêques. A la demande du Pape, les Légats répondirent donc en toute liberté: que la plupart des Évêques étaient surtout préoccupés
d'une chose, d'ailleurs fort raisonnable, et qu'ils se tiendraient pour satisfaits si on les laissait libres dans l'administration de leurs Diocèses; qu'en conséquence il convenait de leur abandonner entièrement la collation des Bénéfices, surtout celle des Cures , la connaissance des causes en première instance et une pleine autorité sur leurs Diocésains. (Pallavicini. Lib. VI . Cap.XIIIJ, Le Souverain Pontife donna son assentiment aux propositions des Légats, tout en réservant l'autorité que le Pontife Romain possède sur toute l'Église.
Les Pères en vinrent ensuite à délibérer sur la teneur d'un décret relatif à la Sainte-Écriture et à la Tradition. Plusieurs discussions eurent alors lieu, tant afin de bien déterminer le sens du mot Tradilion et le Canon des Livres inspirés qu'afin de formuler les anathèmes dont serait frappé quiconque ferait opposition au décret en question. On passa ensuite à l'examen des erreurs qui avaient pu s'introduire dans les différentes versions de la Sainte- Écriture et l'on convint que la Vulgate était de toutes celle qui méritait d'être préférée aux autres. On traita aussi de la méthode à observer dans l'interprétation comme dans la publication des gloses et l'on menaça de peines spéciales les imprimeurs qui ne se conformeraient point aux lois promulguées par le Concile.
On prépara enfin plusieurs décrets pour la
IV' Session, dans une Congrégation spéciale. Il y fut également question des Évèques qui tardaient trop à se rendre à Trente. Le Concile devait aussi répondre à l'ambassadeur impérial, François de Tolède, qui, venu de Padoue, s'était le 5 Avril 1546, présenté à la Congrégation générale, accompagné de trois Évêques. Après qu'on eut donné lecture de ses lettres crédentielles, l'ambassadeur s'était retiré pour se présenter de nouveau, c'està-dire le 7 Avril , à cette même Congrégation et en recevoir une réponse. On avait décidé précédemment que la place de l'envoyé de l'empereur serait à un banc particulier, sopra tutti i Prelati^ quasi rimpetto ai Legati^ con uno sgabello capace di due persone (pour lui et son Collègue) dapotersi inginocchiare ed appoggiare fPallav, Lib, VI. Cap.SJ. Dans cette même Congrégation, la Session prochaine fut fixée au Jeudi après le Dimanche Lœtare; mais, avant de la célébrer , les Légats et un certain nombre d' Évèques se rendirent aux prières de r ambassadeur impérial, en ne publiant point le décret rendu contre les absents condamnés par contumace.
Session IV
Dans la IV* Session, célébrée le 8 Avril 1546 le Très-Saint-Sacrifice fut offert par l'Archevêque
de Sassari et le sermon latin fut prêché par le général des Servites. On lut ensuite plusieurs décrets préparés et relatifs aux Livres de la Bible. Cette lecture ne provoqua que très-peu d'observations. Mais lorsque les Pères s'aperçurent de la suspension du décret arrêté d'un commun accord dans les Congrégations précédentes et dirigé contre les Évêques qui ne se rendaient point au Concile, ils firent entendre d'assez vives réclamations. Toutefois leur mécontentement s'apaisa, lorqu'ils eurent appris le motif de ce délai, et cet incident (comme Tobserve Pallavicini) qui semblait un signe de discorde fui simplement un indice de parfaite liberté. Cependant les Légats entretenaient une correspondance suivie avec le Souverain Pontife alors à Rome, afin de le tenir au courant de tout ce qui leur semblait de nature à rendre efficace la Réforme projetée. Ils insistaient dans leurs lettres sur la résidence des Évêques^ sur les nominations, sur la nécessité de fonder des Séminaires et sur un grand nombre d'autres points tendant tous à relever la discipline Ecclésiastique. Car les maux et les abus qui s'y étaient introduits étaient vraiment déplorables, et Pallavicini lui-même reconnaît qu'ils provenaient, pour la plupart, de continuelles dérogations aux lois communes et de ce qu'on ne récompensait point les Ecclésiastiques vraiment méritants. La Réforme était donc à cet égard une
véritable nécessité. Toutefois, la pureté de la doctrine était d'une importance plus grande encore. Néanmoins, plusieurs membres de l'Assemblée désiraient voir les Pères s'occuper de la Réforme de préférence au dogme, et de ce nombre était l'ambassadeur impérial, François de Tolède, qui s'efforça de persuader sur ce point les Légats, même au nom de Charles-Quint. En conséquence, cette proposition fut débattue dans une Congrégation. Alors, afin de gagner du temps, quelques Pères, prenant occasion de la matière du péché originel, demandèrent que l'on traitât la question de la Conception de la Très-Sainte Vierge. C'était une manière d'empêcher que l'on ne fulminât des ana- Ihèmes contre les hérétiques. La discussion s'engagea donc sur le terrain dogmatique du péché originel. Cependant, plusieurs réunions eurent aussi lieu à l'effet de régler certains points de discipline. L'on s'y occupa notamment de la manière de prêcher et des privilèges des Réguliers. En cette occasion, FËvêque de Fiésole s'éleva contre les Religieux qui prêchaient sans être appelés ni autorisés dans les Couvents des différents Diocèses. Mgr. Gaselio, Dominicain et Évêque de Bertinoro, répondit à son Collègue. Le résultat fut un décret destiné à faire disparaître les abus dont on se plaignait sur le chapitre de la prédication. Beaucoup de choses furent dites aussi relativement à l'obligation qu'ont les Évêques
d'annoncer eux-mêmes la parole de Dieu et Ton s'occupa encore des versions de l'Écriture Sainte. On convint de publier un décret sur la résidence des Évêques et l'on parla longuement sur la Conception de Marie. Une longue discussion s'engagea au sujet du péché originel et principalement de ses effets. On formula sur cette matière un décret dogmatique. Ensuite, il fut de nouveau question des Évêques absents par leur faute et la V" Session fut fixée au 17 Juin 1546. On y devait lire les décrets disciplinaires relatifs à la prédication , aux versions de TÉcriture Sainte, ainsi que le décret relatif au péché originel et dans lequel le Concile fit une réserve toute spéciale pour ce qui touchait la Très-Sainte Vierge.
Session V.
Le 17 Juin, Jeudi d'après la Pentecôte, eut lieu la V Session, à laquelle assistèrent quatre Cardinaux, neuf Archevêques , quarante-huit Évêques , deux Abbés mitres, trois Généraux d'Ordres Mendiants et un nombre considérable de théologiens. Les ambassadeurs impériaux et beaucoup d'autres personnages de distinction étaient présents. La Messe fut célébrée pontificalement par Mgr. Piccolomini, Évêque de Pienza, et le Père Marco Laureo, Dominicain, fit le sermon. Après les cérémonies d'usage, on donna lecture des décrets indiqués plus haut, et au sujet
desquels se manifestèrent certaines divergences qui n'en empêchèrent cependant point la publication. On discuta beaucoup dans cette Session sur le procès à intenter aux Évêques absents. Enfin, Ton annonça que la VP Session aurait lieu le Jeudi d'après la fête de S. Jacques, c'est-à-dire le 29 du même mois.
La question principale (outre celle de la Réforme) que les Légats désiraient voir traiter, comme devant servir de fondement à toutes les autres vérités dogmatiques, était la question de la Justification, Tout fut donc mis en œuvre dans ce but, car les dangers dont la guerre et la peste menaçaient le Concile étaient de nouveaux motifs d'en venir promptement à une conclusion
Pendant que tout ceci se passait à Trente, un accord était pris à Rome avec les représentants de Charles-Quint; et il fut convenu que si les Protestants d'Allemagne ne voulaient point se rendre aux arguments pacifiques et continuaient à troubler la paix publique, on les ferait rentrer dans le devoir par la force des armes.
A Trente , on attendait depuis longtemps les Orateurs du roi de France, qui arrivèrent enfin. C'étaient Claude Durfé, Jacques Lignières et Pierre Danes, personnages distingués sous tous les rapports. Deux questions se présentèrent alors. 1" Les Orateurs français pourraient-ils assister non-seule-
ment aux Sessions mais encore aux Congrégations préparatoires? D'après l'avis du Cardinal Pachéco, Ton se décida pour Taffirmalive 2/ Quelle place assignerait-on aux représentants du roi de France? Plusieurs Pères voulaient que l'on accordât la préséance aux ambassadeurs français. Après de longues discussions, il fut décidé que, comme de fait les envoyés du roi des Romains n'assistaient point aux séances, les Orateurs français prendraient place immédiatement après ceux de Tempereur. Pendant ce temps ;, les théologiens s'occupaient activement de préparer les matières relatives à la Justif cation. Plusieurs graves difficultés furent alors soulevées, non sans quelque scandale toutefois quant au mode employé, dans certains cas, pour les exposer. La guerre vint alors de nouveau effrayer les Pères et ils manifestèrent le désir que l'on suspendît le Concile ou tout au moins qu'on le transférât dans une autre ville; mais le Pape fut d'un avis contraire. Cependant, comme l'ennemi s'avançait à grands pas, il fallut bien penser à proroger la Session que l'on avait d'abord fixée au 29 Juillet, et il fut décidé qu'elle serait reculée jusqu'au 13 Janvier 1547 (Lahhe Tom, XX. Conc. pag. 32.) La maladie du Cardinal Polus occasionna du retard dans la marche des affaires, d'autant plus qu'il s'était arrêté à Padoue et que finalement, appelé à Rome, il renonça à l'office de Légat. En face de périls de tout genre, l'on agita de nouveau la question de la tran-
slalion du Concile, malgré ropposition de Tempepereur. Le fait est que les Pères ne voulaient plus rester à Trente. Les Légats firent connaître au Pape ce qui en était, en lui exposant la nécessité de transférer le Concile, ne fût-ce même qu'à raison du petit nombre d'Évêques présents. Sur ce point, Cervini déclara son opinion de la manière la plus nette. Toutefois, pendant que l'on négociait de la sorte, les diverses Congrégations s'occupaient toujours des matières dogmatiques et disciplinaires qui leur étaient confiées. La Justification fut l'objet des plus sérieuses études théologiques. Au sujet de l'obligation des Évêques à la résidence, on discuta si c'était là une obligation de droit Divin ou seulement de droit Ecclésiastique. On prépara des décrets sur ces deux matières; néanmoins le Concile ne décida point la question soulevée à propos de la résidence des Évêques. Diverses interpellations eurent encore lieu relativement au titre à donner au Concile.
Session VL
Le 13 Janvier 1547, eut lieu dans la Cathédrale de Trente la VP Session, présidée par les Légats Del Monte et Cervini. Après la Messe, qui fut célébrée par l'Archevêque de Spalatro, le sermon fut prononcé par l'Évêque de Salpe et Ton publia les
décrets relatifs à la Justificalion et à la résidence des Évêques. Ensuite, de l'assentiment des Pères, on intima la VU* Session pour le 3 Mars suivant. L'on ne saurait dire combien Cervini rencontra d'opposition à Trente et à Rome au sujet du décret sur XdiJuslijication, A Rome particulièrement, où certains personnages n'hésitaient point à se prononcer sans être exactement informés de tout ce qui se passait à Trente, on combattit fort vivement le projet de décret soutenu par Cervini. Le Cardinal Sfondrati s'était mis à la tête de cette opposition, tandis que Morone défendait de toutes ses forces Tœuvre de l'illustre Légat. La cause (apparente du moins) de ces divergences d'opinions était la crainte, conçue par quelques uns, que ce décret n'exaspérât tout à fait les esprits des Protestants. L'opposition manifestée à Rome avait;, bien entendu, son contrecoup à Trente. Cependant tout ceci n'empêchait pas les Pères de continuer leurs travaux sur le dogme et sur la Réforme: sur le dogme, en examinant les erreurs relatives aux Sacrements; sur la Réforme, en déterminant l'autorité des Évêques en tant que délégués Apostoliques.
Le décret touchant la résidence des Évêques avait également provoqué des observations sur l'obligation analogue des Cardinaux, sur la pluralité des Sièges Épiscopaux, occupés souvent par un même titulaire et sur le cumul des Bénéfices Ecclé-
siastiques. Paul III régla ce qui avait rapport aux Cardinaux par une Bulle spéciale. Les Pères, de leur côté, préparèrent des décrets, que Ton devait publier dans la VIP Session, tant sur les Sacrement que sur la Réforme. Ils proposèrent, en outre, l'adoption de certaines mesures à observer dans l'élection des Évêques et dans la collation des Bénéfices: ils insistèrent particulièrement sur les qualités que devait posséder le candidat pour être élu.
Session VII.
Les décrets, préparés par les Congrégations, non sans avoir donné lieu à de vives discussions, furent à la fin approuvés par la majorité des Pères et publiés dans la VIP Session , qui se tint le 3 Mars, sous la présidence de Jean Marie Del Monte et de Cervini. La Messe fut célébrée par Mgr Cauco, Archevêque de Corfou. Le sermon d'usage ne fut pas prononcé, parce que Mgr. Martirano, Évêque de S. Marco, qui devait parler, se trouva pris d'une extinction de voix. On fixa au 21 Avril la Session suivante (Tom, XX. Conc, pag. 58. J. Vers cette époque, fut déposé l'Archevêque Hermann de Cologne, com me infecté d'hérésie, et Charles-Quint prêta mainforte en cette occasion , à la décision Pontificale.
On se mit ensuite à traiter la question de l'Eucharistie, dans plusieurs réunions, et le Concile
semblait devoir se poursuivre sans interruption , lorsqu'une maladie pestilentielle éclata à Trente et vint tout interrompre. C'était une sorte de fièvre pourprée avec des symptômes contagieux , et provenant , disait-on , de la corruption de Tair. Elle produisit en peu de temps une si grande mortalité que les Pères se hâtèrent de préparer le décret qui transférait le Concile à Bologne. Ce décret fut rendu aussitôt que les membres de l'Assemblée furent tombés d'accord au sujet de la translation. Comme on n'avait pas encore pu recevoir à cet égard la réponse qui arriva plus tard de Rome, les Cardinaux-Légats, dans le but de justifier encore plus leur proposition, voulurent avoir, au point de vue de l'art, l'opinion de deux célébrités médicales, Balduino Balduini (médecin du Cardinal Del Monte) et Jérôme Fracastor de Vérone (appelé à Trente, en qualité de médecin du Concile). Ce dernier déclara énergiquement qu'il ne voulait plus séjourner davantage dans une ville où il s'était rendu, disait-il, non pour combattre la peste, mais simplement les fièvres et autres maladies connues. Outre la contagion, il existait encore plus d'un motif de transférer le Concile: nous voulons parler des dangers dont ce dernier était menacé de la part de Charles-Quint, irrité depuis quelque temps contre le Pape.
Session VIII.
En conséquence, le 11 Mars 1547, se tint la Vlir Session, dans laquelle furent lues toutes les déclarations prouvant la nécessité de transférer le Concile. Ensuite, le premier Légat, c'est-à-dire le Cardinal Del Monte, proposa le décret de translation, en demandant aux Pères leur assentiment. La Session suivante devait avoir lieu à Bologne, le 21 Avril. On alla aux voix; sur cinquante-six votants, trente-huit se prononcèrent en faveur du décret et quatorze contre; il y eut en outre deux voix douteuses et deux conditionnelles. Mais avant que Ton en vînt au vole, une discussion des plus vives s'était engagée. Le parti impérial, contraire au décret proposé, avait à sa tête le Cardinal Pachéco. Il ne se trouvait parmi les Pères qu'un seul Évêque français, celui d'Agde. Ce Prélat, malgré toutes les instances du Cardinal Pachéco, qui l'exhortait à voter pour ou contre ne voulut jamais sortir de son indécision. Ce fut là, de sa part, un acte de sagesse poHtique. En effet, comme il se trouvait représenter en quelque sorte à lui seul les Évêques de France et même le roi, il craignit avec raison de déplaire aux uns ou aux autres, en approuvant ou en combattant le décret. Il restait aux Légats à manifester leur opinion, car ils n'avaient point pris part au vote précédent.
Paclîéco les pressais de donner aussi leur avis. Alors, Del Monte, sachant qu'un certain nombre de Pères faisaient difficulté d'accepter le décret , parce qu'on n'avait produit jusqu'alors aucune autorisation Pontificale de transférer le Concile , déclara que cette, faculté avait été accordée par Paul III aux Légats dès le principe même de leur Légation. Il ajouta qu'il n'avait pas voulu donner connaissance de ce fait avant qu'on en vint aux voix, afin de laisser aux Pères entière liberté de se prononcer. On lut ensuite le Bref du Pape, auquel le premier Légat avait fait allusion. En conséquence, on publia le décret de translation, et les Légats partirent le lendemain pour Bologne, où Del Monte alla loger au palais Campeggio. Quelques Pères, favorisant le parti impérial, demeurèrent à Trente; presque tous les autres suivirent les Légats et un fort petit nombre s'en allèrent ailleurs.
Le nouvelle de cet événement produisit beaucoup d'impression à Rome. Paul III, dont les relations avec Charles-Quint étaient devenues extrêmement déhcates , aurait voulu pouvoir ne point approuver la translation; mais d'autre part il en reconnaissait la nécessité. Il exposa donc l'affaire en Consistoire et témoigna apprécier la gravité des raisons qui avaient déterminé ses Légats à transférer le Concile à Bologne. Trois Cardinaux seulement, à savoir celui de Burgos, celui de Coda et le célè-
breSadolel, se montrèrent opposés à la translation. Néanmoins le Pape, soit pour colorer jusqu'à un certain point ses dispositions favorables à l'empereur, soit pour se décharger de toute responsabilité, soit enfin pour conserver sa liberté ultérieure, dans le cas où cette translation n'aurait pas servi les intérêts de l'Église, fit savoir à ses Légats les difficultés auxquelles ils s'étaient exposés et les dangers qui les menaçaient encore. Toutefois, il leur annonçait qu'il prêtait main forte à leur autorité, afin de ne point susciter de mécontentement autour de lui. Le Cardinal Cervini s'efforça alors de se justifier auprès du Pontife, en mettant, en pleine lumière tout ce qui lui avait été représenté sous un faux jour dans certaines correspondances et notamment dans celles de Pachéco. C'est pourquoi l'on publia qu'un sauf-conduit serait accordé à tous ceux qui se rendraient à Bologne.
Session IX.
Les Légats, de leur côté, ne négligèrent rien pour hâter la marche des affaires du Concile et, le 21 Avril, ils tinrent à Bologne la IX" Session dans TÉglise de S. Pétrone. Ce fut Mgr. Leccavela, Archevêque de Naxos, qui célébra la Messe. Le sermon fut prêché par célèbre Catharinus. A cette Session se trouvaient présents six Archevêques , vingt-
huit Évêques (deux autres qui n'avaient pu venir en personne, envoyèrent leur sentiment par écrit), un Abbé du Mont-Cassin et quatre Généraux d'Ordres Mendiants. Après les cérémonies ordinaires, on décréta que, pour donner le temps aux Évêques de se rendre au Concile, l'on différerait la publication de tout ce qui avait été décidé dans les Congrégations particulières.
L'empereur avait intérêt à faire revenir à Trente les Pères du Concile et Mendoza était chargé de faire réussir Tentreprise.
Session X.
Sur ces entrefaites , le 2 Juin 1547, se tint la X* Session , qui , faute d'un nombre suffisant de Pères, fut prorogée au Jeudi 15 Septembre. Mais dans la Congrégation générale qui se tint le 14 Septembre de la même annnée, au palais Campeggio , la XP Session fut remise Ad heneplacitum Sacri Conciln. Le Cardinal Del Monte, à l'ouverture de cette Congrégation , récita , selon l'usage, l'Oraison: Adsumus^ Domine Sancle Spiritus etc. (Tom. XX. Conc, p, 66], Ensuite, comme les temps devenaient de plus en plus menaçants, à cause de la nature des rapports entre Paul III et Charles-Quint , les Sessions restèrent suspendues pendant quatre ans. Ce fut alors que l'empereur publia le fameux Intérim.
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De la morl de Paul III à ïéleclion de Pie IV.
La mort de Paul III, survenue le 10 Novembre 1549, changea notablement l'aspect des affaires publiques. En effet , le Cardinal del Monte fut nommé Pape et prit le nom de Jules III , le 7 Février 1550. Son premier soin fut de se mettre d'accord avec le roi de France Henri II et avec Charles-Quint pour réunir de nouveau le Concile à Trente. Ensuite, il publia une Bulle pour annoncer la reprise et la continuation du Concile dans cette même ville de Trente. La Bulle commence par ces mots: Cum ad tollenda Religionis noslrae dissidia et porte la date du 14 Novembre 1550. Le Souverain Pontife députa pour le représenter devant les Pères un unique Légat qui fut le Cardinal Marcel Crescenzio , romain , et non Cervini parce que ce dernier n'était pas bien vu de l'empereur. Il adjoignit cependant à Crescenzio deux Évêques, avec le titre de Présidents', c'étaient Baslien Peghini , Archevêque de Manfredonia et Louis Lippomani, Évêque de Vérone, personnages également distingués par leur doctrine et leur prudence. Peut-être aussi Jules III en agit-il de la sorte pour honorer le Corps des Évêques, si gelosi
(comme le dit Pallavicmi, Lib. XI. Cap. XI II), nella passata adunazione del ConciUoy che la Sedia Aposlolica non volesse quivi deprmerli; veggendo essi ora cKella gïinnalzava dal sedervi al presedervi. Le Pape envoya en outre au Concile, en qualité de Secrétaire de la Vénérable Assemblée , Massarelli, qui devait d'abord s'arrêter quelque temps à Bologne pour s'entendre avec le Cardinal Crescenzio , afin que celui-ci hâtât ou retardât son départ pour Trente, selon ce qu'exigeraient les circonstances. Mais Jules m voulait qu'en tout cas l'on ne reculât point le jour fixé pour la réouverture du Concile, afin d'ôter de la sorte aux Français tout prétexte de convoquer un Concile national. Crescenzio s'empressa donc de se rendre à Trente, où il ne trouva, outre le Cardinal Madruccio, que treize Évêques, tous sujets de l'empereur. Une difficulté fut tout d'abord élevée par le Cardinal Madruccio qui prétendait siéger au dessus des Évêques-Présidents. Le Souverain Pontife, interrogé à cet égard, répondit que dans les réunions non Synodales le Cardinal devait précéder les deux Évêques, mais que dans les réunions Synodales ceux-ci auraient la préséance sur le Cardinal , auquel on assignerait d'ailleurs une place d'honneur.
Le 30 Avril 1551, se tint à Trente une I^^^ Congrégation , dans laquelle on proposa de rouvrir le Concile le lendemain et de proroger en-
suite les Sessions jusqu'au V' Septembre, afin de laisser aux Évêques allemands le temps d'arriver. Un aussi long délai ne plut point à tout le monde.
Session XI.
Le jour suivant, dans la Cathédrale de Trente, se tint la Xr Session, (la I'" célébrée sous le Pontificat de Jules III) Crescenzio y chanta sa première Messe et Frère Sigismond Fedrio de TOrdre des Conventuels y prêcha en latin. On lut ensuite les Bulles ordonnant la reprise du Concile et nommant les Présidents. L'Archevêque de Sassari proposa le décret de réouverture du Concile ainsi qu'un second décret fixant la prochaine Session au P' Septembre de la même année. L'un et l'autre furent approuvés par les Pères.
Bientôt on vit arriver à Trente une foule d'illustres personnages et des Évêques de toute nation , de sorte que l'on put bientôt commencer à traiter plusieurs affaires importantes, entremêlées de temps en temps de questions d'étiquette.
Session XIL
Le P' Septembre 1551, l'on tint la XIP Session, dans laquelle Mgr Balthasar Hérédia célébra pontificalement la Messe. Au lieu du sermon latin
le Secrétaire du Concile lut une exhortation traitant de la manière de vivre des Pères. On donna ensuite connaissance d'une lettre de Henri II, qui expliquait pourquoi les Évêques de France n'étaient point encore arrivés à Trente et protestait contre la célébration du Concile. Cette conduite du roi provenait de ce qu'il croyait le Pape Jules III promoteur de la guerre. Enfin l'on décréta que dans la prochaine Session, fixée au 11 Octobre, l'on traiterait de l'Eucharistie et de la Réforme.
Dans l'intervalle eurent lieu plusieurs Congrégations, dans lesquelles on développa la doctrine Catholique touchant l'Eucharistie, on examina les erreurs de Zwingle et de Luther, et l'on prépara certaines matières relatives à la Réforme.
Session XIII.
Le 11 Octobre, eut lieu la XIIP Session, à laquelle assistèrent les trois Électeurs Ecclésiastiques de l'Empire, dont l'un, celui de Cologne, était arrivé la veille. Mgr Jean-Baptiste Campeggio, Évêque de Majorque, célébra la Messe et l'Archevêque de Sassari prêcha sur la Sainte Eucharistie. Après les cérémonies d'usage, on publia les décrets relatifs au dogme et à la Réforme. Ensuite, l'Orateur de l'Électeur de Brandebourg prononça un discours.
Cette Session fut suivie de plusieurs réunions dans lesquelles on prépara les matières dogmatiques relatives à la Pénitence et à TExtrème Onction. Les ambassadeurs de l'empereur et ceux de TElecteur de Brandebourg y assistèrent. On parla longuement sur la Pénitence , sur le droit qu'a tout Évêque de corriger les criminels dans son Diocèse, et d'empêcher l'ordination de ses Diocésains par les autres Évoques.
Session XIV.
Après que l'on eut préparé ainsi plusieurs décrets, la XIV Session se tint le jour de S^' Catherine, Vierge et Martyre. Mgr François Manrique, Évêque d'Orense, célébra la Messe et l'Évêque de S. Marco prêcha en latin. On donna ensuite lecture des décrets relatifs à la Pénitence et à l'Exlrême-Onction ainsi qu'à la Réforme.
Le roi de Bohême passa alors à Trente avec la reine son épouse , fille de Charles-Quint. Ils furent reçus avec toute sorte d'honneurs et occupèrent les appartements qu'on leur avait préparés dans le palais du Cardinal Madruccio. Les ambassadeurs du duc de Wurtemberg et de l'Électeur de Saxe, qui étaient arrivés peu de temps auparavant, montrèrent, en assistant à une Congrégation générale , beaucoup d'âpreté dans leurs demandes.
Le désir de la paix se laissait voir, au contraire, chez les Orateurs impériaux et ils cherchaient toujours à intervenir et à calmer les dissentiments. Mais les envoyés Wurtembergeois et Saxons mettaient en avant des prétentions exorbitantes , et ils voulaient, entre autres choses^ que l'on revînt sur tous les décrets rendus jusqu'alors en matière de foi par le Concile.
La guerre n'était pas, à cette époque, la seule crainte qui préoccupât les esprits. Néanmoins, les difficultés qui existaient entre le roi de France et le Pape s'aplanirent. La Session suivante du Concile fut prorogée et l'ambassadeur de Portugal arriva à Trente. Sur ces entrefaites, le Cardinal- Légat vint à mourir et en même temps les Protestants d'Allemagne se révoltèrent contre Charles- Quint.
Session XV.
Au milieu de tant de commotions publiques, le 25 Janvier 1552, se tint la XV" Session. L'Évêque de Catane célébra pontificalement la Messe et l'Évêque de Majorque prêcha. Ensuite, on publia la teneur du sauf-conduit que le Concile accordait aux Prolestants qui voudraient se rendre à Trente. On détermina en même temps la matière des décrets qui devaient être publiés dans la Session suivante. Celle-ci fut fixée au 19 Mars.
Session XVI.
Dans cette Session qui ne fut point tenue le 19 Mars, mais le 28 Avril (Tom, XX. Concpag. 11), Jules III ordonna la suspension du Concile, quoique l'on puisse dire que les Pères l'avaient déjà interrompu de fait, par suite des appréhensions continuelles dans lesquelles ils vivaient par rapport à la guerre. On publia donc le décret de suspension.
Diverses vicissitudes , la mort de Jules III , le court Pontificat de Marcel II et l'élection de Paul IV imprimèrent une nouvelle direction aux affaires de l'Église et de l'Europe. Le Concile semblait n'être plus désiré ni par les Catholiques , ni par les Prolestants , à cause des guerres dynastiques, des invasions territoriales et des dissensions religieuses elles-mêmes. La Diète de Ralisbonne, tenue en 1556 et 1557, tendait en quelque manière à concilier les esprits et à procurer une accord entre Protestants et Catholiques. Le roi Ferdinand travaillait en ce sens, tout en s'arrogeant, dans cette circonstance, une autorité qui n'appartenait qu'au Souverain Pontife. Pierre Canisius figura alors comme envoyé de Rome pour prendre part aux Conférences. A tous ces faits déjà si graves vint s'ajouter celui de la renonciation de Charles-Quint
à Fempire, en faveur du même Ferdinand, roi des Romains. L'Europe étonnée vit alors Tex-empereur se retirer en Espagne dans le couvent des Hiéronimites de S. Just et y mourir chrétiennement à Tâge de cinquante-huit ans.
Après la mort de Marie, reine d'Angleterre et du Cardinal Polus, Elisabeth monta sur le trône et la Grande-Bretagne retomba dans l'hérésie. La France eut à pleurer la perte imprévue de son roi. Henri II avait été mortellement blessé dans un tournoi d'un coup de lance qui lui traversa la tête en pénétrant depuis l'oreille jusqu'au cerveau. Paris en deuil assista à ses funérailles. Peu après mourut Paul IV, à l'âge avancé de quatre-vingt-quatre ans. Quelque temps auparavant, révolté de la sévérité de ce Pontife, le peuple de Rome s'était porté furieux çà et là, mettant à feu et à sang plusieurs endroits désignés à sa vengeance et il aurait poussé beaucoup plus loin son œuvre de destruction s'il n'en eût été empêché par l'autorité de Julien Césarini. Mais l'esprit de rébellion, une fois déchaîné parmi les Romains, ne s'apaisa point de si tôt. Les meneurs se portèrent au Capitole, où quelques mois auparavant, l'on avait élevé une statue à Paul IV, ils la renversèrent, lui brisèrent le nez et un bras et forcèrent ensuite chacun à mettre en pièces et à faire disparaître partout les armes du Souverain Pontife. Non content de ces exploits, la foule irri-
tée revint au Capitole, abattit la tète de la statue du Pape, qui fut ensuite indignement traînée à travers les rues de Rome et jetée finalement dans le Tibre par un Juif qui prétendit ainsi se venger de la rigueur du Pontife envers ses coreligionnaires. La haine des Romains contre Caraflfa était arrivée à un point tel que personne ne voulait plus prononcer son nom et que même pour désigner une carafe en verre on se servait du mot d'ampolla. Cette fureur était aveugle , aussi bien que la vengeance qui la suivait; car personne ne niera jamais les grandes qualités de Paul IV. Seulement sa sévérité ne les rendait point aimables.