‹ Les Conciles généraux (volume 2)Chapitre 3 sur 18 · VI · texte numérisé non relu

VI

De la Session IX' à la XIP

Au mois de Janvier 1514, Louis XII perdit la reine Anne, son épouse. Cette vertueuse princesse avait (comme nous Tavons vu) efficacement contribué à apaiser Jules II indisposé contre le roi de France. Cette mort fut une vraie calamité pour tout le royaume. Le 15 du même mois, furent affichées, par ordre deLéonX,aux portes des Basiliques et autres édifices publics de Rome des Schedae invitant les Pères du Concile à proposer, tant dans les Congrégations que dans les Sections , tout ce qui leur semblerait bon et utile à l'Église. Le lecteur se rappelle sans doute qu'on avait formé trois Sections , chacune de huit Évêques, chargées de s'occuper des affaires de TÉglise universelle et de rédiger les décrets qui, après avoir été soumis à la Congrégation générale, devaient être ensuite présentés à l'approbation du Concile. Léon X fit donc intimer, le jour ci-dessus indiqué, aux Prélats, aux Maîtres en Théologie et aux Docteurs du Concile, volenlihus dare noliliam rerum et materiarum proponendarum in sacro Lateranensi Concilio quae expedire et convenire eis videbuntur^ de se rendre (ut accédant) auprès des trois plus anciens Cardi-

naux faisant respectivement partie des trois Congrégations établies et de leur communiquer tout ce qu'ils jugeraient nécessaire: ut illis examinatis et discussis , illae commemorationes quae laudahiles ac bonae videhantiir^ in Congregaiionibus et Sessiosionibus futuris dicti Sacri Concilii proponi possint et approbari etc. fibid, pag, 847),

Le 4 Avril, le Pape prorogea au 5 Mai la IX' Session. Cependant les Pères s'occupaient avec beaucoup d'activité des affaires du Concile. Le 29 Avril, ils furent convoqués pour ce jour-là même, à deux heures après midi, dans la chapelle du Palais Pontifical , où une Congrégation générale devait se tenir en présence du Pape. On menaçait d'excommunication quiconque manquerait , sans raisons graves, à cette réunion. Soixante-dix-neuf Patriarches et Évêques s'y trouvèrent présents, ainsi que tous les Cardinaux, à Texception de celui de Sabine, qui était malade. En outre, y assistèrent deux Abbés et les Généraux d'Ordres. Thomas Phédra, demanda aux Pères, de la part du Pape, s'ils désiraient que la Scheda lue précédemment en Congrégation particulière fut publiée dans la prochaine et IX* Session, deletis et cancellatis his quae concernunt Praelalos. Chacun des Prélats donna alors son vote. Nous rapporterons l'opinion de chacun d'eux, afin de mieux faire apprécier le sens de la Scheda proposée, c'est-à-dire de la Bulle Super-

nae disposilionis arhitrio qui se trouve dans Labbe (Tom, XIX. Conc, pag. 874),

Interrogés sur ce projet de Bulle, Bernard Évoque de Trévise (qui était en même temps Gouverneur de Rome) et César, Patriarche d'Alexandrie répondirent: Placet. Jean Vincent, Archevêque de Sienne exprima le désir: quod daretur copia et tempus delîberandî, et tous les Évêques siégeant sur le même banc que lui adhérèrent à sa proposition. Alexis , Évêque de Melfi répondit : Placere , duramodo de caetero detur copia, Gibert , Évêque de Rapolla : Dijferantur qiiae concernunt Praelatos et detur iempus deliberandi. François, Évêque de Nantes: Detur copia et tempus^ et intérim Sua Sanctitas videat petitiones Praelatorum, Louis, Évêque de Tricarico : Detur copia et tempus sallem deputatum. Thomas, Évêque de Comacchio; Differantur ea quae concernunt Praelatos ^ et detur copia et tempus, Jérôme, Évêque d'AscoH fit la même réponse. Pompée , Évêque de Riéti ; Deleantur quae concernunt Praelatos; et circa alia contenta in Bulla il réservait son vote ad aliud tempus , après qu'il aurait pris de plus amples informations. Nicolas, Évêque de Bergame: Ea quae concernunt Praelatos pertractentur per electos et expediantur simul cum aliis contentis in Bulla, Paris, Évêque de Pesaro, adhéra à ce vote. Jean, Évêque d'Aquila, répondit: Placet. Maxime, Évêque d'Isernia : Placet. In reliquis de-

(ur copia et tempus. Jean Antoine, Évêque d'Anglona fut d'avis: Quod suspenderenlur quae spectant ad Episcopos y donec cum aliis peiiliones eorum discutianlur et delerminentur in secunda Sessione a proxima. Jean Antoine, Évêque de Carinola répondit : Placet ; dummodo concernentia Episcopos examinentur et deinceps detur copia et tempus ut me" Uns consulalur et respondeatur . Pierre, Évêque de Forli: Demptis omnibus contentis in Bulla quatenus concernant Episcopos et Ecclesias, caetera placent, il suppliait en outre le Pape: ut habeat Praelatos recommendatos, Lactance, Évêque de Soana dit qu'il n'avait ni lu, ni entendu lire la Bulle et qu'il ne pouvait par conséquent pas répondre. Jean, Évêque de Tribur, et Jean, Évêque de Bovino, répondirent l'un et l'autre: Placet pr ont in Bulla, Deux de leurs voisins firent de même. Dominique, Évêque de Lucera répondit : Se obtemperaturum in omnibusj tout eu exprimant le désir de lire la Bulle et prudenter deliberare. Jean , Évêque de Sébénico , s'exprima en ces termes: Placet quod in omnibus contentis in Schedula et quoad omnes cujuscumque ordinis servetur dispositio juris communis, Ange, Évêque de Bertinoro: Placet quod placuit Domino Nostro; toutefois il suppliait le Pape ut sua sibi tam illicite et atrociter ablata restitui faciat. Tous les autres répondirent: Ut daretur copia et tempus deliberandi.

A la fin, le Souverain Pontife déclara que Ton donnerait copie de la Bulle et que l'on accorderait tout le temps nécessaire pour délibérer. En conséquence, les Pères se réunirent le lendemain, dans le même endroit, et le Secrétaire Phédra lut la Bulle et en donna copie à qui le désirait. Ensuite, les Pères choisirent huit d'entre eux, à savoir trois Archevêques et cinq Évêques, lesquels, unis aux Cardinaux que devait désigner le Pape furent chargés de délibérer sur le projet de Bulle à proposer dans la Session suivante. Ces huit Prélats s'assemblèrent en effet le lendemain (1'' Mai) avec les Cardinaux dans la salle supérieure du Palais Apostolique, afin de se concerter et de proposer, d'un commun accord, dans la IX' Session, ce qu'ils auraient jugé nécessaire. Dans cette réunion, l'affaire fut menée à bon terme, et l'on se montra satisfait de part et d'autre, de sorte que la IX' Session put être tenue le jour fixé.

En conséquence, le Vendredi, 5 Mai 1514, eut lieu la IX' Session, dans l'Église de S. Jean de Latran. A l'heure de Tierce, les Pères se trouvèrent réunis, sous la présidence de Léon X, revêtus tous des habits Pontificaux. La Messe basse fut célébrée par Gabriel, Archevêque de Durazzo et le sermon fut prêché par Antoine Pucci, Chierico di Caméra, Après les prières et cérémonies d'usage, l'Évangile Si diligitis me etc, fut chanté par Louis d'Aragon, Cardinal-Diacre de S" Marie m Cosmedin et le Pape

entonna le Vent Creator. Les ambassadeurs du roi de Portugal présentèrent ensuite à Léon X leurs lettres de créance , qui furent lues par Phédra, du hautde Tambon. Le Procureur fiscal fit alors connaître au Souverain Pontife que ce jour là même expirait le délai fixé dans le monitoire ou citation régulière adressée aux défenseurs de la Pragmatique Sanction et que ceux-ci, n'ayant point comparu, méritaient que l'on procédât contre eux. k son tour, FÉvêque de Marseille, ambassadeur de Louis XII, prit la défense des Prélats français et expliqua comment, arrivés dans le Dauphiné, ils n'avaient pu obtenir de saufs-conduits ni du Duc de Milan, ni d'Octavien Fregoso, Doge de Gênes. Il communiqua plusieurs pièces à l'appui de ce qu'il avançait. Toutefois, Jérôme Moron, ambassadeur de Maximilien, duc de Milan, affirma que son maître n'avait pas refusé mais avait seulement voulu différer d'accorder son sauf-conduit. En conséquence, Léon X suspendit les censures dont avaient été menacés ces Prélats, mais en déclarant qu'ils les encourraient, si, lors de la prochaine Session, ils ne se trouvaient point au Concile. Ensuite, on fit sortir de l'enceinte les étrangers et Ton ferma les portes de l'Archibasilique; alors FÉvêque de Marseille monta sur l'ambon et donna lecture d'une Bulle de Léon X. Le Pape, après avoir exposé la nécessité de rétablir la paix entre les princes Chrétiens, de relever la discipline de

l'Église et de faire la guerre aux Turcs, exprimait le désir de voir tous les souverains et tous les peuples unir leurs efforts pour concourir à ce triple but. Il rappelait, en conséquence, aux Prélats l'obligation qui existait pour eux de se rendre au Concile, afin d'y traiter ces importantes questions et il exhortait les princes à leur accorder à tous des saufs-conduits. Lorsqu'il eut fini de lire cette Bulle, l'Évêque de Marseille demanda l'avis des Pères et, nemine penitus discrepanle j quilibel respondit placere contenta in Sckedula, (Ib. pag, 874). Vincent, Archevêque de Naples, lut ensuite, du haut de l'ambon, une autre Bulle concernant la réforme de la Cour Romaine (Ibid.J^ ainsi que la Bulle d'indiction de la X* Session fixée au 1'' Décembre. Après la lecture de ces deux Bulles, le même Archevêque demanda au Pape et aux Pères s'ils en approuvaient le contenu. Tous répondirent affirmativement, excepté quelques Pères qui firent les réponses suivantes. Jérémie, Archevêque de Trani, déclara: Non placere ea quae déviant a jure^ et etiam quia providetur quoad multa non necessaria^ et generalia omittuntur. Jean Staphileus, Évêque de Sebenico: Placere sibi quod in omnibus in Schedula contentis , quoad omnes cujuscumque ordinis^ servetur disposttio juris communis. Mgr. Scaramuzza, Évêque de Cumes: Placere verba^ cessante metu Cardinalium. Gabriel, Archevêque de Durazzo approuva les Bulles, praeter Constitutiones

JEgidii Cardinalis quas ignorai. Christophe, Évêque de Polignano répondit: Non placet quoad résignationem Beneficiorum^ sed quoad coelera sic, Michel, Évêque de Montalcino: Placent, praeter quoad duo incompatibilia, quia vuU quod sint qualificati. Benoît, Évêque de Chio : Placent , praeterquam de incompatibilibus resignandum quoad praeterita, et de accusandiset de reprehendendis hlasphemiisin criminalibus,

Léon X répondit à ces observations: quod mutabuntur aliqua verba, sed non mulabitur sententia, et quod contenta in eis Suae Sanctitaii alias placent. On rédigea de tout ceci un instrument. On chanta le Te Deum, et la Session fut close. Le Pape monta à cheval et accompagné des Prélats s'en revint au Vatican, après quoi les Pères rentrèrent chacun chez soi.

Le 26 Novembre, les travaux préparatoires des Congrégations de Prélats et de Cardinaux n'étaient point encore terminés. Le Pape prorogea alors la X' Session qui fut fixée au 23 Mars de l'année suivante 1515. Une seconde prorogation vint ensuite reculer cette date jusqu'au 4 Mai de la même année. Ces délais successifs furent principalement causés par les négociations pendantes avec la France. En effet, François P% qui venait de monter sur le trône à la mort de Louis XII et avait été couronné roi le 25 Janvier 1515, montrait des dispositions conciliantes. La X' Session eut donc lieu le Vendredi,

4 Mai 1515, Léon X la présida. Jean Archevêque de Gnesen et ambassadeur de Pologne célébra la Messe; Etienne, Archevêque de Patras fit le sermon. Après les prières d'usage Alexandre Farnèse chanta l'Évangile: Simile est regnum coelorum homini régi etc. Les ambassadeurs du duc de Savoie présentèrent alors leurs lettres de créance, qui furent lues par Phédra, selon la coutume, et ils furent ensuite admis à baiser les pieds du Saint Père. Après quoi, l'on fit sortir du Concile tous ceux qui n'avaient point droit d'y rester, on ferma les portes de TArchibasiHque et Bertrand, Évêque d'Adria, lut, du haut de l'ambon, la Bulle relative aux Monts de Piété, puis demanda aux Pères s'ils en approuvaient le contenu. Tous répondirent affirmativement, excepté Jérémie, Archevêque de Trani, qui dit avoir reconnu par expérience que les Monts de Piété étaient plus nuisibles qu'utiles.

Bernard, Évêque de Trévise, monta alors sur l'ambon et donna lecture d'une Scheda concernant les Chanoines et les Clercs qui se prétendaient exempts, par privilège, de l'autorité Épiscopale et aussi concernant certains abus qui portaient atteinte à la Hberté et à la dignité des Ordinaires. {Lahbe, Tom. XIX. pag, 907.). Les Pères, interrogés s'ils donnaient leur assentiment à ce projet de Bulle, répondirent: Placere. Le seul Jérémie, Archevêque de Trani, répondit: Non placere in quantum Schedula

dat ordinem quod Episcopi contra exemptas deheani formare processus et emittere ad Curiam. François, Évêque de Nantes (le seul Évêque français qui fût présent au Concile), et neveu du défunt Cardinal Robert de Guibé, lut ensuite de Vambon une autre Bulle relative à l'impression des livres {Ib .pag ,9 1 2) . Ce projet de Bulle fut approuvé par tous les Pères, à l'exception d'Alexis, Évêque de Melfi, lequel répondit: Placere de novis operibus^ non autem de antiquis. Enfin, Pierre, Évêque de Castellamare lut une Scheda dans laquelle on fixait un terme avant l'expiration duquel avaient à comparaître les défenseurs de la Pragmatique Sanction: en même temps l'on intimait la XP Session pour le 14 Décembre. Alors se leva Louis de Sollier, l'un des ambassadeurs de France. S'adressant au Pape, il s'efforça d'excuser l'absence des Évêques français, causée, disait-il, par les ennemis du roi qui leur interdisaient le passage en Lombardie et leur fermaient la mer. Léon X lui répondit qu'ils pouvaient, dans tous les cas, facilement prendre la route de Provence et passer par l'État de Gênes; car il avait reçu des assurances à cet égard du Doge Fregoso qui était même disposé à accorder des sauf-conduits plus explicites. Ensuite, l'Évêque de Castellamare demanda aux Pères s'ils donnaient leur assentiment à la Bulle qu'il leur avait lue. Le seul Jacques, Évêque de Potenza, répondit: Non placere quod delur iste terminus (jus-

qu'au 30 Novembre) profitentihus Pragmaticam ^ quia contemnunt Bullas et mandata ApostoUca, Le Procureur fiscal renouvela les accusations contre les absents et pria le Pape de les déclarer coupables de rébellion, ce que Léon X promit de faire si leur absence se prolongeait au delà du terme fixé. Enfin, on lut divers mandats de procuration et, après le chant du Te Deum^ la X' Session fut levée et le Souverain Pontife s'en retourna au Vatican à cheval et accompagné des Cardinaux, des Prélats et de toute sa Cour.

Entre la X' et la XI' Session survinrent de graves événements qui devinrent l'occasion d'un Concordat. Il sera utile de les rapporter ici, afin qu'on se rende mieux compte de ce qui passa alors par rapport à ce même Concordat et à l'abolition de la Pragmatique Sanction

Le lecteur n'aura pas oublié les revers des Français dans la Haute Italie sous Jules II, et avec quelle ardeur les Suisses s'étaient unis aux Italiens pour chasser de la Péninsule les troupes de Louis XII. Mais la France n'était pas une nation capable de supporter passivement l'humiliation subie par elle dans l'État de Gênes et dans le Milanais. Aussi François I" réunit-il une armée de 50,000 hommes, à la tête de laquelle il traversa les monts, malgré les efforts que Léon X fit pour l'arrêter^ et après avoir défait les Suisses à Marignan, il pénétra en Italie. Parvenu aux confins de la Toscane, il aurait sans

aucun doute surmonté facilement la résistance que pouvaient lui opposer les Florentins et serait arrivé ainsi jusqu'aux portes de Rome, si la magnanimité et la prudence du Souverain Pontife n'avaient point su adoucir l'esprit du vainqueur. En effet, Léon X envoya à François P' , pour le complimenter, l'Évêque de Tricarico , en qualité de Nonce. Le roi de France accueillit ce Prélat avec les plus grandes marques de respect et lui manifesta un vif désir de s'entendre avec le Pape sur les conditions d'un traité de paix, pourvu toutefois qu'on lui abandonnât Parme et Plaisance. Le traité devait porter aussi sur certaines matières Ecclésiastiques. Mais de graves difficultés s'élevèrent à ce sujet entre le Nonce et le roi, et bientôt il ne resta d'autre moyen de terminer l'affaire que de ménager une entrevue à Bologne entre François P' et Léon X. Lorsqu'on eut eu connaissance à Piome de ce qui se passait, un vif mécontentement se manifesta à la Cour du Souverain Pontife. Deux tendances opposées y étaient en présence. L'une (et c'était celle du Pape lui-même) inclinait Léon X à imiter Alexandre VI en face de Charles VIII et à entreprendre le voyage de Bologne, qui pouvait avoir les plus heureux résultats pour le bien des peuples et pour la gloire de la Rehgion. L'autre était celle des formalistes , ou partisans exagérés de l'étiquette de Cour, qui trouvaient contraire à la dignité du Pape qu'il quittât Rome pour aller

trouver le roi. Mais Léon X ne voulut point écouter leurs conseils, sachant bien que, dans certains cas, si l'on veut trop tenir à la forme on perd aisément le fond. Aussi prit-il la route de Florence et désigna-t-il les Cardinaux Nicolas Fieschi et Jules de Médicis pour aller recevoir le monarque français aux confins de l'État Pontifical. En outre, il envoya quatre autres Prélats complimenter François P' sur les frontières du Parmesan. Parti lui-même de Florence pour Bologne, le Pape fit son entrée dans cette dernière ville, le 3 Décembre 1515. A la nouvelle de l'arrivée du Pape, le roi quitta Modène avec ses seuls gardes et se dirigea vers Bologne. Vingt Cardinaux en chape rouge, ayant à leur tète leur Doyen, l'Évêque d'Ostie, vinrent au devant de François P', à quelque distance de la ville. En abordant le roi, le Cardinal Doyen lui adressa en latin un discours, dans lequel il le complimentait au nom du Souverain Pontife. François se trouvait entre le cardinal Fieschi et le Cardinal de Médicis. Le roi répondit en français à ce discours latin et se déclara fils, ami et serviteur de Léon X et du Siège Apostolique. Adressant ensuite quelques paroles pleines d'amabilité aux Cardinaux, il les appela ses Pères et ses Frères, les embrassa l'un après l'autre, tandis que Paris Grassi, Évoque de Pesaro et Préfet des cérémonies Pontificales , disait au roi le nom de chacun, à mesure qu'ils se présentaient devant lui.

François I" entra ensuite dans Bologne, au milieu des Cardinaux; il avait à sa droite le Cardinal-Évêque d'Ostie et à sa gauche le Cardinal de S. Séverin. Derrière lui venait sa suite. La jeunesse du roi, âgé seulement de 22 ans, son costume militaire, et sa physionomie si accentuée le rendaient l'objet d'une vive curiosité de la part des habitants de Bologne. Aussi accoururent-ils en foule pour assister à cette entrée solemnelle qui eut lieu le 11 Décembre, à onze heures du matin. Le monarque fut logé au palais Pontifical. Quatre Cardinaux demeurèrent auprès de sa personne et dînaient ordinairement avec lui. Dans l'après-midi, Léon X voulut tenir immédiatement un Consistoire, afin de recevoir plus solennellement François P'. Celui-ci s'avança vers la salle Consistoriale, en tenant toujours par la main Paris Grassi , afin de se faire avertir des moindres cérémonies qu'il devait accomplir en présence du Souverain Pontife. En entrant dans le Consistoire , il fit (avec Paris Grassi) trois génuflexions devant Léon X qui était assis sur son Trône, puis il baisa les pieds, la main et la bouche du Saint Père. S'étant ensuite reculé de quelques pas, il s'adressa au Pape en ces termes: Très-Saint Père ^ je suis charmé de voir ainsi face à face le Vicaire de Jésus-Christ, Je suis le fils et le serviteur de Votre Saintetéj Elle me voit prêt à exécuter tous ses ordres. Ce à quoi Léon X répondit: que ces paroles devaient être con-

sidérées comme s'adressant non à sa propre personne mais à Dieu. Après que le Pape et le roi eurent encore échangé entre eux quelques expressions cordiales , le jeune monarque sembla fort touché de la réception qui lui était faite. Assurément il avait dû être frappé de la noble et gracieuse figure de Léon X qui n'avait alors que 40 ans et dont il pouvait apprécier l'esprit cultivé, la parole éloquente et les sentiments généreux.

Alors s'avança le Chancelier du roi, Du Prat, qui, au nom de son Souverain, promit formellement obéissance au Pape. Tout le monde remarqua la richesse des vêtements du dignitaire français , qui étaient de drap d'or. On observa aussi que Du Prat, chaque fois qu'il prononçait le nom du Pontife^ ou employait une expression de vénération et de soumission de la part du roi de France, se découvrait la tête et qu'après en avoir été courtoisement empêché par le Pape il s'inclinait respectueusement. Ensuite, les autres personnages qui accompagnaient le monarque se présentèrent pour baiser les pieds de Sa Sainteté.

Après cette réception solennelle, le Pape quitta ses vêtements de cérémonie, se rendit à l'appartement de François P"" et s'entretint avec lui en s'approchant de temps en temps du balcon pour contenter le peuple de Bologne désireux de contempler les deux Souverains. Le préfet des cérémonies , Paris

Grassi, avait eu soin de prévenir Léon X de ne jamais se découvrir la tête devant le roi de France.

Le Souverain Pontife eut la pensée délicate d'écrire ce jour-là même une lettre à la duchesse d'Angoulême , mère de François P% pour la féliciter des bdlles qualités de son fils. Cependant, sans perdre de temps, il s'occupa de négocier une alliance entre François I" et le roi de Portugal pour faire la guerre aux Infidèles , et il écrivit dans ce sens au second de ces princes.

Le 12 Décembre, fêle de S. Pétrone, Léon X célébra solennellement la Messe. Il fit son entrée dans la majestueuse Cathédrale, précédé du roi et entouré des gentilshommes français qui lui servaient de gardes d'honneur. Lorsque le Pape eut revêtu les habits sacerdotaux, François P% malgré la résistance du Pontife, voulut rendre hommage au Vicaire de .Jésus-Christ, en remplissant auprès de lui l'office de caudataire. Se plaçant donc à côté du Souverain Pontife, il répondit lui-même à V Introït^ refusa le prie-Dieu qu'on lui offrit, servit la Messe, partie debout, partie agenouillé et reçut la paix. Quand le moment de la Communion fut venu , interrogé par le Saint-Père s'il désirait communier, il répondit avec une grande franchise qu'il ne s'était point préparé. Néanmoins, quarante des seigneurs qui l'accompagnaient firent la Sainte Communion, et comme leur nombre se trouva supérieur à celui

des particules consacrées, le Pape fut obligé d'en diviser quelques-unes. Pendant ce temps, la foule se pressait vers l'autel, car un grand nombre de ceux qui étaient présents désiraient communier de la main du Souverain Pontife. Le roi lui-même fut obligé d'étendre les bras pour en tenir quel-' ques uns à distance. Au moment où la multitude se pressait ainsi, une voix s'éleva et fut bientôt suivie d'un silence général. On entendit alors prononcer les paroles suivantes: Très-Saint Père, n ayant pu avoir la consolation de recevoir de Votre main la Sainte Communion, je veux au moins Vous faire ma Confession, Mais comme je ne puis Vous déclarer ici tous mes péchés à l'oreille^ je m'accuse publiquement devant Vous d'avoir combattu en ennemi et de toutes mes forces contre le défunt Pape Jules II, et de n avoir tenu aucun compte des censures fulminées par Lui en cette occasion. Après cette confession publique, le roi prit à son tour la parole, se déclara coupable de la même faute ainsi que beaucoup d'autres et demanda pour lui et pour eux l'absolution qui leur fut immédiatement accordée par le Pape. François P' ajouta alors que le Souverain Pontife ne devait point s'étonner d'apprendre qu'ils eussent tous nourri des sentiments d'inimitié contre Jules II, car ils n'avaient jamais rencontré de plus redoutable adversaire que lui à la guerre. Ainsi finit cet incident vraiment curieux, après quoi Léon X termina la Messe.

Le jour suivant, Adrien de Boisy, Évêque de Coutances, reçut le chapeau de Cardinal, et les négociations entamées entre le Pape et le roi continuèrent activement. Les principaux points sur lesquels portaient les discussions étaient la possession de Parme et de Plaisance, le projet formé par François P' de s'emparer de Naples, la guerre contre les Turcs, la conclusion d'un traité de paix entre la République de Venise et l'empereur Maximilien, enfin un Concordat à arrêter entre le Pape et le roi, afin de régler définitivement la grave question (dont s'occupait alors le Concile de Latran) relative à la Pragmatique Sanction,

Ce dernier projet fut cause qne les Pères du Concile suspendirent toute sentence contre les Évoques français; d'autant plus que le roi ne s'en tenait point à de simples paroles, mais avait chargé son Chancelier Du Prat de rédiger un projet de Concordat, de concert avec deux Cardinaux: Pierre Accolli Évêque d'Ancône, Cardinal-Prêtre de S. Eusèbe, et Laurent Pazzo , Cardinal-Prêtre dei Santi Quattro Coronatij désignés l'un et l'autre à cet effet par Léon X.

Après que les préliminaires du Concordat eurent été arrêtés, François P' prit, le 15 Décembre, congé du Pape qui s'efforça de s'attacher ce prince en lui accordant des faveurs et des privilèges spéciaux, et en lui faisant de plus présent d'une Croix précieuse,

valant plus de 1S,000 ducats d'or, dans laquelle il avait déposé une portion du bois de la Vraie Croix conservé dans l'Église de S^' Croix de Jérusalem à Rome. Le roi partit alors pour Milan et le Pape pour Rome, tandis que les plénipotentiaires demeuraient à Bologne. A la suite de nombreuses conférences, Du Prat se rendit à Milan avec un projet de Concordat, qui souleva plusieurs difficultés et exigea par conséquent certaines modifications. François P' envoya alors à Rome son avocat-général , Roger de Parme, pour y aplanir à l'amiable les difficultés. Une manière d'agir aussi loyale ne contribua pas peu à l'heureuse issue des négociations et le 18 Août 1516, à Rome, au Vatican, Léon X put apposer sa signature au bas du Concordat dont on donna ensuite connaissance aux Pères du Concile^ comme nous le verrons ci-dessous.

Après que cette importante affaire eut été de la sorte menée à bon terme, le Concile se remit à l'œuvre et une Congrégation générale fut tenue , le 13 Décembre 1516, dans la chapelle du Vatican, afin d'examiner les matières à traiter dans la XP Session. A cette Congrégation générale assistèrent cinq Cardinaux (dont un Cardinal-Diacre) soixante Évêques (dont un était ambassadeur du duc de Ferrare) et enfin les Généraux des Ordres Religieux. Après que chacun se fut mis à sa place, André Piperario, secrétaire du Concile, sur Tordre

des Cardinaux, donna lecture du Concordai conclu entre le Pape et le roi de France. Ensuite, on demanda aux Pères s'ils approuvaient le contenu de récrit que l'on venait de lire. Ils se bornèrent à répondre: Placerez à l'exception des suivants qui émirent un vote particulier. Bertrand , Évêque d'Adria répondit : Placere ; praesertim quia erant concordata cum 55. Domino Nostro. Jérôme, Évêque d'Antivari: Placere; quia credebat quod proveniebant a Spiritu Sancto. Jérémie, Archevêque de Trani: Quod licei in illis concordatis , lectis in Schedula, multa essent quae sibi displicerent quod sint fada et concordata j tamen postquam Sanctissimus Dominus Noster jam fecerat et dederat Bullam et se obligaverat in vint contractus facere approbari per Concilium^ non deviabat a voluntate Sanctitatis Suae et sic placebant ea de causa. Maxime, Évêque d'Isernia: Placere; quia placuit Sanctissimo Domino Nostro. Jean Dominique, Évêque de Tortone: Quatenus tribuunt jurisdictionem laicis contra Ecclesiasticos non placere.

André Piperario lut ensuite le projet d'abrogation de la Pragmatique Sanction et demanda sur ce point leur avis à tous les Pères. Ceux-ci répondirent unanimement et simplement : Placet. Une autre Scheda^ relative aux prédicateurs, fut également lue par le même. Interrogés s'ils en approuvaient le contenu, tous répondirent affirma-

livement, excepté Marius Évêque d'Âquino qui le désapprouva en disant : Sibi placere quod praedicalores praedicent secundum quod Spiritus eis spiral. La lecture d'une quatrième Scheda^ concernant les privilèges des Religieux, occasionna du dissentiment parmi les Pères circa narratwam et disposilivam Schedulae. Les Cardinaux ordonnèrent en conséquence que Ton refondît ce projet et qu'on en donnât lecture le lendemain dans une autre Congrégation, où l'on délibérerait sur cette matière. Cette nouvelle Congrégation eut en effet lieu le lendemain , dans le même endroit. Les trois Cardinaux-Prêtres, Antoine du titre de S*' Praxède, Pierre du titre de S. Eusèbe et Laurent du titre de SS, Quattro y prirent part, ainsi que quarante-six Prélats et les Généraux d'Ordres. On lut la Scheda (modifiée) sur les privilèges des Religieux. Les Pères répondirent: Placere ^ excepté les suivants: Vincent, Évêque de Ségni, voulait que l'on remplaçât les paroles: Episcopi fuerunt assumpti a Poniifice , par celles-ci : Episcopi fuerunt assumpti a Christo. Scaramuzza, Évêque de Cumes, dit qu'il approuvait contenta in schedula, dummodo excluderetur approbatio privilegiorum. Son avis fut partagé par les Évêques de Brugnato, de Cervia^ de Sinigaglia, de Ferentino, de Sora et de Polignano.

Après ces préliminaires, dans lesquels le lecteur aura sans doute admiré particulièrement la liberté

d'action qui resplendit d'ailleurs dans tout le cours de ce Concile^ la Xr Session fut tenue, le 19 Décembre 1516. Le Pape la présida. Gabriel, Archevêque de Durazzo, célébra la Messe; Marc, Cardinal-Diacre de S''. Marie m Via Lata^ lut TÉvangile Sedente Jesu super montem Oliveti. On chanta le Veni Creator et l'on accomplit toutes les cérémonies d'usage. Les procureurs du Patriarche des Maronites du Mont Liban s'avancèrent pour rendre publiquement hommage au Souverain Pontife et présentèrent leur mandat écrit en langue Chaldaïque. L'un d'entre eux lut dans sa langue, du haut de l'ambon, cette lettre de procuration, et André, Secrétaire du Concile, la lut ensuite en Latin. Les représentants du Patriarche s'approchèrent alors du Trône Pontifical et baisèrent les pieds du Pape qui reçut ensuite d'eux hommage et obédience. Jean, Évêque de Revel, Orateur de TÉlecteur de Brandebourg, monta alors sur l'ambon et lut la Bulle relative à la prédication; après quoi, il demanda aux Pères s'ils l'approuvaient. Tous, sans exception , répondirent : Placere, L'Évêque dTsernia monta , à son tour, sur l'ambon et donna lecture du Concordat qui venait d'être conclu avec François P'. Les Pères, interrogés s'ils en approuvaient la teneur, répondirent: Placere^ à l'exception des suivants: Dominique, Évêque de Lucera, déclara donner son assentiment au Concordat , Dim-

modo Gain acceptent BuUam revocationis Pragmaticae Sanctionis. Philippe, Évêque de Brugnato et Pierre, Évêque de Castellamare, furent du même avis. Benoît, Évêque de Ghio, approuva le Concordat, excepto in quantum disponitur circa resignationes factas in Curia , quod requiratur consensus régis. Il déclara ne point approuver quod appellationes non admittantur , sed^ ajouta-t-il , placeret ei quod appellationes admitterentur, A Jean Dominique, Évêque de Torlone déplut: Consueludo Parlamentorum quod habeant jurisdictionem in pevsonas Ecclesiaslicas et in quantum suprascripta Bulla tribuit jurisdictionem saecularibus in personas Ecclesiasticas, Jérôme , Évêque d'Âscoli , approuva les articles du Concordat: dummodo accepientur per partes hinc inde. Après que tous ces votes eurent été recueillis, Jean-Baptiste, Évêque de Cavaillon, lut, de Tambon, le décret d'abrogation de la Pragmatique Sanction, Les Pères donnèrent tous leur assentiment à cette Bulle et TÉvêque de Tortone exprima seul un désir, à savoir: Revocatio illorum quae habuerint originem a Basiliensibus et Bituricensibus Conduis seu Conventiculis, L'Évêque de Sébénico lut ensuite, de l'ambon, une autre Bulle relative aux Religieux et à leurs privilèges ; après quoi il annonça que la Session XI P se tiendrait VP Nouas Martîi de Tannée suivante, 1517. Finalement, il demanda aux Pères s'ils approuvaient le contenu de

la Bulle. Plusieurs Évoques firent alors des observations qu'on peut lire en détail dans les Actes du Concile, publiés par Jacques Mazzocchi avec l'autorisation du Pape Léon X. On lut encore divers mandats de procuration; le chant du Te Deum termina la Session, et le Pape s'en retourna au Vatican avec son cortège habituel.

Le 27 Février 1517, par ordre du Souverain Pontife, la XIP Session fut déclarée prorogée jusqu'au 16 Mars. Le 13 Mars, une Congrégation d'Évêques se tint dans la chapelle supérieure du Palais Apostolique. Trois Cardinaux-Prêtres y assistèrent. André Piperario y lut trois projets de Bulles: la première. De Rébus Ecclesiae non alienandis; la seconde, Super punitione mvadentium domos Cardinalium; la troisième Super impositione décima-^ rum ac absolutione Sacri Lateranensis Concilii , VP Nonas Martii, Il demanda ensuite aux Pères s'ils approuvaient ces trois Bulles. A l'occasion de la P'% qui n'était qu'une extension et une confirmation de celle de Paul II, plusieurs difficultés et objections furent faites, de sorte que les Cardinaux finirent par tomber d'avis qu'il valait mieux s'en tenir simplement à l'ancienne Bulle et abandonner le nouveau projet. Des divergences d'opinion se manifestèrent également au sujet de la troisième Bulle, comme on peut le voir tout au long dans l'édition déjà citée des Actes du V° Concile Général de Latran*

Le 16 Mars 1517, eut lieu, dans l'Ârchibasilique, la XIP et dernière Session du Concile, qui avait été prorogée et fixée à cette date pour des motifs spéciaux par Léon X. Le Pape la présida. Bernardin, Évêque de Sabine, célébra la Messe et Maxime , Évêque d'Isernia fit le sermon. L'Évangile: Ascendens Jésus in naviculam etc. fut chanté par Bernard , Cardinal-Diacre de S" Marie in Portion. Après qu'on eût récité les prières d'usage et que le Souverain Pontife eût invoqué l'Esprit-Saint, André, secrétaire du Concile, lut du haut de Tambon, les lettres de l'empereur Maximilien relatives à la guerre contre les Turcs. Ensuite, André, Évêque de Miléto, lut la Bulle contre ceux qui envahissaient les maisons des Cardinaux et demanda aux Pères s'ils y donnaient leur assentiment. Cinq Cardinaux et sept Évêques présentèrent des observations: ce qui fut cause qu'on réforma ce projet de Bulle. Marin, Patriarche d'Aquilée, monta alors sur l'ambon pour y lire la Bulle sur l'imposition des décimes et sur la clôture du Concile. Après cette lecture, on demanda aux Pères leur avis. Dix-sept d'entre eux formulèrent diverses opinions , comme on peut le voir dans Labbe. (Tom. IX. Conc. pag. 902.) Enfin, Alexandre Farnèse, Cardinal-Diacre de S. Eustache éleva la voix et chanta le: Domini, ite inpace, auquel les Chantres de la Chapelle Pontificale répondirent: Deo gratias. On entonna le Te Deum,

après lequel le Pape s'en retourna au Vatican , accompagné des Cardinaux, des Prélats et des Seigneurs. Ainsi se termina le V" Concile général de Latran.

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