‹ Les Conciles généraux (volume 2)Chapitre 6 sur 18 · VI · texte numérisé non relu

VI

Les abuSj motifs de réforme.

Notre intention n'est nullement de nier que certains abus, à l'époque dont nous nous occupons, méritaient d'être déracinés , dans l'intérêt même des peuples Chrétiens. Ces abus, douloureux héritage légué par le grand Schisme d'Occident, au commencement du XV' siècle , étaient d'un côté réprouvés par des âmes désirant sincèrement le bien et de l'autre attaqués par un pur esprit d'intolérance et d'opposition.

Au Concile de Constance , plusieurs Pères , ayant formé le dessein d'abattre ou tout au moins d'abaisser l'autorité du Saint-Siège , exagérèrent à dessein ces abus et réclamèrent hautement la Ré-

forme de l'Église m Capùe et in membris, La sagesse et la prudence de Martin V, élu Pape dans ces conjonctures, parvinrent à faire avorter ces projets; car ils lui semblaient excessifs et il savait en outre que le moment de la surexcitation et de l'effervescence des passions n'est jamais opportun pour changer quoi que ce soit. Néanmoins, ce grand Pontife, en convoquant un Concile, fit assez voir que son intention n'était pas d'empêcher une réforme dans la discipline de l'Éghse. Nos lecteurs se rappellent la suite des événements et de quelle manière les Pères de Baie se comportèrent sous Eugène IV. Si nous voulons porter un jugement, sans esprit de parti, sur les temps dont il s'agit, nous serons contraints de dire que Martin V et Eugène IV, tout en ne se dissimulant point les abus introduits dans la discipline ecclésiastique, tournèrent principalement leurs efforts contre les hypocrites, qui, sous le prétexte spécieux de réforme, se proposaient de détruire l'unité de gouvernement dans l'Église Catholique et finalement de faire participer à l'exercice du ministère sacré les simples Fidèles eux-mêmes. Ce dernier but, en effet, était celui des ennemis de Rome Papale, lesquels, soit par amour de la nouveauté, soit par esprit de vengeance, avaient embrassé les doctrines de Wicleff et de Jean Huss. Les Pontifes qui se succédèrent d'Eugène IV à Léon X apparurent aux yeux de la société civile et religieu-

se entourés de si nombreuses et de si grandes difficultés internationales que celles-ci pouvaient presque faire oublier à la Chrétienté la nécessité d'une Réforme. Toutefois, le V Concile général de Latran, par l'abolition de h Pragmatique Sanction eip'âr quelques autres dispositions du même genre, avait écarté bien des obstacles et préparé le terrain à des mesures plus méthodiques et plus générales pour renforcer la discipline ecclésiastique. Mais cette réforme disciplinaire n'était , pour certains esprits, qu'un moyen d'en venir à modifier la constitution hiérarchique même de l'Église, afin de se rendre indépendants d'abord de Pierre et ensuite des Successeurs des Apôtres. L'histoire est là pour prouver la vérité de notre assertion. Aussi, peut-on assurer que si certaines réformes avaient été introduites dans la discipUne de l'Église avant le temps de Léon X, on n'aurait point, il est vrai, guéri tous les maux préparés au Catholicisme dès l'époque du Concile de Constance, mais, du moins, on aurait enlevé bien des prétextes aux prétendus réformateurs du XVP siècle et l'on n'aurait point vu se rallier aux nouvelles doctrines ceux qui ont l'habitude déjuger des choses par Tapparence plus que par la réahté. Les arts, les sciences, les lettres, le commerce avec le Nouveau Monde, les ambitions politiques, les abus qui s'étaient glissés tant dans la société civile que dansla société religieuse, secouaient le monde d'alors

de la même manière qu'une violente tempête agite un navire sur lequel chacun ne pense plus qu'à se sauver soi-même avec tout ce qui lui appartient et attend avec anxiété ce qui va arriver. Tous les yeux en Europe semblaient alors tournés vers un avenir inconnu, mais que l'on s'efforçait cependant de découvrir, tant il est vrai que Thomme n'est jamais satisfait des biens présents et aspire constamment à une condition meilleure. Cette époque était une véritable époque de transition et une petite étincelle pouvait suffire pour allumer tout à coup un immense incendie. La chrétienté cachait sous une surface paisible en apparence tous les éléments d'une grande révolution sociale qui, en transformant le monde, devait aussi distribuer à chacun son rôle dans l'Église, afin que celle-ci, sans changer avec les mœurs du siècle, se rendît cependant accessible à toute âme ennemie de l'orgueil et désirant sincèrement marcher dans la voie du salut.

Tel était Fétat de l'Europe, lorsque Frère Martin Luther enseignait la philosophie à Wittemberg.

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