VII
Réflexions
Les célèbres chambres du Vatican, où Ton admire encore aujourd'hui les productions artistiques des temps d'Alexandre VI, de Jules II et de Léon X, étaient alors une occasion d'invectives contre la Papauté, que l'on accusait de s'occuper des choses de la terre plus que de celles du Ciel. Le Moïse de Michel-Ange, que chacun peut contempler dans la Basilique Eudoxienne et qui devait faire partie du tombeau de Jules II, était aussi l'objet de la critique des malintentionnés et leur fournissait un prétexte pour accuser ce grand Pape d'avoir uniquement recherché la gloire de ce monde. Enfin, la construction de la Basilique Vaticane elle-même, échauffait le bile d'un Moine qui ne pouvait tolérer qu'on recueillît les aumônes provenant des Indulgences accordées par Léon X à quiconque contribuait par ses offrandes à l'achèvement de Saint-Pierre, la merveille de l'univers Chrétien. Les débouchés ouvert à l'Occident par la découverte du Nouveau-Monde et l'accroissement du commerce que les Italiens faisaient avec rOrient et qu'ils avaient étendu jusqu'aux rivages de l'Indoustan étaient devenus pour la Péninsule des
sources permanentes de richesses. Il en résulta plus d'aisance qu'auparavant parmi les peuples et même, dans certaines grandes villes d'Italie, un luxe qui faisait souvent oublier les devoirs de la charité. En vérité, si les misères de l'homme ne s'étaient point manifestées d'une manière frappante au milieu de tant d'occasions dangereuses, on aurait dû s'en étonner profondément et Ton ne pouvait raisonnablement pas s'y attendre. Aussi ne trouvera-t-on pas surprenant de voir à cette époque ( surtout sous Jules II et Léon X) , même des hommes d'Église seconder le mouvement de leur siècle, en s'enlourant d'un faste inusité et en s'abandonnant à une vie molle, qui, chez quelques uns, ressemblait assez à celle des anciens Romains. Ceci démontre simplement que les Ministres du Sanctuaire sont hommes et environnés d'infirmité, circumdati infirmitate^ mais ne détruit en rien la vérité de la Religion de Jésus- Christ. Car celle-ci n'est point fille du l'homme mais du Ciel et elle n'a point été établie sur des fondements humains mais divins. L'histoire, nous le reconnaissons, ne dissimule nullement l'existence de certains abus à la Cour de Rome, dans ces temps de magnificence si féconds en génies qui, par les lettres et par les arts, contribuaient à faire trop estimer les biens d'ici-bas. Mais que l'on se croie autorisé à attaquer les vérités catholiques parce qu'un Alexandre VI était assis alors sur le Trône de S. Pierre, ou parce qu'un
Jules II faisait ouvrir la brèche pour entrer dans la Mirandole, ou enfin parce qu'un Léon X travaillait à placer la couronne royale sur la tête de tel ou tel membre de sa famille, c'est ce qui est tout à fait déraisonnable. Bien plus, on peut dire qu'agir ainsi c'est faire preuve d'une ignorance honteuse, en confondant la Religion avec les hommes ou bien montrer un esprit bas et envieux, en voulant absolument nier la vérité par haine pour quelques individus.