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Du IIe Canon (alias IIP) du Ier Concile de Conslantinople.

L'Eglise de Constanlinople, de même qu'elle nous offre de grands modèles de doctrine et de sainteté, nous présente aussi des types d'arrogance, d'ambition et de violence. Les noms de S. Grégoire de Nazianze, de S. Jean Chrysostôme et de S. Ignace suffiraient à illustrer ce siège; ceux de Nestorius, de Pbolius et de Michel Cérulaire sont plus que suffisants pour faire voir jusqu'à quel point peut s'avilir la dignité Episcopale, lorsque l'orgueil des Prélats est encouragé par le pouvoir civil.

Constantin, par une disposition spéciale de la Providence, laissa Rome entre les mains des Papes; mais il ne prévit point les conséquences que devait avoir l'accroissement imminent d'importance de l'Eglise de Constanlinople devenue la capitale de l'empire. Ami des deux Eusèbe , il devint plus d'une fois, sans le vouloir, un instrument entre leurs mains, pour abattre leurs adversaires et pour

faire triompher de plus en plus leur propre autorité. Ce que les Eusébiens tramèrent à l'ombre protectrice du trône de Byzance, nous l'avons déjà vu rapidement, mais clairement, dans la question des canons de Sardique. Les Conciles, ou conciliabules, convoqués par eux, jetèrent le germe d'une suprématie Episcopale, laquelle exerçant sa domination sur tout l'Orient, au détriment des autres sièges Episcopaux, devait finir par se personnifier clans l'Evêque de Gonstantinople devenu Patriarche.

Les Evoques défenseurs de la foi de Nicée étaient trop absorbés par le soin de maintenir la pureté du dogme catholique pour beaucoup s'occuper de l'influence et de l'importance religieuse et politique qu'acquéraient chaque jour davantage les Evoques de la nouvelle Rome. En attendant, sous prétexte de ramener les esprits des dissidents et de confondre les Macédoniens, principaux auteurs des troubles religieux en Orient, aucun moyen ni aucune occasion n'étaient négligés par certains hommes habiles et astucieux, dans le but d'élever le siège de Constantinople au premier rang après celui de Rome. Et de fait, lorsque les Evêques orientaux se trouvèrent réunis en Concile à Constantinople, l'an 381, dans le but principal de condamner les erreurs des Macédoniens, il ne fut point difficile, surtout après avoir préparé d'avance tous les éléments de succès, d'obtenir des Pères l'approbation

d'un canon de discipline, élevant à la dignité de premier siège, après celui de Rome, le siège Episcopal de la nouvelle capitale de l'empire. Voici les termes mêmes du canon :

« Constantinopolitanus Episcopus habeat pri- » mus honoris partes post Romanum Episcopum, » eo quod sit ipsa nova Roma ».

Plusieurs auteurs ont douté de l'authenticité de ce canon et Baronius veut qu'on le considère absolument comme apocryphe.

A coup sûr, il eût infiniment mieux valu pour l'Orient que les Pères de Constantinople n'eussent jamais fait ce canon et alimenté ainsi l'ambition des Patriarches de Byzance; mais ce qui existe dans l'histoire ne peut être détruit, et quelque élevé que soit le degré d'estime que nous professons pour l'autorité de Baronius, nous ne pouvons pas faire autrement que de le contredire et soutenir l'authenticité du canon en question. Comment en effet réputer apocryphe un canon que l'on trouve reproduit dans les plus anciennes collections de canons et dans les plus anciens manuscrits des Actes des Conciles? Les Pères du Concile de Chalcédoine connaissaient ce canon, puisqu'il se trouve dans le manuscrit, ou codex oriental, qu'ils avaient sous les yeux. Bien plus, lorsqu'il fut question des privilèges de l'Eglise de Constantinople et que l'on vint précisément à citer ce canon, il ne fut

nullement regardé comme apocryphe par les légats du Pape, quoique d'ailleurs il ne fut pas approuvé par eux, de même qu'ils n'approuvèrent point non plus le XXVIIP canon de Chalcédoine, canon relatif aux privilèges du siège de Constantinople, comme nous le dirons en son lieu. Il n'était pas non plus ignoré de l'Eglise Romaine, puisqu'on pouvait le lire dans un manuscrit antérieur à Denys le Petit et mentionné par Denys lui-même dans sa collection ; bien que, comme l'ont fait voir les doctes éditeurs des œuvres de S. Léon, ce canon ainsi que les autres canons du Concile de Constantinople fussent séparés des canons légitimement reçus et approuvés par le S. Siège. La certitude avec laquelle on attribuait ce canon aux Pères de Constantinople était même si grande que S. Léon, écrivant à Anatole, Patriarche de Constantinople, loin de rejeter ce canon comme apocryphe, déclare ouvertement qu'il avait été enfin transmis à Rome, mais sans y avoir jamais obtenu l'approbation du Siège Apostolique. Si l'on voulait pousser plus loin les recherches d'érudition à ce sujet, on pourrait recourir aux témoignages de Socrate et de Nicéphore, mais nous nous contenterons de ce que nous venons de dire. Observons toutefois que si dans la lettre Synodique, adressée en 382, par les Pères de Constantinople, au Pape S. Damase, il n'est point fait mention de ce canon,

— ni — personne ne doit s'en étonner, car l'histoire nous apprend que le Pape était déjà mécontent des Pères de Gonstantinople, particulièrement à cause de la consécration de Flavien, comme successeur de Mélèce d'Antioche, tandis que Paulin vivait encore. C'est pourquoi les Pères craignant de mécontenter davantage le Pontife Romain, se gardèrent bien de lui communiquer un canon qu'il n'aurait jamais approuvé.

Une fois certains de l'authenticité du canon, voyons maintenant s'il a jamais été approuvé par le Siège Apostolique. On reconnaît facilement que non. C'est surtout l'autorité de S. Léon et celle de S. Grégoire qui démontrent que le Siège Apostolique n'a jamais approuvé ce canon. En effet S. Léon, dans sa lettre à Anatole, parle de ce canon en des termes qui non-seulement font voir que le Saint Siège ne l'avait jamais approuvé, mais encore montrent de quelle manière il avait toujours été jugé par les Papes. Le lecteur, nous en sommes convaincus, sera bien aise de trouver ici les paroles mêmes du saint Pontife. Persuasioni (ditil à Anatole) enim tuae in nullo penilus su/fragalur quorumdam Episcoporum anle sexaginta, ut jactas, annos facta subscriptio , numquamque a praedecessoribus luis ad Âposlolicae Sedis transmissa nolitiam: cui, ab inilio sut caducae dudumque collapsae, sera mine et inutilia subjicere fulcimenla voluisli, eliciendo

a Fratribus speciem consensionis , quam libi in suam injuriam verecundia faligata praeberet. De ce langage du Pape on peut encore déduire que les Patriarches de Constantinople n'avaient jamais osé communiquer officiellement à Rome ce canon, tout comme les Pères de Constantinople avaient évité d'en faire mention dans leur lettre Synodique au Pape S. Damase de laquelle nous avons parlé plus haut. Mais, d'une manière encore plus précise, le Pape S. Grégoire nous fournit, dans sa XXXIe lettre (Liv. VI) un argument invincible en faveur de l'opinion que nous défendons, lorsque, distinguant les questions de foi des questions de discipline décidées par le Ier Concile général de Constantinople, il déclare que les premières furent approuvées de Rome, tandis que les secondes ne le furent point : Romana Ecclesia (dit-il) eosdem canones (il parle des canons de Constantinople) vel gesta Synodi illius haclenus non habet, nec accipit; in hoc aulem eamdem Synodum accepil quod est per eam contra Macedonium definilum.

Si maintenant l'on était tenté d'attribuer à ce canon une autorité qu'il n'a point, par la raison qu'il se trouvait inséré dans le codex oriental présenté aux Pères du Concile de Chalcédoine (IVe Concile général), qu'on lise la XVIe session de ce même Concile et l'on y verra que Lucentius, Evèque d'Asculum et légat du Pape, déclara les canons de

Constantinople non conscriplos, c'est-à-dire non reconnus par le Siège Apostolique : Primo gloria vestra (c'est Lucentius qui parle aux Pères qui avaient cité les canons de Constantinople) perpendal quia circumvenlione cum sanclis Episcopis gestum sit, ut non conscriptis canonibus, quorum mentionem fecerunt, subscribere suit coacti. (Labbe Tom. IV. Concil. p. 1746).

Quant au fait du IIe canon rejeté par Rome, nous en avons une preuve éclatante dans les paroles du Pape Gélase adressées ad Episcopos Bardaniae, par lesquelles il ne reconnaît d'aucune manière le rang usurpé par l'Eglise de Constantinople, qu'il appelle une petite Eglise, tandis qu'il reconnaît comme les plus élevées en dignité, après Rome, les Eglises d'Alexandrie et d'Antioche. Si cerle (c'est ainsi qu'il s'exprime) de dignitale agilur civitatum, secundae Sedis et lertiae major est dignitas Sacerdotum quant ejus civitatis quae non solum inter Sedes minime numeratur, $ed nec inter Melropolitanorumjura censé tur. Ensuite pour répondre au motif que l'on objectait, tiré de l'importance de la ville de Constantinople, le Pape distingue le pouvoir civil de la dignité ecclésiastique et continue ainsi : Nam quod dicilis regiae civitatis, alia potestas est regni saecularis, alia ecclesiasticarum distribulio dignitatum. Ces paroles peuvent aussi servir à réfuter ceux qui voudraient donner, pour origine à la Pri-

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mautê du Pontife Romain l'importance de la ville de Rome et non le choix que Jésus-Christ fit de S. Pierre, lorsqu'il l'établit Chef de son Eglise.

Nous ne nions cependant point que le nom des Evèques de Constantinople se trouve écrit, dans les Actes des Conciles généraux, avant celui des Evèques d'Alexandrie, sans réclamations de la part des légats du S. Siège alors présents; mais ce fait ne prouve rien contre nous. Car chacun sait qu'il faut l'attribuer, non à une approbation du canon de la part de Rome, mais à la prudence des légats et à cet esprit de concorde qui leur faisait garder le silence, lorsque cela était nécessaire, pour éviter de plus grands maux ou pour empêcher la suppression d'un grand bien. La cause principale du fait que nous signalons fut la faveur impériale dont les Evèques de Constantinople devinrent l'objet, pour le malheur de l'Eglise. C'est ce que comprenait bien le diacre de Carthage Liberatus, quand il disait : Et licet Sedes Apostolica nunc usque contradicat; quod a Synodo firmalum est imperatoris patrocinio permanet quoque modo. (C. XIII. in causa Nestor, et Euthych.).

Ce ne fut qu'au IV9 Concile général de Latran que ce canon fut approuvé, quant à sa substance, par un décret exprès, conçu dans les termes suivants :

» Antiqua Patriarchalium Sedium privilégia

» rénovantes, Sacra universali Synodo approbante, » sancimus, ut post Romanam Ecclesiam, quae » disponente Domino, super omnes alias ordinariae » potestatis obtinet principatum, utpote Mater uni- » versorum Christifidelium et Magistra, Constan- » tinopolitana primum , Alexandrina secundum, » Antiochena tertium , Hierosolymitana quartum )> obtineat, servata cuilibet propria dignitate ».

C'est ainsi que fut reconnue la dignité à laquelle prétendait depuis si longtemps l'Eglise de Constantinople. Ce décret du Concile de Latran mit fin à toutes les controverses, et montra que lorsqu'il s'agit de matières disciplinaires, et seulement dans ce cas, le Siège Apostolique sait modifier ses décisions, toutes les fois que les temps ou la nécessité le requièrent, ou quand il doit en résulter un bien réel. Huit siècles s'étaient écoulés entre la publication du IIe canon de Constantinople et celle du décret du Concile de Latran. L'Eglise Romaine, dans cet intervalle, avait fait opposition à ce canon non point dans l'intérêt de sa propre dignité, vu que sa Primauté n'avait jamais été mise en question, mais elle en avait agi ainsi, ce nous semble, pour deux motifs : d'abord pour sauvegarder les droits de l'Eglise d'Alexandrie déterminés par le VP canon de Nicée; ensuite parce qu'elle entrevoyait les conséquences fatales qui devaient suivre l'élévation en dignité de l'Eglise de Constantinople

au-dessus des autres Eglises d'Orient, grâce à l'influence et aux efforts de la cour byzantine. L'histoire a donné raison aux Papes, et dans cette circonstance elle nous les montre une fois de plus conservateurs des droits d'autrui et inébranlables dans leur fidélité à suivre les anciennes traditions de l'Eglise. Or c'est évidemment ce que ne firent point les Grecs, qui détruisirent par le 11e canon de Constantinople le VIe canon de Nicée, et vinrent à bout, par leur schisme, de mettre à la tête de l'Eglise orientale l'Evêque de Constantinople, sans s'apercevoir toutefois, qu'en se séparant de Rome, ils devaient finir par tomber sous le joug du cimeterre musulman et de l'autocratie russe. Ils perdirent en la personne du Pape leur Père et le vrai défenseur de leur liberté, tandis qu'ils n'acquirent que la triste gloire d'avoir par leur schisme, détruit en Orient un empire chrétien, une influence civilisatrice des peuples et cette union fraternelle avec l'Occident, qui aurait gagné à la foi et à la civilisation toutes les races asiatiques jusqu'aux limites de l'extrême Orient.

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