TROISIÈME CONCILE GÉNÉRAL CÉLÉBRÉ À EPHÈSE L'AN
Evénements antérieurs au Concile.
XJeux grandes vérités catholiques avaient déjà été définies par l'Eglise dans les deux premiers Conciles généraux, et ces deux vérités constituent le fondement de notre sainte Religion. L'une est la consubstantialité du Verbe avec le Père; l'autre est l'Incarnation du Verbe dans le sein de la B. Vierge Marie, par l'opération du Saint-Esprit, vérité que l'Evangéliste S. Jean a renfermée dans ces quatre mots : Verbum caro faclum est. Après ces définitions de l'Eglise, il ne restait donc plus aucun doute sur la divinité de Jésus-Christ, et les catholiques n'avaient plus qu'à croire simplement que le Verbe éternel s'était fait homme pour la rédemption du genre humain. Mais les Orientaux, dans leurs recherches toutes spéculatives, ne s'en tinrent point
aux définitions des Conciles; ils voulurent aller plus loin, soit en s'efforçant d'expliquer le mystère de l'Incarnation ou d'en comprendre le mode, soit en essayant de découvrir les relations qui existent entre la nature divine et la nature humaine assumée par le Verbe. Aussi rencontrait-on en Orient des ennemis déclarés des Symboles de Nicée et de Gonstantinople ; cependant l'on y trouvait encore des défenseurs de la foi catholique. Mais quand, au lieu de défendre la vérité avec modération, l'homme se laisse transporter par un zèle qui n'est point selon la science, et entraîner à l'exagération, il sort des limites du juste, du vrai et de l'honnête. Alors la vérité devient odieuse et ses défenseurs tombent facilement dans l'erreur, quelquefois même dans une erreur plus grave et plus grossière que celle de l'adversaire qu'ils prétendent réfuter. L'exagération entraîne toujours avec elle de tristes et fatales conséquences. Dans les beauxarts elle mène au maniéré et au grotesque, dans les belles-lettres elle produit l'enflure, clans la musique les discordances et les cris sauvages, dans le commerce la banqueroute, dans la défense du vrai la haine de la vérité, dans la philosophie la fausseté, dans la théologie l'hérésie. Ce dernier cas fut celui de Théodore Evêque de Mopsueste. Il avait enseigné dans la célèbre école d'Antioche et pendant plus de trente ans il y avait défendu les
vérités dogmatiques contre l'hérésie d'Arius et contre celle de Macédonius. Voyant se répandre en Orient les erreurs d'Apollinaire le Jeune, qui niait l'âme humaine de la nature humaine assumée par le Verbe et prétendait qu'elle n'était point nécessaire, attendu que la nature humaine pouvait être suffisamment soutenue et dirigée par le Verbe, Théodore se donna tout entier à la réfutation de cette hérésie, laquelle, comme nous l'avons fait remarquer ailleurs, reposait sur la doctrine pythagoricienne de l'âme végétative. Pour atteindre son but, il chercha et rassembla tous les passages de l'Ecriture Sainte, qui prouvent que le Verbe éternel s'est fait homme en assumant la -nature humaine parfaite. S'appuyant donc sur tous ces témoignages de l'Ecriture dans son argumentation contre Apollinaire, il en vint à conclure que le Verbe était clans l'homme comme dans un temple, et exagérant ainsi la force des raisonnements, à l'aide desquels il voulait prouver la perfection de la nature humaine assumée par le Verbe, il en déduisit que le Verbe ne s'était point uni hypostatiquement, mais moralement seulement, à la nature humaine. La conséquence logique de cette doctrine était qu'il fallait reconnaître en Jésus-Christ deux Personnes, l'une humaine et l'autre divine. Théodore de Mopsueste fut conduit à de pareilles conclusions, non-seulement par son zèle exagéré, mais encore par l'em-
ploi d'un système fort en faveur auprès de certains savants de l'école d'Antioche. Ce système consistait à adopter toujours dans l'interprétation de l'Ecriture, de préférence à tout autre sens, le sens littéral, et dans les études à se servir toujours de la méthode analytique.
Les doctrines de Théodore de Mopsueste ne pouvaient être ignorées de ses disciples. Parmi ceux-ci se trouvaient Théodoret, plus tard Evêque de Cyr, Jean qui devint Patriarche d'Antioche et Nestorius le célèbre hérésiarque, qui fit bientôt germer en Orient les premières semences de la nouvelle hérésie recueillies par lui des enseignements de son maître. Nous aurons occasion de parler ailleurs de Jean et de Théodoret; c'est de Nestorius que nous devons principalement nous occuper en ce moment. Mais avant de parler de lui et de son hérésie, qu'on nous permette ici quelques réflexions, qui serviront, nous l'espérons, à jeter de la lumière sur l'époque dont il s'agit et à faire mieux apprécier la nature de l'hérésie nestorienne.
Le cinquième siècle commença avec deux nouvelles doctrines, l'une née en Orient, l'autre en Occident. En Orient les études se portaient vers la nature du Christ; en Occident elles se portaient vers la nature de l'homme.
L'hérésie de deux Personnes en Jésus- Christ eut son germe, comme nous l'avons vu dans les
enseignements de Théodore de Mopsueste; et l'on ne saurait sérieusement la faire remonter à Leporius, Gaulois de nation selon plusieurs auteurs. En effet la doctrine de l'Evêque de Mopsueste sur l'union morale, chez Jésus-Christ, du Verbe avec l'homme, est fort claire d'une part, et d'autre part Théodore enseigna cette doctrine avant Leporius. De plus les études, en Occident, au commencement du cinquième siècle, époque où vivait Leporius, qui fut ensuite prêtre à Carthage, n'étaient point aussi avancées qu'en Orient, et n'étaient pas capables de produire le germe d'hérésie que nous avons reconnu dans le maître de Nestorius. Car les erreurs, pas plus que les vérités, ne se produisent brusquement, mais les unes et les autres sont soumises à cette loi de dialectique, en vertu de laquelle une idée naît d'une autre idée et ainsi de suite progressivement; cependant chaque erreur a au fond la même origine, qui est la négation du vrai. C'est ainsi que Newton n'aurait jamais pu formuler la loi de la gravitation universelle, s'il n'avait pas trouvé déjà préparés les éléments de sa synthèse. Les Français, pour lesquels nous avons un sentiment tout particulier d'estime et d'affection, ne seront sans doute pas fâchés de voir enlever à leur pays le triste honneur d'avoir donné naissance au premier auteur de l'hérésie nestorienne. Comme les Orientaux dans leurs études sur le Christ se
servaient surtout de la philosophie d'Aristote, de la méthode analytique et d'une exégèse toute littérale, selon l'usage généralement reçu dans l'école d'Antioche, l'on ne doit pas s'étonner que chez eux soit né le nestorianisme, hérésie qui divisait le Christ en deux personnalités, l'une la personnalité du Verhe, l'autre la personnalité de la nature humaine. C'était ainsi que Théodore et son disciple Nestorius envisageaient le Christ.
En Occident, où l'on n'était point accoutumé à des spéculations philosophiques sur la divinité, mais où la tendance des esprits était plutôt dirigée vers l'examen du monde visible et, à cet époque, beaucoup moins tournée qu'en Orient vers les recherches abstraites, l'homme devint plus particulièrement l'objet des études scientifiques. Pelage, Anglais de naissance et moine de profession, enseignait qu'Adam avait été créé mortel et que son péché n'avait occasionné aucun mal aux autres hommes, niant ainsi la transmission du péché originel dans le genre humain. Bien plus, l'homme par les seules forces de son libre arbitre non-seulement pouvait éviter le péché, mais encore opérer le bien, sans avoir pour cela besoin de la grâce de Jésus-Christ. Ainsi, selon Pelage, l'homme possède en lui-même assez de force pour s'élever à un degré de perfection tel, qu'il ne ressente plus aucune passion et ne soit plus exposé à pécher.
Pelage choisit pour en faire le principal propagateur de sa doctrine un autre moine, nommé Celestius, et commença à répandre ses erreurs à Rome même, vers Fan 400. Non content de ce début, il se mit à voyager, en Afrique d'abord, et ensuite en Palestine, où il fut reçu avec beaucoup d'égards par Jean de Jérusalem, ennemi de S. Jérôme. L'Eglise des Gaules commit à S. Germain d'Auxerre le soin de réfuter l'erreur pélagienne; mais le plus célèbre et le plus infatigable défenseur de la foi catholique contre Pelage fut, comme chacun sait, le grand docteur S. Augustin.
Ainsi tandis que l'Eglise catholique enseignait que le Verbe s'était incarné pour opérer la Rédemption de l'homme, la nature des méthodes employées dans les écoles, jointe à un désir immodéré d'investigation, donna naissance à des erreurs qui s'attaquèrent au Christ Rédempteur aussi bien qu'à l'homme racheté. En Orient, l'on divisait le Christ, en séparant le Verbe divin de la nature humaine; en Occident c'était l'homme lui-même que l'on séparait de son Rédempteur. Là, on finissait par nier la réalité de la Rédemption ; ici l'on était amené à la déclarer inutile. En Orient Nestorius était le représentant de la nouvelle hérésie qui s'élevait contre le Christ Rédempteur. En Occident Pelage était le représentant de l'hérésie qui s'élevait contre l'homme racheté. Celui-ci inventait un système qui
devait trouver son complet développement et sa dernière expression dans les écrits romantiques et impies de Volney. Nestorius, par son hérésie, essaya d'introduire dans la théologie un principe dont toutes les conséquences devaient finir par se formuler dans les écrits également romantiques et impies de Strauss. On voit que Pelage, en divinisant l'homme, le séparait de Jésus-Christ dont la Rédemption devenait inutile; tandis que Nestorius en Orient, avec ses deux Personnes en Jésus- Christ, rendait la Rédemption de l'homme purement apparente.
Ces deux erreurs, opposées l'une à l'autre, naissaient toutes deux d'une exagération qui consistait, chez Pelage à attribuer à l'homme ce qu'il n'avait point, et chez Nestorius à admettre en Jésus- Christ ce qui ne pouvait point s'y trouver. En sorte que le développement mal réglé de l'anthropologie chrétienne en Occident causait bien des maux à l'Eglise, pendant qu'un développement malheureux de la Christologie en Orient donnait lieu à de nouvelles hérésies.
Telles étaient les tendances des esprits; tel était l'état des Eglises orientale et occidentale lorsque Nestorius commença à propager ses erreurs.
C'était un moine qui ne manquait pas d'éloquence, au visage amaigri, au teint pâle et semblable à celui du plus austère anachorète, au front ha-
bituellement contracté comme sous l'influence d une profonde méditation, à la physionomie pleine de tristesse, grand amateur de livres, portant ordinairement un vêtement noir dont la simplicité et la pauvreté semblaient indiquer le mépris des grandeurs humaines, doué en un mot de qualités extérieures propres à lui concilier non-seulement l'estime, mais encore la vénération que le monde accorde à un saint. Et ce fut précisément ce qui advint; car Théodose le Jeune désirant pourvoir l'Eglise de Conslantinople d'un Evêque chez qui la sainteté fût unie à la science, jeta les yeux sur le moine d'Antioche et le fit consacrer, au milieu de l'étonnement général, Evêque de Gonstantinople, l'an 427. Suidas l'appelle neveu (nepos) de Paul de Samosate, non à raison des liens du sang, mais à cause de l'affinité des deux doctrines. Dès le premier sermon prononcé par Nestorius dans l'église de Constantinople, en présence de l'empereur, il fit preuve contre les hérétiques d'un zèle immodéré et qui ne portait certainement point les marques de cet esprit de charité que Jésus-Christ est venu nous enseigner. Apostrophant l'empereur il s'écria : « Donne-moi le monde purgé des hérétiques et je te » donnerai le Ciel; aide-moi à exterminer les hêré- » tiques, et je t'aiderai à exterminer les Perses » paroles justement qualifiées, au rapport de Socrate, d'inopportunes, de téméraires et d'orgueilleuses par
quiconque savait lire au fond du cœur humain :
Us qui interiorem animi sensum ex verbis conjicere
norunt perspecta stalim fuit hominis levùas et violentia cum inanis gloriae studio conjuncla. (Socrat. Lib. VII. c. 29).
Le nouvel Evèque ne s'en tint point aux paroles. Il fit une guerre terrible aux Ariens, aux Macédoniens et aux quelques Quartodécimans qui n'avaient point voulu se soumettre à la décision du Concile de Nicée condamnant leur opinion. Toutefois, comme les faits postérieurs le démontrèrent, il ne voulait débarrasser l'Orient de ces hérésies que pour y faire occuper entièrement le terrain catholique par une nouvelle hérésie, comme l'observe Vincent de Lôrins. Pour mieux arriver à ses fins, il ne voulut pas tout d'abord formuler théologiquement son système relatif aux deux personnalités qu'il admettait en Jésus-Christ. 11 se mit à la recherche d'une expression, ou d'un terme, qui renfermât son hérésie et pût aisément être retenu du vulgaire, chez qui il espérait trouver facilement faveur et appui. A cet effet il insinua au prêtre Anastase de prêcher au peuple que Marie ne devait point être appelée Mère de Dieu, mais Mère du Christ. Cette dénomination toute nouvelle révolta le peuple, indigna le clergé et fut le signal d'une foule de disputes. Un simple moine se leva immédiatement, demandant à réfuter la nouvelle
hérésie; mais Nestorius qui, en défendant celle-ci, combattait pro aris et focis, abusa de son crédit pour le faire envoyer en exil. Alors l'Eglise de Constantinople se divisa en deux partis, dont l'un soutenait Nestorius, tandis que l'autre l'attaquait jusqu'à ne plus vouloir communiquer avec lui ni le reconnaître pour Evêque. Ce dernier parti était composé des moines, d'une portion du sénat et d'une grande multitude de peuple, comme le rapporte S. Cyrille dans sa lettre au Pape Célestin. Une telle opposition n'arrêta point Nestorius, qui redoubla d'efforts pour faire triompher son hérésie dans l'Eglise de Constantinople, afin de la répandre ensuite de Là plus facilement dans tout l'Orient. Il se servit dans ce but d'un certain Evêque nommé Dorothée. Lui-même d'ailleurs enseignait en personne l'hérésie dans de nombreux sermons qu'il prêchait publiquement; ce qui décida plusieurs prêtres à catéchiser le peuple, en exposant la croyance catholique, dans l'église d'Irène maritime; mais ils furent réduits violemment au silence par Nestorius. Le peuple demeuré fidèle à la doctrine de l'Eglise se plaignait publiquement de l'égarement de son Pasteur et criait tout haut dans les rues de la ville : Nous avons un empereur, mais nous n'avons point d' Evêque.
Une scène des plus émouvantes eut lieu quelque temps après, le 29 Mars de l'an 429. Ce jour-là
le courageux Evêque de Cyzique, nommé Proclus, prêcha publiquement, en l'honneur de la Mère de Dieu, un sermon qui loucha tous les assistants excepté Nestorius. Celui-ci se levant immédiatement essaya, dans une réplique improvisée, de détruire l'argumentation de Proclus et soutint opiniâtrement son hérésie, qu'il continua ensuite à défendre par ses écrits. Espérant obtenir plus facilement gain de cause dans d'autres diocèses, il envoya en Egypte ses homélies et ses écrits sur l'Incarnation. Mais le Patriarche d'Alexandrie était alors S. Cyrille, image vivante du grand Athanase, son prédécesseur, qui avait été le fléau de l'hérésie arienne. S. Cyrille se mit à réfuter les erreurs de Nestorius; il écrivit à cette occasion sa célèbre lettre aux solitaires, lettre dont il parle lui-même au Pape Célestin et qui excita au plus haut point le courroux de Nestorius. Cet hérésiarque se servit alors d'un artifice, employé par bien des gens habiles, quand ne pouvant point triompher de leurs adversaires par la force des raisonnements, ils cherchent à s'en défaire au moyen des gouvernements. 11 fit insinuer à Théodose, par des accusateurs achetés à prix d'argent, que l'Evêque d'Alexandrie était une cause de troubles publics et un oppresseur de son peuple. Cette accusation fut si forte et si dangereuse qu'elle obligea S. Cyrille à envoyer sa défense écrite à l'empereur. En même temps, pour essayer de convertir Nestorius , il
— Ho —
adressa à ce dernier une lettre pleine de charité, dans laquelle il l'exhortait à confesser que la Sainte Vierge est Mère de Dieu; mais il n'obtint qu'une réponse fort dure accompagnée de reproches. Toutes ces pièces, ainsi que celles dont nous parlerons dans la suite, se trouvent rapportées dans Labbe, aux Actes du Concile d'Ephèse. Alors commença à s'échanger une correspondance plus animée entre ces deux Evoques et d'autres encore parmi lesquels il faut mettre, au premier rang, le Pontife Romain. Car S. Cyrille, désirant qu'il ne s'élevât aucun doute à Rome sur la portée de la question soulevée par Nestorius, envoya une longue exposition de cette affaire au Pape Célestin, et lui dit entre autres choses : qu'il lui écrit comme à l'arbitre auquel on doit déférer toute cause en matière religieuse , reconnaissant ainsi la suprême autorité des Papes. Le nestorianisme en était arrivé à un point tel en Orient, que le Pontife Romain ne pouvait y demeurer plus longtemps indifférent. Célestin, après avoir pris connaissance des erreurs de Nestorius ainsi que de l'admirable exposition de la doctrine catholique, composée par S. Cyrille pour réfuter l'hérésie nouvellement répandue et pour défendre le dogme relatif à la Personne du Christ, convoqua lui-même l'an 430, un Concile à Rome. On y lut les lettres de Nestorius et celles de S. Cyrille; les premières furent vol. i. 10
— 1 46 — déclarées hérétiques, tandis que les secondes furent jugées la plus pure expression de la doctrine catholique. Alors le Pontife ordonna que l'on adresserait à Nestorius une troisième monition afin qu'il renonçât à son hérésie; le Pape faisait ainsi compter les deux lettres de S. Cyrille au même Nestorius pour les deux premières monitions. Célestin fixa en outre à Nestorius un terme de dix jours, à l'expiration duquel, ce dernier, s'il n'avait abjuré ses erreurs, devait encourir l'excommunication. Le Pape s'occupa aussi de la pénible situation à laquelle les adversaires de Nestorius se voyaient réduits, uniquement pour avoir défendu la foi catholique. Un grand nombre d'entre eux, qui avaient été privés de la communion, furent réintégrés par le Pontife Romain dans leur première condition. Pour empêcher d'ailleurs Nestorius, dont il connaissait bien le caractère artificieux, d'avoir recours à quelque vaine excuse, le Pape commit le soin de faire exécuter les décisions du Concile à S. Cyrille d'Alexandrie. En conséquence celui-ci convoqua, au mois de Novembre de la même année 430, un Concile à Alexandrie, d'où il fit partir pour Constantinople plusieurs Evêques chargés de communiquer à Nestorius la sentence de Rome. En outre le digne successeur de S. Athanase composa, au nom du Synode, une lettre qu'il envoya également à Nestorius. Cette lettre renferme une profession
de foi, conforme au Symbole du Concile de Nicée, ainsi qu'une exposition fort claire de la doctrine catholique touchant le mystère de l'Incarnation. Les erreurs de Nestorius y sont victorieusement réfutées ; elle se termine par douze chapitres contenant les diverses propositions hérétiques formulées par Nestorius et en même temps les anathèmes prononcés contre quiconque les soutiendrait. Ces douze chapitres, qui forment une exposition complète du dogme de l'Incarnation contre l'hérésie de Nestorius, sont plus connus sous le nom d'anathèmes de S. Cyrille; et c'est d'eux qu'Eutychès abusa, comme nous le verrons plus tard.
Nestorius ne se soumit point à la lecture de cette lettre Synodique, qui devait lui servir de troisième monilion, et la menace d'excommunication ne rébranla nullement. Tous les regards étaient alors dirigés sur le grand défenseur de la foi, S. Cyrille, et sur son puissant adversaire, l'hérésiarque qui voulait enlever à la Vierge sa plus belle auréole et rabaisser, ou plutôt détruire, le fruit de la Rédemption. L'Orient, agité par ces grandes questions théologiques, se trouvait divisé en deux partis, tandis que l'Occident voyait avec stupéfaction miner le fondement même de la religion par des moyens autres que ceux de l'arianisme. La gravité du mal réclamait donc un remède prompt , énergique et capable de réduire, tout au moins, au silence les
ennemis du dogme catholique. Ce fut là le motif qui décida le Pape S. Célestin à provoquer la réunion d'un Concile général, en employant le crédit de S. Cyrille auprès de l'empereur, afin que, sous la protection de ce puissant monarque, les Evêques catholiques pussent porter un jugement solennel sur la nouvelle doctrine qui niait l'unité de Personne en Jésus-Christ et la plus belle des prérogatives de la Très-Sainte Vierge, celle d'être réellement Mère de Dieu.