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PREMIER CONCILE DE CONSTANTINOPLE CÉLÉRRÉ EN

Nouvelles hérésies avant le Concile.

La philosophie païenne, qui voulait faire son profit des doctrines catholiques, et à laquelle recouraient certains auteurs chrétiens pour expliquer les vérités révélées, avait beau s'efforcer de pénétrer le dogme de la Trinité et celui du Verbe Incarné elle ne réussissait qu'à répandre de nouvelles erreurs et à enfanter de nouvelles hérésies. L'Incarnation du Verbe, accomplie par l'opération du Saint-Esprit, était l'objet principal des études de ceux qui cherchaient à éclaircir les mystères de la religion au moyen de la philosophie. De sorte que, si d'une part, les catholiques s'en tenaient strictement au symbole de Nicée, afin de ne point dévier de la vérité, les Eusébiens et leurs partisans, d'autre part, cherchaient

à réduire la Vérité catholique à des conceptions purement naturelles, découlant, selon eux, de l'unité de Dieu et de la simplicité de l'essence ou nature divine. Il résultait de là, que tout en voulant admettre la Rédemption, ils la détruisaient par le système philosophique qu'ils adoptaient; qu'en voulant expliquer la co-existence de la nature humaine avec le Verbe, ils refusaient au Verbe la divinité; qu'en voulant attribuer au Saint-Esprit une nature en rapport avec celle du Verbe, ils faisaient du Saint-Esprit une simple créature; et enfin, qu'en voulant conserver l'idée de la Trinité, ils faisaient du Père, du Fils et du Saint-Esprit, autant de noms, indiquant simplement des propriétés différentes de l'essence infiniment simple de Dieu, laquelle, à raison de son infinie simplicité même, ne pouvait, selon eux, être commune à trois Personnes réellement distinctes entre elles. Ce fut ainsi que de la négation de la divinité du Verbe, ou en d'autres termes, de l'hérésie arienne, on en vint à la négation de la divinité du Saint-Esprit et de la personnalité du Père.

Voyons comment d'aussi graves erreurs purent se répandre en Orient avant l'an 381, époque à laquelle se célébra le premier Concile général de Gonstantinople, qui devait les condamner.

Après les Conciles de Nicée et de Sardique, les Eusébiens firent une tentative de conciliation et

proposèrent plusieurs professions de foi, qui en apparence ne semblaient point contraires au Concile de Nicée, mais en réalité niaient la consubstantialité du Père et du Fils. On connaît les professions de foi de Sirmium, indiquées déjà plus haut, et l'on se rappelle quelle était la doctrine des deux Evêques déposés, Ursace et Valens. Ceux-ci par un artifice de mots habillement calculés enseignaient : esse filium Dei ex Deo et Patri similem, nec creaturam, ut sunt cœterae creaturae. De cette manière en proclamant le Verbe semblable au Père, eux et leurs partisans entendaient nier la consubstantialité du Fils et du Père. Ayant ramené à ces termes l'hérésie arienne, les Eusébiens virent se prendre dans leurs filets un grand nombre de catholiques, qui croyaient demeurer tels et ne point se séparer de la foi de Nicée, en professant le Fils de Dieu semblable, et non consubstantiel, au Père. Les Eunomiens étaient plus logiques que les Eusébiens. Car Eunomius, disciple d'Aetius, surnommé l'impie, partait d'un principe philosophique, lequel développé, sans la base de la révélation, devait nécessairement aboutir à la négation de la divinité de Jésus-Christ et par suite à la négation de la divinité du Saint-Esprit, en niant la personnalité du Verbe et du Saint-Esprit. En effet, Eunomius disait : puisque Dieu est infiniment simple dans son essence, on ne peut sup-

poser en lui deux principes différents, et par conséquent, le Père le Fils et le Saint-Esprit ne doivent point être considérés comme trois Personnes distinctes entre elles et unies clans une seule et même nature ou essence, mais comme des propriétés ou attributs de la nature divine, tels que la sagesse, la vérité, la justice. Eu d'autres termes il admettait en Dieu une unité d'essence qui excluait l'idée de Personnes, mais que l'on pouvait considérer cependant sous différents points de vue. Eunomius, originaire de Cappadoce, était devenu, par le crédit des Ariens, Evêque de Cyzique, et en voulant expliquer l'hérésie d'Arius, il tomba, comme on le voit, clans le Sabellianisme. Les Eunomiens se répandirent rapidement dans tout l'Orient, et leur système contribua à augmenter la confusion qui y régnait déjà sur le terrain théologique. Tandis que les Eunomiens ne reconnaissaient ni la Personne du Fils ni celle du Saint-Esprit et niaient par conséquent absolument la Trinité, les Macédoniens, au contraire, faisaient du Fils et du Saint-Esprit deux créatures. Macédonius créé Patriarche de Constantinople par la faveur des Ariens et déposé ensuite par eux, était l'auteur de cette secte, à laquelle il donna son nom, et qui niait principalement la divinité du Saint-Esprit. Macénius irrité contre les Ariens, bien qu'il eût d'abord professé leurs erreurs et qu'il fût comme eux ennemi

des catholiques, se mit, en haine des premiers à soutenir la divinité de Jésus-Christ, en même temps qu'en haine des seconds, il niait la divinité du Saint-Esprit. S'étant adjoint quelques Evèques déposés, il lui devint facile de disséminer ses erreurs, qui trouvaient accueil surtout parmi les Ariens, attendu qu'il développait et défendait son système à l'aide des mêmes arguments dont ceux-ci s'étaient servi pour nier la divinité du Verbe. Les Macédoniens passèrent par différentes phases sous les empereurs Julien, Jovien et Valens. Julien les protégea en leur qualité d'ennemis de la foi catholique. Jovien, comme catholique, n'eut garde de les favoriser. Valens, fauteur de l'arianisme, leur fut contraire. Finalement ils furent cités a comparaître devant le Concile de Constantinople.

Aux erreurs des Ariens, des Semi-Ariens, des Eunomiens et des Macédoniens, dont s'occupèrent principalement et directement les Pères du premier Concile de Constantinople, il faut encore ajouter celles que propageait Photius, Evêquede Sirmium, lequel cherchait à fortifier la doctrine arienne et à donner une vie nouvelle au sabellianisme.

Apollinaire le Jeune, ami de S. Basile et de S. Athanase, finit par tomber lui aussi dans l'hérésie. Imbu des principes pythagoriciens, et s'appuyant sur l'enseignement de Platon, il se mit à subtiliser sur la nature humaine assumée t'par le

Verbe. Il enseignait que Jésus-Christ n'avait pas d'àme humaine intellective, et que le Verbe remplaçait en Lui cette âme; mais il attribuait en même temps à la nature humaine de Jésus-Christ une âme végétative et sensitive, dans le sens pythagoricien et platonicien. En dépouillant ainsi le Verbe de son humanité parfaite, on devait peu à peu en arriver (comme on y arriva en effet) à faire de l'humanité de Jésus-Christ quelque chose de vague, d'apparent et d'impassible; et l'on en vint en effet à la conséquence logique que le Christ n'était né qu'en apparence d'une Vierge, qu'il n'avait souffert et qu'il n'était mort qu'en apparence.

Sans nous arrêter davantage à exposer certaines autres erreurs, plus ou moins semblables entre elles et qui s'étaient propagées avant le premier Concile de Constantinople, il est manifeste que la doctrine de toutes ces hérésies était en opposition directe avec la foi catholique, défendue alors en Occident principalement par le Pape S. Damase et par S. Ambroise. On avait commencé par nier la divinité du Verbe et l'on finit par nier la Trinité. On avait nié d'abord la personnalité du Verbe et l'on finit par nier la personnalité du Père et celle du Saint-Esprit. On avait nié la nature divine en Jésus-Christ et l'on finit par nier en Lui la nature humaine. C'était surtout l'Orient qui se trouvait infecté de si pernicieuses doctrines,

lorsque Théodose, associé par Gratien à l'empire, monta sur le trône impérial, et se fit baptiser à Thessalonique, ville qui devait plus lard, dans une occasion mémorable, lui faire verser de si nobles larmes devant la majestueuse et sévère figure d'Ambroise, Archevêque de Milan. Ce grand empereur , qui fut le dernier à gouverner dans son intégrité l'empire romain, gémissant des maux occasionnés à l'Eglise, en Orient, par l'obstination des hérétiques, invita les Evèques orientaux à se réunir en assemblée générale à Constantinople. Le but principal de cette convocation solennelle était de définir, de la manière la plus précise, et à l'aide d'expressions enlevant toute possibilité de subterfuge aux hérétiques, le mystère de l'Incarnation et la divinité du Saint Esprit. La discipline des Eglises orientales devait ensuite réclamer une grande partie des travaux du Concile.

Constantinople était alors devenue le siège de l'empire et la nouvelle Rome. En conséquence les Evêques de cette ville acquéraient une importance de jour en jour croissante, à cause du voisinage de l'empereur et de la cour. Les passions ne sont pas toujours domptées chez ceux-là mêmes qui devraient surtout en triompher, l'ambition principalement peut prendre dans leurs cœurs des développements effrayants, quand la faveur des grands se montre prête à la seconder. Or, c'est ce qui arriva à

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Constantinople. Plusieurs des Evêques de cette ville commencèrent à se donner une importance qu'ils n'avaient pas , et à croire que l'influence dont ils jouissaient à la cour les rendait supérieurs aux autres Evêques. Ils ne manquaient d'ailleurs d'encouragements ni de la part de la cour, où l'on ne voyait point d'un bon œil que l'Evêque de Constantinople fut au-dessous de celui d'Alexandrie et de celui d'Antioche, ni de la part d'un certain nombre d'Evêques entachés d'hérésie et qui pour mieux obtenir du pouvoir richesses et honneurs avaient intérêt à flatter l'Evêque de Constantinople, presque toujours en possession des bonnes grâces impériales. Les faveurs de la cour et les adulations du dehors, sollicitant de concert l'amour-propre des Evêques de la nouvelle Rome, furent donc, en résumé , les véritables sources de l'ambition démesurée qui les décida, à la fin, à se séparer de l'ancienne Rome, et à prendre le titre de Patriarches œcuméniques, afin de dominer seuls sur tout l'Orient. Telle est la première et vraie origine du schisme grec, qui reçut un premier mouvement d'impulsion, disons-le sans détours, du IIe canon de Constantinople, canon qui ne fut jamais reconnu, ni approuvé du Saint-Siège, avant le IVe Concile de Latran, célébré en 1215.

Baronius et Bini veulent que le Concile de Constantinople ait été convoqué par l'autorité ex-

presse du Pape S. Damase. Nous autres, que l'on se plait quelquefois à appeler du nom d'ultramontains , nous passons pour être tellement éblouis par l'éclat de la tiare Pontificale, que le Pape nous apparaît toujours comme auteur et promoteur de chaque grand fait ecclésiastique. C'est ainsi qu'en parlant des Conciles, on veut faire croire que nous soutenons que le Ie' Concile de Constantinople a été convoqué par le Pape S. Damase, bien qu'au point de vue historique il ne paraisse convoqué que par le seul Théoclose. Nous ne voulons pas entrer dans la question de l'ultramontanisme (comme on l'appelle), attendu que dans notre sainte Religion, la Religion catholique , il ne doit y avoir ni citramontains, ni ultramontains. Le Pape est le Chef de l'Eglise et le Père commun des fidèles; il n'y a qu'une foi, qu'un baptême et qu'un Christ. Sur tout ce que l'Eglise nous propose de croire et de pratiquer il ne peut exister aucune divergence entre les catholiques; clans tout ce qui est controversable la charité doit intervenir, pour faire disparaître les exagérations et rétablir la concorde entre les opinions. Nous serons donc simplement justes et loyaux dans la discussion.

Que le Pape S. Damase ait expressément convoqué le Ier Concile général de Constantinople, c'est ce qui ne résulte nullement de l'histoire. Elle prouve au contraire que ce Concile fut convoqué par Théo-

dose le Grand. En effet, les 150 Evêques qui s'y rendirent, clans leur lettre Synodique adressée à Théodose après le Concile, disent positivement: juxta lilteras tuae pietatis, Constantinopolim convenimus; ce que confirment l'autorité de Socrate (L. VIII, ch. 7) et de Théodoret (L. V, ch. 7), en même temps que le nombre restreint, 150, des Evêques réunis en Concile. En outre Socrate et Sozomène parlent nonseulement de la convocation du Concile comme ayant été faite par Théodose, mais encore des motifs qui portèrent l'empereur à vouloir que les Evêques orientaux se réunissent à Constantinople: c'est-à-dire afin de consacrer l'Evêque de Constantinople et afin de mettre un terme ta l'hérésie des Macédoniens. Nous pourrions ajouter ici d'autres preuves, si la chose était nécessaire, et nous le ferions d'autant plus volontiers qu'elles n'infirmeraient en rien le droit que possède seul le Souverain Pontife de convoquer les Conciles généraux. Nous nous bornerons à observer que les arguments employés pour prouver que le Concile a été convoqué expressément par S. Damase n'ont aucune force à nos yeux. Le manuscrit du Vatican et celui de S'e Marie Majeure, cités par les défenseurs de cette opinion, ne sont point assez anciens pour mériter une foi absolue, et aucun raisonnement à leur sujet ne pourra, ni contre-balancer le silence de l'antiquité par rapport à la prétendue convocation faite par S. Damase,

ni détruire les preuves positives données plus haut en sens contraire. Le Ier Concile général de Constantinople fut convoqué par Théodose, mais il ne devint Concile général que quand le Pape S. Damase l'eût déclaré tel en le confirmant par sa propre autorité, et en eût ratifié ainsi la convocation et la célébration, en vertu de la règle ecclésiastique, aussi ancienne que connue de tous, qui lui reconnaissait ce pouvoir.

Que S. Damase ait confirmé ce Concile est d'ailleurs chose si certaine que Photius lui-même s'exprime en ces termes: Damasus eadem confrmans haec sentiens accessit (Lib. Syn.). Toutefois, pour éviter toute équivoque, nous allons poser ici certains principes qui nous serviront ensuite à résoudre les difficultés du même genre.

Nous avons déjà vu ce qu'est le Pape dans l'Eglise, et qu'il y possède, à l'exclusion de tout autre, la Primauté d'honneur et de juridiction. Par conséquent il n'y a point même à mettre en question, s'il a le droit de convoquer en Concile tous les Evêques de l'univers. Et de plus , de même que c'est à lui qu'appartient, en vertu d'un droit inné, la présidence des Conciles généraux, comme nous l'avons vu précédemment , de même c'est également à lui qu'il appartient de convoquer ces mêmes Conciles. Sur tous ces points on ne peut élever aucun doute, à moins que l'on ne veuille

changer la forme et l'organisation données par Jésus-Christ à son Eglise. Il suit de là que toutes les questions agitées au sujet de la présidence ou de la convocation de n'importe quel Concile général ne peuvent jamais avoir pour objet le droit des Papes, mais seulement le fait historique.

Ceci posé: tout Concile général, afin qu'il représente véritablement l'Eglise universelle, doit être célébré par l'autorité du Pape, car autrement l'Eglise agirait sans son Chef.

Mais cette autorité, dont l'intervention est absolument nécessaire pour qu'un Concile soit œcuménique, peut s'exercer de bien des manières.

1° Par une convocation expresse.

II0 Par un consentement tacite donné à la convocation.

III0 Par une approbation finale, au moyen de laquelle le Pontife Romain donne son assentiment à tous ceux des Actes du Concile qu'il juge dignes d'être approuvés. Dans ce cas, le Pape est censé approuver aussi la convocation du Concile.

Remarquons que quand cette convocation a été faite expressément par le Pontife Romain , en indiquant un lieu éloigné de Rome, mais sans lettres encycliques, (parce qu'elles ont été suppléées par d'autres mesures équivalentes), il suffît que le Pontife Romain envoie au Concile ses représentants. Il est d'ailleurs évident que si les Evêques

ont été, de n'importe quelle manière, convoqués en réunion générale et que le Pontife Romain n'a point fait opposition à cette réunion, cette conduite de sa part équivaut à un consentement tacite. En juger autrement serait faire injure au Pape, qui a seul l'obligation et le droit de veiller sur toute l'Eglise.

Enfin l'approbation donnée par le Pontife Romain aux Actes d'un Concile, prétendu œcuménique, détruit in radice tout vice de forme antérieur, et le Concile en question est dès lors considéré comme ayant été convoqué par l'autorité du Pape, de sorte que, dans ce cas, l'approbation du Souverain Pontife a un effet rétroactif.

Sans donc nous engager ici dans des digressions inutiles, puisque nous savons que la confirmation du Ier Concile général de Constanlinople par le Pape S. Damase est un fait certain, nous pouvons affirmer, au point de vue canonique, que ce Concile a été convoqué par l'autorité de ce même Pape; et à ce point de vue Baronius a raison. Cette intervention de l'autorité Pontificale ressort clairement d'ailleurs, non-seulement de l'acte d'approbation du Concile, mais encore du consentement tacite donné à sa célébration par le Pape, qui ne s'opposa nullement à ce que les Evoques se réunissent pour répondre à l'invitation du grand Théodose.

Les historiens sont divisés d'opinion relative-

ment à la présidence du Concile. Les uns soutiennent qu'il fut présidé par Nectaire, Evèque de Constantinople; d'autres prétendent qu'il le fut par Mélèce d'Antioche ; il y en a enfin qui le font présider par Timothée d'Alexandrie. Ce qu'il y a de certain, c'est que le Pape S. Damase n'eut aucune part à la présidence de ce Concile, pas même au moyen de légats, car il n'y en envoya aucun. A notre avis, la raison pour laquelle le Pape n'envoya point de légats à ce Concile, c'est que celui-ci tout d'abord ne fut point considéré comme œcuménique. De fait, Théodose y invita seulement les Evêques d'Orient, sans inviter ceux d'Occident. Par conséquent le Ier Concile de Constantinople ne pouvait s'appeler œcuménique tant qu'il ne représentait point l'Eglise entière avec son Chef, et tant que le Pontife Romain n'avait point approuvé ses Actes. La question de fait, agitée au sujet de la présidence de ce Concile, est donc, on le voit, une question entièrement du domaine de la critique, En parcourant les monuments de l'époque, et en pesant attentivement la valeur des arguments apportés par chacun à l'appui de son opinion, nous demeurons convaincus, pour notre compte personnel, qu'avant l'arrivée de Timothée d'Alexandrie ta Constantinople, Mélèce d'Antioche présidait le Concile, mais que Timothée, à son arrivée, en prit aussitôt la présidence: et cela était conforme à l'ordre de dignité établi entre

les sièges Episcopaux. En vertu du VF canon de Nicée, le siège d'Alexandrie occupait le premier rang après celui de Rome; ensuite venait le siège d'Antioche. Or comme l'Evêque d'Alexandrie ne se trouvait pas à Constanlinople au moment de l'ouverture du Concile, la présidence appartenait alors de droit au Patriarche d'Antioche. Nous excluons Nectaire de la présidence en cette occasion, quoiqu'en aient pu dire certains auteurs, induits en erreur pour avoir vu son nom en tète de souscriptions, qu'ils auront probablement confondues avec celles de deux autres Conciles non œcuméniques, tenus à Constantinople immédiatement après le présent Concile. Nectaire, à l'époque de la célébration du Concile, n'était pas encore baptisé et il se présenta au Concile avec les habits de catéchumène. 11 est vrai qu'il fut désigné, (quoique simple catéchumène), pour le siège de Constanlinople par les 150 Evêques réunis en cette ville, mais il est vrai aussi que la préséance du siège de Constantinople sur celui d'Alexandrie ne fut décrétée que par le Concile luimême. Par conséquent, en supposant même que Nectaire ait été consacré Evèque pendant la durée du Concile, il ne pouvait pas encore posséder cette distinction, qui devint plus tard la cause de tant de discordes et de si déplorables divisions dans l'Eglise; tout au plus aurait-il pu la posséder à la fin de la session du Concile.

Nous avons déjà rapporté plus haut, appuyés sur l'autorité de l'histoire, les motifs qui avaient porté Théodose à faire célébrer ce Concile. Le principal et le premier de tous était de sauvegarder les intérêts de la foi, en ramenant les dissidents, et particulièrement les Macédoniens, à professer le Symbole de Nicée. Diverses controverses soulevées, de la part des hérétiques, au sujet du dogme catholique, obligèrent les Pères de Constantinople à formuler, en termes plus précis, les vérités contenues dans ce Symbole, afin d'ôter aux dissidents tout point d'appui, même apparent.

En effet, à bien des erreurs répandues alors et que nous avons déjà signalées, il faut encore ajouter celles des Manichéens et des Marcionites, touchant les deux principes ; celles des Millénaires et de Marcel d'Ancyre qui réduisaient à un triomphe bien précaire le règne de Jésus-Christ.

C'est pourquoi, tout en maintenant intactes les vérités contenues dans le Symbole de Nicée, les Pères de Constantinople composèrent un Symbole qui condamnait plus directement les hérésies exposées précédemment. Contre le manichéisme, on ajouta au Symbole de Nicée les paroles : fadorem cœli et lerrae, visibilium etc.; contre Photin, on ajouta, en parlant du Verbe, dont il niait l'éternité et qu'il prétendait né dans le temps : natum anle omnia saecula ; contre les Ariens et les Semi-Ariens

on proclama le Verbe genitum, non faclum, consubstanlialem Patri; on condamna la doctrine d'Apollinaire par les paroles : Et incarnalus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine etc.; les Millénaires et Marcel d'Ancyre furent également condamnés par ces paroles : et regni ejus non erit finis; enfin, pour abréger, ajoutons que ce fut clans le but de condamner l'hérésie des Macédoniens qu'aux paroles du Symbole de Nicée: Credo in Spirilum Sanctum, on ajouta Dominum et vivificantem, ex Pâtre procedentem etc.; enfin, pour sauvegarder l'unité de la foi et du baptême, les Pères proclamèrent l'Eglise unam, sanctam etc. , et professèrent imam baplisma et ce qui suit.

Le lecteur a déjà remarqué, sans doute, que le Symbole de Constantinople ne dit point que le Saint-Esprit procède aussi du Fils. La raison, ce nous semble, en est bien simple. C'est, qu'à cette époque les Macédoniens niaient la divinité du Saint- Esprit, et qu'il suffisait de proclamer sa procession du Père, pour condamner ces hérétiques; car Macédonius considérait le Saint-Esprit par rapport au Père et non par rapport au Fils. Plus tard, quand on agita précisément la question de savoir si le Saint-Esprit, déjà reconnu comme Personne divine (ce que niait Macédonius), procédait aussi du Fils, l'Eglise crut nécessaire l'adjonction de la particule Filioque. Mais nous parlerons plus au long de

cet incident, lorsque le moment sera venu. S. Grégoire de Nysse, prononça devant les Pères l'oraison funèbre de Mélèce d'Àntioche et c'est* aussi à lui que l'on attribue la rédaction du Symbole ou profession de foi adoptée par le Ier Concile général de Constantinople. On s'occupa encore dans ce Concile de questions de discipline, et l'on y fit sur cette matière plusieurs canons, dont le plus célèbre est le suivant : Constantinopolitanus Episcopus.

Nous examinerons plus tard ce canon. En attendant, continuons ta passer en revue les différents événements du Concile. Labbe, dans son second volume de l'histoire des Conciles, rapporte un magnifique discours digne à tous égards d'être mentionné et que prononça S. Grégoire de Nazianze, ce grand Docteur de l'Eglise, qui par amour pour la paix renonça, en plein Concile, au siège de Constantinople afin de laisser élire Nectaire à sa place.

Lors de la clôture du Concile, les Pères adressèrent à Théodcse une lettre Synodique, après la réception de laquelle cet empereur publia un édit, dans le but de faire respecter partout la foi catholique et de réfréner, par la menace de peines spéciales, l'audace des hérétiques. Un grand nombre de personnages, illustres à la fois par leur doctrine et leur sainteté, avaient pris part à ce Concile. Nous nous bornerons à citer : S. Grégoire de Nysse et son frère S. Pierre de Sébaste, S. Mélèce d'An-

tioche qui mourut pendant la durée du Concile, emportant avec lui l'estime et le regret de tous. A ces noms il faut ajouter ceux de S. Cyrille de Jérusalem, d'Amphiloque, de Pelage de Laodicée et d'Euloge d'Edesse.

L'approbation donnée par le S. Siège, pour ce qui regarde la foi, h ce second Concile œcuménique, est tellement manifeste que S. Grégoire disait avoir pour les quatre premiers Conciles généraux la même vénération que pour les quatre Evangiles. Photius lui-même, dans son livre des Synodes, déclare positivement que ce Concile fut confirmé par le Pape S. Damase, comme nous l'avons fait observer plus haut. Mais il n'en est plus de même quant aux canons disciplinaires, et en particulier quant au second (alias HP), par lequel on voulait élever le siège de Constantinople à un rang qui ne lui convenait nullement et qui devait lui devenir très-funeste à cause des conséquences tirées plus tard de là par les Orientaux- C'est ce que nous verrons dans la suite.

En résumé l'on voit que le second Concile œcuménique eut d'importants résultats, tant au point de vue de la foi qu'au point de vue de la discipline ecclésiastique. Au point de vue de la foi, en définissant de la manière la plus claire et la plus précise le dogme catholique, par rapport à l'Incarnation du Verbe et à la Trinité; au point de vue

de la discipline, en jetant dans l'Orient un germe corrupteur de l'unité de l'Eglise, considérée aussi bien par rapport à sa foi que par rapport à son gouvernement. Les Pères de Gonstantinople se montrèrent, en composant leur Symbole, ce que sont réellement les Evèques, c'est-à-dire les Anges des Eglises. Mais quand ils en vinrent à traiter un sujet insinué par l'ambition, ils se montrèrent simplement hommes. Et c'est pourquoi le S. Siège, en approuvant le Symbole, ne consentit point à approuver les Canons. Et si plus tard, sous Innocent III, le second canon fut reconnu d'une certaine manière, il faut attribuer ce fait à l'esprit de concorde dont les Pères Latins étaient animés et qui les portait à écarter, autant que cela était possible, toute occasion de division entre l'Orient et l'Occident chrétiens.

De V addition Filioque faite au Symbole de Conslantinople.

Les Pères de Nicée avaient déjà proclamé dans leur Symbole la divinité du Saint-Esprit, lorsque s'éleva l'hérésie de Macédonius , qui se mit à la nier. Ce fut alors que les Pères du Ier Concile général de Gonstantinople, afin de faire disparaître toute incertitude au sujet de la Personne du Saint-Esprit,

ajoutèrent dans la composition du Symbole , qui porte le nom de ce Concile, aux paroles: Spiritum Sanclum etc. ces autres paroles: a Pâtre procedentem. Ils ne dirent point toutefois que le Saint- Esprit procède du Fils, par la raison bien simple que cette vérité n'était point en question. En effet, les catholiques croyaient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, comme d'un seul et même principe, puisque la vertu spirative du Père est une et identique avec la vertu spirative du Fils. Cette doctrine catholique est fondée sur ces mots de Jésus-Christ, clans l'Evangile de S. Jean (ch. XVI v. 13 et suiv.) : de meo accipiet, par lesquels Notre-Seigneur indique que le Saint-Esprit procède, non-seulement du Père, mais encore de Lui-même. Ce sens est confirmé par les versions persanne, arabe, éthiopienne et syriaque (comme on peut le voir dans la polyglotte de V. Valton), mais surtout par l'autorité des Pères de l'Eglise antérieurs au schisme de Photius. Entre ces Pères nous citerons S. Epiphane et l'aveugle Didyme qui, en parlant de l'Esprit-Saint et en commentant le texte : de meo accipiet, s'exprime comme il suit : Non enim loquetur a semetipso, quia non ex se est, sed ex Pâtre et ex me est. Hoc enim ipsum, quod subsista et loquitur , a Pâtre et me Mi est (L. II, de Sp.S.). S. Cyrille d'Alexandrie enseigne également que les paroles de Jésus-Christ citées plus

haut signifient précisément que le Saint-Esprit procède aussi du Fils: quoniam (c'est ainsi qu'il s'exprime lib. XI in Joan.) consubstantialis Filio eslproceditque per eum, omnem ipsius in omnibus perfectissimam habens essentiam et virtutem , ideo dicit : de meo accipiet. Et ailleurs: non enim alienus ab Unigeniti substanlia Spirilus Sanctus inlelligitur, procedit vero naluraliler ex ipsa. Le même S. Cyrille expose clairement cette doctrine catholique dans la lettre Synodique à Nestorius, lettre approuvée par les Pères du Concile d'Ephèse ainsi que par les Conciles généraux postérieurs et clans laquelle il dit : Non est tamen ab eo (c'est-à-dire du Fils) alienus; quandoquidem Spirilus Verilatis nominatur, Chrislus aulem Veritas est, et proinde ab illo quoque (c'est-à-dire du Verbe) atque a Deo Paire procedit. Sans rapporter ici la doctrine de S. Basile et de S. Grégoire de Nysse dans leurs écrits contre Eunomius, doctrine absolument conforme à celle des Pères que nous venons de citer, nous croyons avoir très-suffisamment démontré que, chez les Grecs, la doctrine enseignant que le Saint-Esprit procède aussi du Fils était une doctrine reconnue comme catholique et niée seulement par les Macédoniens. Donc l'addition Filioque, faite au Symbole de Constantinople, de même qu'elle n'exprimait point un nouveau dogme pour l'Occident , n'en constituait pas un nouveau non plus pour l'Orient.

Nous ne dirons donc pas avec Alexis Aristène que cette addition a été faite par le Pape S. Damase. Aucun document digne de foi ne nous l'apprend; de même qu'il n'est pas non plus assez prouvé, en critique, que Léon III ait rejeté cette addition. Mais ce que nous savons, par l'ensemble de toutes les anciennes traditions , c'est que cette addition s'introduisit peu à peu dans l'Occident. Lors de la conversion des Goths de l'hérésie arienne à la foi catholique, sous Pieccarède, au IIP Concile de Tolède l'an 589 , ou trouve cette addition déjà introduite en Espagne. Peu de temps après , sinon à la même époque, mais pas plus tard qu'à la fin du septième siècle , nous la trouvons adoptée en France , à Lyon particulièrement , ainsi qu'en Allemagne. Nous voyons encore cette addition employée au IVe Concile de Tolède l'an 633, et dans plusieurs autres Synodes de Tolède postérieurs. Quant à la France, il paraît certain qu'il en fut question au Concile de Gentilly, près Paris, en 767, au temps de Pépin , qui y assista , selon le récit de Réginon. Dans ce dernier Synode, dont parlent aussi Adon, Sigebert et d'autres auteurs, on disputa entre Grecs et Latins sur la procession du Saint-Esprit. Mais ce fut surtout au Concile d'Aixla-Chapelle , tenu en 809, que l'addition Fih'oqiœ trouva de puissants défenseurs , comme on peut le voir dans Adon et dans les Annales des Francs.

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Bien plus, on nomma clans ce Concile une députation au Pape Léon 111, composée de deux Evèques et d'un Abbé, comme on le lit dans les Actes de cette légation même, qui nous ont été conservés par l'Abbé Smaragde et se trouvent au tome II (Conc. antiq. Gall.) page 26, des œuvres de Sirmond. Les deux Evêques étaient Bernaire Evêque de Worms et Jessé Evêque d'Amiens, l'Abbé était Adalhard Abbé de Gorbie. Ces députés, envoyés à Rome par Charlemagne, se présentèrent au Souverain Pontife et eurent avec lui une longue conférence dans la Sacristie de S. Pierre. Le procès-verbal de cette célèbre conférence, publié par Sirmond , mérite d'être lu en ^entier. Nous y voyons que les députés s'efforcèrent de prouver qu'il fallait conserver l'addition Filioque , qui se chantait déjà dans l'Eglise d'Aix-la-Chapelle, mais que le Pape Léon, tout en demeurant parfaitement d'accord avec eux sur la doctrine catholique, à savoir que le Saint-Esprit procède aussi du Fils, refusa, par simple raison de prudence et dans l'intérêt de la paix , d'approuver explicitement cette addition, sans condamner toutefois ceux qui la réciteraient ou la chanteraient. Et pour mieux les convaincre, il fit observer aux députés que les vérités catholiques n'étaient point toutes explicitement contenues dans le Symbole, et qu'on devait cependant les croire toutes, sans qu'il fût nécessaire de

faire des additions au Symbole; que s'il avait permis aux Français de chanter le Filioque, ce n'était pas lui toutefois qui leur avait permis d'introduire cette addition. Il les exhortait même à se conformer peu à peu à l'usage de l'Eglise Romaine , qui avait conservé le Symbole de Constantinople sans aucun changement.

Si Léon III n'approuvait point l'addition Filioque faite au symbole de Constantinople, ce n'est point qu'il voulût nier la doctrine catholique de la procession ab utroque, mais c'était seulement, comme nous venons de le dire, par raison de prudence. Il craignait que si la question venait à être encore soulevée chez les Grecs, elle ne leur fournit une occasion d'exciter de nouveaux troubles dans l'Eglise. Il ne pouvait d'ailleurs pas en être autrement de la part du Pape; car ce point de dogme avait déjà été défini par les Pères grecs eux-mêmes, comme nous l'avons vu , bien avant le troisième Concile de Tolède. Lors donc que Photius , dans sa lettre au Patriarche d'Aquilée, loue le Pape Léon III d'avoir (comme il l'assure) fait graver sur une table d'argent, en caractères grecs, le Symbole de Constantinople, et d'avoir fait placer (comme le rapporte le Maître des sentences) cette table ainsi gravée sur l'autel de S. Paul, ce fait aurait une signification bien simple. Le Pape, en agissant de la sorte, aurait uniquement cherché à ne point froisser les

Grecs, qui portaient au texte de cette formule de foi un respect tout à fait exagéré, respect qu'ils n'avaient malheureusement pas pour des choses beaucoup plus importantes, en elles-mêmes et dans leurs conséquences, comme étaient, par exemple, la Primauté des Pontifes Romains et le droit de prééminence que possédait, après Rome , l'Eglise d'Alexandrie sur tous les autres sièges Patriarcaux. Et en effet, l'addition Filioque ne pouvait offenser les oreilles que de ceux qui , semblables aux Pharisiens d'autrefois, rejetaient l'esprit de la loi pour s'attacher à son sens littéral. L'acte de Léon III doit donc être considéré simplement comme un acte de prudente réserve et non comme un acte portant atteinte en quoi que ce soit à une vérité dogmatique, laquelle était admise, non-seulement en Orient, mais encore dans tout l'Occident. Il suffît de se rappeler la lettre de S. Maxime, Abbé de Chrysopolis, à Marin Evèque de Chypre, pour se convaincre que, dès le septième siècle, on reprochait aux Latins l'addition du Filioque, faite au Symbole de Constantkiople. Ceci montre que les Occidentaux avaient admis cette addition même avant le temps de Léon III, bien qu'on ne la chantât pas clans toutes les Eglises de l'Occident.

Il est très-difficile, faute de documents authentiques, de préciser exactement l'époque à laquelle cette addition fut adoptée par l'Eglise Romaine.

Si nous nous en rapportons à Photius dans sa lettre contre le Pape Nicolas 1er, ce serait ce Pontife , qu'il appelle innovateur et corrupteur de la pureté du Symbole, qui aurait introduit dans le Symbole de Gonstantinople l'addition Filioque. Si nous en croyons Bernon, Abbé de Reichenau (Lib. de reb. ad Mis. pert. c. 2), l'addition aurait été faite à Rome par le Pape Benoit VIII en 1014, sur la demande de l'empereur Henri Ier. Enfin si nous examinons les motifs allégués par Michel Cérulaire lorsqu'il renouvela le schisme en Orient, nous trouvons que l'un d'entre eux est l'addition faite, selon lui, au Symbole de Gonstantinople par l'Eglise Romaine. On peut consulter à ce sujet, (dans Léon Allatius), les Actes du Synode célébré par ce même Patriarche, et (dans Cotelier) sa lettre à Pierre d'Antioche. Mais sans nous engager davantage dans une recherche fort inutile, examinons plutôt comment l'addition Filioque fut sanctionnée par l'Eglise.

Au second Concile de Lyon , XIV* général, sous Grégoire X, nous trouvons, comme nous le verrons en son lieu, l'addition en question reconnue par l'Eglise universelle, puisqu'elle fut solennellement chantée trois fois de suite par les Pères du Concile, tant Grecs que Latins. Seulement on concéda aux Grecs de ne point la chanter ni la lire dans leurs églises. Cette concession fut faite,

chacun le voit, afin de ne point donner sujet de disputer sur la forme , puisque Grecs et Latins s'accordaient sur le fond. Ensuite, au Concile général de Florence , où s'effectua la réunion des deux Eglises Grecque et Latine, les Pères du Concile approuvèrent de nouveau l'addition Filioque, avec les mêmes clauses qu'au Concile de Lyon. Enfin, pour écarter tous les doutes, sauvegarder la pureté du dogme catholique et faciliter aux Grecs leur rentrée en communion avec Rome, Clément VIII, au sujet de cette addition faite au Symbole, régla ce qui suit, dans sa bulle XXXIV §. 6: Graeci quidem teneantur credere Spiritum Sanclum a Filio procedere, sed non teneantur pronunliare, nui esset scandalum.

Il résulte évidemment de ce qui précède : 1° Que l'Eglise occidentale a toujours cru que le Saint-Esprit procède non-seulement du Père, mais encore du Fils, et que l'Eglise orientale a eu la même croyance jusqu'au schisme de Photius. 2° Qu'en Occident l'on n'a jamais mis en question la substance de ce dogme catholique, mais seulement l'opportunité de l'addition Filioque. 3° Que les Grecs catholiques eux-mêmes reconnurent, d'accord avec l'Eglise occidentale , cette opportunité, comme on le voit par les Conciles de Lyon et de Florence. 4° Que l'Eglise Romaine s'est toujours montrée dans cette question pleine de prudence et

d'égards pour les Grecs. 5° Que les deux Conciles précités, tout en maintenant fermement l'intégrité du dogme , consentirent , uniquement par égard pour les Grecs, à quelque concession sur le mode d'expression. 6° Enfin, que les Grecs ne peuvent adresser aucun reproche à l'Eglise Romaine ou aux Pontifes Romains, ni au sujet de l'addition faite au Symbole, ni au sujet de la manière d'agir de Rome à leur égard. Mais lorsqu'ensuite la question changea de nature, et d'une question de simple forme et d'opportunité se transforma en attaque contre le dogme, l'Eglise catholique ne put garder le silence, et elle déclara schismatiques ceux qui niaient la procession du Saint-Esprit ah ulroque.

Nous voici arrivés à la partie dogmatique de la question.

Nous venons de rappeler quelle est la doctrine catholique combattue par les Grecs schismatiques. Certains auteurs assurent que les Grecs ne furent pas les premiers à nier le dogme dont il s'agit, et qu'ils furent précédés par les Nestoriens. D'autres attribuent aux Monothélites l'origine de cette hérésie. S. Thomas, Bellarmin et beaucoup d'autres tiennent pour la première opinion; parmi ceux qui défendent la seconde, nous citerons Le Quien. Mais à notre avis, ce serait chose peu utile de nous mettre à rechercher tous les contradicteurs du dogme en question, quand nous voyons l'hérésie arienne, nier

implicitement que le Saint-Esprit procède aussi du Fils. En effet les Ariens, en niant que le Verbe est consubstantiel au Père, se trouvaient logiquement amenés à nier que le Saint-Esprit procède aussi du Verbe. Nous avons ainsi une nouvelle preuve , que la négation de la divinité du Verbe est l'origine de toutes les hérésies ; mais notre rôle d'historien n'est point de traiter la matière théologiquement , et nous devons nous contenter , à l'aide des documents existants, de faire connaître le développement pris par la question au point de vue dogmatique.

Jusqu'à l'époque de Photius, il paraît certain, par les documents que nous possédons, que les disputes des Grecs et des Latins portaient seulement sur l'opportunité de l'addition faite au Symbole de Constanlinople. Photius nous semble avoir le premier changé la nature du différend, lorsqu'invectivant contre le Pape Nicolas Ier, il l'appela corrupteur de la foi. Photius n'était point un de ces hommes qui pour mieux défendre leurs opinions personnelles, se retranchent derrière un respect exagéré pour les œuvres de leurs devanciers, sans entrer dans le fond même des questions. C'était au contraire un homme d'une grande capacité, savant, mais orgueilleux aussi et arrogant, et qui, pour mieux soutenir ses doctrines, s'acharnait contre celles de ses adversaires et persécutait ceux-ci de

toutes les manières. Il avait été élevé, dans l'espace de peu de jours, du rang de simple laïque à la dignité de Patriarche de Constantinople, en en dépossédant violemment S. Ignace. Ce dernier rétabli sur son siège par le Pape Nicolas, qui condamna en même temps Pholius, devint ensuite l'objet d'une cruelle persécution de la part de son vindicatif adversaire. Ignace eut en effet à passer par les plus douloureuses vicissitudes, et Photius, comme nous le verrons, vers la fin de l'an 878, parvint à remonter sur le siège Patriarcal, but constant de son ambition. Dès lors, fort de la protection de l'empereur Basile, il sema en Orient tous les germes de discorde qui encore aujourd'hui produisent des fruits si amers. A la mort de Photius, qui niait positivement que le Saint-Esprit procède aussi du Fils, les esprits des Grecs parurent disposés à écouter la voix de Rome. On peut même dire, qu'à part quelque léger différend survenu encore de temps à autre entre les Grecs et les Latins, le schisme introduit par Photius avait disparu entièrement, lorsqu'il reparut de nouveau par l'œuvre de Michel Cérulaire, l'égal de Photius en orgueil et en arrogance, mais de beaucoup inférieur à lui quant à la doctrine, et contre qui la sentence d'excommunication fut solennellement prononcée dans l'église de Sainte Sophie de Constantinople. Non content d'avoir ressuscité les erreurs de Photius au sujet de la pro-

cession du Saint-Esprit, Michel, afin de se séparer encore davantage de l'Eglise Romaine et d'avoir un prétexte permanent de schisme, se mit à reprocher aux Latins la consécration du pain azyme et le célibat ecclésiastique. Nous avons exposé plus haut la suite des faits relatifs au dogme catholique enseignant que le Saint-Esprit procède aussi du Fils, lorsque nous avons rappelé ce qui se passa aux deux Conciles généraux de Lyon (IIe) et de Florence et cité le Bref de Clément VIII. Il résulte de tout ceci que le schisme grec n'a plus aucune raison d'exister, soit au point de vue du dogme de la procession du Saint-Esprit ab ulroque, puisque ce dogme a été défini par l'Eglise, soit au point de vue de la séparation d'avec Rome, puisque le Concile de Florence, dont nous parlerons en son lieu, condamne toute résistance ultérieure de la part des Grecs, à l'autorité suprême du Pontife Romain.

En résumé, nous voyons que le schisme grec dut tout d'abord son origine à l'hypocrisie, qu'il grandit ensuite avec l'orgueil de Photius, qu'il parvint à son entier développement sous l'ambitieux Michel Cérulaire, qu'il perdit toute sa force par suite du Concile de Florence et qu'enfin il devint (comme tout le monde sait, sans qu'il nous soit nécessaire de le démontrer) un instrument de troubles politiques et de discordes publiques dans les

mains des puissants de ce monde, qui finirent par réduire en esclavage cette même Eglise grecque, laquelle avait refusé d'être libre sous la Primatie vénérable des successeurs de S. Pierre.

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