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autres de gagner, à sa cause S. Pierre Chrysologue, à qui il écrivit pour lui demander son appui. Le savant Evêque de Ravenne, qui ignorait le véritable état des choses dans l'affaire d'Eutychès, lui conseilla, avec son admirable prudence, d'avoir recours à Rome. Et de fait Eutycliès, non pour suivre le sage conseil de S. Pierre Chrysologue, mais dans l'espoir de créer des embarras à S. Flavien et afin de lui trouver des contradicteurs, écrivit à S. Léon pour défendre devant ce Pape sa cause en appel. Il s'adressa en outre aux Patriarches d'Alexandrie et de Jérusalem ainsi qu'à l'Evèque de Thessalonique, comme représentant de plusieurs Evêques d'Occident, et sollicita la révocation de sa sentence. Il ne s'adressa point à l'Evèque d'Antioche dont il redoutait une sévère condamnation.
Il fut question de cet appel au Synode de Constantinople , tenu l'année suivante 449 , mais de telle façon, que quelques Evêques prétendirent n'en avoir pas même entendu parler et que de fait les Actes du Concile ne le mentionnaient aucunement. On peut par là facilement se faire une idée du caractère astucieux d'Eutychès, qui interjetait appel de telle sorte, qu'il pouvait nier ou avouer cet appel, selon les intérêts de sa cause. Mais il s'aperçut bientôt qu'il ne pouvait espérer de trouver un appui dans le Pape S. Léon, attendu que celui-ci n'aurait jamais rendu son jugement dans
cette affaire, avant d'avoir pris auprès de S. Flavien de Gonstantinople les informations nécessaires. En effet une correspondance s'engagea entre le Pape et cet Evêque, et c'est à cette correspondance que nous devons la célèbre lettre de S. Léon à S. Flavien, laquelle, communiquée d'abord aux Evèques des Gaules, devint ensuite pour tout le monde catholique un signe de ralliement à la foi.
Sur ces entrefaites, Eutychès, qui avait tout intérêt à occuper ses adversaires en suscitant de nouvelles questions, parvint à rendre suspects auprès de l'empereur la foi de S. Flavien ainsi que les Actes du Synode de Gonstantinople qu'il prétendait falsifiés et dont il demandait la révision. Théodose, dont la place aurait été beaucoup mieux dans un couvent qu'à la tête d'un grand empire, ordonna qu'un Concile se réunit à Gonstantinople même pour examiner les plaintes d'Eutychès.
Lorsque les Pères se furent rassemblés sous la présidence de Thalassius Evêque de Gésarée, Florentius, représentant de l'empereur, et deux moines munis de la procuration d'Eutychès, tous trois présents, voulaient que les Evèques émissent le serment de dire la vérité dans l'examen des Actes qu'Eutychès prétendait avoir été falsifiés. Mais Basile, Evêque de Séleucie, indigné d'une proposition aussi offensante, se leva en disant : Haclenus juramenlum Episcopis nescimus oblalum.
Les Actes incriminés furent reconnus réguliers par le Concile. Alors Eutychès, secondé par le crédit de l'eunuque Chrysaphe tout-puissant à la cour, obtint un ordre de Théodose convoquant à Ephèse un Concile général, et fit désigner par l'empereur, pour présider ce Concile, Dioscore, Patriarche d'Alexandrie. Ainsi protégé par Chrysaphe, Eutychès faisait traîner sa cause en longueur et se vengeait en même temps de S. Flavien, contre lequel l'eunuque, au rapport de Nicéphore, nourrissait de son côté une inimitié particulière. Les intrigues d'Eulychès, l'audace de Chrysaphe et la simplicité de Théodose furent poussées si loin que, par ordre de ce dernier, tel fut autorisé à siéger au Concile, en qualité de juge, qui n'en avait aucunement le droit, comme ce fut le cas pour le rusé Barsumas, archimandrite de Syrie, tandis qu'on refusa ce même droit déjuger à ceux auxquels on ne pouvait point l'enlever, comme il arriva pour S. Flavien et pour Eusèbe. Mais afin de mieux assurer l'omnipotence à la volonté impériale, on persuada à Thôodose d'inviter au Concile le Pape S. Léon lui-même, comme si le Chef de l'Eglise n'était point, naturellement et en vertu de sa charge même, le suprême modérateur des Conciles. S. Léon le Grand connaissait la bonté de Théodose, mais il connaissait aussi la malice de ceux qui entouraient le trône de cet empereur. Il lui répondit donc par une lettre pleine de sagesse et
de prudence, dans laquelle il maintenait sa dignité en même temps que son autorité, et ne donnait pas l'ombre d'un appui au parti d'Eutychès. Il s'excusait de ne pouvoir se rendre aux désirs de l'empereur, à cause du peu de temps qui restait à s'écouler avant l'ouverture du Concile, et aussi à cause de l'invasion des Huns ; il rappelait de plus que les Papes n'avaient point coutume de présider personnellement les Conciles tenus hors de l'Italie, et terminait en exprimant [le désir que le Concile projeté se tînt en Italie, ce qui n'eut pourtant point lieu. Il envoya néanmoins, comme ses représentants à Ephèse, Jules Evêque de Pouzzoles (remplacé ensuite par Julien de Cos), René prêtre et Hilaire diacre de l'Eglise Romaine, accompagnés d'un notaire public nommé Dulcitius.
Personne n'aurait jamais pu soupçonner que les Eutychiens auraient déployé une audace aussi effrénée que celle dont ils firent preuve à ce Concile d'Ephèse, qui s'ouvrit au commencement du mois d'Août de l'an 449. Aussi reçut-il le nom de brigandage d'Ephèse, surtout h cause de la violence exercée contre les 139 Evêques qui s'y trouvaient réunis, et en particulier à cause des coups et des brutalités qu'eut h y subir S. Flavien et qui occasionnèrent la mort de ce saint Patriarche arrivée peu de temps après le Conciliabule. Dès le commencement du Concile, chacun put se
convaincre que la violence y présidait dans la personne du furibond Dioscore, la tyrannie dans 'la la personne des représentants de Théodose, l'effronterie dans la personne des moines amenés par Barsumas et par Eutychès lui-même. En effet on ne permit en aucune manière aux légats Pontificaux de prendre la première place, qui leur appartenait, mais on donna le siège présidentiel au trop fameux Dioscore, en se fondant, prétendait-on, sur les lettres de Théodose, mais en réalité en foulant aux pieds les canons de l'Eglise et le respect dû au Saint Siège. Dès que les légats eurent vu qu'on en agissait ainsi, ils refusèrent de prendre part au Concile. Alors Dioscore, mettant de côté toute question de doctrine, fit examiner la cause d'Eutychès, sans laisser lire auparavant les lettres de S. Léon et sans permettre que l'on procédât aux formalités indispensables en pareil cas et que l'on ne néglige jamais, même dans les assemblées les plus tumultueuses, pour conserver au jugement l'apparence tout au moins de la légalité. Eutychès fut absous! S. Flavien Evêque d'Antioche et Eusèbe Evèque de Dorylée furent déposés! En vain plusieurs Evêques demandèrent-ils à Dioscore de ne point laisser lire les décrets nue les Eutychiens avaient rédigés d'avance. Dioscore, Barsumas et ses moines suivis de la foule des partisans d'Eutychès firent tumultueusement irruption dans l'église, en y entraînant vol. i. 14
violemment les Evêques catholiques et là avec une impudence incroyable, accompagnée de menaces, ils firent lire ces indignes décrets auxquels les Evêques effrayés accordèrent leur consentement. Ceux-ci se voyaient en effet entourés de soldats armés et commandés par le proconsul Proculus qui tenait en mains des chaînes préparées pour le premier Evoque qui eût osé s'opposer à Dioscore. Alors Dioscore voulant satisfaire sa rage brutale contre S. Flavien se précipita sur lui, le frappa à coups de pied et à coups de poing et le renversa par terre en lui occasionnant des blessures et des contusions telles que le Saint en mourut peu après, comme nous l'avons déjà dit. Barsumas, lui aussi, eut l'audace de fouler aux pieds le Saint Patriarche. Mais ce dernier demeura ferme à confesser la foi et eut le courage de déclarer qu'il en appelait au Pontife Romain de la sentence inique de déposition prononcée contre lui, sentence à laquelle 130 Evêques n'avaient souscrit que sous l'empire de la crainte, à la vue des épées dont on les menaçait, tandis que les légats du Pape avaient constamment refusé d'y prendre part. Oux-ci furent eux-mêmes maltraités par Dioscore et jetés en prison. L'un d'entre eux, Hilaire, diacro de l'Eglise Romaine et qui plus tard devint Pape, parvint à s'échapper et à s'embarquer pour Rome, où il informa le Pape S. Léon de tout ce qui s'était passé.
Dans ce Brigandage d'Ephèse furent aussi condamnes Théodoret, Ibas et plusieurs autres, car l'assemblée n'y fit guère que servir d'instrument à la soif de vengeance qui dévorait Dioscore et à la tyrannie impériale exercée par Théoclose. L'empereur osa en effet confirmer ce Conciliabule et ce fut Marcien plus tard qui révoqua ce décret de Théodose.
Eutychès fut donc absous à Ephèse et rétabli dans sa dignité d'archimandrite, mais cette décision extorquée aux Evoques par la seule violence imprima sur le front de Dioscore une marque indélébile d'infamie. De plus elle fit toucher du doigt aux moins clairvoyants, combien le pouvoir civil déchaîne de maux sur l'Eglise et sur l'Etat, lorsqu'au lieu de se renfermer dans sa sphère, il se met à envahir celle de l'Eglise. Dioscore, indigne successeur de S. Cyrille, devenu plus insolent que jamais après avoir humilié S. Flavien, s'en retourna en Egypte, où il répandit les erreurs d'Eutychès et poussa l'impudence jusqu'à excommunier le Pape S. Léon. Mais il finit par être lui-même déposé et mourut misérablement, non sans avoir fait à l'Eglise de profondes blessures, qui après quatorze siècles ne sont pas encore cicatrisées.