JUSTINIEN
L'empereur Justinien est devenu surtout célèbre par le Code qui porte son nom, par les Divol. i. 18
gestes, les Pandectes et les Novelles. Il avait du goût pour ces sortes de matières et de plus il avait à sa disposition les moyens de le satisfaire, puisqu'il possédait d'habiles jurisconsultes , et à leur tète Tribonien. L'étude du droit ne lui fit cependant point négliger les conquêtes. Il fit la guerre aux Perses, aux Vandales et aux Goths, triompha d'eux et recula les bornes de son empire. Si Justinien se fût limité à cultiver la science du droit et à travailler à la grandeur de l'empire, il se serait acquis une renommée immortelle et aurait procuré à ses peuples une paix glorieuse. Malheureusement deux taches indélébiles souillent les pages de son histoire. La première est d'avoir accordé un crédit sans bornes à son indigne femme, l'impératrice ïhéodora; la seconde, de s'être pour ainsi dire affublé, par dessus la pourpre et la couronne impériales, de la chappe sacerdotale et de la tiare Pontificale , faisant le théologien et tranchant du Pape dans ses décrets. Son ambition, en effet, était de se poser en juge des questions religieuses, de soutenir des discussions dogmatiques, de régler la discipline ecclésiastique, de distribuer les dignités de l'Eglise, et pour tout dire en peu de mots, de faire du Pontife Romain un collaborateur, qui s'inspirât de lui et confirmât toutes ses décisions en matières religieuses. Cette manie augmentait encore la propension qu'il avait à écouter les funes-
tes insinuations de l'impératrice Théodora , plutôt que la voix du Vicaire de Jésus-Christ. Avec des idées aussi peu appropriées aux devoirs d'un souverain, avec une inclination aussi déraisonnable que celle de s'ériger en arbitre des causes ecclésiastiques , avec une ambition aussi ridicule que celle de jouer le rôle de docteur en théologie et avec une conviction ne reposant d'ailleurs ni sur les vrais droits impériaux, ni sur l'autorité du Souverain Pontife, ni sur la constitution même de l'Eglise, Justinien ne pouvait qu'occasionner les plus grands maux à la société civile, aussi bien qu'à la chrétienté. Et de fait l'histoire , dans l'affaire des Trois Chapitres soulevée par cet empereur, nous montre les troubles, les vengeances et le sang répandu jusque dans les temples, devenir les suites inévitables d'une entreprise ourdie par l'intrigue des courtisans et exécutée par un empereur qui s'érigeait en Pontife. Nous parlerons de tout ceci en son lieu. Justinien mourut à l'âge de 84 ans. Sa vie qui fut trop longue pour la théologie et trop courte pour la jurisprudence, fut tout à fait nulle pour le vrai bien de l'Eglise.