‹ Les Conciles générauxChapitre 20 sur 35 · L'IMPÉRATRICE THÉODORA · texte numérisé non relu

L'IMPÉRATRICE THÉODORA

Il semble que le nom de sorcières conviendrait mieux que celui de femmes à certaines créa-

tures qui par leurs ruses, par un art infâme, et par tous les moyens possibles, sans s'inquiéter d'ailleurs si ceux-ci sont bons ou mauvais, licites ou illicites, dans le but unique de satisfaire les passions les plus criminelles, sacrifient l'honneur, la vie, les biens d'autrui et jusqu'au repos même des peuples. Mais si la femme cause de tant de maux ajoute encore à ceux-ci les discordes religieuses, nous croyons qu'un pareil être devrait plutôt s'appeler une furie infernale, capable seulement d'opérer le mal et n'ayant d'autre mission dans le monde que d'y manifester dans toute leur étendue la malice diabolique et la malice humaine combinées. Le monstre que nous venons de décrire, n'est autre, comme le lecteur l'a déjà compris, que la femme de l'empereur Justinien , l'ignoble ïhéodora , morte d'un chancre , de même que pendant sa vie elle avait été elle-même un véritable chancre pestilentiel , infectant tous les peuples de l'Orient et de l'Occident; maudite de tout le monde, elle ne fut pleurée à sa mort que du seul Justinien. Son origine est incertaine; les uns la font appartenir à la famille Anicia et la veulent parente de Tertullus; d'autres la font fille d'Acace; d'autres enfin la prétendent originaire de Chypre. Son cœur, en tout cas, n'avait rien de romain , car la perfidie était le fond du caractère de cette femme scélérate. Epouse de Justinien, elle sut le dominer par ses séductions,

et par son hypocrisie faire de lui l'instrument de ses forfaits sacrilèges. Cruelle à l'excès, elle fit pendre le patrice Bassus, causa la ruine d'Amalasonte, tourmenta Anéobinde, fit assassiner Bassien, torturer Diogène, crucifier Callinique, massacrer Arsène avec Jean son fils, mourir de faim le Pape Sylvère, en se réconciliant pour cela avec Antonine femme de Bélisaire, laquelle fut l'intermédiare dont elle se servit pour faire périr le Pontife. Elle essaya aussi de faire tuer le Pape Vigile, mais ne put y réussir. Perdue de débauche et conservant sur le trône ses allures et ses mœurs de comédienne , elle mettait son plaisir à corrompre par ses exemples, par ses instigations, par ses promesses, par ses avances et jusque par la crainte des tourments, les matrones les plus respectables et les patriciens les plus distingués par leur vertu. Tantôt par jalousie elle défaisait les mariages, tantôt par dépravation elle travaillait à en procurer d'autres. Elle protégeait les libertins et les femmes de mauvaise vie et complotait avec eux la ruine des honnêtes gens et des jeunes filles vertueuses. On la voyait fréquenter d'infâmes réunions, violer les domiciles et les asiles les plus saints. Toutes ces scélératesses accréditèrent parmi le peuple la croyance qu'elle avait commerce avec les démons et que l'art magique lui était familier. Elle ne respecta ni les choses ni les personnes consacrées à Dieu

et alla jusqu'à fomenter des schismes, comme ceux d'Ànthime de Constantinople et de Théodose d'Alexandrie. Elle créa des Evèques et des Prêtres, foula aux pieds toutes les lois, profana les Eglises et contraignit le Pape Vigile à quitter Rome. Elle protégea les Eutychiens, et fit une guerre acharnée au Concile de Chalcédoine. En somme, elle se comporta de manière à se faire mépriser des gens de bien, à se faire adorer des courtisans qui la flattaient vilement et à se faire craindre de tous par la violence de ses caprices et la cruauté de ses ordres.

Amie et protectrice de Théodore, Evoque de Césarée en Cappadoce, fauteur des doctrines répandues sous le nom d'Origène et désireux , en sa qualité d'Eutychien, de se venger du Concile de Chalcédoine, elle alluma le flambeau de la discorde qu'elle promena dans tout l'Orient et dans tout l'Occident, comme nous le verrons ci-après.

L'affection conjugale que Justinien son époux, portait à cette femme ou plutôt à ce monstre d'iniquité était si vive qu'elle doit le faire considérer ou bien comme un monstre de perversité lui-même (ce qu'il n'était point), ou bien comme un imbécile (et il était bien loin d'être tel), ou enfin (et c'est notre avis) comme un fanatique, capable de tout faire pour obéir à sa passion dominante qui était tantôt son amour effréné pour cette femme si

indigne de porter la couronne impériale, et tantôt l'ambition d'être un second Salomon par la sagesse de ses lois et par sa science théologique. Juslinien poussa la passion envers cette créature plus diabolique qu'humaine jusqu'à créer en Orient une nouvelle province à laquelle il donna le nom de Théodoriade; cette province se composait des villes de Laodicée, de Gabula, de Paltus et de Balanea. Théodora vécut beaucoup trop longtemps, eu égard au mal qu'elle opéra, car elle passa sur le trône 21 ans et trois mois; son règne fut nul pour le bien.

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