PELAGE
Pelage, Diacre de l'Eglise Romaine, fut accrédité, en qualité de légat du Siège Apostolique, auprès de l'empereur Justinien. Il se montra à la hauteur de ses fonctions et eut occasion à Constantinople de constater de près les vices de l'impératrice Théodora ainsi que les dangereuses machinations et les viles courtisaneries de Théodore de Césarée. Pelage était généreux envers les pauvres ; ayant acquis de grandes richesses à Constantinople, il s'en servit, avant son Pontificat, pour venir au secours des Romains assiégés par Totila, et plus tard étant Pape, pour réparer les édifices et les églises qui conservaient encore les traces des immenses dégâts commis par les Golhs. Il alla trouver
Totila, afin d'épargner à l'Italie et à Rome les horreurs d'une guerre cruelle. Le roi barbare, plein d'admiration pour les vertus de Pelage, l'accueillit avec bienveillance et respect, mais se doutant de la demande que le Pontife venait lui adresser et voulant lui épargner l'humiliation d'un refus, il lui déclara qu'il était résolut0 à ne point faire grâce aux Siciliens à cause de leur perfidie et de leur trahison, 2° à faire abattre les murs de Rome, parce qu'autrement la guerre ne cesserait jamais entre les Goths et les Romains, 3° enfin à ne point rendre les esclaves, parce que ceux-ci avaient été incorporés à son armée et que par conséquent ce serait une indignité de les réduire de nouveau en servitude, et de les renvoyer à leurs maîtres. Pelage, loin de se laisser intimider, déploya en cette circonstance une rare grandeur d'âme. Voyant, par cette réponse, s'évanouir toutes ses espérances de paix, il répondit à Totila qu'il s'adresserait à Dieu, puisque les hommes refusaient de l'écouler. La famine sévisssait alors à Rome d'une manière terrible, au point d'obliger les habitants à manger même les souris. Les grandes qualités de Pelage ne le garantirent ni de la haine ni de la calomnie. On l'accusa d'avoir été le principal instigateur, auprès de Justinien, des mauvais traitements qu'eut à subir le Pape Vigile; et Pelage se vit contraint de jurer qu'il était innocent de ce dont on l'accusait.