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Conduite du Pape Vigile dans t affaire des Trois Chapitres.
Parmi les questions agitées à l'occasion du Ve Concile général, la question relative à la conduite du Pape Vigile dans l'affaire des Trois Chapitres n'est pas la moins importante quant à ses conséquences. Les Jansénistes, les Protestants et tous les écrivains hostiles à la Papauté sont d'accord pour attaquer à ce sujet la réputation du Pape Vigile, bien qu'ils le fassent à différents point de vue. Les
Jansénistes, qui voudraient montrer que le Pape est faillible lorsque il s'agit de faits dogmatiques, soutiennent que Vigile a erré dans son Judicatum, et dans son Constitutum ; dans le Judicalum , si les Trois Chapitres ne méritaient point la condamnation du Pape; dans le Constitutum pour n'y avoir point condamné ce qui méritait d'être condamné par le Pape. Les Protestants, de leur côté, voyant que dans le Constitutum de Vigile les Trois Chapitres ne furent point condamnés, mais jusqu'à un certain point défendus, se croient autorisés à en conclure que le Pape, comme Pape, peut errer en matière de foi. Viennent ensuite les autres écrivains hostiles à la Papauté, qui tous nous dépeignent Vigile comme un homme d'un esprit borné, faible et en contradiction avec lui-même. Les accusations portées, à l'occasion des Trois Chapitres contre le Pape et la Papauté, sont, comme on le voit, fort graves. Le lecteur jugera, par ce que nous allons dire, si elles sont justes et fondées.
Ecartons avant tout les équivoques dont cherchent toujours à s'envelopper les ennemis du Siège Apostolique. Errer dans un fait dogmatique veut dire admettre comme catholique une doctrine hérétique contenue dans tel ouvrage, ou vice versa, ou bien nier qu'un ouvrage contienne une doctrine hérétique laquelle cependant y est renfermée, ou bien encore affirmer qu'un ouvrage contienne une
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doctrine hérétique qui n'y est point renfermée. Voilà pour les Jansénistes. Nous dirons aux Protestants que celui-là ne serait point infaillible en matière de foi qui approuverait comme catholique une doctrine hérétique ou condamnerait comme hérétique une doctrine catholique. Restent les autres écrivains auxquels nous répondrons ensuite. A part quelques lettres particulières écrites par le Pape Vigile dans le sens du Judicatum, trois Actes solennels émanèrent de ce Pape dans l'affaire des Trois Chapitres, : le Judicatum, le Consiiluium et la lettre par laquelle il approuvait le V Concile général. Par le Judicatum Vigile condamnait les Trois Chapitres, par le Conslitulum il ne les condamnait pas, et enfin par sa lettre il approuvait leur condamnation. En lisant ces trois pièces nous ne voyons pas, et les Jansénistes ne pourront jamais prouver, que Vigile ait défini comme étant de foi ou même simplement appelé catholiques les doctrines contenues dans les Trois ChapUres. De plus, dans aucun de ces trois documents le Pape ne définit comme catholique une doctrine hérétique, ni comme hérétique une doctrine catholique. Nos assertions s'appuient uniquement sur la vérité, comme chacun peut s'en assurer par la lecture des documents en question. En quoi consiste donc l'erreur dogmatique dans laquelle serait tombé Vigile? Quelle est l'hérésie qu'il a définie comme
doctrine catholique? Nous attendrons que les Jansénistes et les Protestants nous le disent, après, toutefois, qu'ils se seront bien pénétrés de ce que c'est qu'un fait dogmatique et une vérité catholique. En vain mettent-ils en avant, comme preuve de leurs assertions , le Conslùulum ; car cet Acte Pontifical ne déclare point les Trois Chapitres conformes à la foi orthodoxe et ne nie point qu'ils ne lui soient contraires, mais il prouve seulement que le Pape ne voulait point les condamner, de peur que cette condamnation ne donnât lieu à un schisme, vu les dispositions de certains Evèques d'Occident au sujet desquelles Vigile ne pouvait malheureusement pas se faire illusion. Le Pontife savait parfaitement bien que les doctrines contenues dans les Trois Chapitres étaient hérétiques, et il l'avait même déclaré publiquement. La question de savoir si le Concile devait condamner les Trois Chapitres n'était donc, à ses yeux, qu'une question d'opportunité. Si c'est là tomber dans l'hérésie ou errer sur un fait dogmatique, nous le laissons décider au lecteur. Passons maintenant à nos autres adversaires.
Pour avancer comme le fait Villiers que Vigile était un esprit borné , faible et sans consistance, il faudrait pouvoir soutenir par des faits de semblables accusations. Or c'est ce que nul ne pourra jamais faire; car, en prenant en main les
documents de l'époque , il est facile de prouver tout le contraire. Afin de mieux apprécier la conduite de Vigile dans cette affaire, il faut nous rendre exactement compte des circonstances où il se trouvait, ce qui fera encore mieux voir que ce Pape considérait surtout la question au point de vue de l'opportunité.
Après que Vigile eut publié son Judicalum, bien qu'il y eût fait une réserve en faveur de l'autorité du Concile de Chalcédoine, une opposition redoutable s'éleva contre lui, surtout de la part des Evêques d'Afrique. Il se voyait obligé, pour éviter un schisme, d'agir avec plus de réserve encore avec les Occidentaux. Il redoutait un schisme en Occident tandis qu'en Orient il craignait que l'on ne foulât aux pieds l'autorité du Concile de Chalcédoine. Il voyait les Orientaux s'obstiner avec une véritable passion à vouloir faire condamner les Trots Chapitres que les Pères de Chalcédoine n'avaient point condamnés. Placé ainsi (qu'on nous passe l'expression) entre deux feux, Vigile devait se gouverner de manière à empêcher le schisme et à sauvegarder en même temps la dignité et l'autorité du IVe Concile général. Cette position difficile explique suffisamment les variations apparentes du Pontife dans l'affaire des Trois Chapitres. Que Vigile ait faibli ou qu'il mérite le titre d'esprit borné, c'est ce que personne ne pourra jamais prouver.
Le contraire est démontré par le courage avec lequel il repoussa les instances si pressantes et de tout genre qui lui furent faites d'intervenir au Concile. L'empereur Justinien ne parvint pas à le faire changer de résolution; Eutychius Evêque de Gonstantinople et les seize Evêques envoyés par les Pères pour inviter le Pape à se rendre au Concile ne réussirent pas davantage. C'étaient la prudence et la justice qui avaient dicté à Vigile une détermination, au sujet de laquelle il se montrait si inflexible. La prudence voulait lui faire éviter de surexciter les esprits des Occidentaux, qu'il savait opposés à la condamnation des Trois Chapitres, à cause de leur respect pour le Concile de Chalcédoine. La justice d'autre part exigeait qu'il ne se rendit point à l'invitation de l'empereur; car n'ayant donné son consentement à la célébration du Concile qu'à la condition que les Occidentaux y siégeraient en nombre égal aux Orientaux, le Pape voyait cette condition non remplie. Il fit ensuite preuve de modération et non de faiblesse quand, ayant reconnu qu'un refus de sa part d'approuver le jugement du Concile aurait occasionné des maux encore plus grands à l'Eglise Orientale et n'aurait nullement apaisé les Occidentaux, il se décida enfin à approuver la condamnation des Trois Chapitres, prononcée par les Pères de Conslanlinople. Si nous ajoutons à tous ces actes, celui d'avoir séparé de
la communion des fidèles la toute-puissante impératrice Théodora ainsi que Théodore, Evèque de Césarée, dont le crédit à la cour de Byzance était alors à son apogée , Vigile se présente à nous, nonseulement comme un intrépide défenseur de la foi catholique et un infatigable promoteur de la paix universelle, mais encore comme un esprit chez qui la force s'alliait à la modération, doué d'une prudence peu commune et plein d'amour pour la justice. Si ses efforts n'ont point entièrement réussi à procurer la fin qu'il s'était proposée, il faut en accuser l'effervescence des esprits parmi les Evêques Occidentaux, la malice invétérée de certains Evêques Orientaux, l'influence malheureuse des volontés impériales et enfin les conditions politiques, qui bouleversaient la société en Orient comme en Occident, empêchaient les études sérieuses et contribuaient grandement à inspirer à chacun le désir de la lutte plutôt que l'amour de la paix.