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DEUXIEME CONCILE DE NICÉE

Doctrine Catholique du Culte des Images.

Quelques efforts que fasse l'homme pour étouffer les sentiments de son cœur envers les personnes qui lui sont plus particulièrement chères à raison des liens du sang ou de l'éclat des vertus, il ne viendra jamais ta bout de détruire entièrement ces sentiments. En effet, après l'éloignement ou la perte de ces êtres chéris, notre cœur éprouve une véritable consolation quand nous possédons un objet qui nous les rappelle et surtout quand il nous est donné de contempler leur image. Une douce illusion nous fait alors croire présents devant nous ceux qui ne sont plus et nous nous sentons portés, comme instinctivement, à leur exprimer par la parole même nos sentiments de respect, de reconnaissance et d'amour. Le doigt tout-puissant de Dieu a

imprimé dans notre cœur cette noble tendance que la foi catholique sanctifie et que l'hérésie cherche à détruire en combattant la foi.

La lutte entre le catholicisme et l'hérésie est une lutte terrible, car elle a pour objet l'homme lui-même que la foi veut élever jusqu'à Dieu, et que l'hérésie veut au contraire finir par rendre semblable à la brute dépourvue d'intelligence. Aussi voyons-nous la Religion Catholique , au moment de notre naissance ouvrir nos yeux à la lumière de la vérité , sanctifier ensuite par degrés notre âme et notre corps , ennoblir toute notre nature et par ses bénédictions et par ses sacrements nous accompagner, avec un amour tout maternel, jusqu'au tombeau. Là même elle n'abandonne point nos cendres qu'elle bénit en les arrosant d'une eau sainte et en prononçant sur elles des prières qui sont des promesses de résurrection. L'hérésie, au contraire, rapetisse l'homme et finit par le transformer en un être sans âme, après avoir étouffé chez lui tous les nobles sentiments , qui se trouvent en germe au fond même de la nature humaine.

11 était donc bien naturel que dès les premiers temps du Christianisme, après avoir renoncé aux erreurs de l'idolâtrie, ou après avoir abandonné le Judaïsme et reconnu l'avènement du Messie, les Fidèles tout remplis de cette grande pensée qu'ils étaient les fils du vrai Dieu, les frères de Jésus-

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Christ et qu'ils avaient pour mère la Mère du Rédempteur, se sentissent transportés du pieux désir d'honorer et de vénérer tous les objets qui pouvaient leur remémorer la vie de Jésus-Christ et de la Très-Sainte Vierge. Ils devaient, en outre, nourrir au dedans de leurs cœurs des sentiments de profonde admiration envers les héros du Christianisme. Nier qu'il en ait été ainsi serait méconnaître le cœur humain. Il suit de là que les objets qui avaient appartenu à ces héros Chrétiens, et aussi leurs Images, devaient non-seulement être précieux, mais encore dignes de vénération aux yeux des Fidèles. De plus, par la communion qui existe, au moyen de la foi, entre les vivants et les trépassés, les Chrétiens ont certainement dû, dès les premiers temps de l'Eglise, recourir à l'intercession de ceux des Fidèles défunts qu'ils croyaient puissants auprès de Dieu et en particulier à celle des SS. Martyrs. On ne peut donc point raisonnablement s'appuyer sur le silence des premiers auteurs chrétiens pour nier le culte des Saintes Images. Il suffît d'ailleurs de jeter les yeux sur les catacombes chrétiennes pour y rencontrer des signes, qui existent encore actuellement, de l'antiquité de ce culte. En effet, dans les hypogées de Rome en particulier, l'on trouve des Images de la Très- Sainte Vierge, peut-être même de S. Joseph, qui ont été certainement vénérées aux premiers âges du Christianisme. Eusèbe, dans son histoire ecclésia-

stique (Liv. VII), nous atteste avoir vu des peintures représentant l'Image du Sauveur et celles des SS. Apôtres Pierre et Paul. Déjà, antérieurement à Eusèbe, Tertullien, dans son traité de Pudtcùia, avait mentionné que l'Image du Christ, sous la figure d'un pasteur portant une brebis sur ses épaules, se trouvait ordinairement représentée sur les vases sacrés.

Gomme il était souverainement important que chaque Chrétien conservât toujours vivant le souvenir du Christ-Rédempteur, c'était vers son Image que se dirigeaient principalement les regards, comme c'était de Lui surtout que l'on s'entretenait, dans les assemblées religieuses. A. mesure que la foi chrétienne se répandait davantage , les dangers diminuaient de la part des idolâtres et l'on craignait moins de scandaliser les Juifs. Alors les Fidèles qui de leur côté avaient acquis des notions plus précises touchant la nature divine et le culte dû à Dieu, à la Très- Sainte Vierge et aux Saints, se mirent à honorer plus librement les Images, particulièrement celles des Martyrs dont les os étaient déjà l'objet d'une vénération spéciale dans les catacombes comme ceux d'intercesseurs tout-puissants auprès de Dieu. Quiconque aura visité, ne fût-ce qu'une seule fois, les catacombes (et nous avons commencé pour notre humble part à lesétudier en 1828) demeurera convaincu de la vérité de ce que nous venons de dire.

Apres que Constantin eut donné la paix à l'Eglise, le culte des Sles Images prit une extension plus grande encore ; dès lors nous ne les voyons plus seulement peintes dans les hypogées chrétiens mais nous les trouvons encore dans les églises et souvent même représentées en mosaïques. Tout le monde connaît les célèbres mosaïques du grand arc de la Basilique de Sle Marie Majeure. Or ces mosaïques remontent au temps de Sixte III, mort en 440 ; le Pape Adrien en fit mention contre les Iconoclastes.

Ainsi nous voyons que le culte des S'es Images a été en usage, dans l'Eglise , dès les premiers temps du Christianisme. De plus, selon la doctrine Catholique, ce culte n'a rien qui soit en désaccord ou en opposition avec la foi. Il sert au contraire puissamment à exciter les Fidèles à la pratique des vertus, en rappelant celles des héros Chrétiens. Ce fut par suite d'une coutume pleine de sagesse que nos ancêtres peignirent sur les murailles des églises les actions principales des Saints et les Images de ces derniers, surtout celle de la Mère de Dieu. Ces peintures étaient pour les Fidèles comme un livre, dans lequel le savant et l'ignorant pouvaient également lire et qui réveillait dans tous les cœurs, l'amour de Dieu, la dévotion envers la Très-Sainte Vierge et les Saints en même temps que les sentiments les plus vifs de l'esprit chrétien.

On peut même aller plus loin et, en s'appuyant sur ce que nous avons dit jusqu'ici, soutenir que le culte des S,es Images est nécessaire, car nous sommes beaucoup plus touchés par les objets extérieurs que par les raisonnements. Il suit de là que la plupart des hommes peu habitués à se recueillir contemplent néanmoins avec plaisir les Images des Saints, se sentent alors le cœur touché de compassion ou ravi d'admiration, et apprennent ainsi à apprécier la beauté de la vertu et à reconnaître la laideur du vice. Un bien d'ailleurs ne vient jamais seul ; aussi voyons-nous que le culte des S'es Images a servi à conserver, dans l'Eglise catholique exclusivement, le germe du beau artistique. Nous disons exclusivement , attendu que , si les Catholiques n'avaient point entouré de leur vénération les Images des Saints, les Barbares de l'Occident et les Musulmans de l'Orient nous auraient fait oublier le goût des beaux-arts cultivés par les Grecs et les Romains. En effet, l'histoire du mahométisme, aussi bien que celle des Barbares du Nord, enregistre dans ses sombres pages la destruction complète de toute espèce de beau antique, jusqu'à la naissance d'un nouveau genre de beau, le gothique, qui s'est providentiellement conservé comme pour servir de terme de comparaison et nous faire mieux apprécier le génie gréco-latin. Mais laissons de côté ces réflexions et revenons au culte des Images.

Les Iconoclastes.

Léon III, surnommé lTsaurien, avait appris des Musulmans qu'il ne fallait vénérer aucune Image; selon lui, tout culte de ce genre était un culte idolâtrique. Ignorant, comme il l'était, de la doctrine catholique, il était toutefois parfaitement au courant de ce qu'avaient fait ses prédécesseurs pour annexer à leur pouvoir civil une autorité religieuse à laquelle ils n'avaient aucun droit mais qui leur assurait beaucoup plus d'influence sur le peuple. C'est pourquoi il entreprit de propager la nouvelle hérésie des Iconoclastes, faisant ainsi oublier le monothélisme qui, faute de prosélytes, était allé chercher un dernier refuge chez les Eutychiens, parmi lesquels il avait pris naissance. Mais en revanche l'Isaurien ressuscitait les erreurs des Marcionites, des Manichéens et des Théopaschites.

Toutes les fois que les empereurs Byzantins se laissaient aller à l'orgueilleux désir d'unir la tiare à la couronne et le pallium à la pourpre, ils se montraient disposés à écouter favorablement les conseils de quelque Evêque ambitieux, ou ignorant, mais toujours courtisan. C'est ce qui arriva

à Léon. Il fut confirmé dans l'erreur qu'il avait puisée chez les Juifs et chez les Musulmans, par un Evoque de Phrygie, nommé Constantin, qui avait été chassé par ses diocésains à cause de son impieté, comme nous l'apprend l'histoire de celte époque. Constantin était d'un caractère énergique, mais animé d'un zèle qui n'était point selon la science. C'était un de ces hommes qui s'attachent à la lettre et non à l'esprit de la loi : un de ces hommes méticuleux qui rendent le joug de la loi de Jésus-Christ impossible à porter, tandis que ce joug est en réalité doux et léger : un de ces hommes qui, pour vouloir exiger trop , n'obtiennent rien, et qui dessèchent tout ce qui pourrait porter des fruits dans la société chrétienne. Encouragé donc plus par l'autorité que par les arguments de cet Evèque Phrygien (qui fut plus tard converti par S. Germain), Léon l'Isaurien, croyant se faire par là un nom en religion, se mit à interdire le culte des Sles Images et à persécuter ceux qui les vénéraient.

Déjà avant lui les Juifs avaient déclaré la guerre aux S'es Images. Sarantapechis fameux prestidigitateur, et Juif lui-même, s'était mis à la tête de ses coreligionnaires, et pour mieux persécuter les Chrétiens , il avait persuadé au Calife Yésid, en lui promettant une longue vie et toutes les grandeurs humaines, de détruire les Images de

Jésus-Christ, de la Très-Sainte Vierge et des Saints. En conséquence le Calife publia un édit cruel contre le culte des S,es Images. Cependant les prophéties de l'imposteur Juif ne se vérifièrent point et il reçut du fils du Calife le châtiment qu'il méritait et subit une mort ignominieuse.

Léon l'Isaurien marcha sur les traces du Calife Arabe, mais en le surpassant de beaucoup par ses cruautés. En effet, en vertu d'un édit impérial, publié l'an 726, on mit en pièces les Sles Images vénérées sur les autels, on effaça celles qui ornaient les parois des Eglises, on jeta au feu celles que l'on trouva dans les habitations privées, enfin l'on persécuta d'une manière atroce et sanguinaire quiconque refusait d'obéir à l'édit de l'empereur. Le peuple de Constantinople ne put supporter tant de sacrilèges, et blessé dans ses sentiments religieux les plus chers, il se révolta et aurait massacré l'empereur lui-même , si ce dernier n'eût apaisé la foule en protestant que son intention avait été de préserver, par son édit, les S'fiS Images de toute profanation et de les placer en lieu sûr pour les soustraire à une dévotion mal entendue et au danger d'être salies et détériorées par les baisers des Fidèles.

Dès que la colère du peuple se fut apaisée, la fureur du sacrilège empereur contre les S,es Images se ralluma plus forte que jamais. En vain la

voix des Evêques Catholiques s'éleva-t-elle pour défendre un culte aussi légitime; en vain les gémissements des Fidèles se faisaient-ils entendre lorsqu'on leur arrachait les Images les plus vénérées et qui par leur antiquité même rendaient témoignage de la foi des générations précédentes; tous les efforts furent inutiles. Bientôt l'on vit les objets les plus précieux appartenant au culte religieux détruits ou mutilés et le Christianisme en Orient se trouva entouré d'une atmosphère de froide stérilité, comparable seulement à celle qui règne dans les temples des pseudo-réformateurs du XVIe siècle. Léon l'Isaurien, ignorant en théologie, tyran en politique, ambitieux en religion, cruel dans tous les cas, bien loin de se laisser ébranler par les remontrances qui lui furent faites, s'obstina de plus en plus dans son erreur et persécuta avec une barbarie toujours croissante les prêtres et les moines parce qu'ils continuaient à vénérer les SlPS Images. Il poussa si loin la férocité qu'ayant su que douze professeurs impériaux étaient opposés à son édit , il ordonna de mettre le feu au collège où ils demeuraient avec leur chef, et se donna ainsi le plaisir de les voir brûler vifs. Ce fait, déjà si atroce, fut accompagné de la perte irréparable d'une bibliothèque de 303,000 volumes, parmi lesquels se trouvaient l'Iliade et l'Odyssée d'Homère, écrites en lettres d'or sur des

membranes formées, au dire de Cedrenus et de Zonaras, d'intestins de dragons : JEdes cum libris et dodos illos ac venerabiles viros combussù (Zon. Lib. XV, c. 3).

Mais ce prince impie ne s'en tint point là ; il détruisit encore une Image vénérée du Sauveur placée sur une porte en bronze de la ville. La colère et l'indignation du peuple restèrent impuissantes à empêcher de pareils excès. L'Orient était plongé dans la douleur, le culte bouleversé, les chefs-d'œuvre de la peinture et de la sculpture chrétiennes brûlés ou mis en pièces, le désordre, la cruauté, les séditions, le carnage étaient au comble. En vain S. Germain, Evoque de Gonstantinople, prit-il la défense du culte Catholique, en rappelant à l'empereur, qu'en montant sur le trône , il avait solennellement promis de respecter la Religion. En vain le Pape Grégoire II écrivit-il a Léon pour lui montrer, dans toute son énormité, l'erreur des Iconoclastes et, en même temps, pour défendre et expliquer le sentiment de l'Eglise par rapport au culte des Stes Images. Après avoir reproché à l'empereur de s'être érigé en juge de questions religieuses, tandis que ce droit n'appartient qu'à l'Eglise seule, le Pape lui rappelait que c'était la munificence des empereurs précédents qui avait orné les églises tandis que la malice de l'empereur actuel les dépouillait. L'Isaurien demanda alors astucieusement à

Grégoire la convocation d'un Concile pour y faire définir la question du culte des Images. Le Pape refusa, en déclarant qu'il n'était nullement nécessaire de convoquer un Concile attendu que le culte des gtes jmages était né avec l'Eglise. Transporté de colère, l'empereur résolut d'envoyer à Rome des sicaires pour s'emparer de la personne de Grégoire II, le conduire en exil comme Martin I et briser à Rome même l'Image vénérée de l'Apôtre S. Pierre. Mais bien loin de céder aux menaces, Grégoire fit à l'empereur une réponse pleine de courage et qui mérite d'être rapportée. Scire debes, ce sont les paroles mêmes de ce grand Pape, Pontifices qui pro tempore Romae exliterinl, conciliandae pacis causa sedere lanquam parielem septumque medianum Orienlis el Occidentis, ac pacis arbilros ac moderatores esse; quique anle te fuerunt imperalores in hoc componendae pacis cer lamine desudaverunt. Quod si nobis insolenter insultes el minas intentes, non est nobis necesse tecum in cerlamen descendere. Ad quatuor el viginli stadia secedet in regionem Campaniae Romanus Ponlifex. Tum tu vade , venlos persequere. Léon répondit à une déclaration aussi ferme en persécutant les Légats Pontificaux. Toutefois, au milieu de ses cruautés, il laissait percer la crainte, mal dissimulée, mais persistante, que lui causaient les dispositions hostiles des peuples de l'Italie, froissés par lui dans leurs sentiments religieux.

Il désirait tout particulièrement gagner à sa cause S. Germain, à cause du grand amour que lui portait le peuple de Constantinople et de la haute estime que l'on faisait de sa doctrine. Léon feignant donc d'être catholique, voulut avoir avec le saint Evêque une conférence sur le culte des Images. La dissimulation de l'empereur ne dura pas longtemps, car confondu par les argumentations du Saint il poussa son audace sacrilège jusqu'à le souffleter. Alors pour se défaire plus sûrement d'un pareil adversaire, Léon chercha, dans une réunion d'Evêques apostats, à le faire adhérer à son hérésie; mais tous ses efforts furent inutiles. S. Germain, calomnié par Anastase le Syncelle (qui expia plus tard sa faute par une fin ignominieuse, selon la prédiction que lui en avait faite le Saint), fut envoyé en exil, où, par ordre du barbare empereur, ce vieillard centenaire fut inhumainement étranglé ; Grégoire II profondément ému d'un si odieux forfait, excommunia comme l'exigeait d'ailleurs la gravité du crime, dans un Synode tenu à Rome , Léon l'Isaurien et Anastase Evêque intrus de Constantinople. Tous ces faits nous sont rapportés par le Pape Adrien I, par Ced remis et par Zonaras.

Un point tout à fait digne de remarque est que le Pape Grégoire II, en butte aux persécutions de Léon et ayant à gémir sur les maux immenses

causés par cet empereur à l'Eglise, non-seulement n'excita point les peuples d'Italie à se soulever, mais toutes les fois que ceux-ci voulaient secouer le joug du monarque Byzantin, comme celui d'un persécuteur de la foi, le Pape les faisait renoncer à leur projet et les exhortait à demeurer fidèles à leur souverain. Les Romains, les populations de la Pentapole et des autres parties de l'Italie se disputaient l'honneur de défendre le Pontife Romain contre les embûches des exarques et la cruauté de la cour de Constantinople.

Tandis qu'en Italie les Evèques défendaient le culte des Saintes Images , la foi ne manquait pas non plus de courageux champions en Orient. Outre S. Germain, l'on vit S. Jean Damascène repousser d'une manière brillante les attaques sacrilèges dirigées contre l'Eglise. Mais il eut à souffrir un barbare traitement par suite des artifices de Léon l'Isaurien qui parvint à tromper sur le compte du Saint le Calife des Sarrasins. Ce dernier en effet, prêtant foi à une lettre supposée de S. Jean Damascène, dont l'écriture avait été contrefaite par ordre de l'empereur, fit couper la main au Saint Docteur. Jean de Jérusalem rapporte que cette main se réunit miraculeusement au bras par l'intercession de la Très-Sainte Vierge, tandis que S. Jean Damascène priait devant une image de la Mère de Dieu.

Grégoire II mourut et Grégoire III, son successeur, hérita de sa force d'âme. Mais en même temps que le courage Apostolique était loin de faiblir chez le Pontife Romain dans la défense de la foi, la cruauté déployée par Léon contre ceux qui continuaient à vénérer les S'es Images ne se ralenlistissait pas. Par sa conduite l'empereur obligea le Pape à lui envoyer plusieurs fois des Légats, à lui adresser plusieurs admonitions et enfin à lui signifier la sentence d'un Concile , tenu à Rome par Grégoire III lui-même, et dans lequel on déelarait privé de la communion quiconque faisait opposition au culte des S'cs Images. Mais le cœur de Léon était trop endurci; au lieu de reconnaître son erreur, il se mit à persécuter les Légats Pontificaux, sans tenir aucun compte des prières du Sénat Romain, et il redoubla de cruauté, en mettant à mort une foule de personnages de la plus haute distinction et parmi eux Hyppasius Evêque d'Ephèse, sans même pardonner aux vieillards les plus décrépits par l'âge.

Continuation de la même hérésie.

Constantin Copronyme.

Elevé par un père aussi impie que l'était Léon l'Isaurien, Constantin Copronyme marcha sur ses

traces en faisant la guerre aux S1"8 Images et à ceux qui leur rendaient un culte. En exerçant ainsi sa cruauté contre les Catholiques, il ne s'apercevait pas qu'il affaiblissait de plus en plus les quelques liens qui unissaient encore les villes d'Italie à l'empire grec. Malgré les ténèbres qui enveloppent l'histoire de l'Italie à cette époque, il est avéré que sous Léon l'Isaurien et sous Constantin Copronyme, le duché de Rome, l'exarchat de Ravenne et plusieurs autres villes, que tenaient encore sous leur sceptre les empereurs de Constantinople, se considéraient déjà comme affranchis du joug Ryzantin. Ce fut là un des résultats de la persécution dirigée par Léon et Constantin contre le culte des S'es Images. L'esprit catholique des Italiens ne put supporter l'édit de Léon et beaucoup moins encore celui que Constantin publia peu après être monté sur le trône de son père. Mais laissons de côté l'Italie à laquelle les rois Lombards , les Papes et les rois Francs préparaient, chacun d'une manière différente, un prochain et complet affranchissement de la domination grecque, et revenons à Constantinople.

Le nouvel empereur interdit aussi le culte des Reliques des Saints. Il s'attaqua surtout au culte de la Très-Sainte Vierge, prétendant que Marie, après l'enfantement du Verbe Incarné, ne méritait plus aucun respect ni aucune vénération. Mais presque aussitôt le peuple de Constantinople, dans son zèle

pour défendre la Religion de ses ancêtres, se révolta contre l'empereur. Arlabase ou Artabasde (comme rappellent quelques auteurs) Curopalate, parent de l'empereur, encourageait ce mouvement populaire et livra bataille à Constantin que l'on crut tué dans la mêlée. Artabasde entra alors en triomphe à Constantinople, c'était en 742, y ceignit la couronne impériale et rétablit le culte des S'es Images. Le Patriarche intrus, Anastase, courtisan ambitieux jusqu'au bout s'inclina devant le vainqueur, se déclara défenseur des S,es Images et accusa Constantin d'impiété. Mais Constantin n'était pas mort; ayant réuni des troupes il rentra à Constantinople, se vengea d' Anastase, d'Artabasde et de ses fils, en leur faisant à tous crever les yeux et en ordonnant qu'on les promenât ignominieusement dans le cirque, montés à rebours sur des ânes. Ceci se passait l'an 744.

Le Pape Zacharie s'efforça d'adoucir l'esprit de l'empereur et de lui inspirer des sentiments plus raisonnables par rapport au culte des Ses Images. Tant qu'il fut en guerre contre les Sarrasins, Constantin donna au Pape'quelque espérance. Mais après avoir remporté la victoire, il ranima la persécution, employant un artifice qui tendait à donner un caractère sacré, en quelque sorte, à ses cruautés. La guerre contre les Stes Images, revêtit en effet une apparence de légalité, lorsque le féroce

empereur eut convoqué un Synode, dans lequel il fit condamner le culte des Sles Images. Plus de 300 Evèques Orientaux, tous (au moins extérieurement) Iconoclastes, intervinrent à ce Synode qui se tint au palais d'Hieria sur la côte Asiatique du Bosphore, en face de Gonstantinople. Ils avaient pour chef Théodose d'Ephèse et Pastilla de Perge. Aucun Patriarche n'assista à ce Synode et le Pape n'y envoya point ses Légats. Abusant de quelques textes de l'Ecriture ainsi que de certains passages des SS. Pères et interprétant dans le sens d'une adoration véritable la vénération dont les Images des Saints étaient l'objet, le Synode décréta l'abolition du culte des S'cs Images, avec peine de déposition pour les ecclésiastiques et d'anathème pour les laïques, en cas de contravention. Le Synode dura du mois de Février au mois d'Août 754. Les Evêques félicitèrent l'empereur d'avoir exilé S. Germain, Evêque de Constantinople, et persécuté d'autres défenseurs de la foi catholique. A la fin du Synode, l'empereur lui-même, monté sur l'ambon, proclama Patriarche de Constantinople un mauvais Moine, nommé Constantin, auparavant Evêque en Pamphylie et qui avait été, comme hérétique, chassé de son Siège par ses diocésains.

Après que l'excommunication portée par le Synode contre ceux qui vénéraient les Slcs Images eut été publiée, Constantin Copronyme voulut que

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le peuple jurât d'accepter la fausse croyance proclamée dans le Conciliabule. Devant l'empereur se trouvaient la Croix, la Sainte Eucharistie et les Saints Evangiles sur lesquels on devait prononcer le serment. Immédiatement le Patriarche intrus, du haut de l'ambon, jura non-seulement de se conformer aux décisions du Synode et de considérer comme idolàtrique le culte rendu aux Slcs Images, mais encore de s'affranchir de toute coutume et de toute observance monastique. Ce misérable intrus et apostat poussa même la fureur jusqu'à jurer de se ceindre la tète de la couronne nuptiale, de manger de la viande et d'assister aux fêtes séculières. Il finit cependant par recevoir de l'empereur qu'il adulait ainsi le châtiment dû à de tels sacrilèges; car Copronyme lui fit trancher la tête comme à un Nestorien hérétique.

Les cruautés de l'empereur s'exerçaient à la fois sur les bons et sur les méchants. Parmi les premiers il faut citer Etienne le Jeune qui nous a conservé bien des détails intéressants, relatifs à l'histoire de cette époque. Il avait vécu GO ans renfermé dans un cloître et fut mis à mort pour la foi ainsi qu'André Calybite et beaucoup d'autres illustres personnages du temps, sans parler de soldats mêmes de l'armée impériale. Non content d'avoir versé tant de sang, Constantin voulut couvrir les Moines d'ignominie; à cet effet.il les obligea à sortir du cloître

et à paraître en public dans les rues de Constantinople, ce qui était, eu égard à l'époque, aux mœurs et aux obligations monastiques, un scandale pour les séculiers et un affront pour les Religieux. Ce tyran impie tenta aussi, mais en vain, de détruire les ossements vénérés de S,e Euphémie; on parvint à les soustraire à sa rage et ils furent conservés avec le plus grand honneur par les Fidèles.

Les préfets des provinces sévissaient aussi de leur côté contre les Catholiques, en même temps que contre les Reliques et les Images des Saints, dispersant, brûlant et profanant celles-ci tandis qu'ils faisaient subir aux premiers toute sorte d'outrages et de mauvais traitements. Partout les Moines et les Religieuses étaient exposés au mépris, les cloîtres pillés, les livres Saints brûlés, les plus précieuses Reliques jetées au vent , tous les symboles extérieurs de la Religion livrés aux flammes, les biens des monastères usurpés, l'état religieux supprimé.

Dans cette guerre acharnée qu'il faisait au culte Catholique, Constantin désirait se trouver des alliés ; dans ce but il envoya en France une députation chargée d'exprimer de sa part h Pépin le désir hypocrite que la doctrine relative au culte des Images fût examinée aussi chez les Francs. Mais il n'obtint qu'une décision contraire à la sienne. Les Iconoclastes furent également condamnés dans un Synode célébré à Jérusalem; ils le furent aussi par le Pape

Etienne III, dans le Synode de Latran, tenu Tan 769 et auquel assistèrent plusieurs Evêques de France. A la mort de Constantin Copronyme, en 775, son fils Léon, quoiqu'hérétique et Iconoclaste lui aussi, ne se montra point au commencement de son règne très-porté à persécuter les Catholiques. Mais il trouva un jour sous l'oreiller de l'impératrice Irène, son épouse, deux Images sacrées; à cette vue, transporté de colère, il fit mettre à mort plusieurs personnes du palais impérial et renouvela, d'une manière tout à fait barbare (comme nous l'attestent Théophane et Cedrenus), la persécution contre les S,es Images et contre ceux qui les vénéraient. Les mêmes auteurs nous apprennent comment les larmes de Paul, Patriarche de Constantinople, qui avait renoncé à son Siège afin de faire pénitence de son erreur, touchèrent le cœur de l'impératrice Irène, mère de Constantin. Cette princesse, qui avait acquis une grande influence après la mort de l'empereur Copronyme, fut cause que l'on permit de discuter la question du culte des Images. À la mort de Paul, Tarasius accepta le Siège de Constantinople, mais à condition que l'on célébrerait un Concile général afin de décider définitivement cette question. Irène et Constantin y consentirent et Tarasius en écrivit au Pape Adrien I, à qui l'empereur et l'impératrice adressèrent également des lettres pour le prier de se rendre à Constantinople, ou bien d'y

envoyer des Légats. Adrien répondit, l'an 785, à cette invitation, en exhortant Constantin et Irène à rétablir le culte des S'es Images et à recevoir honorablement ses Légats. Dans cette lettre le Pape, ne reconnaît point Tarasius pour Patriarche, parce que ce dernier avait pris le titre d'Evèque œcuménique et aussi parce que, contrairement aux Canons de l'Eglise, il avait été du rang de simple laïque élevé à la dignité Episcopale. Adrien promettait toutefois d'user d'indulgence envers Tarasius, s'il se montrait favorable au culte des Slcs Images. Il déclara envoyer, en qualité de ses Légats, Pierre, Archiprètre de la Basilique Vaticane et Pierre, Abbé du monastère de S. Sabas. Retenus par les incursions des Sarrasins, les autres Patriarches ne purent se rendre au Concile, mais ils y envoyèrent leurs représentants. Cependant le Concile n'eut point lieu à Conslantinople, à cause des troubles excités dans cette ville par les soldats Iconoclastes. Dès que le calme eut été rétabli par la prudence de l'impératrice Irène, tous les Evoques furent invités au Concile qui se réunit à Nicée en Bithynie où avait déjà été célébré le premier Concile général. Le lieu des réunions fut la Basilique de Sle Sophie.

§ iv.

Tarasius, Irène et Adrien Ier

L'Eglise de Jésus-Christ venait d'être gravement troublée par les atrocités commises contre les défenseurs du culte des S,es Images, les temples avaient été pillés, les monastères envahis, le culte Catholique entravé en Orient; un Concile général était absolument nécessaire pour remédier aux maux dont était affligée l'Eglise d'Orient. Trois personnages concoururent à faire célébrer ce Concile: Tarasius Patriarche de Constantinople, l'impératrice Irène mère de Constantin VIII et enfin par sa suprême autorité, le Pape Adrien le[

Quoique l'élection de Tarasius eût donné occasion à des observations fort importantes de la part du Pontife Romain, cependant ce Patriarche contribua beaucoup à la convocation du Concile général. Ce fui lui, en effet, qui persuada à l'impératrice Irène d'écrire la première au Pape; ce fut lui aussi qui, du consentement des Légats Pontificaux, dirigea toutes les Sessions du Concile. Possédant admirablement la langue grecque, versé dans les écrits des SS. Pères, profondément imbu de la doctrine Catholique touchant le culte des S'es Images, il se montra digne de jouer le premier rôle dans cette vénérable assemblée.

À Irène , en second lieu , revient le mérite d'avoir, par sa protection et par tous ses efforts, procuré la réunion des Evoques en Concile. Cette impératrice était si remarquable d'ailleurs par sa beauté et par la distinction de son esprit qu'elle avait gagné le cœur de Charlemagne, et ce grand empereur l'aurait épousée, si elle y eût consenti; mais elle se contenta (et cela par politique) de lui laisser croire qu'elle ne rejetait point l'idée d'une pareille union. Elle avait épousé Léon IV; devenue veuve, elle avait régné, d'abord au nom de son fils Constantin, ensuite en son nom propre, après avoir fait crever les yeux à ce même fils, parce que celui-ci, plongé dans tous les vices, l'avait éloignée du gouvernement de l'empire.

Enfin, quant au Pape Adrien qui donna son consentement à la célébration du Concile, tout éloge demeurera toujours au-dessous de celui qui lui est dû. Au milieu de l'ignorance croissante des populations italiennes , ignorance causée par les guerres intestines ainsi que par l'ambition des ducs et des rois Lombards, Adrien I brillait à Rome, d'où, semble à un phare resplendissant au loin pour le salut commun, il répandait de tous côtés une lumière civilisatrice. Docte, prudent, plein de zèle pour la Religion et de sollicitude pour le bonheur des peuples de l'Italie, veillant soigneusements aux intérêts de ses chers Romains, il sut captiver les cœurs de ses

amis et de ses ennemis. 11 vit crouler sous ses yeux le trône des rois Lombards; il améliora, tant au point de vue religieux qu'au point de vue matériel, l'état de son peuple, se montra d'une générosité et d'une munificence extraordinaires envers Rome; il accueillit, en l'embrassant sur les degrés du Vatican, Charlemagne qui renouvela, sur le tombeau des Apôtres, la célèbre donation faite par Pépin au Siège Apostolique. Adrien l rendit à jamais féconde cette étroite alliance entre le S. Siège et la France, alliance en vertu de laquelle le drapeau Français devait plus tard couvrir, aux jours des grands dangers, la tiare Pontificale. Ce grand Pape resserra alors avec Charlemagne les liens d'une amitié qui, fortifiée par le sentiment chrétien, devait faire de la France la fille aînée de l'Eglise. Ainsi d'une part Adrien I procurait, au point de vue politique, la paix à l'Italie, tandis que d'autre part il rendait, au point de vue religieux, la paix à l'Orient. Il envoya donc à Gonstantinople des Légats chargés de le représenter dans le Concile. Ces Légats étaient Pierre, Arehiprêtre de la Basilique Vaticane et Pierre, Abbé de S. Sabas, comme nous l'avons dit plus haut.

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Le Concile.

Ce fut à Nicée en Bithynie dans le magnifique temple de S'e Sophie que se réunirent les Pères pour y régler définitivement la question relative au culte des S,cs Images et en même temps pour mettre un frein à l'audace des Iconoclastes. Comme la langue grecque n'était point familière aux Légats d'Adrien I, ils reconnurent la nécessité d'avoir recours à un homme capable de diriger les débats; en conséquence ils donnèrent toute faculté, sous ce rapport, au Patriarche de Constantinople, Tarasius, qui possédait parfaitement le grec. Le Concile s'ouvrit le 24 Septembre 787. Les représentants des trois Patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem y assistaient ; car ces derniers , à cause des Sarrasins, n'avaient pu s'éloigner de leurs Sièges.

Le premier soin des Pères fut de s'assurer de la foi de certains Evoques qui étaient tombés précédemment dans l'hérésie ; et comme quelques-uns d'entre ceux-ci semblaient plus disposés que les autres à anathématiser l'erreur, on convint qu'ils professeraient devant le Concile leur croyance touchant le culte des Sles Images et qu'ils seraient ensuite admis à prendre place, en qualité de juges,

dans l'auguste assemblée. Quant aux autres Evêques, qui avaient été autrefois partisans acharnés de l'hérésie, les Pères du Concile, différèrent de les admettre, afin que l'on eût le temps de s'assurer de leur foi. Parmi ceux qui furent admis immédiatement à prendre part au Concile se trouvait Basile d'Ancyre, qui anathématisa, comme les autres, l'hérésie et tous ses fauteurs. Dans ces anathèmes, prononcés devant tous les Pères par Basile d'Ancyre , non-seulement étaient résumées les erreurs des Iconoclastes, mais encore étaient indiqués les principaux arguments en faveur du culte des Sles Images.

Rassurés par cette profession de foi à laquelle adhérèrent encore d'autres Evêques, les Pères avant d'admettre au Concile ceux dont la conversion n'offrait point toutes les garanties suffisantes, se mirent à rechercher, dans la collection des Canons, la méthode à suivre pour recevoir à la communion les hérétiques convertis. On agita la question de savoir si l'on devait ou non reconnaître les ordinations des Evêques Iconoclastes ; l'on se décida unanimement pour l'affirmative. Après avoir entendu lecture des lettres du Pape Adrien I, auxquelles l'on eut constamment recours pour diriger la discussion , les Pères voulurent mettre en évidence la convenance et la nécessité du culte rendu aux Images des Saints. A cet effet, ils s'occupèrent à passer

en revue les témoignages des SS. Pères en faveur de la doctrine Catholique et contre l'hérésie. Ils firent voir comment cette dernière tirait son origine des fables Juives , des doctrines Manichéennes, de la secte Samaritaine et des croyances des Sarrasins; telles sont les erreurs, desquelles comme d'autant de vipères et d'aspics (ce sont les expressions mêmes des Pères) les Iconoclastes ont extrait et concentré en eux le poison.

Dans celte exposition de l'enseignement Catholique, l'on fit aussi ressortir l'artifice ordinaire ou, pour mieux dire, la fraude employée par les hérétiques et consistant à falsifier les manuscrits et à mutiler les textes. L'on découvrit, en effet, que les Iconoclastes avaient supprimé, tout d'un trait, plusieurs phrases favorables au culte des Images, dans un sermon du Diacre Constantin , Cartophylace, sur les Martyrs.

Après qu'on eut ainsi passé en revue les autorités en faveur du culte Catholique, mis au jour les fraudes des hérétiques et manifesté l'origine de leur secte , il fut proposé et agréé par tous de rendre aux Sles Images leur ancien culte et de réciter devant Elles les Litanies. À cet effet, dans la Ve Session, un décret fut publié par les Légats d'Adrien I, afin de donner, en leur qualité de représentants du premier Siège Episcopal et du Chef de l'Eglise Catholique, une souveraine auto-

rite à cette décision juridique du Concile. Voici les termes dans lesquels s'exprimèrent les Légats : Tharasio Sanclissimo Conslanlinopoleos Novae Romae Palriarchae atque ornai Sanctae huic et universali Synodo : Petrus Archipresbyter Sanctissimae Ecclesiae Sancli ac Laudabilis Aposloli Pétri , et Petrus Presbyter et Hegumenus Monasterii Sancti Sabae, ambo loci servatores Hadriani Papae Senioris Romae, justum arbilramur ut secundum pronunliationem omnium nosirum, imojuxta antiquam tradilionem Catholicae Ecclesiae, siculi omnes Sancti Patres edocent nos , veniat in médium noslrum colenda Imago et

hanc salutemus Et altud Capitulum suggerimus

ut omnes conscripliones, quae contra Venerabiles Imagines factae sunt, cum analhemate deleanlur tel igni tradanlur. Nous n'avons pas pu découvrir, en examinant les Actes du Concile, quelle était celte Image dont parlent ici les Légats Pontificaux et que vénérèrent les Pères de Nicée, non point dans la Session tenue ce jour-là même, mais dans celle du lendemain. On peut toutefois déduire de ce qui suit que c'était l'Image du Sauveur; car dans la IVe Session , on lut divers témoignages des SS. Pères touchant les Images miraculeuses du Sauveur. Parmi ces témoionaoes se trouvait le récit (attribué h S. Athanase) du miracle de Béryle (que le pinceau de Coppi, peintre Florentin, a si heureusement représenté sur l'abside de la Basi-

lique Eudoxienne, autrement S. Pierre-aux-Liens). On fulmina ensuite l'anathème contre les Iconoclastes, après que l'on eut déclaré contraires aux traditions de l'Eglise les décisions du Pseudo-Vil' Concile général tenu sous Constantin Copronyme.

Les Pères passèrent alors à la définition de foi, laquelle, en ce qui concerne le culte des Sles Images est ainsi conçue : Sicut figuram vivificae Crucis, ita Venerabiles et Scindas Imagines proponendas, lam quae de coloribus el tessellis, quam quae ex alia maleria congruenter se habente, in Sanclis Dei Ecclesiis, et Sacris vasis et vestibus, et in parietibus ac tabulis, domibus et viis, tam videlicet Imaginent Domini Dei et Salvatoris Nostri Jesu Chrisli, quam Intemeralae Dotninae Noslrae Sanctae Dei Genilricis, Honorabiliumque Angelorum et omnium Sanclorum. Per Imagines animos Fidelium erigi ad Prololyporum memoriam et desiderium et ad honorariam his adorationem tribuendam ; non tamen ad veram latriam, quae secundum fidem est, quaeque solum Divinam naluram decet, imparliendam; ita ut islis sicut figurae pretiosae ac vivificae Crucis et Sanctis Evangeliis et reliquis Sacris monumenlis, incensorum et luminum oblatio exhibeatur, quemadmodum et anliquis piae consueludinis erat. Imaginis enim honor ad Primilivum transit.

Après un pareil triomphe remporté par la vérité Catholique, il était bien naturel que l'on rendit

honneur, dans celte sainte assemblée, aux noms des plus courageux défenseurs du culte des Slcs Images, c'est-à-dire aux noms de S. Germain, de S. Jean Damascène et de Georges, Evêque de Chypre. C'est ce que l'on fit dans la VIT Session du Concile qui se termina en réalité non point à Nicée, mais à Constantinople où les Pères furent appelés par Irène et Constantin qui désiraient assister à la clôture de ce Concile qui devait rendre la paix à l'Eglise. Les Evoques se transportèrent donc à Constantinople; là, après avoir fait lire les définitions du Concile, ils invitèrent l'empereur Constantin et l'Impératrice Irène sa mère à les souscrire et à témoigner ainsi leur respect pour tout ce qui avait été décidé dans la cause des S,es Images. Les Evêques s'en retournèrent alors, comblés des libéralités impériales, dans leurs diocèses respectifs.

Il sera bon d'observer qu'au VIIe Concile général, dans la VIe Session , lorsqu'il fut question de l'Image du Christ, on professa, comme doctrine ayant toujours été enseignée par l'Eglise, la présence réelle de Notre-Seigneur dans la Très-Sainte Eucharistie.

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