VIII
Les Canons du VIIe Concile général.
Par suite des bouleversements politiques en Orient, par suite aussi de la surexcitation des passions, causée par les hérésies et par les cruelles persécutions qu'avait formentées l'esprit de parti, la discipline ecclésiastique se trouvait considérablement relâchée lors de la célébration du VIP Concile œcuménique. En conséquence, les Pères de Nicée jugèrent nécessaire de remettre en vigueur certaines dispositions propres à maintenir dans les Provinces Orientales la dignité de l'Eglise. On ignore toutefois dans quelle Session le Concile publia les vingt-deux Canons que l'on trouve dans Labbe. (T. VIII. pag. 646). On y remit en vigueur les Canons dits Apostoliques, ceux des Conciles généraux antérieurs, ainsi que ceux des Synodes Provinciaux. L'Eglise Romaine n'approuva point tous ces Canons, soit parce qu'elle n'avait jamais reçu que cinquante des Canons Apostoliques, soit parce qu'elle avait toujours rejeté le IIP (al. II') Canon de Constantinople, le XXVI1P Canon de Chalcédoine et tous ceux du Concile in Trullo.
Les Canons de Nicée défendirent en outre d'élever à l'Episcopat quiconque ne savait point par
cœur le Psautier et quiconque ne comprenait point assez le sens des Canons, des SS. Evangiles et de la S,e Ecriture toute entière pour pouvoir les expliquer au peuple. On déclara ensuite nulles les promotions aux Evêchés, au Sacerdoce et au Diaconat faites par des princes séculiers sans le consentement de l'Eglise. Dans l'intérêt de la dignité Episcopale, on défendit aux Evèques d'accepter des présents, soit des parents de ceux qui entrent en religion, soit des Moines eux-mêmes. Les Pères réglèrent ce qui regardait les donations faites aux Eglises et remirent en vigueur la célébration des Synodes Provinciaux au moins une fois l'an. On ordonna de mettre des Reliques dans les Eglises qui avaient été consacrées du temps des Iconoclastes et Ton décréta qu'à l'avenir aucun Evèque ne consacrerait une Eglise sans y placer des Reliques. Afin de mettre un terme aux tromperies de certains Juifs qui s'étaient faits Chrétiens en apparence, on ordonna de les chasser. On défendit de baptiser les enfants des Juifs et d'acheter de ceux-ci des esclaves. On proscrivit l'usage de tous les livres écrits contre les Sles Images, ou traitant de doctrines hérétiques , et l'on commanda qu'ils fussent tous portés dans les archives de l'Eglise de Constantinople. On publia des peines comminatoires contre les ecclésiastiques qui abandonneraient leur paroisse et contre ceux qui iraient célébrer la Messe
— 4G3 dans les maisons des grands sans la permission de l'Evêque. On décréta encore d'autres peines contre les clercs qui exerçaient des emplois séculiers. On pourvut aux écoles destinées à l'éducation des enfants. On rendit toute leur force aux anciens décrets relatifs à l'institution des économes des Eglises. On déclara nulle toute aliénation arbitraire des biens-fonds appartenant aux Eglises. On rendit à leur ancien usage les monastères profanés par les Iconoclastes. On interdit aux simples tonsurés de lire du haut de l'ambon ; on s'occupa de l'ordination des lecteurs et l'on permit aux Abbés de les ordonner, du consentement de l'Evêque. On défendit aux clercs d'appartenir à deux Eglises, de posséder deux bénéfices et de porter des habits précieux. On défendit aussi de commencer à bâtir une Eglise sans s'assurer auparavant qu'on pourra la terminer. On ordonna de tenir les femmes éloignées des monastères et de la maison de l'Evêque. On défendit encore d'accepter des dons en échange des choses sacrées. On interdit l'établissement de monastères contigus d'hommes et de femmes, excepté ceux de l'Ordre de S. Basile, qui par leur structure même ne permettaient aucun soupçon injurieux. On régla divers autres points concernant les relations des Moines et des Religieuses ; et l'on défendit à celles-ci, comme à ceux-là, de passer d'un couvent dans un autre. Enfin l'on fit certains
règlements touchant les agapes des fidèles, afin d'en éloigner les dangers résultant de certains contacts et de certains chants ou airs propres à énerver l'esprit chrétien.
On voit que ces décisions du Concile remettaient en vigueur plusieurs points de l'ancienne discipline; mais de plus elles nous donnent une idée des mœurs du temps, ce qui est d'une grande utilité pour l'appréciation des événements.