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II

Concile de Nicée.

Constantin craignant pour la tranquillité de l'empire voyait de mauvais œil soulever des questions aussi brûlantes. Ne se rendant point compte de la gravité de l'erreur enseignée par Arius et croyant simplement que tout le débat se réduisait à une dispute de mots, il invita par écrit Arius et l'Evêque d'Alexandrie à cesser leurs discussions. Constantin avait surtout à cœur de maintenir la tranquillité en Orient; mais ses exhortations n'eurent point l'effet qu'il en attendait. Au contraire, les catholiques soupçonnant chez l'empereur une certaine connivence, sinon à favoriser directement les Ariens, au moins à empêcher qu'on ne les inquiétât, allèrent, en plus d'un endroit, jusqu'à renverser la statue de Constantin. On pouvait dès lors regarder toutes les provinces de l'Orient comme menacées d'une guerre civile à l'occasion de l'arianisme. En effet, comme la controverse était loin d'être toujours réglée par la charité chrétienne, il arriva ce qui arrive infailliblement partout où manque la charité : les bons deviennent mauvais et font détester la vérité, tandis que les mauvais deviennent pires qu'ils n'étaient et font embrasser l'erreur.

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L'empereur Constantin voulant rendre la paix aux Eglises d'Orient écrivit, avec l'autorisation du Pape S. Sylvestre, à tous les Evèques d'Europe, d'Asie et d'Afrique, pour les inviter à se réunir en Concile à Nicée en Bithynie. L'épiscopat catholique accueillit cette invitation avec l'espoir qu'elle aurait bientôt pour résultat le triomphe de la foi ; les partisans d'Arius l'accueillirent de leur côté en se flattant qu'elle offrirait l'occasion de faire révoquer l'excommunication de leur chef. Chacun se mit clone en route; la libéralité de l'empereur non seulement fournissait les moyens de transport, mais pourvoyait encore (d'une manière conforme à leur dignité) aux frais d'entretien des Evêques. La vieillesse vénérable du Pape Sylvestre ne lui permit pas d'entreprendre un voyage aussi long et aussi périlleux que celui de Nicée, mais il envoya deux prêtres de l'Eglise Romaine, Viton (ou Victor) et Vincent, pour le représenter dans le Concile, conjointement, selon nous, avec le célèbre Osius Evêque de Cordoue. Une grande salle du palais impérial avait été préparée pour être le lieu de réunion des Evêques. Les sièges y étaient disposés en rangs de chaque côté de la salle, au fond de laquelle se trouvait la place réservée à l'empereur. Le jour fixé pour l'ouverture du Concile, les Evêques arrivés à Nicée, au nombre de 250 d'après Eusèbe, de plus de 300 d'après S. Atha-

nase, S. Hilaire et S. Jérôme, entrèrent dans la salle des séances où chacun prit la place à laquelle il avait droit. C'était un spectacle touchant de voir s'avancer dans cette enceinte sacrée, des Evoques, vénérables vieillards, portant encore les traces du martyre qu'ils avaient souffert pendant les persécutions de Dioclétien et de Licinius, les uns avec des blessures à peine cicatrisées, d'autres ayant le jarret coupé, d'autres estropiés des deux mains comme Paul de Néocésarée. Entre tous on remarquait le vieux Paphnuce, Evêque d'une ville de la Thébaïde supérieure. Son aspect majestueux imprimait le respect et excitait une sympathie générale. Il se présenta au Concile à moitié aveugle, car il avait eu un œil arraché par les ennemis de la foi. La sainteté de sa vie, son âge avancé, sa constance dans le martyre, les traces encore visibles des tourments qu'il avait endurés pour Jésus-Christ, le rendaient tout particulièrement l'objet de la vénération et de l'estime, non seulement de ses collègues, mais encore de l'empereur lui-même. Constantin afin de mieux lui témoigner sa pieuse affection, l'appelait fréquemment au palais et baisait respectueusement l'orbite vide de l'œil arraché à l'illutre confesseur de Jésus-Christ, implorant en retour son intercession auprès de Dieu. Quand les Evêques se furent assis, on pouvait en toute vérité dire de l'assemblée du Concile qu'elle était la représentation de

l'éloquence, de la science, de la sainteté et du courage chrétiens. Des tentatives avaient été faites, avant la réunion du Concile, pour séduire beaucoup de ses membres par les arguments d'une dialectique captieuse ; mais un simple laïque confesseur de la foi, dont Sozomène ne nous a point conservé le nom, avait fermé la bouche aux dialecticiens par les paroles suivantes : « Ghristus et Apostoli non artem » dialecticam nec inanem versutiam tradiderunt, » sed apertam ac simplicem sententiam, quae fide » bonisque moribus custoditur. » Constantin voulut se rendre en personne au Concile pour y témoigner publiquement de son respect envers l'épiscopat. Dès que les Pères furent avertis que l'empereur approchait, tous firent silence et se levèrent. Constantin était précédé, non point des soldats de sa garde, mais de serviteurs tous chrétiens. 11 dominait de sa taille élevée tous ceux qui l'entouraient; sa belle prestance et sa physionomie agréable étaient rehaussées par l'éclat de la pourpre. Il s'offrit ainsi aux regards des Evêques, et traversa toute la longueur de la salle pour arriver ta la place qu'on lui avait préparée et où se trouvait un siège ouvragé en or, mais fort bas, sur lequel il ne consentit à s'asseoir qu'après que les Evèques lui eussent fait signe de le faire. Ce fut alors, rapporte Eusèbe, qu'un des Evèques, assis à la droite de l'empereur, lui exprima en peu de mots le res-

pect et la gratitude dont tous les cœurs étaient remplis à son égard. Selon Sozomène, cet Evêque était Eusèbe Pamphile, selon Théodoret c'était Eustathe Evêque d'Antioche. Quoiqu'il en soit, l'empereur répondit par un discours plein de bienveillance et tendant à réunir tous les esprits clans l'unité de la foi de Jésus-Christ. Les paroles de Constantin se peuvent lire dans Eusèbe.

Les matières que devait traiter le Concile étaient principalement les questions de doctrine soulevées par l'arianisme et vers lesquelles se tournait avant tout l'attention des Evoques, puisqu'il s'agissait du dogme fondamental même du Christianisme. On devait déterminer aussi le jour auquel il convenait de célébrer la Pâque ; on espérait également que le Concile mettrait fin au schisme de Mélèce et, enfin, qu'il réglerait divers points de discipline ecclésiastique. Touchant le dogme de l'Incarnation, on avait remis à Constantin des mémoires en faveur d'Arius; mais l'empereur pour montrer le désir qu'il avait qu'on traitât la question avec calme et en esprit de charité, persuada aux Evoques qu'il valait mieux brûler ces écrits que de les garder et les voir devenir ensuite une semence de discordes. Les Evoques partisans de l'arianisme étaient en très petit nombre ; on en comptait environ vingt-deux, parmi lesquels nous citerons les deux Eusèbe, Théognis Evêque de Ni-

cée, Théodose de Laodicée, Grégoire de Béryte, Maris de Chalcédoine, Paulin de Tyr, et Aetius de Lydda. Parmi les Evêques qui défendirent la foi catholique, nous mentionnerons d'abord le célèbre Osius, que Baronius et beaucoup d'autres auteurs croient avoir présidé le Concile, en qualité de représentant du Pape S. Sylvestre, chose certaine à nos yeux pour les raisons que nous rapporterons dans le §. V. Viennent ensuite Alexandre Evoque d'Alexandrie, déjà connu du lecteur, Eustathe Evèque d'Antioche et Macaire de Jérusalem. On remarquait encore dans cette vénérable assemblée S. Jacques , Evêque de Nisibe , notre glorieux prédécesseur , illustre par sa sainteté et sa doctrine, Léonce de Gésarée en Gappadoce, surnommé l'ornement de l'Eglise, Hypace de Gangres célèbre par son martyre, et beaucoup d'autres ; ceux qui avaient confessé Jésus-Christ attiraient surtout les regards.

Un grand nombre de prêtres, de diacres et d'acolythes, comme le rapporte Eusèbe, intervinrent aussi au Concile. Parmi les diacres se distinguait par sa doctrine, sa perspicacité, son courage et sa fermeté d'âme , un diacre qui devait être un jour le marteau de l'hérésie arienne et subir à son sujet le plus cruel exil. Saint Alexandre l'avait amené avec lui au Concile : C'était Athanase.

La séance s'ouvrit en présence de l'empereur, lequel ne prit aucune part aux discussions et voulut être considéré par les Evêques comme un simple laïque, qu'il était en effet. Les débats s'engagèrent sur. la question de l'arianisme. Eusèbe, Maris et Théognis, les plus habiles d'entre les Evoques ariens, furent complètement confondus par les arguments qu'employa S. Athanase pour défendre la foi catholiqne. Découvrant avec son esprit pénétrant les subtilités, les réticences , les faux raisonnements et les artifices mis en œuvre par les partisans d'Arius, Athanase fit voir dans tout son jour la fausseté de la nouvelle doctrine et défendit intrépidement la vérité du dogme catholique. Eusèbe, Evêque de Nicomédie, principal protecteur d'Arius et qui donna plus tard son nom aux Ariens, appelés à cause de lui Eusébiens, ne se tint point pour battu. Afin d'éluder en quelque manière la difficulté en question, il proposa au Concile une profession de foi, laquelle ne contenait point expressément le dogme de la divinité de Jésus-Christ. Au lieu de ce formulaire qu'ils rejetèrent, les Pères du Concile en composèrent un autre, qui donna ensuite naissance au fameux symbole connu sous le nom de symbole de Nicée; Osius , Hermogène et S. Athanase eurent la principale part à sa rédaction. Tous les Pères , excepté un fort petit nombre, souscrivirent à la condamnation de

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l'arianisme en même temps qu'à ce célèbre symbole, appelé par S. Basile le grand et invincible symbole. Menacés alors de l'exil par Constantin, s'ils refusaient de confesser la divinité de Jésus- Christ, les Evêques Ariens se résignèrent à la confesser de bouche mais non de cœur. L'arianisme subit dès lors différentes phases dont le récit serait trop long et nous ferait dépasser le but que nous nous proposons ici. Bornons-nous à ajouter qu'à Alexandre, Evêque d'Alexandrie, mort peu après le Concile, succéda dans cette même chaire épiscopale d'Alexandrie le plus vaillant défenseur de la foi de Nicée, S. Athanase. Arius d'abord relégué en Illyrie, favorisé ensuite jusqu'à un certain point par Constantin, ne parvint jamais à se faire recevoir à la communion ni par l'Eglise d'Alexandrie, ni par celle de Constantinople.

Mais revenons à Nicée où le Concile termina une autre question, en décidant que la Pàque devait se célébrer le dimanche qui, après l'équinoxe de printemps, suit le quatorzième jour de la lune du mois hébreu Nisan, lequel correspond pour nous à la seconde moitié de Mars et à la première moitié d'Avril. Cette décision était très-importante, d'abord parce qu'elle mettait fin aux discussions fort vives qui s'étaient renouvelées à des époques antérieures entre l'Asie mineure et Rome, au sujet du jour à choisir pour la célébration de la Pâque ; et en se-

cond lieu aussi parce qu'elle abolissait tout à fait la dernière pratique reliant encore en quelque point le christianisme au judaïsme. En effet, certaines Eglises, celle de Smyrne en particulier, avaient toujours eu l'habitude de célébrer la Paque le quatorzième jour de la lune du mois de Nisan, comme faisaient les Juifs. Sous le Pape S. Victor, le différend prit de plus graves proportions, lorsque Polycrate soutint que la tradition non interrompue à partir de S. Jean l'Evangéliste était en faveur de ceux qui célébraient la Paque le quatorzième jour de la lune. Après la définition du Concile de Nicée, le très-petit nombre de ceux qui refusèrent d'y adhérer furent considérés comme hérétiques, et sont connus sous le nom de Quartodécimans.

Ensuite, afin de rendre de toute manière la paix à l'Eglise, les Pères de Nicée s'efforcèrent de mettre un terme au schisme des Méléciens et sommèrent Mélèce, Evêque de Lycopolis en Egypte, auteur du schisme, de se soumettre. Il donna, ainsi que ses adhérents, des signes de soumission, laquelle malheureusement dura peu, et ce schisme qui avait commencé en 306 continua pendant plus de 150 ans.

Non contents d'avoir décidé tant de graves questions, les vénérables Pères qui composaient le Concile voulurent régler encore certains points de discipline ecclésiastique. C'est ce qu'ils firent à

20 — l'aide de vingt canons par lesquels ils pourvurent à la dignité de l'ordre ecclésiastique, à la juridiction et aux privilèges de certains sièges épiscopaux et à la pénitence des fidèles.

Par le premier canon, on interdit la réception des saints Ordres à quiconque ne jouirait pas de l'intégrité de ses membres. Par le deuxième canon, l'on défendit de promouvoir aux Ordres sacrés les néophytes, selon la recommandation déjà faite par S. Paul. Le troisième canon défend aux ecclésiastiques de cohabiter avec des femmes, à moins que la parenté ou quelque autre titre légitime ne les mette hors de tout soupçon. Le quatrième canon déclare nécessaire le concours de tous les Evêques de la province, ou au moins de trois d'entre eux, (mais avec le consentement des autres) pour l'ordination d'un Evêque. Par le cinquième canon, on interdit aux Evêques de recevoir à la communion quiconque aura été excommunié dans un autre diocèse; mais pour tempérer en même temps la rigueur de cette loi, on décida que les conciles provinciaux seraient convoqués deux fois l'an, et que toutes les réclamations leur seraient déférées. Le sixième canon, dont l'interprétation devint plus tard l'objet de bien des controverses, regarde la juridiction du Patriarche d'Alexandrie, qui y est assimilée à celle de l'Evèque de Rome, considéré non point en tant que Patriarche de l'Eglise universelle, mais

en tant que Patriarche d'Occident, comme nous le démontrerons dans le § V. Le Concile voulant honorer d'une distinction spéciale l'Eglise de Jérusalem , à cause des grands événements du Christianisme qui se passèrent clans son sein, accorda à l'Evêque de cette ville, par le canon septième, la dignité patriarcale, tout en conservant intacts les droits du métropolitain de Césarée dont le siège de Jérusalem dépendait. Le huitième canon pourvoit à la réconciliation des Novatiens. Ces hérétiques usaient d'une telle sévérité pour admettre à la communion les chrétiens tombés pendant la persécution, que l'empereur Constantin, au rapport de Sozomène, après avoir tenté, mais inutilement, de ramener leur Evêque Acésius à plus d'indulgence, finit par lui dire, « Prenez une échelle, » Acésius, et montez au ciel tout seul. »

Dans les canons neuvième et dixième on punit, en les suspendant du saint ministère, les prêtres et les diacres ordonnés sans examen ou coupables de certains délits. Le canon onzième détermine le temps de la pénitence que doivent faire les chrétiens tombés pendant la persécution de Licinius. Quant à ceux qui étaient retombés dans l'idolâtrie en d'autres circonstances, ou qui s'étaient exposés au danger d'apostasier, le douzième canon règle leur pénitence. Le canon treizième pourvoit aux moribonds en leur accordant le pardon. L e

canon quatorzième prescrit la pénitence que doivent faire les catéchumènes tombés pendant la persécution. On ôte aux Evêques, par le quinzième canon, la faculté de passer d'un siège épiscopal à un autre. Cette disposition prévenait bien des maux et procurait beaucoup d'avantages aux fidèles. Dans les temps anciens, à peu d'exceptions près, ce canon fut toujours scrupuleusement observé et le sacrilège commis sur le cadavre du Pape Formose montre jusqu'à quel point on tenait alors à cette loi. Peut-être les Pères de Nicée firent-ils ce canon à l'occasion d'Eusèbe, le grand protecteur des Ariens, qui avait échangé le siège de Béryte contre celui de Nicomédie. Ce fut dans le même esprit qu'on adopta le canon seizième lequel défend aux clercs de passer d'une Eglise à une autre, et aux Evêques d'ordonner tout clerc n'appartenant point à leur Eglise. Le dix-septième canon exclut de l'ordination les clercs usuriers. Certains diacres de celte époque s'étaient fait remarquer par leurs allures présomptueuses et par le faste de leur vie; on défend aux diacres par le canon dix-huitième d'administrer l'Eucharistie aux prêtres et de prendre rang parmi eux. Les sectateurs de Paul de Samosate n'employaient point en baptizant les paroles sacramentelles; les Pères du Concile ordonnèrent, par le canon dix-neuvième, qu'avant de recevoir à la communion les convertis de cette secte, on les

baptizât de nouveau. Enfin, par le canon vingtième, on remit en vigueur un ancien usage des fidèles, en défendant de prier à genoux les Dimanches, ainsi que les jours de Pâque et de la Pentecôte.

Nous ne possédons pas d'autres canons du Concile de Nicée, et ceux qui ont été édités par Turrien et dont Abraham Echellensis, maronite, défendit l'authenticité, sont considérés par les critiques comme entièrement apocryphes.

Deux des vingt canons qui précèdent, le huitième et le dix neuvième, suffisent pour nous autoriser à dire que S. Augustin, lorsqu'il parle de la question de la validité du baptême conféré par les hérétiques comme d'une question définie dans un concile général, a voulu faire allusion au Concile de Nicée et non à celui d'Arles. Le concile d'Arles en effet ne fut pas général ; de plus, les Pères de Nicée en n'obligeant point, par leur huitième canon, les Novatiens à se faire rebaptizer, comme ils y obligent (au dix-neuvième canon) ceux qui n'ont point été baptisés avec les paroles de l'Evangile, déclarèrent implicitement la validité du baptême toutes les fois qu'il a été conféré avec les paroles de l'Evangile. Cette observation fera aisément comprendre au lecteur combien raisonnent mal ceux qui, après avoir inutilement cherché, parmi les canons du Concile de Nicée, un canon spécial définissant la validité du baptême des héréti-

— u — ques , se hâtent de conclure que la question n'a pas été résolue par le premier Concile général, et la trouvant ensuite explicitement définie par le concile d'Arles, croient que S. Augustin a voulu parler de ce dernier concile lorsqu'il cite l'autorité d'un concile général au sujet du baptême des hérétiques.

Bien que l'empereur Constantin ait invité par lettres tous les Evêques d'Asie, d'Afrique et d'Europe à intervenir au Concile œcuménique de Nicée, il faut considérer cette convocation comme ayant été faite par l'autorité du Pape S. Sylvestre, à qui seul appartenait, comme successeur de S. Pierre, le pouvoir de convoquer les conciles généraux. Il y a par conséquent tout lieu de croire que le même Pape S. Sylvestre envoya une lettre encyclique à tous les Evêques pour les convoquer en Concile. Cependant l'antiquité ne nous a point transmis ce document, de même que l'histoire n'a point conservé la lettre des Pères de Nicée à S. Sylvestre lui notifiant les Actes du Concile , ni la réponse du Souverain Pontife confirmant ces mêmes Actes. Mais personne n'osera révoquer en doute que l'autorité suprême du Pape S. Sylvestre n'ait été reconnue par les Pères de Nicée. Ceux-ci , en effet, lors de la souscription des décrets du Concile, laissèrent Viton (ou Victor) et Vincent prêtres de l'Eglise Romaine, que le Pape avait envoyés pour

le représenter, apposer leurs noms avant tous les autres. Ce fait montre suffisamment le cas que faisaient les Pères de l'autorité du premier Siège épiscopal, puisque dans la liste de tous ceux qui souscrivirent, on ne trouve point d'autres noms de prêtres représentant des Evêques absents, et cependant un certain nombre d'Evêques, retenus par des empêchements légitimes, n'avaient pu se rendre au Concile. De plus , qu'Osius, Evêque de Cordoue, ait présidé le Concile au nom du Pape S. Silvestre, comme nous l'avons déjà dit, c'est chose, selon nous, on ne peut plus vraisemblable; car nous trouvons d'une part, dans les plus anciens manuscrits, le nom d'Osius en tête de tous les autres dans la souscription des Actes : et d'autre part il semblait fort convenable de donner pour chef aux deux prêtres envoyés par l'Eglise Romaine, un Evêque faisant taire, au besoin, par son caractère épiscopal, certaines susceptibilités qui pouvaient facilement s'élever, dans une réunion d'Evêques aussi solemnelle, au sujet du droit de préséance, comme le prouve d'ailleurs la question définie par le Concile à l'égard du Patriarcat d'Alexandrie. Ainsi Osius Evêque de Cordoue, Aiton et Vincent prêtres romains, souscrivirent les premiers les Actes du Concile, comme représentants du Pontife Romain considéré non-seulement en tant que Patriarche d'Occident, mais encore en tant qu'exerçant la pri-

mauté d'honneur et de juridiction sur l'Eglise universelle. Pour de plus amples détails sur cette question de la présidence du Concile, nous renvoyons le lecteur au § V. Dans la plupart des manusscrits, les signatures des Evêques sont par ordre de provinces, et immédiatement après les noms d'Osius, de Viton et de Vincent, on lit celui d'Alexandre, Patriarche d'Alexandrie, conformément aux dispositions du sixième canon.

Après la conclusion des Actes du Concile, l'empereur Constantin prenant occasion des fêtes célébrées pour le vingtième anniversaire de son couronnement, invita les Evêques à un banquet. Par son ordre les troupes sous les armes occupaient les abords du palais, et au passage des Evêques rendaient à ceux-ci les honneurs militaires. Constantin fit asseoir à sa propre table plusieurs Evêques, les autres furent placés à des tables disposées aux deux côtés de la salle. La magnificence du repas ne le céda point à celle des dons que l'empereur voulut faire à chacun de ses hôtes. Il réunit enfin, pour la dernière fois , tous ces vénérables Pérès, afin de recevoir leurs adieux, et clans un discours qui respirait la charité et la concorde, se recommanda instamment à leurs prières. On comprend aisément tout ce qu'offrit de touchant le moment de la séparation. Un empereur devenu le maître du monde, entouré de plus de trois-cenls

Evêques reconnaissant en lui le protecteur dévoué de la Ste Eglise : c'était là un spectacle vraiment extraordinaire. Le Concile de Nicée , ouvert le 19 Juin 325, se termina le 25 Juillet de la même année.

Résultats produits dans le monde religieux par le Concile de Nicée.

Ce fut un grand événement dans le monde que le Concile de Nicée. On pouvait alors diviser le genre humain en trois classes: les juifs, les païens, les Chrétiens. De même qu'il existait parmi les juifs des différences de croyance et parmi les païens divers systèmes au sujet de la divinité, de même aussi parmi les Chrétiens étaient nées des controverses suscitées par ceux qui, au lieu de s'en tenir simplement à la révélation, voulaient déchirer le voile des mystères et abandonner l'autorité de l'Eglise seule infaillible dans ses jugements et seule investie par Jésus-Christ de la mission d'enseigner le genre humain. Les sectes juives , les théories païennes et les disputes théologiques des chrétiens, avaient eu pour résultat commun de faire éprouver à chacun le besoin de connaître enfin clairement la vérité. La religion chrétienne enseignait l'unité de Dieu et l'Incarnation du Verbe. L'unité

de Dieu était la destruction du paganisme. L'Incarnation du Verbe mettait fin à l'existence de la religion juive. Aussi les juifs n'admeltaient-ils point que le Messie fût venu, et les moins fanatiques parmi eux ne voyaient en Jésus-Christ qu'un simple homme, doué, à la vérité, de qualités remarquables. Ils prétendaient toutefois exercer une sorte de suprématie dogmatique sur le christianisme qu'ils considéraient comme une secte sortie de leur sein et ayant besoin, pour vivre, de leurs doctrines, de leurs croyances et de leur autorité. Beaucoup d'entre eux, il est vrai, se convainquirent peu à peu que le christianisme vivait de sa vie propre, et qu'il n'était plus rien resté de commun aux Chrétiens et aux juifs que le jour de la célébration de la Pâque. D'autre part, les païens, ennemis implacables du christianisme, se servaient à la fois pour lui faire la guerre du sceptre des empereurs et de la plume des philosophes: du sceptre impérial en excitant les plus cruelles persécutions, et des écrits philosophiques en s'efforçant de représenter les mystères des Chrétiens comme autant d'absurdités, leur rit comme une superstition, le renoncement à soimême comme une lâcheté.

Un tel état des choses ne pouvait durer longtemps. Car, de leur côté, les juifs attaquaient les chrétiens en interprétant contre eux l'Ecriture et en encourageant les sophismes des rabbins; tandis que

les païens ne laissaient guère aux fidèles d'autre alternative que la mort ou le séjour des catacombes. Le christianisme placé de la sorte entre deux ennemis si redoutables aurait assurément dû succomber si son institution n'avait été divine. Mais après trois siècles des plus terribles épreuves, bien loin de disparaître de dessus la terre, il renversa définitivement le judaïsme et força le paganisme à rougir de ses erreurs ; ce fut précisément là ce qui arriva lors du Concile de Nicée. Pendant trois siècles de persécutions les Chrétiens s'étaient répandus dans tout l'univers. Les Eglises fondées par les Apôtres et par leurs successeurs conservaient intacte la foi de Jésus-Christ , et lorsqu'on tenta de l'affaiblir ou de la détruire, l'Eglise entière se leva, et lançant ses foudres contre les hérétiques proclama hautement le dogme dans toute sa pureté. Il était, comme on le voit, nécessaire que l'Eglise sortie des catacombes proclamât le dogme fondamental du christianisme, c'est-à-dire la divinité de Jésus-Christ. Par là les hérétiques furent mis en déroute, les juifs réduits au silence et les païens démasqués. En effet, en proclamant à la face du monde la divinité du Verbe incarné, l'Eglise annonçait aux juifs que le Messie était venu et que ce Messie était Dieu; elle disait aux païens que le christianisme, en croyant à l'Incarnation du Verbe, ne cessait pas pour cela de croire à l'unité

de Dieu; elle déclarait aux hérétiques que le Verbe n'est pas une créature, mais qu'il est co-éternel et consubstantiel au Père, qu'il n'est pas une simple dénomination de la Divinité, mais bien une Personne divine, réellement distincte du Père , quoique ayant avec lui une même essence ou nature; elle affirmait enfin au monde entier que la religion de Jésus-Christ est divine et que son fondateur est un Homme-Dieu engendré, en tant que Dieu, de toute éternité par le Père, et en tant qu'homme, ayant pris, dans le temps, chair humaine clans les entrailles virginales de Marie. Avec cette doctrine renfermée, soit explicitement soit implicitement, dans le symbole de Nicée et nettement formulée par le Concile, la foi catholique apparaît dans toute sa sublimité et sa splendeur. A partir de ce moment, les illusions de la synagogue n'exercèrent plus aucune influence sur les esprits sérieux, les idoles des païens tombèrent brisées en morceaux sur le sol et les subtilités des hérétiques perdirent toute efficacité. Après avoir ainsi triomphé des juifs, des païens et des hérétiques, le christianisme se montra dans toute sa majesté et rayonna de toute part ses mille influences bienfaisantes. L'Evangile pénétrant victorieusement jusqu'aux entrailles de la société comme il avait pénétré jusqu'au trône impérial, adoucit les mœurs de la première en même temps qu'il communiqua son esprit aux lois publiées du haut du se-

cond. On reconnut alors plus clairement qu'auparavant la dignité de l'homme, parce que l'on possédait une notion plus exacte de l'humanité du Verbe. L'esprit du christianisme, par la croyance en Jésus-Christ Rédempteur, tendait à former de tout le genre humain une seule famille dont tous les membres se reconnussent pour des frères ayant Dieu pour père. Mais la malice de l'homme, toujours alimentée par son insatiable désir de pénétrer la nature des mystères , mettant de côté la révélation divine et méprisant l'autorité infaillible de l'Eglise , voyant d'ailleurs l'impossibilité de s'attaquer au dogme de la divinité du Christ trop clairement défini dans le Concile de Nicée, se mit à en scruter les conséquences, tant par rapport à la génération divine que par rapport à la troisième Personne de l'adorable Trinité. Ce fut là une source de nouvelles erreurs et de nouvelles hérésies desquelles dut s'occuper le second Concile général, célébré à Constantinople l'an 381.

§ iv.

Concile de Sardique.

A peine partis de Nicée, les Ariens, ayant à leur tète Eusèbe de Nicomédie, montrèrent combien leur adhésion au Concile avait été peu sincère, par l'a-

charnement qu'ils mirent à persécuter de toutes manières S. Àthanase et à intimider les catholiques. Le grand Evèque d'Alexandrie , l'intrépide défenseur de la foi de Nicée, après avoir, n'étant encore que diacre , si glorieusement terrassé les Ariens dans le grand Concile, ne pouvait manquer de devenir l'objet tout spécial de leur haine. Ceux-ci mettant en œuvre l'astuce grecque, les intrigues de palais et le concours de puissants partisans, réussirent à gagner la faveur des premiers personnages de l'empire et des empereurs d'Orient eux mêmes, et ils parvinrent à rendre odieux le nom d'Athanase, comme celui d'un perturbateur de la paix publique, et à soulever contre les catholiques les passions populaires.

Chacun sait combien S. Athanase eut à souffrir et quelle constance il déploya ; personne n'ignore non plus à quels moyens les Eusébiens eurent recours contre les catholiques; incendies, émeutes, pillage des monastères de vierges et dévastation des églises livrées par eux aux flammes, sauf à attribuer ensuite, selon la coutume des sectaires, leurs propres excès et leurs propres crimes aux catholiques eux-mêmes. En résumé, soit appât des richesses, ou soif des honneurs, ou crainte des périls, ou refroidissement de l'esprit catholique, le nombre des Ariens croissait de jour en jour. L'Orient était devenu un champ de bataille où combattaient, d'un

côté, les dialecticiens unis aux courtisans, et de l'autre les catholiques. Les premiers étaient les aggresseurs, les seconds se défendaient.

Dans un état aussi déplorable d'agitation publique, entretenue et encouragée par la politique, le Pape Jules I accueillit la proposition d'un grand nombre d'Evèques de réunir un Concile à Sardique. Ce Concile pourrait être très-justement appelé un appendice au Concile de Nicée. Cette dénomination est tellement exacte, qu'un ancien manuscrit de l'Eglise Romaine, du temps du Pape Zozime, attribue les canons du Concile de Sardique au Concile de Nicée, et nous montre ce même Pape citant aux Evêques d'Afrique plusieurs canons du Concile de Sardique, sous le nom du Concile de Nicée. Cette réunion d'Evèques fut vraiment providentielle; car on y confirma la foi de Nicée, et TEpiscopat catholique réuni en corps prit ainsi personnellement une part active à la défense du symbole de Nicée. Quatre-vingts Evêques Eusébiens, venus à Sardique, refusèrent, sous différents prétextes, de prendre part au Concile que présidait le célèbre Osius, Evêque de Cordoue, assisté de deux prêtres et de deux diacres de l'Eglise Romaine, envoyés par le Pape Jules pour le représenter. Les Evêques catholiques firent tous leurs efforts pour faire intervenir au Concile les Evêques Eusébiens, afin que chacun pût se justifier librement des accusations

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portées contre soi, mais toutes les tentatives échouèrent. Alors les Pères de Sardique, constitués en tribunal, condamnèrent les Ariens comme contumaces, et déposèrent de leurs sièges épiscopaux Acace de Césarée, Ursace de Singidon, Valens de Murse, Théodore d'Héraclée et Georges de Laodicée. Quoique les Pères eussent pu faire quelque addition au symbole de Nicée dans le but de prévenir de nouvaux subterfuges de la part des Eusébiens, ils tombèrent cependant d'accord de ne le modifier en rien, et le confirmèrent tel qu'il était purement et simplement. Ils firent ensuite plusieurs canons touchant la discipline ecclésiastique. Les plus célèbres de ces canons sont le troisième, le quatrième et le septième dans la version de Denys le Petit; ils traitent des appels à Rome.

L'arianisme toutefois, loin de s'avouer vaincu, continua à faire des progrès, jouissant presque toujours de la faveur impériale, grâce aux Eusébiens qui, adroits courtisans, fréquentaient assidûment le palais. C'est ce que prouvent le conciliabule de Sirmium, où furent proposées plsuieurs professions de foi, tendant toutes à définir le dogme de l'Incarnation dans un sens arien ou semi-arien, l'exil du Pape Libère, et surtout le concile de Rimini, devenu à la fin un conciliabule d'hérétiques. Cette situation déjà si défavorable pour les catholiques, s'aggrava encore par la tendance vers certaines

études philosophico-théologiques d'une foule d'esprits inquiets, qui, en voulant découvrir les relations intimes des vérités surnaturelles avec la lumière de la raison, tombèrent dans de nouvelles hérésies et déchirèrent ainsi davantage la robe sans couture de Jésus-Christ.

Si de pareilles idées n'étaient point descendues, comme il arrive toujours, jusque dans le peuple, mais qu'elles fussent restées renfermées dans l'esprit ou dans le cercle restreint de ces théoriciens, l'Eglise n'aurait point eu à déplorer et ne déplorerait point encore aujourd'hui tant de graves pertes qu'elle a faites. D'ordinaire on réfléchit peu ou point aux maux immenses qui peuvent être causés par une intelligence dévoyée, lorsqu'elle s'écarte de la vérité, soit par aberration de la volonté propre, soit par esprit de vengeance, soit enfin parce que, dans son orgueil, elle se croit méprisée ou jugée inférieure à certains esprits vulgaires ou ignorants. Des philosophes les idées descendent dans les masses; mais avec cette différence, que si, chez les philosophes elles demeurent à l'état de spéculations abstraites, elles prennent chez le peuple une forme pratique, et s'incarnant en quelque sorte dans les passions humaines finissent par se nourrir du sang des innocents.

Présidence du Concile de Nicée.

Quand les monuments contemporains à l'aide desquels on pourrait constater un fait qui a toutes les raisons d'être, viennent à manquer, et que les témoignages directs font également défaut, on doit chercher alors les preuves de ce fait, ou dans les conséquences, ou dans les circonstances, ou dans la nature même du fait, c'est-à-dire dans sa raison d'être intrinsèque. Celui qui ne tiendrait point compte de tous ces éléments de certitude, se montrerait, ou bien partisan d'un système préconçu, ou bien peu habitué à traiter les questions historiques, ou enfin incohérent dans ses idées et incapable de leur donner un ordre synthétique. Or c'est précisément un cas de ce genre qui se présente lorsqu'il s'agit de savoir qui a présidé le Concile de Nicée, célébré en 325. Car, ni la lettre encyclique du Pape S. Sylvestre convoquant les Evêques en Concile, ni celle par laquelle il confirma le Concile de Nicée, ne nous ont été conservées, et, de plus, aucun document déclarant expressément que le même Pape présida le Concile par ses légats n'est parvenu jusqu'à nous. De là les régalistes et tous ceux qui s'efforcent avec Richer d'amoindrir l'auto-

rite du Pontife Romain, en ne lui concédant, tout au plus, qu'une primauté d'honneur, se croient fondés à attribuer aux empereurs le droit de convoquer les Conciles, et aux Conciles eux-mêmes une autorité tout à fait indépendante de celle du Pontife Romain. Le fait que Constantin écrivit à tous les Evêques pour les inviter à tenir un Concile à Nicée, l'impossibilité de produire la lettre encyclique du Pape S. Sylvestre, le silence d'Eusèbe et des auteurs contemporains ne nous disant pas que S. Sylvestre ait présidé le Concile au moyen de ses légats, sont tout autant de preuves suffisantes, à leurs yeux, pour nier l'organisation et la hiérarchie que Jésus-Christ a établies dans son Eglise, en vue surtout d'y conserver l'unité de la foi. Mais quiconque veut être équitable et apprécier l'histoire à sa juste valeur, doit reconnaître que la religion catholique n'est point l'œuvre du quatrième siècle, que l'établissement de la hiérarchie ecclésiastique ne date point de cette époque et, plus particulièrement, que l'autorité suprême exercée sur toute l'Eglise par l'Evêque de Rome n'est nullement le fruit d'une concession faite à ce dernier par la bienveillance des empereurs, ni une conséquence de l'importance politique de la ville de Rome, capitale du monde, ni même le résultat de la libre volonté du corps épiscopai, mais que cette autorité dérive de Jésus-Christ, qui fonda son Eglise sur Pierre,

et donna au même Pierre les clefs du royaume des cieux en même temps que la charge de guider, dans les pâturages du salut, les troupeaux et les pasteurs. Nous parlons aux Chrétiens et non aux athées , nous parlons aux hommes de bon sens et non aux partisans outrés de l'autorité royale, qui flattent d'abord les princes pour mieux les faire servir ensuite au renversement des trônes et finissent, par se jeter ouvertement dans la démagogie pure. Cette autorité suprême du Pontife Romain sur toute l'Eglise était un fait déjà existant depuis trois siècles, lors de la célébration du Concile de Nicée. Outre les autorités tirées de l'Ecriture et les déclarations des anciens Pères, (parmi lesquelles les plus remarquables et les plus connues sont celles de S. Irénée et de S. Cyprien), l'histoire ecclésiastique nous fournit de nombreuses preuves de fait, en faveur de la primauté du Pontife Romain. Parmi celles-ci nous nous bornerons à indiquer, pour l'Orient, la question de la célébration de la Pâque et, pour l'Occident, la lettre de S. Cyprien au Pape S. Etienne, touchant l'élection d'un nouvel Evoque d'Arles, en remplacement de l'ancien tombé dans l'hérésie novatienne. Les Pères de Nicée ne pouvaient ignorer de pareils faits ; ils étaient donc obligés, sous peine de se déclarer acéphales, de reconnaître pour leur chef le Pape S. Sylvestre, et par conséquent aussi, la lettre de

Constantin n'aurait eu à leurs yeux aucune espèce d'autorité, si elle n'eut été revêtue de celle de l'Evêque de Rome. En effet le biographe de Constantin, Eusèbe, bien que sa foi ne fût point trèspure, se vit contraint, au point de vue historique, d'écrire les paroles qui suivent : Ab ipsa quoque Hispania vir ille, mullo omnium sermone celebralus, una cum reliquis aliis consedit. Aberat quidem regiae urbis Anlisles, ob senilem aeialem, sed praesto erant presbyteri, qui vices ejus implerenl. (Lib. III. chap. VIII). Il y avait donc, au Concile de Nicée, des prêtres de l'Eglise Romaine, représentants du Pontife Romain. Sur ce point, il ne peut y avoir de doute, à cause du témoignage d'Eusèbe. Ce témoignage n'est d'ailleurs infirmé en rien par l'autorité de Gélase de Cyzique (invoquée par Nicétas et Epiphane le scholastique) lorsqu'il prétend que les mots, « regiae urbis » désignent la ville de Constantinople, puisqu'en 325 Constantinople n'avait point encore été déclarée regia urbs. De plus Sozomène (Liv. I. chap. XVII) parle en termes précis de l'Evêque de Rome, bien que le texte porte (on ne sait trop pourquoi) le nom de Jules au lieu de celui de Sylvestre.

Un certain doute s'élèvera peut être, dans plus d'un esprit, sur l'importance du rôle attribué à Osius, Evêque de Cordoue, dans le Concile de Nicée, parce qu'Eusèbe ne dit point expressément qu'Osius fut

envoyé, en qualité de représentant du Pape, à Nicée. Cependant, de l'ensemble des circonstances et de la connexion qui existe entre les deux phrases d'Eusèbe, où il parle d'Osius et de l'Evêque de Rome, on doit logiquement conclure qu'Osius représentait le Pape au Concile. C'est ce qu'avait déjà fait observer Baronius. Eusèbe en effet, après avoir fait l'éloge d'Osius et dit qu'il siégea au Concile, una cum retiquis aliis consedù, ajoute aussitôt: Aberat quidem regiae urbis Anlisles. Or les particules conjonctives et marquant opposition, & 7s, du texte grec, ont non seulement le sens que nous rendons en latin par quidem, mais encore celui de sane, ce qui rend plus visible la connexion qui existe entre les deux phrases, de sorte qu'il semble qu'Eusèbe ait voulu dire: « Osius vint au Concile. L'Evêque » de Rome, en effet, était personnellement absent, » ce qui autorise à croire qu'Osius siégea au Concile en qualité de légat du Pape. Eusèbe, il est vrai, ne le dit point expressément, mais au lieu de cela il dit : praeslo erant presbyleri qui vices ejus implerent. C'est qu'Eusèbe se voyait obligé de préciser la qualité de ces prêtres pour expliquer leur présence au Concile, auquel, autrement, ils n'auraient pas eu le droit d'intervenir. Il n'en agit plus de même lorsqu'il parle d'autres prêtres, bien que tous les Evêques du monde catholique ne se fussent pas rendus au Concile.

Nous pouvons donc relever deux choses du récit d'Eusèbe : premièrement, l'intervention d'Osius au Concile où il siégeait cum reliquis aîiis; secondement, l'absence du Pape S. Sylvestre (indiquée aussitôt après qu'il vient d'être question d'Osius), jointe à la représentation du même S. Sylvestre par des prêtres de l'Eglise Romaine. Jusqu'ici du fait même, constaté par le témoignage d'Eusèbe, il ressort évidemment, que le Pape S. Sylvestre était représenté au Concile de Nicée, ou bien seulement par les prêtres de l'Eglise Romaine désignés plus haut, ou bien par Osius conjointement avec ces mêmes prêtres.

Jusqu'à présent, comme on le voit, nous n'avons encore rien dit relativement à la présidence du Concile. Examinons maintenant quel jugement il faut porter sur ce point.

Nous demanderons d'abord à l'école de Richer et à tous les légalistes : à qui appartenait de droit, selon eux, la présidence du Concile? Trois hypothèses seules se présentent : la première décidant la question en faveur de l'empereur, la seconde, en faveur du plus ancien Evêque présent au Concile, la troisième, en faveur de l'Evêque de Rome. Or la présidence du Concile ne pouvait certainement pas appartenir à l'empereur, attendu que Jésus-Christ n'établit chef de l'Eglise ni Tibère, ni aucun de ses successeurs. Cette vérité n'a pas besoin

de preuves. Constantin lui-même, en présence des Pères du Concile, ne consentit à s'asseoir que sur un siège bas, humili sella, au rapport d'Eusèbe, en qualité de simple fidèle, et, de plus, il ne s'assit effectivement, selon le même Eusèbe, qu'après que les Evoques l'eurent invité par signe à le faire : non prius assedit quant Episcopi eiinnuissent. (Liv. III. ch.X.) En second lieu , l'Evêque le plus ancien ne pouvait pas davantage présider le Concile; car on n'en use ainsi que dans une assemblée dont tous les membres sont égaux ; or chacun sait qu'au Concile de Nicée, l'on observa l'ordre de dignité des sièges épiscopaux, comme on le voit par l'ordre même des souscriptions. Ainsi la question se trouve déjà résolue en faveur de l'Evêque de Rome. Mais, de plus, Eusèbe lui-même nous assure que le Pontife Romain envoya des représentants à Nicée. Quelle est donc la part qu'auront prise au Concile les représentants du Pape S. Sylvestre ? Quelle place y auront-ils occupée? S'ils représentaient réellement le successeur de S. Pierre, c'est-à-dire le Chef visible de l'Eglise, (ce dont aucun des Pères ne pouvait clouter, vu que l'autorité du Pontife Romain ne date point du quatrième siècle, mais est aussi ancienne que l'Eglise), ils ont dû certainement occuper la première place parmi les Evêques et, par conséquent, présider le Concile. Nous n'avons pas besoin, d'ailleurs, que ce fait nous soit

explicitement déclaré par Eusèbe, ou par d'autres écrivains contemporains; les raisons d'être intrinsèques et tirées de la nature même du fait, telles que nous venons de les exposer, nous suffisent. Nous trouvons du reste, une lumineuse confirmation de tout ce que nous venons d'avancer, clans l'ordre des souscriptions aux Actes du Concile. Qu'on ouvre les anciens manuscrits, tant ceux cités par Labbe, que ceux indiqués par Hardouin, et on y lira, en tête de toutes les autres signatures, les noms, premièrement, d'Osius, deuxièmement, de Victor, troisièmement, de Vincent, et ces deux derniers sont des prêtres de l'Eglise Romaine. Qu'indiquent donc ces trois signatures placées avant celle d'Alexandre Patriarche d'Alexandrie, sinon la primauté du Pontife Romain sur toute l'Eglise ? Il demeure donc constaté, tant par les raisons d'être tirées de la nature même du fait, que par les circonstances de ce fait, que le Pape S. Sylvestre présida, par le moyen de ses représentants, le Concile de Nicée. Que le Pape, d'ailleurs, ait été représenté par les deux prêtres nommés plus haut, c'est chose tout à fait évidente; qu'il ait été représenté aussi par Osius conjointement avec eux, et même principalement par Osius, c'est (sans vouloir aller chercher des arguments en dehors du champ de l'histoire) ce que l'on peut conclure, 1° du premier rang qu'occupe le nom d'Osius parmi les souscriptions, 2° du caractère

44 — épiscopal d'Osius, lequel lui permettait de représenter l'Evêque de Rome plus dignement encore qui les deux autres légats, 3° du fait certain et admis de tous, que le même Osius représenta le Pape Jules I au Concile de Sardique, conjointement avec des prêtres et des diacres envoyés en qualité de légats par ce Pontife. De plus, ce fait est encore confirmé par l'ordre de souscriptions aux Actes de ce dernier Concile, en tête desquelles, comme au Concile de Nicée, on retrouve le nom d'Osius. Pour terminer ces réflexions et en même temps pour confirmer tout ce que nous avons avancé jusqu'ici, nous ferons observer le résultat suivant, fourni par l'examen attentif des souscriptions d'après les plus anciens manuscrits, y compris le papyrus cité par Labbe. (tom. 11, des Concil. p. 59 etsuiv.) Les trois premiers qui souscrivirent furent Osius Evêque de Cordoue, Victor et Vincent prêtres de l'Eglise Romaine; ensuite vient Alexandre, Evêque d'Alexandrie, après lequel on trouve les noms des Evêques de son Patriarcat. En continuant, on rencontre immédiatement le nom d'Eustathe, ou Eustache, Evêque d'Antioche, suivi des noms des Evêques appartenant au Patriarcat d'Antioche. En dernier lieu, après les noms des Evêques des autres provinces orientales, on lit les noms des Evêques des provinces occidentales ; et parmi celles-ci nous citerons la Calabre, la Pannonie et les Gaules, les-

quelles certainement, ni par leur position géographique, ni à aucun titre historique, n'ont pu faire partie d'un des Patriarcats orientaux. Mais alors, si ces provinces ne pouvaient appartenir ni à la juridiction du Patriarche d'Alexandrie, ni à celle du Patriarche d'Antioche, bien moins encore, la province d'Espagne, où Osius était Evêque, pouvait-elle appartenir à l'une ou à l'autre de ces deux juridictions. Pourquoi donc, dans la série des souscriptions, le nom d'Osius ne se trouve-t-il pas avec les noms des Evêques des provinces Européennes, mais en tête des noms des Evèques de toutes les provinces, et, ainsi que les noms des prêtres de l'Eglise Romaine, immédiatement avant celui de l'Evêque d'Alexandrie ? La seule manière raisonnable de répondre à cette question est de dire qu'Osius souscrivit le premier les Actes du Concile, uniquement parce qu'il représentait, avec les deux prêtres Victor et Vincent, la personne du Pontife Romain.

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