CHAPITRE XVI
On dit que vous étudiez des secrets défendus h la curiosité de l'homme ; que vous avez lié commerce avec les habitants des sombi-es demeures, avec la foule des esprits malfaisants qui errent sous l'arbre de la mort....
. . II y a une chambre où personne de nous n't st entré. .. Je donnerais tout ce que je possède pour la surprendre au milieu de ses mystères.
Manfred.
Tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait tant de sottises qu'un seul de vos algébristes.... Crovez-vous que le concours fortuit des astres ne soit pas une règle aussi sûre que les beaux raisonnements d'un faiseur de systèmes.
Lettres Persanes.
L'horoscope.
La maréchale d'Ancre avait quitté son éponx pour rentrer dans son appartement; il était séparé dos autres pièces par de longs corridors, par de hauts escaliers, et communiquait à une tourelle qui arrondissait l'un des angles du somptueux hôtel. C'était là qu'elle avait caché le théâtre habituel de ses études et de ses travaux; c'était là qu'après les longues heures du Louvre , heures passées à battre en ruine tel projet de la
reine, contraire à ses vues, ou à faire adopter tel plan favorable à ses intentions, elle venait se renfermer et puiser de nouvelles forces, pour les travaux du lendemain, dans le scintillement d'une étoile observée à minuit par l'étroite croisée de la tour, dans l'arrivée attendue d'une carte, après que le jeu a été coupé trois fois de la main gauche, et dans le cri perçant du coq qu'elle doit sacrifier, le lendeiTiain. Singulière femme , qui cherchait à excuser à ses propres yeux, par l'oracle du sort, l'audace heureuse de son génie, et qui en cela agissait par modestie, ou par conscience peut-être I
Cette nuit, c'estplus sérieusement que de coutume qu'elle va s'absorber dans ses contemplations habituelles. C'est elle qui a décidé Marie deMédicis au coup-d'état qui se prépare. S'il réussit, elle reste puissammentassisesurlepremier degré de son trône: degré qu'elle a fait si élevé qu'il se trouve à la hauteur du fauteuil royal! S'il réussit, ses ennemis sont encore à ses pieds, et la régente, convaincue plus que jamais que ses conseils seuls peuvent la guider dans le dédale où ils l'ont engagée, ne songera pas à déchirer le pacte qui jusqu'à présent semble l'avoir soumise à la fascination de son œil, aux inspirations de son courage.
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Mais si son plan échoue, si le peuple s'arme pour la défense de Condé, si les revers et le malheur désillusionnent le joug qu'elle fait peser sur sa maîtresse, c'est une disgrâce éclatante, c'estrexil, c'est peut-être même la mort, la mort de l'échafaud, qui l'attendent!.. Quelle chance va s'attacher à ce jeu terrible? Quel sera le dénouement de ce drame dont elle a posé les scènes? On conçoit toutel'ardeur, toute la persévérance que cette âme de feu va mettre à obtenir une réponse de l'avenir qu'elle interroge.
Ses femmes et les pages qui la précédaient portant des flambeaux, se sont retirés, non sans regarder, à la dérobée, le rideau rouge qui agite ses longs plis dans l'un des coins du vaste appartement. Oui, tous sont retirés, les portes sont soigneusement fermées; elle est seule.
— Ah! je croyais, dit-elle, que cette journée ne finirait pas. Ennuyeux Louvre! indécise Marie!... Reine!... et dire : Je n'ose pas; Italienne, etfne pas se venger!... Ah! Léonora, s'écriaitelle, une prison pour un prince royal!... Pauvre femme! tant de scrupules! Elle a vieilli depuis qu'elle a dit: Un couteau pour un roi!... Il est vrai qu'alors il y avait de la jalousie pour échauffer ce cœur de neige; il n'y a plus maintenant
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queTamourdupouvoir. Que cela!... ajouta-t-elle, et pourtant c'est une passion aussi,., passion terrible pour moi,., qui n'en connais pas d'autrel.. Elle s'en joue, la Marie du Louvre! elle s'en fait un ihênie de plaisirs, d'intrigues et de cachotteries; c'est sur une pelote de velours qu'elle veut dévider ces fils que je brouille si bien, qu'elle sera obligée de remettre enfin la main aux ciseaux pour trancher la dilTiculté. Puis elle pleure, lorsqu'il faudrait agir; elle demande l'argent à la main, quand elle devrait exiger, la couronne sur la tête ; elle négocie quand il faudrait gouverner. Ambitieuse, elle!... Non, elle n'est qu'inquiète... C'est du mouvement qu'il lui faut, et le mot : Je veux! ne serait rien pour elle s'il fallait le dire sans aller comploter au Luxembourg et sans envoyer, au beau milieu de la nuit, Zameth à l'hôtel de Guise, ou Bassompierre chez madame de Conti. Je veux!... oh! c'est pourtant un mot magique à dire !.. Plier toutesles volontés à la sienne, abattre d'une parole, relever d'un sourire, faire d'un geste de colère la ruine d'un peuple, d'un signe de tête la fortune d'un pays, oh ! c'est être l'égal de Dieu ! et moi je veux rester l'égale de la reine. Et pendant qu'elle se jetait ces paroles à ellemême , à elle-même se reflétant dans la glace
de sa toilette, elle se débarrassait de ses parures de cour, de ses gants parfumés, de sou grand éventail en bois debèue incrusté d'ivoire , de cette double rangée de perles qui suit les contours supérieurs de son corsage allongé , et , rattachée au milieu par une riche agrafe, retombe en chaînons devant elle ; de sa fraise , si haute et si droite , que sa riche dentelle se perd dans les boucles crêpées de ses cheveux noirs délivrés aussi de leur parure de diamants. Et, dépouillée de cet échit emprunté , elle paraissait plus jaune, plus mince , plus frêle, plus exiguë.
— Pauvre Léonora, disait-elle encore avec un sourire amer, va, ce n'est pas sans raison que tu te fâches lorsqu'on te regarde! Leurs yeux sont cruels pour toi , car ils expriment une espèce de pitié !.. Pitié à moi qui veux faire envie !.. Ces courtisans au teint fleuri , ces grandes dames si roses et si blanches, je me placerai tellement au dessus d'eux qu'ils ne verront plus si je suis laide et jaune ; ils ne connaîtront de moi que le pied qui pèsera sur leurs têtes !
Elle n'avait gardé que sa robe noire, elle s'enveloppa à la hâte d'une mante de la même couleur, et, courant au rideau, qu'elle écarta précipitam-
ment, elle découvrit une entrée basse et cintrée dont la porte, entr'ouverte, donnait sur un escalier étroit : sts marches, hautes et brusques, s'élevaient, en tournant, dans les ténèbres. Elle écouta un instant, la tête levée, comme quelqu'un qui veut savoir s'il y a du monde en haut.
— Léonellel dit-elle enfin à haute voix, Léonelle, es-tu là?...
L'on entendit une porte qui s'ouvrit en criant, et une voix qui répondit :
— Oui, signera, ne montez pas; je descends, j'ai à vous parler.
Léonelle descendit en effet.
C'était une vieille tireuse de cartes. Italienne d'accent et de couleur, diabolique de regard et de sourire, et digne, en un mot, de servir la Galigaï dans ses opérations nocturnes.
— Je n'étais pas seule là-haut, dit-elle avec un air de mystère, en regardant sa maîtresse.
— Et qui donc, s'écria celle-ci avec surprise et mécontentement, qui donc, Léonelle, avezvous introduit dans mon laboratoire?
— Ce n'est pas un profane, signora, ce n'est pas un profane, c'est celui que vos vœux y ont si
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souvent appelé , celui qui doit y porter la lumière, celui que vous avez fait venir, à si grands frais, de Florence, notre commune patrie.
— Rabbi Jacob ! s'écria la maréchale avec une explosion de joie, le j uif Rabbi Jacob, Léonelle ?. . C'est mon bon génie qui l'envoie. Et celui que j'avais chargé de cette délicate mission, l'écnjer Vincencio est de retour, sans doute , avec lui?.
— J.e pauvre Vincencio, signora, ne reviendra plus. Le docte personnage qui vous attend làhaut m'a tout raconté ; ils sont tombés tous deux au pouvoir de ces brigands qui font la contrebande sur les frontières de France. Votre écuyer a voulu se défendre, ils l'ont tué, et ce n'est qu'avec des peines infinies, que le savant Rabbi est parvenu à s'échapper de leurs mains.
— Tué !... Pauvre Ludovici!... C'était un brave, je le sais.,.. Mais donne-moi ta lampe,., je monte dans la tour; reste là, et veille surtout à ce que personne ne vienne nous déranger.
Elle monta; elle entra dans ce qu'elle appelait son laboratoire.
C'était une pièce qui occupait l'intérieur de la tourelle ; elle était ronde et voûtée; les murs en étaient nus, il n'y avait que deux sièges.
Sur une table couverte d'un grand tapis vert
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on reiii arquait une sphère aimillairc , deux livres hébreux, l'un du titre de Chenue^, l'autre intitulé Mac/iazo?', des cartes avec le tarot, un sablier, une boîte dans laquelle cinq rouleaux de velours étaient rangés avec soin.
Près de la table, et dans un coin, il y avait en outre un coffre de la forme d'un cercueil, dont le couvercle soulevé laissait voir une pâle figure de cire sur sa tête portant comme une couronne de roi. Si vous joignez à tout cela une longue fenêtre ouvrant sur un balcon et cachée pour le moment par un grand rideau sombre, vous aurez en détail la disposition et le mobilier de ce séjour mystérieux.
Il était alors peu éclairé ; il n'y avait qu'une petite lampe posée dans un trou pratiqué dans le mur. La lumière qu'apporta la maréchale aida un peu à dissiper l'obscurité; celui qui attendait là, n'en resta pas moins dans ce vague de forme et de couleurs qui sied si bien à un nécromancien. Il était assis près de la table ; il se leva lorsque la maréchale entra. Elle le regarda avec curiosité et surprise, car l'homme qui était devant elle lui paraissait bien droit et bien fort pour un vieillard de l'âge qu'on donnait à Rabbi Jacob. Le costume, du reste, est exactement le même
que ie sien : c'est bien la même simarre, avec ses fourrures uséesauxparois du fourneau ;c'estbien son bonnet pointu ^arni de sa peau de mouton noir. La barbe non plus ne manque pas au nouvel arrivé; elle est grise et ample comme celle du savant que nous avons vu passer dans cette galerie d'originaux en action. Comme lui, il a le teint bilieux, et sur ses joues, comme sur celles du juif, la cendre du grand œuvre semble avoir jeté une coucbe invétérée ; il n'y a pas jusqu'au soufflet philosophai qu'il n'ait apporté en sautoir, sur ses épaules, comme dernière preuve de son identité.
Mais son œil creux, son regard pénétrant, son sourcil rouge, les crispations de sa main habituée à se fermer sur autre chose que sur le manche d'un réchaud ou sur la queue d'une cornue, donnent beaucoup à penser, pour nous surtout qui avons déjà fait connaissance avec le véritable Eabbi Jacob. Et pourtant je ne sais si vous êtes comme moi; mais il me semble que j'ai déjà vu cette iigure-îà quelque part.
Léonora n'avait cessé de tenir les yeux attachés sur lui. Sans s'inquiéter de cet examen approfondi, et croisant les bras sur sa poitrine :
— Je comprends, très-bénigne dame, dit-il,
la surprise dont vous donnez des preuves. Vous ne me reconnaissez pas, n'est-il pas vrai?... Il y a bien long-temps, en effet, que, près de Raguse, au pays des Dalmates, madame, je fus accueilli par deux jeunes filles dont l'une interrogea mon intelligence des aventures. Faut-il vous dire ce que je lui répondis?... Le faut-il?...
— Oh! oui,., oui, dites!... s'écria-t-elle, tout entière aux émotions des souvenirs d'enfance, de ces souvenirs que les agitations de s'a vie ne lui avaient pas permis d'appeler souvent, pour rajeunir son imagination.
— Je pris sa main, continua-t-il en prenant celle delà maréchale, et en l'étendant sous ses yeux et devant la lampe qu'elle avait posée sur la table, sa main,... oui, c'est bien elle,... les mêmes lignes y sont. La ligne de bonheur, qui conduit près d'un trône au pays étranger, la ligne des projets hardis, la ligne —
— La ligne de sang y est-elle toujours? dcmanda-t-elle avecun sang-froid extraordinaire.
11 la regarda longuement , et , reportant les yeux sur la main toujours tendue devant lui :
— Oui, répondit-il, elle ne s'est pas effacée, car la ligne des conseils de mort y est creusée plus profondément encore.
Elle retira vivement sa main , et regarda l'homme avec une inquiétude visible.
Il reprit sans se troubler :
— Ai-jebien lu, ma fille, votre sort dans votre main, et les événements ont-ils démenti cette prédiction que je vous remis écrite sur un petit parchemin que vous attachâtes à un ruban noir, pour l'avoir sans cesse avec vous?
Léonora porta la main à son sein.
L'homme continua gravement:
— Cette prophétie, l'avez-vous oubliée ?. . Fautil vous la rappeler?., le faut-il?..
La puissance â toi sourira, Quand ta main habile mettra Couronne au chaperon de veuve....
Guerre, travaux et longue épreuve, Dont la prison te sortira, Lors sera ta fortune neuve....
— Oui, c'est bien cela, dit-elle en tirant de son sein le parchemin qui pendait à son col et qui était encore attaché à un ruban noir, c'est bien cela, tous les mots y sont écrits ; je les ai lus trop souvent pour les oublier.
Elle se rapprocha du savant avec plus de confiance.
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— Je ne pouvais m'imaginer, dit-elle encore, que je vous trouverais un air si jeune.
— En effet, ma digne et honorée protectrice, j'étais plus vieux quand je fis rencontre des deux jeunes filles, dans cette chaumière, sous lespâles yeuses, au pied delà colline.
— Plus vieux! Rabbi Jacob, assurément vous voulez rire.
— Je n'ai garde, madame. Oui, plus vieux; oubliez-vous que ma science ne se borne pas à la lecture des signes de la main et des signes du ciel? Oubliez-vous que cinquante ans j'ai cherché l'œuvre grand et admirable, et que j'ai vu ledit œuvre au blanc et au rouge et que j'ai obtenu la pierre dont un grain guérit toutes maladies, rend sain celui qui a perdu ses forces, jeune celui qui a amassé des années et fait des merveilles sur les métaux!
Elle le regarda cette fois avec admiration.
— Je vous crois , dit-elle, et je vois que j 'ai eu raison de m'adresser à vous. Soyez tranquille, docte Rabbi, vous ne vous repentirez pas de vous être rendu à l'invitation que vous a portée de notre part notre écuyer Vincencio Ludovici.
— Pauvre Jjudovici! s'écrial'homme, madame veut-elle que je lui raconte?
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— Un autre jour, un autre jour! répondit-elle avec impatience , vous avez bien d'autres choses à me dire.
— Parlerai-je de cette prédiction que je vous fis? dit-il lentement en posant son doigt sur le petit morceau de parchemin qui restait pendant sur la poitrine de la marquise:
La puissance d toi sourira^ Quand ta main habile mettra Couronne au chaperon de veuve.
Est-ce bien ainsi, ma fille, est-ce bien ainsi qu'il a été dit?..
— Oui, répondit-elle en baissant les yeux pour la première fois, depuis qu'il lui parlait.
Il insista:
— Ainsi, depuis la prophétie, vous avez fait une veuve et une reine?...
Elle lui jeta un singulier regard.
— Juif, dit-elle avec hauteur, qui donc ici a le droit d'interroger ?
L'homme continua sans faire attention à cette rude apostrophe:
— Guerre, travaux et longue épreuve.
Dont la prison te sortira ; Lors sera ta fortune neuve.
Est-ce sur ces derniers vers que la puissante amie de la régente de France veut demander des explications au plus humble, au plus indigne de ses serviteurs?...
— Oui, dit-elle d'un ton radouci, cette prison qui finira mes travaux, c'est celle qui s'ouvrira pour mes ennemis, n'est-ce pas, Rabbi?...
— Pour vos ennemis?Oui, répondit-il, après un instant de réflexion.
Un sourire d'orgueil passa sur ses lèvres.
— Et, dites-moi, docteur, cette prison qui me délivrera du plus puissant de tous, le temps estil venu de l'ouvrir?...
— Avant que de satisfaire à votre curiosité, j'ai besoin, madame, répondit-il, d'interroger l'état du ciel; car les astres ne dédaignent pas de répondre, eux, aux questions du juif.
Sans se déranger, elle lui indiqua le rideau. Il le tira, la croisée s'ouvrit.
Le son d'une mandoline se faisait entendre au pied de la tourelle.
— Entendez-vous, dit-elle, cette musique?... C'est singulier ! cet air... Il me rappelle....
Pendant ce temps, l'homme avait parcouru des yeux la voûte céleste.
— Le ciel est sans nuage, disait-il, et rien ne voile aux yeux du savant les caractères éternels du grand livre.
Il resta absorbé dans sa contemplation.
— Eh bien ? lui dit la marquise, j'attends l'oracle.
L'on entendit alors une voix de femme on bas, une douce voix qui chantait ;
— La pèlerine Qui s'achemine Vers le saint lieu Appelle et prie :
O sœur chérie.
Reviens à Dieu !
— Qu'ai-je entendu? dit toutbas la maréchale. Illusion!. .. Elle est en Italie, et jamais... Maître, dit-elle à l'homme en l'interrompant, que voyezvous au ciel?...
— 11 y a trois étoiles qui brillent plus que toutes les autres, au-dessus du Louvre, répondit le savant.
— Trois étoiles au-dessus du Louvre!...
— Et je reconnais la constellation qui m'apparut si belle le soir même où je tirai votre horoscope.
Ce ne fut qu'un éclair de joie qui brilla dans les yeux de la Galigaï, car la voix chantait en bas :
— Oh, crains le piège!
L'enfer t'assiège.
Le doigt de feu Sur ces murs trace î Mort à ta race!..
Reviens à Dieu !
— Encore! s*écria-t-elle. Ah! je saurai...
— Silence! dit l'homme en l'interrompant. Un météore s'élève du midi, il sillonne comme un incendie les palais de cette ville immense;... en s'éteignant il a éclairé le faîte des hautes maisons groupées autour de la Grève , comme des spectres qui attendent l'heure de l'échafaud... Un astre a pâli sur la tour de la Bastille. .Victoire, madame! quelque chose que vous tentiez, votre triomphe est assuré?
— Mon triomphe est assuré!
Et la voix:
— Grandeur, puissance, Folle espérance.
Durent bien peu... Tout t'abandonne :
La cloche sonne...
Reviens à Dieu ! . . . .
— Ah! c'en est tropl s'écria la maréchale, et elle s'élança à la porte en appelant à haute voix sa fidèle Léonelle.
Cette femme qui chante en bas de la tour, c'est Guzla; celui qui se trouve près de la Galigaï, c'est l'inconnu, c'est l'homme sans nom, celui qui est venu chercher le juif à Florence !
Voilà tous les personnages du drame réunis ; il nous reste à les faire mouvoir dans le cercle magique qu'a tracé autour d'eux notre baguette d'exorciste.