‹ Les Concini, 1616-1617 (volume 2)Chapitre 21 sur 24 · LES CONCINI. Ô'M · texte numérisé non relu

LES CONCINI. Ô'M

distinctement — Elle ne peut plus en douter, ce nom est celui de sa sœur!

Le nom de la favorite de Médicis prononcé dans ces lieux déserts , si éloignés du théâtre de sa grandeur, le nom de Léonora Galigaï dans la bouche du convive des brigands de la montagne..'. Quel mystère pour elle!

Cherchant à l'expliquer, elle écoute avec plus d'attention , elle se rapproche des fentes de la cloison avec plus de soin — C'est l'effroi qui succède en elle à la surprise. Au récit du voyageur a succédé une bruyante délibération de l'assemblée avinée. C'est d'elle , d'elle-même , que ces hommes s'occupent.

Tremblante, pâle , inanimée, elle est initiée, malgré elle, à d'horriblçs projets qui dévoilent toute la licence des mœurs de ces aventuriers. Le punch donne un nouveau développement à leur humeur féroce et soupçonneuse. Tous ont remarqué la beauté de l'Italienne ; tous sont d'avis de la retenir dans la colonie vagabonde, et chaque contrebandier, en particulier, espérant la garder pour lui , rejette sur l'intérêt général cette mesure de précaution.

— C'est une espionne! Empêchons qu'elle ne s'échappe, et ne nous trahisse!...

C'est là le cri général.

Puis vienneïît les avis particuliers.

Quelques-uns, d'une voix sourde, opinentpour la mort, quelques-uns pour une prison perpétuelle ; mais le plus grand nombre croit qu'il suffit d'un mariage avec l'un des citoyens de la république commerçante, d'un mariage conclu là, à l'improviste, au dessert, et à la lueur du punch embrasé, pour l'attacher à leurs intérêts.

A présent qui sera l'époux? L'on entre dans la discussion des titres et des droits de chacun, discussion active, bruyante comme toutes celles qui touchent à l'intérêt personnel , fougueuse comrne le désir brutal qui en est le mobile, discussion où les menaces font les arguments, les injures les preuves, les hurlements les raisons. L'on dirait d'une querelle élevée«dans un conciliabule de démons, à propos du supplice à choisir pour tourmenter une âme.

Il y en a qui veulent que le sort en décide ; et déjà la pauvre femme entend les dés qui se choquent bruyamment dan§ les gobelets vidés à cet effet.

Une voix tout-à-coup s'élève , et demande

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qu'on l'amène au milieu de l'assemblée , et qu'on la fouille pour savoir si elle ne porte pas quelque instruction secrète.

La prisonnière frissonne de la tête aux pieds , et un mouvement involontaire la jette à la porte pour s'y cramponner , pour la fermer de tout le poids de 'son corps; car de grands applaudissements ont accueilli cette proposition.

Puis elle s'arrête, elle respire, elle espère... Une voix déjà entendue tonne puissamment audessus des cris confus. C'est le chef qui exprime énergiquement le blâme que mérite un conseil semblable : il parle peu des lois de la décence et de la morale ; mais il crie que cela lui déplaît. Il invoque les statuts de la société ; il réclame l'obéissance pr*omise à ses ordres ; il jure que devant lui l'on n'outragera pas cette femme ; il menace qui fera mine de vouloir persister dans cçtte idée; et le bruit triple et sec d'un pistolet qu'il arme et qu'il pose devant lui, sur la table, ajoute quelque poids à son allocution.

Les plus raisonnables de ces hommes, ceux à qui les fumées du vin permettent d'entendre et de reconnaître la voix du capitaine, applaudissent à ces paroles. Le voyageur, l'homme qui revient d'Italie, annonce courageusement qu'il se

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range du côté de ceux qui , s'il le faut , les appuieront par la force... Il rappelle aux mutins les égards que^Ton doit à la faiblesse... Qu'ont- * ils fait de leur générosité accoutumée ? Par respect pour les lois de l'hospitalité, ils ne voudront pas, devant lui, se livrer à un acte qui les déshonore !

Moment de silence et d'hésitation ; puis la querelle qui renaît plus furieuse.

— Non, non, qu'on nous livre cette femme!

— Malheur si l'on nous résiste !

Alors, une explosion qui tinte long-temps dans l'oreille; un sifflement aigu , celui de la balle ; un coup sourd sur le plancher ; un cri : Il est tuéï..

Des voix : — Vengeons-le!...

Une nouvelle explosion ; le fracas des tables qui se renversent ; d'effroyables blasphèmes ; ]fi cliquetis des armes; des cris de douleur, &c rage... Et l'Italienne, clouée par l'horreur à cette cloison, sans penser qu'une balle peut la traverser et l'aiteindre... A la fm l'effroi la fit évanouir.

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