‹ Les Concini, 1616-1617 (volume 2)Chapitre 6 sur 24 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Souvent, c'étaient des gens obscurs, et toujours enfumés, dont les actions, renfermées dans leur laboratoire, ne se déclaraient qu'après leur mort. Rien ne transpirait de leur vivant; .... en quoi ils ont été sages.

Philosophie hermétique.

L'alchimiste.

Dans cette espèce de synagogue . parmi ceux qui semblaient s'occuper le plus de ces graves illusions, de ces sciences aujourd'hui oubliées, il yen avait un surtout qui attirait l'attention de l'étranger ; car, lorsque celui-là avait paru, on avait, il le croyait du moins, murmuré autour de lui, et avec une sorte de respect, le nom de Rabbi Jacob.

11 restait grave, immobile auprès du fourneau; puis il tira ses bras longs et maigres de ses man-

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c'hes garnies encore de leur fourrure pelée. Il regarda le récipient, examina le résidu, puis un soupir et un mouvement d'impatience annoncèrent que l'alchimiste n'avait pas encore trouvé ce qu'il cherchait depuis tant d'années.

Il croisa ses mains avec découragement, et secoua la tête :...

— Rien, toujours rien ! Et pourtant, dit-il, la matière philosophale cuit dans l'œuf, car elle est parvenue à la couleur noire, très-noire , et elle s'épaissit.

Il se ranima un peu, fit un effort pour reprendre le soufflet, et le charbon s'enflamma autant du vent de ses soupirs que de celui de la machine qu'il tenait entre les mains.

Rebecca s'approcha de lui, et lui parla bas, en lui indiquant le voyageur, qui s'approcha surle-champ ; — car il vit bien que c'était là le savant qu'il cherchait, et il devina que l'hôtesse lui faisait part de ses demandes.

Elle avait oublié ce nom que l'inconnu lui avait dit.

— Tout ce que je sais, c'est qu'il est étranger, et désire vous connaître.

Il était arrivé à côté du fourneau, lorsqu'elle parlait ainsi ; il salua le vieux juif, et lui dit :

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— Oui, docte Jacob, je suis chargé près de vous d'une mission qui prouve combien on fait cas de vos connaissances, et la réputation dont \ous jouissez, en France.

L'effroi et le mécontentement du médecin en apprenant que son nom véritable, car il était connu à Florence sous celui de Montalto , était ainsi livré à un inconnu qui, peut-être, débutait par le rôle d'espion pour arriver à l'emploi de persécuteur, furent un peu calmés par l'éloge que l'étranger lit de son habileté et par ce qu'il dit de sa renommée. Ces compliments arrivaient si bien pour le dédommager du nouvel échec qu'il venait d'éprouver en face de son alambic, et pour le soutenir dans son découragement ! L'amour-propre restant le seul éveillé des sentiments que la présentation de l'homme noir avait mis en jeu , ce fut lui qui ramena un éclair de vie dans ses yeux éteints, porta quelque peu de sang vers ses joues, et fit sourire légèrement ses lèvres , encore tremblantes de colère et de peur. Il releva sa tète , qui s'était penchée à l'aspect désolant du résultat de ses recherches.

— rEn France? répéta-t-il comme s'il n'avait pas bien entendu, ou comme si ce lui devait I. 6

être un nouveau plaisir de se l'entendre dire une seconde fois.

— Oui , en France et partout où l'on s'occupe de sciences cachées, où l'on désire interroger l'avenir et fixer sa fortune en soufflant le fourneau philosophai ou en fascinant les princes et les reines.

Le vieux juif, à ce mot de fortune, regarda son alambic et la manche toute usée de sa simarre noire.

— Et pourtant, dit-il, en achevant tout haut sa pensée, j'ai refusé de grandes offres à moi faites à Bologne, à Messine, à Pise même, d'être successeur du grand médecin mercurial sous la très-bénigne protection du grand-duc Ferdinand.

— Et au pays de France, docte Rabbi, n'avezvous pas aussi de vos talents des témoins, des admiratrices qui ont su ou qui sauraient encore non moins bien les payer?...

— Au pays de France naquit Nicolas Flamel, que l'on croit enterré au cimetière que vous nommez des Saints-Innocents, et qui est aux Indes dans le temps où nous parlons , âgé de quelque trois cents ans, Flamel qui écrivit sur la transformation des métaux^ et qui établit le premier que notre magistère est d'un et de qua-

tro un, et de trois un; ce qui veut dire qu'il est d'une chose et des quatre éléments qui y sont contenus ; et de trois un, c'est à dire sel, soufre et mercure, qui y sont compris, et qui sont les principes de la nature. Un jour les philosophes parlant de leur magistère entendentla pierre au blanc, et un autre jour

— Un autre jour, mon maître, nous pourrons jaser de Flamel et de la pierre blanche ou noire ; aujourd'hui écoutez-moi : Je suis envoyé vers vous par Léouore Galigaï, celle qui suivit de Florence à Paris la reine Marie deMédicis, celle qui épousa Concini, et qui est devenue, par le titre que sa maîtresse a bien voulu accorder à son mari, madame la maréchale d'Ancre. Vousla connaissez apparemment?...

11 était retombé dans ses rêveries, et pensait sans doute à Flamel, car il ne répondit rien; et quand l'inconnu, pour le rappeler à lui-aiême, l'eut secoué par le bras : — Marie de Médicis 1 Concini!... répéta-t-il, car ces noms seuls l'avaient frappé dans tout ce que le messager venait de lui dire.

— Jacob, continua l'étranger en lui pressant le bras pour commander son attention, connaissez-vous la maréchale d'Ancre?

— IS'on, en vérité, répondit-il d'un ton qui prouvait que le ton du questionneur et cette main qui lui serrait le bras, l'intimidaient.

— Quoi ! vous n'êtes pas en correspondance avec elle? quoi ! ce ne sont pas vos conseils, vos secrets qui l'ont poussée si loin dans la faveur de sa maîtresse?...

— La maréchale d'Ancre?... non, je ne la connais pas !

— La maréchale d'Ancre, Jacob, et autrefois Léonore Galigaïl... AJoi, je croyais qu'elle vous consultait dans ses incertitudes, dans ses angoisses d'intrigues, de craintes et d'espérances; moi, je croyais qu'elle vous avait conté, sans vous en cacher un, un seul, tous les services qu'elle a pu rendre, tous les conseils qu'elle a pu donner à sa royale protectrice, et j'étais venu dans l'espoir que vous pourriez —

II se tut, car le juif lui faisait signe de la main de ne point troubler par ses paroles les souvenirs qu'il rassemblait dans son esprit.

— Galigaï!.. Léonore!.. dit-il enfin; oui, c'est bien ce nom que j'entendis près de Raguse, au pays desDalmates, soumis encore à Venise. . . C'était la nuit;... j'avaischerchétoutlejourdansles rochers la Lunaire sublime : j'étais las;., j'aper-

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çus de loin une lumière;-., j'arrivai : c'était une chaumière sous les yeuzes. Il y avait deux jeunes filles : l'une chantait avec un rire de folle , l'autre, plus sérieuse, pâle, et les yeux fixes — Je la vois encore , je vois cette figure élancée , cette bouche sans sourire, ces joues, ce front flétris et tachés par la maladie qui enlève tant de petits enfants aux baisers de leur mère... J'ai là,... devantmoi,... ces yeux d'un étrange pouvoir, car, quoique leurs regards fussentperçants. perçants comme la lame d'un poignard qui pénètre mois en déchirant, on les cherchait, ou plutôt on était contraint, quand ils s'arrêtaient sur vous, à se livrer, en les affrontant, à leur influence magique. Alors toute idée se taisait, toute volonté s'éteignait, on sentait tout sori être maîtrisé par ce coup d'œil qui semblait aspirer avec vos regards, vos facultés et vos forces ; l'on était tourmenté d'un malaise indicible; c'était un effroi semblable peut-être à cehii qui vous agiterait si vous étiez parvenu, en montant bien haut, bien haut , jusqu'à la pointe d'un de ces vieux clochers qui se perdent dans les nuages. Alors on croit sentir le bois de l'échelle s'en aller sous ses pieds ; un frisson de mort saisit, parce qu'on ne voit devant soi. pour se retenir, qu'un*' de

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ses petites touffes d'herbes qui croissent au vent et sans racines dans l'interstice des pierres. Et l'abîme vous maîtrise; il rit de vous par la voix du corbeau, qui achève de vous étourdir du bruit de son aile et de son vol circulaire ; il vous réclame par le glas de la cloche qui, tout-à-coup, vient à s'ébranler sous vous. En vain vous élevez les yeux, en vain vous vous dites : — Je ne regarderai pas en bas,... mon Dieu ! je ne le veux pas! — Si, vous y regarderez! il le faut! Voici en saillie, d'abord, les têtes gothiques de tous ces animaux sculptés , qui vont vous meurtrir dans votre affreux trajet, puis là bas , là bas, le toit en pointe qui doit vous déchirer, et bien audessous le pavé qui s'étend sur la place où votre sang va jaillir; vous voyez tout cela, vous sentez tout cela, et vous cédez au pouvoir qui vous tyrannise, et vous vous livrez au vide qui vous dévore ! La chaleur que le vieux savant mit à rappeler cette rencontre, son effortpour faire, àl'aided'une comparaison, partager à celui qui l'écoutait le sentiment qu'il avait éprouvé ce jour-là , prouvent que ce souvenir était tout puissant chez lui, et il en avait peu de cette nature. Toute sa vie, passée dans la contemplation des astres, et dans l'attente de son alambic, n'était dans sa nié-

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moire qu'une page d'astrologie de plus, et pour en faire connaître les diverses phases, il n'avait pas besoin de renoncer à l'habitude qu'il avait de placer partout des mots de son vocabulaire hermétique. Le verbe souffler, au passé, au présent et au futur, représentait bien la partie active de cette existence dont l'espérance et le découragement faisaient alternativement le côté spirituel. Sur cette uniformité toute cabalistique se détachaient deux ou trois événements, et Ton ne doit pas s'étonner si les récits qu'il en faisait avaient une force, une couleur, une poésie qui tranchaient avec la platitude pédantesque de ses autres discours : c'était au milieu des cordes usées par le même air qu'on fait redire à un vieux luth, quelques cordes mieux conservées, parce qu'on n'y touche pas, et qui, quand on les effleure par hasard, rendent des sons plus jeunes et plus fermes.

— Et, depuis ce jour, lui demanda l'inconnu, vous n'avez plus entendu parler de Léonore Galigaï ?

— Je ne me suis point borné à éprouver le pouvoir de ce regard; j'ai lu son avenir dans sa main étendue; j'y ai vu les grandeurs, les richesses; mais la ligne de sang y était aussi

— La ligne du sang à répandre par elle?...

— Ou de celui qu'elle doit verser elle-même par le couteau de l'assassin ou sous la hache du bourreau.

— Ah! vous croyez que le bourreau...

— Je ne sais rien, je crois que la Vi^nesaturnienne annonce qu'il y aura dans la vie de celui qui interroge ma science quelques mots écrits de sang, mais je ne puis dire si ce sang sera le sien ou celui d'autrui.

L'homme noir tira involontairement sa main de son manteau pour y regarder; le juif la saisit.

— Qui donc.êtes-vous? dit-il, avec une surprise mêlée d'effroi, après avoir arrêté ses regards sur cette main qu'il tenait devant le brasier du fourneau dont le cuivre la rougissait par son reflet. Qui donc êtes-vous, répéta-t-il en la voyant toute marquée encore par l'impression des ornements en relief que portait le manche d'ébène de son couteau, car il l'avait serré plus d'une fois avec impatience , pendant les refus de Rebecca et les longs discours du docteur.

— Et que voyez-vous parmi ces sillons qui se croisent comme les sentiers d'un pays inconnu? avez-vous saisi celui qui vous conduit vous autres devins à la découverte de l'avenir?... Ai-je

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aussi, Jacob , ai-je aussi la ligne que vous avez trouvée dans la main de celle pour qui je viens?. .

— Ouï,... elle y est aussi; mais vous avex serré une main,... la main d'un frère peut-être, qui l'eut, ce signe tragique, empreint bien plus profondément !. . . Voyez : la ligne de sang que nous nommons la ligne rouge ^ se perd continuellement dans la ligne de la' parenté fatale; la première chez vous n'est que la suite , que le complément de la seconde; je vois aussi, plus creusée que toutes, celle que nous nommons l'empreinte de fer 9 celle qui annonce un caractère, une volonté ferme et durable comme ce métal, et qui doit arriver au but servie par une main , par un bras

— De fer aussi, dit l'homme. Jugez-en, respectable israélite I...

Et sa main se ferma sur les doigts longs et maigres du savant, qui jamais ne se vit pris à pareil piège.

On ne peut comparer la grimace que lit le juif et le cri qui s'échappa de ses lèvres, qu'à la grimace et au cri qui signalèrent et la honte et la défaite du diable lorsqu'il sentit son nez dans les pinces do je ne sais quel saint forgeron de la légende.

— Que voiilez,-vous de moi? dit-il à rhomme. qui le tenait toujours, mais sans plus lui faire sentir la rude étreinte de son poignet de fer.

— Mon maître, c'est le serrement de main d'amitié précurseur du traité que vont conclure deux honnêtes personnes toutes disposées à s'obliger réciproquement.

— Quel traité? dit le juif surpris.

— Celui qui doit stipuler les conditions que vous mettez à votre voyage en France et à votre séjour, quelque long qu'il soit, auprès de celle qui déjà vous donna l'hospitalité près de Raguse au pays des Dalmates.

— Léonore Galigaï?...

— Oui, Léonore Galigaï!... Mais ce ne sera plus dans une chaumière qu'elle vous accueiller:i , pardieu ! Hôte heureux d'une toute-puissante dame, vous serez servi, si vous voulez , par des valets à livrée d'une grande reine. Ce sera du haut des palais du Louvre et du Luxembourg que vous pourrez observer les astres ; et vous verrez l'or et le diamant autrement que dans vos songes d'alchimie et plus clairement qu'au milieu des vapeurs de votre alambic et des cendres de vos fourneaux.

L'alchimiste était resté trop long-temps hors

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du cercle habituel de ses idées pour n'y pas rentrer aussitôt qu'on lui permettrait de s'en rapprocher. Aussi, avec la vivacité que met une branche d'arbre long-temps inclinée à reprendre sa première direction, quand la force qui la retenait a cessé tout-à-coup, il se replongea avec délices dans ses discussions hermétiques.

— Ne méprisez pas la cendre, dit-il en retrouvant cet air d'un autre monde qu'il avait quitté pour écouter les propositions de l'étranger , car en icelle est le diadème de notre roi et l'argent vif. C'est la noirceur, le léton, le plomb des philosophes ; dans laquelle cendre est le roi qui, avec le temps , sortira de ces ténèbres , de ce sépulcre , et régnera avec puissance sur tous les ordres de la natuse !

Le piaffage de sou dada fut de courte durée; son cavaher retint la bride, et j)ar un coup d'éperon et de houssine le remit au train qu'il voulait lui voir. C'est-à-dire que l'homme noir, qui n'avait pas quitté sa main, la serra de façon à le rappeler de son pays imaginaire dans un sentier plus positif, et le ramena par un vif et subit malaise au véritable sujet de leur conversation.

— Que voulex-vous donc, et que me proposez-vous? dit-ii avec un ton d'impatience et une

grimace semblable à la première, après être parvenu à retirer sa main du formidable étau où elle était engagée.

— C'est à vous de me répondre ! Que voulezvous et que faut-il vous proposer pour ce voyage, pour ce séjour à Paris qui fait le sujet de ma mission auprès de vous ?

— Vous êtes donc au service de Léonore Galigaï, la maréchale d'Ancre?... et c'est de sa part que vous venez ici?...

— Croyez-le bien , vieux Rabbi. elle vous attend , elle vous désire, elle vous comblera de biens et d'honneurs, et jamais plus belle occasion ne s'offrit à vous de faire une brillante fortune. Après cela, que ce soit un autre ou moi qu'elle ait chargé de vous porter la nouvelle de ses libérales intentions à votre égard , que vous importe? La commission, si vous consentez à me suivre, n'en sera pas moins bien faite. Et ne vautil pas mieux , après tout , mon docte, mon bon Jacob, que ce soit moi, plutôt qu'un autre, qui reçoive de votre reconnaissance ce que je suis en droit d'en attendre pour la belle chance que je viens vous offrir et pour le mal que j'ai eu à vous déterrer?

En parlant au vieux juif des libéralités que

la maréchale avait le projet de lui faire, l'étranger lui avait présenté , en la secouant , une bourse de peau. Le son clair et brillant qui en était sorti avait fait lever la tête à l'assistance et attiré l'attention de tous ces juifs là présents , preuve évidente que c'était en effet le bruit de quelques écus d'or qui s'y choquaient. Le savant, sans faire trop de difficultés, avait reçu dans sa main le sac harmonieux, et ses doigts, malgré l'épaisseur de l'enveloppe , avaient su apprécier et reconnaître la valeur et le nombre des pièces qu'il contenait. Cet examen ne fut pas sans effet sur lui , car il fit un mouvement de côté , et rapprocha sa bourse de lui avec un air d'inquiétude lorsqu'il entendit parler de droits à sa reconnaissance.

— Pour toi, pour toi tout seul, mon maître, dit le voyageur avec un sourire de dédain, et en appuyant sa main sur le bras du juif, comme une de ces caresses qu'on fait, pour le calmer, à un chien grondant sur son os, dans la craintL' de se le voir enlever; pour toi cette bourse, sans en ôter le plus rogné des louis qu'elle renferme. Elle serait cent fois plus grande, que je ne songerais pas à diminuer son contenu à ton préjudice. Non, non, mon ami de Sion, ce n'est point.

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s'il te plaît, avec cette monnaie que tu paieras les peines que j 'ai prises et le soin que je mets à te placer à ce poste éminentpour lequel on te réclame. Le juif sembla par son regard lui demander comment cela se pourrait faire.

— Quand tu seras en faveur, Jacob, quand tu auras capté la confiance de celle qui t'appelle, quand on te dira tout, et que toi-même, comme un de nos prêtres dans son confessionnal, pourras lui demander l'explication, les détails de tel événement qui prépara, assura sa grandeur, alors, peut-être, je viendrai te denianderl'acquittement de la dette que tu contractes ce soir envers moi. Et, rassure-toi, car je m'aperçois que, pour un savant qui doit un jour faire de l'or, tu y tiens terriblement, ce sera sans bourse délier; et par un renseignement, un simple renseignement, tu pourras reconnaître ce que j'ai fait pour toi.

Il fit signe que cela lui convenait; mais il ajouta qu'il ne pouvait pas se décider immédiatement, et il demanda quelques jours pour prendre une résolution qui devait apporter tant de changements dans son existence.

— Non, non! répondit l'autre, qui ne doutait pas , après avoir vu la bourse disparaître , du consentement du personnage; j'attends ta ré-

ponse ce soir, à l'instant même!... Demain, je quitte Florence, il le faut! Ce sera avec toi, sinon avec un autre! Des docteurs cherchant la fortune, on n'en manque pas ! Celui que je trouverai sera moins savant peut-être ; mais s'il accepte sans hésiter ce que je lui propose , il sera plus que toi, ami Jacob, versé dans la vraie connaissance des es intérêts.

Ils en étaient là de leur pourparler. Le savant ouvrait la bouche pour faire quelques objections; mais son air annonçait d'avance qu'elles seraient faciles à détruire. L'on entendit tout-à-coup le signal d'alarme qu'un des leurs, resté en dehors, aux environs de la maison, ne manquait pas de faire retentir à quelque dangereuse approche. C'étaient trois coups frappés à la porte d'entrée, trois coups séparés par un silence long d'abord, et plus abrégé entre les deux derniers.

Le chant du coq ne met pas plus promptement fin à une réunion de mauvais esprits. Les lampes s'éteignirent ; un long chut ! s'éleva de l'assemblée consternée et à la lueur d'enfer qui s'échappait du fourneau magique, seule clarté qui régnât dans la grand'-salle , on les vit passer, s'entrecroiser un instant en silenee, et s'évanouir comme par enchantement.

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