‹ Les Concini, 1616-1617Chapitre 10 sur 42 · S'2 LES CONCINI · texte numérisé non relu

S'2 LES CONCINI

teur, monsieur de Bassompierre, dit ]a reine en lui tendant la main 5 qu'il baisa avec grâce, et je vous en assure. Il faut persister en la bonne affection que vous avez à notre service. Vous IVt-on dit? je veux vous en demander une preuve?... — Oui, madame , on m'a dit que demain —

— Demain , reprit Marie d'un ton résolu , je feux prendre prisonniers monsieur le prince , messieurs de Vendôme , du Maine et de Bouillon. Je désire que vos Suisses soient près du Louvre à onze heures du matin , afin que je puisse , si je suis forcée par le peuple, me retirer, sous leur garde, dans les murs de Mantes. J'aurai mes pierreries dans un paquet et quarante mille écus en or , et emmènerai mes enfants avec moi, étant résolue de me soumettre à tous les périls plutôt que de perdre mon autorité.

-^ Il sera fait ainsi qu'il plaît à votre majesté, répondit le courtisan; mes Suisses et moi sommes tout à votre service.

— Ainsi, reprit Marie de Médicis, vous jurez sur le salut de votre âme de ne divulguer , à qui que ce soit, le plan que je vous confie, et de m'aider de tous vos moyens dans son exécution... Vous le jurez ?

— Je le jure ! s'écria Bassompierre en étendant sa main vers la table ; je le jure sur le sceau et la cire que je vois d'ici , et qui m'auront toujours de leur côte , ajouta-t-il avec une gravité risible, car ils donnent les pensions et les dignités!

Marie ne put s'empêcher de rire de la naïveté, j'allais dire du cynisme de cet aveu.

— Tu n'auras pas à te plaindre , Bassompierre , lui dit-elle ; réussissons seulement , et nous ferons tout pour toi, li honoris, ti béni, Il cariclii ne te manqueront pas!

— Madame , l'honneur de votre confiance m'est une récompense suffisante du petit service que vous exigez de moi, lequel j'exécuterai fort fidèlement... Et là-dessus, n'avez-vous rien de plus à me commander? je me mets à vos genoux et j'attends vos ordres.

— Retournez au salon , lui dit la reine , et envoyez-moi Créqui , j'ai des ordres à lui donner pour les gardes françaises; après ce sera le tour deLacurée, à cause de ses gendarmes... Allez... Vos Suisses à onze heures ;... et n'oubliez pas , lui dit-elle , ce que vous m'avez promis !

— Fiez-vous sur Bassompierre , madame ; il

assure à votre majesté que la fête ne sera pas gâtée par lui.

Créqui vint, Lacurée ensuite , Praslin après; Brissac et Saint-Géran n'y manquèrent pas , et ce fut avec chacun d'eux de nouvelles assurances de succès , de nouvelles protestations de dévouement, de nouveaux éloges de la politique de Marie et du coup-d'état qui la signalait.

La reine était enchantée ; aussi fit-elle excellente mine à la miiréchale, quand celle-ci entra dans le cabinet, cçmme M. de Praslin en sortait.

— Votre majesté est donc contente? lui ditelle en fixant un œil pénétrant sur Marie.

— Oui, très-contente! tout s'arrange bien, nous réussirons; mais ce n'aura pas été sans peine, ajouta-t-elle en passant sa main sur son front, comme si des combinaisons profondes l'eussent bien fatiguée. Toi, folle, continua-t-elle, tu te prépares à ce jour par le plaisir?

La maréchale répondit par un singulier sourire.

— Le plaisir! dit-elle d'une voix étouffée.

— Pendant que , seule , nous nous occupons ici de nos affaires, reprit la reine, as-tu bien, du moins, occupé ton temps de l'autre côté, et auras-tu bien des propos galants à me raconter.

quand le temps sera venu de nous occuper de semblables sornettes.

— Oui, répondit la Galigaï en souriant dédaigneusement, oui, en effet, j'ai entendu dire des choses qui m'ont fort réjouie!... Ah ! oui,... et vous vous étonnerez un jour de tout ce que j'y ai appris , et du plaisir que j'y ai goûté. En vérité, il faudrait être de fer pour résister à tout cela ! ajouta-t-elle excédée de fatigue, et se laissant tomber, malgré les règles de l'étiquette, sur un pliant qui se trouvait derrière elle.

— Eh bien! eh bien! s'écria Marie en se levant vivement et en allant à elle, ne va-t-elle pas se trouver mal?

Et elle lui frappait dans les mains, et elle approchait un flacon.

— Mon Dieu ! ma pauvre enfant, je sais tout le mal que tu te donnes pour notre service. Va, je sais que c'est à toi que je devrai le succès de l'entreprise ; mais, tu le sais, je ne suis pas ingrate, et tu as en moi une bonne maîtresse... Ce fol de Concini, où est-il maintenant ?

La maréchale tressaillit,

— Il ne se doute pas, reprit la reine, de tout le mal que nous nous donnons dans ses intérêts. C'est un présomptueux ;... il nous aurait

perdus par sa jactance;... j'ai bien fait de l'éloigner.

— L'éloigner! répéta la Galigaï en laissant retomber sa tête sur sa poitrine. Mais, madame, reprit-elle en faisant uneffortpour se relever, vous m'avez demandée ;... que me voulez-vous? Déjà l'annonce de votre arrivée m'a retenue dans mon salon quand tout me faisait un devoir d'en sortir... ^Maintenant vos ordres m'amènent ici : parlez;... qu'y a-t-il que je puisse...?

— C'est un singulier corps, ce Concini, reprit Marie ; il nous est attaché , au fond.

— Je le sais, et, s'il plaît à votre majesté, je vais... C'est que vous ne savez pas

— Mais j'ai trop souvent passé l'éponge sur ses extravagances; et s'il avait bravé mes derniers ordres, vois-tu, je ne lui aurais pardonné de ma vie.

Elle retomba anéantie sur le siège qu'elle ve* nait de quitter.

— Enfin, que veut votre majesté? dit-elle à Marie en se relevant encore.

— Là, là ! Léonora, de la douceur et de la patience. Je veux... m'égayer avec toi de la bonne tournure que prennent les choses. Je suis sûre que plus de dix fois aujourd'hui tu as remué le

carton. Es-tu folle, ma pauvre enfant, de croire que les cartes peuvent nous guider dans la connaissance des aventures!.. Voyons: combien astu obtenu de réussites?

— Pas une, répondit la Galigaï en la regardant fixement.

La reine pâlit. Puis, se remettant, en voyant que sa confidente souriait :

— Pas une;... c'est pour m 'effrayer,... les cartes ont été bonnes , dis?

— Je n'ai pas eu aujourd'hui une minute à moi pour les consulter.

— Vraiment! Eh bien, maintenant que nous sommes seules ici, dans ce cabinet, enattendant qu'il nous arrive quelqu'un de ces chevaliers dont nouspayons si cher le dé vouement, voyons donc si les autres cartes nous seront aussi favorables que les valets.

— Quoi, votre majesté exige...?

— Allons, allon||. .. viens, personne n'en saura rien.

Elle l'entraîna à la table, et, soulevant des papiers, elle découvrit un jeu de cartes déjà distribué en petits paquets; puis, après avoir poussé la Galigaï dans son fauteuil, elle approcha vivement le pliant de la table, s'assit, et, le front

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