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CHAPITRE XXIV

La reine, qui voyait que les brigues tles princes s'augmeulaient de jour on jour, se voulant assurer davantage des principaux seigneurs et ofEciers de la cour, nous envoya quérir l'un après l'autre, et nous fit faire de nouvelles protestations de la bien servir.

Mémoires du temps.

Estant de la même race de la reine-mère Catherine, cpii a tant fait de mau.\;i la France et encore plus à moy en particulier , j'appiéhende celte alliance de peur d'y rencontrer aussi mal pour moi , les miens et l'Etat.

Henry IV à Sully, en parlant de Marte de Médicis

Marie de Médicis,

Pendant ce temps, la fête continue dans le palais des Italiens, et prend, en s'avançant dans la soirée, iin caractère politique plus prononcé ; les indifférents et les hommes de plaisir commencent à s'éloigner ; ceux qu'elle réunit dans un intérêt, dans un but commun, se rapprochent enfin ; le bruit diminue autour d'eux , et leur permet de nouer de plus sérieuses conversations.

C'est le moment où se ranime la maréchale ;

un sourire insignifiant, un air d'ennui et de fatigue mal déguisée ont accueilli tous les fades propos que chacun de ses invités s'est cru obligé de venir lui adresser sur l'éclat de sa fête, sur la m3gnificence de sa demeure ; mais maintenant son œil brille , sa tête se redresse , sa personne prend cette souplesse , ce coulant , cette mobilité de formes, de couleurs, de mouvements qui entourent d'une fascination singulière la couleuvre quand elle glisse, fuit, revient, passe et disparaît comme ces ombres qne les nuages, par un jour de soleil et de vent, font courir dans la plaine. Peut-être que cette Mélusine des Lusignan, se changeant à minuit en serpent, n'était qu'une ambitieuse occupée à cette heure à se , faire des partisans.

Elle va d'un groupe à l'autre, portant à l'indifférent une promesse , un mot caressant au zélé, un sourire au fanatique, et chaque pas, chaque mot, chaque sourire est une étude, un calcul, une intention; tous les amours-propres, toutes les ambitions sont en présence : il faut savoir ce que l'un désire pour ne pas le promettre à l'autre ; il faut connaître toutes les antipathies de ces hommes au cœur si léger, à l'opinion si mobile , de peur qu'un sourire à celui-ci ne soit une insulte à celui-là.

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Au lîiilien de tout ce mouvement qu'elle se donnait, un masque, le magicien de Concini et de Luynes, s'approcha d'elle et lui parla bas, au moment même où le berger de Guzla quittait le bal.

— Madame, lui dit-il, vous prenez bien du mal , et quelqu'un à coté, peut-être, va défaire tout votre ouvrage.

— Qui donc? demanda-t-elle avec surprise.

— Votre époux, que vous croyez en Normandie.

— L'imprudent!

— Il vient de sortir d'ici pour se battre !

A ces mots , elle pâlit et fit quelques pas pour se rapprocher de la porte ; elle allait sortir , quand un page à la livrée de la reine parut. Que lui dit-il à l'oreille? on ne l'entendit pas ; mais on vit qu'elle faisait un violent effort sur ellemême, et que, restant, elle continua avec une chaleur, avec une exaltation nouvelle, le cours de ses séductions.

Bassompierre s'approcha d'elle.

— Corbleu, madame, lui dit-il, c'est un rude coup que celui que vous voulez porter! et vous nous engagez là dans un dédale de ruines et de séditions... Un prince du sang! refléchissez- y.

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11 y a loin du Louvre à la Bastille, et les Parisiens

— Les craignez-vous, monsieur de Bassonnpierre? répondit-elle avec un air de dédain. 11 ferait , beau voir , si vous vous chargiez en effet de la translation de M. le prince , qu'ils fissent reculer un grand-maître de l'artillerie ! Vous l'êtes par commission, monsieur de Bassompierre, dans l'armée que sa majesté va lever. La reine m'a chargée de vous l'annoncer.

Le courtisan s'inclina.

— Mais, ajouta la Galigaï, sortez du salon, suivez le corridor, frappez à la seconde porte à gauche; vous trouverez là une personne qui ne sera point fâchée de causer avec vous du coup que l'on prépare.

Le courtisan fit ce qu'on lui disait. Il sort, il frappe à la porte indiquée; on la lui ouvre : c'est le page qui déjà a paru dans le bal. 11 l'introduit dans un riche oratoire; il n'y a qu'une femme,... une femme au visage blanc et bouffi , aux quarante ans bien accusés par son embonpoint et le coloris rond et plaqué de ses joues. Elle a dans son air beaucoup de choses d'une bourgeoise susceptible: le triple menton, la bouche pincée, le regard inquiet. Elle craint surtout qu'on ou-

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blie ce qu'elle est , car elle porte une petite couronne d'or sur le chaperon de velours qui descend en pointe sur son front. Elle est assise dans un large fauteuil , accoudée sur une table où l'on voit deux bougies , des papiers, le sceau royal... C'est la reine régente , c'est Marie de Médicis. Bassompierre fut très-surpris à son aspect.

— Ah î Ah ! Bassompierre , dit-elle avec gaîté , Bassompierre ne s'attendait pas à me trouver ici? Tu te croyais engagé dans quelque nouvelle affaire d'amour, n'est-ce pas? Eh bien, point : une vieille femme et un discours des affaires du temps, voilà ce qui t'y attendait.

— Une vieille femme ! s écria le galant Lorrain en lançant sur elle un regard qui ne lui déplut pas; si l'on pouvait parler à votre majesté d'autre chose que de politique et de gouvernement, je lui prouverais que je ne connais point dfi jeunesse qui vaille cette vieillesse-là , et qui mérite plus d'être servie et fêtée ; mais c'est de votre royauté qu'il s'agit , c'est le bras et non le cœur qu'on demande. Le bras y sera, madame, carie cœur, qu'on n'a pas demandé, s'est donné tout entier, et chez nous, l'un ne va pas sans l'autre.

— Ah! je vous tiens pour bon et Adèle servi- II. G

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